Publié le 20 Janvier 2017

Aujourd'hui, elle (8)

Aujourd’hui elle…renoue avec son blog et comme après un voyage long de plusieurs mois il faut qu’elle retrouve ses marques. Tout d’abord elle ouvre en grand les fenêtres pour aérer, jette un regard à la ronde et s’exclame : tiens le papier peint est de ce ton, je ne m’en souvenais plus ! Mumm…il est un peu défraîchi !

 

Ce n’est pas encore le printemps mais une certaine fébrilité la saisit – et si je renouvelais mon décor ? J’y ferais entrer la nature, l’espace, le vent frais…

Sur ce mur, je verrais bien le tableau bleu que j’ai écrit en voyage (et oui, elle est un peu bizarre, elle peint avec ses mots mais chutttt, faites comme si de rien n’était, laissez-la rêver) et là, cette aquarelle toute mimi qui me tient tant à cœur…

 

Elle chantonne, c’est un vieux truc à elle, une manie tellement ancrée dans ses racines qu’elle se sent musique. Quand les paroles sont d’une langue étrangère pardonnez-lui le massacre et riez sous une vaste cape pour ne pas la vexer. A sa décharge sachez que la fée Poly Glotte était enrhumée le jour de sa naissance. En juillet ? direz-vous. Oui, en juillet le rhume peut sévir même par temps de canicule comme ce fut le cas.

Elle chantonne, s’active, réfléchit : ceci ou cela, à gauche ou à droite, en haut ou en bas et ainsi de suite…

Grand Sachem à ses côtés ne dit mot mais observe cette soudaine activité d’un œil de lynx. Peut-être voudrait-il lui aussi tapoter le clavier et se plonger dans le virtuel ?

Le temps passe, la fatigue s’installe, prend ses aises.

Stop ! Il faut en garder un peu pour demain et puis la nuit porte conseil. Sages paroles s’il en est.


Le blog sent la peinture - écolo la peinture, cela va de soi – il faudra encore soigner ce coin ci, cette encoignure là mais le monde ne s’est pas fait en un jour n’est-ce pas !

 

Aujourd’hui est aujourd’hui et demain est un autre jour…

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Rédigé par Mony

Publié dans #Aujourdhui elle, #Un peu de moi par ci par là

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Publié le 12 Mai 2015

Une dissertation sur un personnage illustre ?

Bah ! L’idée allait venir, elle allait trouver…

Son père la voyant feuilleter de vieux magazines lui avait tendu le tout nouvel exemplaire du "Patriote Illustré" en disant : - tu pourrais y découvrir ce que tu cherches.

Un article sur Victor Hugo l’avait interpellée aussitôt et la phrase qu’elle avait eu l’occasion de lire maintes fois sur le monument aux morts lors des commémorations de l’Armistice avait ressurgi de sa mémoire : - Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie -

Victor Hugo ? Oui, pourquoi ne pas choisir de parler de ce grand écrivain ?

Cosette, Jean Valjean, Esméralda, Notre Dame de Paris… n’avaient plus de secret pour la bonne lectrice qu’elle était malgré son jeune âge, tandis que l’article détaillait la vie du grand auteur… en combinant tout cela elle allait pouvoir rédiger un texte sur une ou deux pages pour le cours de français.

Sais-tu ce que Victor Hugo disait de notre vallée ? avait demandé son père qui, sans attendre de réponse, avait poursuivi : C’est la plus ravissante vallée qu’il y ait au monde, en été, par beau jour, avec le ciel bleu, c’est quelquefois un ravin, souvent un jardin, toujours un paradis. (1)

Paradis, paradis ! Il y allait fort ce monsieur Hugo ! Pour l’heure, il lui fallait travailler dans ce paradis si elle voulait avoir une bonne note.

Où trouver quelques illustrations pour agrémenter sa dissertation ? Un encart avait attiré son attention, il concernait un musée consacré à l’écrivain et situé à Paris, Place des Vosges, dans un immeuble où, jadis, Victor Hugo avait occupé un appartement. Paris ! Une fois de plus elle s’était mise à rêver…

Un jour, elle se le promettait elle visiterait la capitale française…

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La dissertation avait intéressé ses condisciples et le professeur l’avait félicitée d’avoir pris la plume pour contacter la direction du musée. Si les quelques feuillets envoyés en retour n’avaient pas vraiment répondu à son attente naïve, la lettre manuscrite qui les accompagnait et signée par la conservatrice en personne lui semblait un sésame précieux puisque cette dame la conviait à visiter le musée et à signaler son passage.

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Bien qu’elle se soit rendue à deux reprises dans le Marais, elle n’avait jamais foulé le sol de la Place des Vosges.

Peut-être, cinquante ans après cette invitation, serait-il temps d’y songer ?

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Rédigé par Mony

Publié dans #Un peu de moi par ci par là

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Publié le 9 Mai 2015

Sophie Calle - clic

Où pourriez-vous m’emmener ?

A deux enjambées d’ici ou là-bas, loin, si loin ?

Sous quelle latitude voguerions-nous toutes voiles dehors ?

Vers le ponant ou le couchant ?

 

Où pourriez-vous m’emmener ?

Cette destination vous semblerait-elle familière ou redécouverte ?

Vous ravirait-elle, serait-elle à votre aune source de bien-être ?

Ou à son évocation ressurgirait-il des tréfonds de votre mémoire une angoisse larvée ?

 

Où pourriez-vous m’emmener ?

Franchirions-nous des montagnes inhospitalières, des fleuves impétueux ou une paisible plaine ?

Chaleur suffocante, blizzard, météo clémente ? Quel serait le climat ?

Prévoiriez-vous quelques haltes, temps de repos ou d’introspection ?

 

Où pourriez-vous m’emmener ?

Je souhaiterais tellement découvrir avec vous ce lieu magique que fut votre enfance et, pour vous aimer plus encore, m’y imprégner de l’essence même de votre être.

En toute complicité voudriez-vous m’y mener ?

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Pour Mil et une - clic

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Rédigé par Mony

Publié dans #Chemin d'amitié

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Publié le 8 Février 2015

Certains annonçaient un fiasco, d’autres se moquaient de ce qui était à leurs yeux une nouvelle fantaisie d’hurluberlus jamais en manque d’idées saugrenues.
- Pertes et malheurs en vue, prédisaient les pessimistes.
- Attendons-nous à des retombées miraculeuses, claironnaient les enthousiastes.
Edgard observait toute cette agitation avec sa curiosité habituelle de journaliste. Clara, son épouse, et lui étaient bien résolus à profiter des nouveautés et du spectacle offerts par l’exposition universelle et sous aucun prétexte ils ne les auraient ratés.

D’humeur joyeuse, la jeune femme avait épinglé une rose dans ses cheveux et, prévoyante, avait recouvert ses épaules d’une fine écharpe assortie, cadeau de sa mère chez qui elle venait de séjourner quelques jours à Lyon. Edgard, rasé de frais par le barbier de la rue Lepic, la rejoignit bientôt. Le temps était agréable, dans une heure ils déambuleraient au Champ-de-Mars aux côtés du directeur du journal, de son équipe et des membres de leur famille respective. Ensuite, une promenade sur les tout nouveaux bateaux-mouches était prévue au programme.

En enfilant ses chaussures, Clara fut prise d’un étourdissement et un violent mal de tête la saisit au point qu’elle dut s’allonger sur le petit sofa. Inquiet et prévenant, Edgard se pencha sur elle, l’enlaça et tendrement l’embrassa.

- Va, lui souffla-elle en enroulant son bras droit derrière sa tête et en caressant comme elle aimait le faire ses épais cheveux de jais.

- Tu es fiévreuse, dit-il en l’embrassant encore.

- Va ! Tu me raconteras…

A regret, Edgard la serra encore contre son cœur et lui donna un dernier baiser sur ses lèvres à présent desséchées.

- Promis, mon cœur, nous y retournerons, toi et moi, en amoureux !

- Ne t’inquiète pas, j’ai pris froid durant ce fatiguant voyage de retour de chez Maman. Je vais dormir un peu.

En traversant la ville sans cesse en métamorphose Edgard songea à leur rencontre, l’année précédente. L’attrait de la nouveauté et des arts sous toutes leurs formes, la foule cosmopolite qui fourmillait dans Paris en pleine ébullition avaient réuni leurs deux esprits ouverts au monde et doucement l’amour les avait surpris…

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Vingt-deux heures sonnèrent dans le lointain lorsqu'Edgard retraversa la Seine. Que d’anecdotes il avait à raconter à son épouse… les gens curieux ou incrédules, les "oh !" admiratifs, les odeurs nouvelles, la peur de certains, l’attente fébrile des autres et toutes ces races qui se mêlaient, fières de leurs particularités… Quel dommage que Clara ne fut pas à ses côtés pour vivre en famille cette journée exaltante ! Mais ce n’était que partie remise et c’est main dans la main qu’ils renouvèleraient la visite de l’expo.

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Clara accablée de fièvre et le corps couvert de vésicules puis de pustules lutta en vain durant dix jours contre le virus de la variole. Edgard, qui l’avait retrouvée délirant ne la quitta pas d’une seconde malgré la défiguration effrayante et le risque de contagion. Jusqu’au dernier souffle de Clara il lui parla de l’avenir ensoleillé qui les attendait, de cet enfant qui émerveillerait leurs jours, des voyages lointains au cours desquels ils découvriraient le monde…

De ce jour, Edgard ne connut plus jamais de baiser.

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Le baiser - Carolus Duran - clic

Pour Mil et une, en novembre 2012 - clic

Expo universelle de 1867 - clic

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Rédigé par Mony

Publié dans #Vivre à deux ou...., #Moments de vie

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Publié le 5 Février 2015

Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves.

Seules les traces font rêver.

La parole en archipel – René Char


Deux heures de hors-piste. Mathy ressent la fatigue de l’effort. Les raquettes qui le maintiennent à la surface de la couche neigeuse semblent faire partie de son corps ; les bâtons prolongent ses mains, cadencent son équilibre.
Il ne faut pas renoncer. Jamais.
L’instinct de chasseur est le plus fort.
Chasseur ? Pas vraiment… Pour lui, tuer n’est pas la finalité de la traque. Débusquer, acculer, voir les volutes d’haleine haletante voilà qui le comble.
Qui de l’animal ou du chasseur se joue de l’autre ?
Animal ? Rien n’est moins sûr.
Qui, que, Mathy poursuit-il ?
Les traces sont larges, inconnues. Espacées aussi.
Furtivement, au travers des sapins, il aperçoit la ramure d’un élan et il s’en étonne. Serait-ce cette bête mythique que nul n’a jamais pu approcher ?
L’animal est vif et bondissant, déjà il disparaît dans un creux. Pas question de faire une pause, la proie impose son rythme.
L’homme s’épuise, néglige la vigilance impérative dans cet environnement hostile.
Quand son corps glisse longuement dans une faille Mathy perd la notion du temps.

Ses muscles sont endoloris, la faim le tenaille. Les raquettes et les bâtons brisés sont dispersés il ne sait où.
Saura-t-il se sortir de cette impasse ?
Lentement il rampe sur la glace, avance, glisse et recule. Il recommence encore et encore. Le jour décline soudain. Du moins le croit-il.
Quand sa main gauche est happée par une patte il lève les yeux, ébahi d’admiration. Ainsi elle existe bel et bien cette bête extraordinaire ! Mi-marsupial, mi-cervidé, du fond de quel âge surgit-elle ?
A présent le chasseur se sent proie. Enserré contre le ventre de l’animal que va-t-il advenir de lui ?
En quelques bonds prodigieux, le duo regagne le plateau éclairé. Quelle heure peut-il être ? Qui se soucie de son absence ? Les questions, sans réponse, se bousculent.

Mathy est déposé les deux pieds à nouveau dans la neige. Tout en le maintenant encore contre lui l’animal plonge son regard dans le sien. Longuement. Intelligemment. Un pacte secret semble les lier à jamais.

De retour au village, tous vont le traiter de fada, d’affabulateur, de doux rêveur mais lui se sait poète.
Seules les traces de l’animal l’ont fait rêver.

Seules ?

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Rédigé par Mony

Publié dans #Contes - Fables

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Publié le 1 Février 2015

Dès le début de leur cohabitation ils décidèrent que leur maison serait ouverte à tous.
Rester cloitrés dans leur bulle sans rien offrir ne correspondait pas à leurs caractères sociables et cordiaux. Ainsi, amis, famille et, un à un, trois enfants furent accueillis dans la joie et la bonne humeur. Les rires éclatèrent au gré des jeux, chansons ou repas partagés en toute simplicité.
Etaient-ils heureux ?
Les mois, les années s’écoulèrent, nul ne se posa la question.

Un grain, un simple grain de sable enraya, un matin, les rouages bien huilés.

- Je pars, n’essaye pas de me retenir.

Il s’éloigna avec un maigre bagage. Etait-ce tout ce qu’il emportait de leur vie commune ? Où allait-il ? Avec qui ?

Pourquoi ?

                  Pourquoi ?...

                                        Pourquoi ?......

Les interrogations restèrent sans écho. Seul un vent triste s’engouffra par tous les interstices de son cœur de femme et sans cesse le lamina. Moins de rires, plus aucune chanson… Mal à l’aise, les amis se détournèrent, la famille se fit plus rare et les enfants s’éparpillèrent au gré de leur propre vie qu’ils entrevoyaient légère. Le jardin tourna en friche, les peintures s’écaillèrent, les portes et fenêtres gémirent, sinistres, et les grains de sable, abrasifs, s’accumulèrent insidieusement jusqu’à prendre toute la place.

Alors, dans un sursaut salutaire, elle prit conscience qu’elle était seul maître de sa destinée et sans un regret elle abandonna ce lieu devenu sinistre et partit à l’aventure bien décidée à faire de sa vie une belle vie.

Ecoutez bien ! L’entendez-vous chanter ?

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Pour Mil et une - clic Image : Damien du Toit - clic

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Rédigé par Mony

Publié dans #Solitude au bout du chemin, #Vivre à deux ou...

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Publié le 27 Janvier 2015

Concerne : déclaration sinistre-incendie

Madame la Marquise,

un fâcheux incident dû au zèle d’un employé occupé à la déchiqueteuse à papier a fait disparaître la déclaration de sinistre-incendie que vous aviez adressée à notre compagnie d’assurances et nous en sommes sincèrement désolés.

Auriez-vous l’obligeance de nous fournir une copie de ce document ?

Dans cette attente, je vous prie de croire, Madame la Marquise, à l'expression de nos sentiments distingués.


M. Alâdrois

Assurances Toutrisque

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Concerne : déclaration sinistre-incendie

Monsieur Maladroit,

dans le désarroi qui fut mien j’ai égaré la copie de ma déclaration de sinistre aussi vais-je tenter de la réitérer succinctement de mémoire.

    • Tout cela est dû à l’impétuosité de Max le chien de feu mon époux. Cet animal n’a jamais supporté la délicatesse de Mimine, ma chère chatte persane et quand celle-ci après sa sieste a voulu me rejoindre au jardin où, accompagnée de Firmin, notre jardinier, je cueillais des roses, il l’a poursuivie comme un malotru.

    • Mimine, apeurée, a tenté avec courage de semer son tortionnaire. Imaginez, Monsieur Maladroit, quelle fût sa terreur quand elle se faufila entre les artificiers s’activant à la préparation du son et lumière devant avoir lieu le soir même.

    • Il faut savoir en effet que malgré l’accident malencontreux et fatal dont fut victime mon époux au cours de la dernière saison de chasse je tenais à poursuivre la tradition annuelle d’ouvrir nos parc et jardins aux braves gens des alentours et à leur offrir un feu d’artifice…

    • Max, Monsieur Maladroit, est un chien imposant. Il bouscula un artificier qui s’apprêtait à faire un essai. Déséquilibré, le brave homme laissa s’échapper la mèche allumée qui chuta sur les explosifs. Il s’ensuivit des tirs impromptus qui nous surprirent Firmin et moi au point de nous faire accourir vers le château en abandonnant les gerbes de fleurs prévues pour agrémenter le décor.

    • Une fenêtre de mansarde était restée ouverte, celle où étaient entreposés des pagnes, vestiges de la collection africaine d’un aïeul de mon mari. Hélas, une étincelle en profita pour propager le feu à la paille de mil très sèche et de là à toute la bâtisse.

     • Les pompiers alertés connurent des ennuis de véhicule. Songez, Monsieur Maladroit, à ce qu’il advient de perdre la calandre et de crever deux pneus dans ces circonstances… Quand enfin ils sont parvenus au château l’incendie était impressionnant.

    • Hélas, trois fois hélas, la pression de la conduite d’eau n’étant pas suffisante sur notre colline les soldats du feu se virent contraints de puiser l’eau dans le grand bassin. Pour l’anecdote, le chauffeur en manœuvrant décapita la statue ancestrale qui le borde mais comme me l'a dit le capitaine, il y a toujours des dégâts collatéraux.

    • Notre splendide bassin fut vidé, les carpes en manque d’oxygène se débattirent en vain mais le sinistre put enfin être circonscrit.

    • Comme vous pourrez le constater au travers des deux photos que je joins à ce courrier ma demeure est désormais inhabitable et le domaine tout entier présente un aspect pitoyable et dévasté évoquant de sinistres souvenirs de guerre.

    • Mon seul bonheur est d’avoir retrouvé Mimine, ma douce chatte, saine et sauve et d’être hébergée chez Firmin, mon fidèle jardinier. C’est avec beaucoup d’impatience que j’espère de vos nouvelles pour enfin envisager l’avenir.

Bien à vous,

 

Cunégonde de la Déveine,

Marquise de la Guigne

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Rédigé par Mony

Publié dans #Moments de vie

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Publié le 28 Décembre 2014

Ligne 48, c’est celle qu’elle emprunte tous les mercredis. Départ chaque heure quinze de la Place d’Armes.

En faisant un signe de tête au chauffeur, qui en retour la salue ou l’ignore, elle introduit le billet dans le composteur puis tente de se faufiler vers une place libre. Parfois, elle patiente debout en tanguant d’une jambe sur l’autre pour garder l’équilibre mais aussitôt qu’elle le peut, elle s’assied, soulagée. Autour d’elle, les gens ont encore du sommeil plein le regard.

Celui-ci, assis à ses côtés, sa tablette sur les genoux, lit ses messages et y répond avec une dextérité qu’elle admire. Ces mots qui surgissent comme par magie du bout de doigts la laissent songeuse… doux, secs, brefs, amour ou désamour ?

Un pleur d’enfant lui fait tourner la tête vers une jeune femme penchée sur une poussette. Une berceuse discrète tente en vain de calmer le petit. Certains soupirent, dérangés dans leurs derniers moments de pseudo repos de la matinée. Elle, elle sourit à la mère et agite les mains pour attirer l’attention du bébé…ainsi font, font, font les petites marionnettes…

Le véhicule stoppe brusquement et elle est projetée en avant. Finies les marionnettes, l’enfant et sa mère descendent du bus, aidés par un ado mâchant un chewing-gum d’une bouche goulue et indiscrète.

Arrêt après arrêt, l’environnement se modifie, la ville fait peu à peu place à la banlieue puis à une zone d’activité industrielle. Un coup de frein, une accélération, virages à gauche, virages à droite, ronds-points se succèdent. Les passagers se diversifient puis doucement à l’approche de la campagne se raréfient pour réapparaitre aux abords d’une petite ville.

Le trajet s’achève au bout d’une heure vingt et quand le bus s’arrête pour une pause de dix minutes avant de se remettre en route dans le sens inverse, elle est quasi la seule à en descendre.

D’un pas assuré, elle se dirige vers l’unique café-restaurant du bourg où elle commande un café et un croissant chaud. Si un quotidien traîne sur une table ou que le patron est en verve, elle reste là à lire ou discuter mais immuablement à onze heures elle se rend au cimetière.

Quiconque l’aperçoit immobile face à une tombe déjà ancienne ne peut deviner le monologue dont elle abreuve son cher compagnon trop tôt parti en la laissant désemparée.

Suivant la météo, elle dîne ensuite dans le parc d’un pique-nique emporté avec elle ou s’offre une omelette baveuse de retour au café-restaurant. Parfois, elle se promène jusqu’à son ancienne maison où elle vécut heureuse. En passant, elle ne peut s’empêcher de remarquer des petits détails qui la troublent : de nouveaux stores, un jouet oublié sur la terrasse, la pelouse qui mériterait une bonne coupe, un chat roux qui ne répond pas à son appel… D’autre fois, elle rend visite à une connaissance ou à une lointaine cousine et s’attarde jusqu’en fin d’après-midi.

Au fil des saisons, elle retrouve la grande ville encore bourdonnante sous le soleil baignant les terrasses ou animée par les phares des véhicules circulant dans la nuit et par les mille feux des fenêtres d’immeuble éclairées.

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Ligne 48, un mercredi matin.

La dame ne patiente pas à l’arrêt de bus Place d’Armes.

Que s’est-il produit dans le quotidien de cette personne à la silhouette menue et cependant distinguée ?

Pourquoi n’est-elle pas fidèle à son rendez-vous hebdomadaire ?

Pourquoi s'est-elle éclipsée ?

Qui s’en souciera ?

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Rédigé par Mony

Publié dans #Solitude au bout du chemin

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Publié le 24 Décembre 2014

A l'aube de ce jour de ripaille et de rassemblement familial, j'ai une pensée solidaire envers toutes les personnes, hommes ou femmes, oeuvrant courageusement aux fourneaux. Bravo et merci à elles.

Une pensée aussi pour ceux et celles qui devront se contenter d'un repas frugal et parfois en solitaire...

A vous tous, amis bloggeurs ou simple curieux, que vous soyez seuls ou entourés, je vous souhaite de passer un réveillon dans la sérénité et l'échange.

Mony

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Le bouillon de poule cuisiné par Maman est délicieux !

Le plaisir de Julia c’est de résister à l’envie de manger les carottes en premier lieu. Elle écarte les rondelles tentatrices, s’échine à les faire plonger au fond de l’assiette et vite engouffre une cuillérée de légumes verts ou blancs : cèleri, poireaux, navets, feuille de chou...

Le jus est très chaud, il ne fait pas se brûler la langue ! Quand enfin il ne reste que de l’orangé, elle picore une à une les lamelles tendres et légèrement sucrées. Miam ! C’est presque aussi savoureux qu’un dessert !

Maman va, vient, sert son petit monde et enfin s’assoit à son tour pour un trop court instant. D’un œil, elle surveille la viande qui mijote dans la cocotte, regarde l’horloge pour vérifier l’heure : c’est bientôt cuit. Prestement, elle ramasse les assiettes creuses et les cuillères, les posent près de l’évier. D’une main, elle lie la sauce, de l’autre, elle saisit un plat.

Votre mère est un véritable chef d’orchestre, dit souvent Papa en riant.

Après le repas, Julia et ses frères aident leur mère à faire la vaisselle. C’est pour eux un moment de complicité durant lequel les petits secrets se confient facilement.

Hélas Maman est rapidement accaparée par d’autres tâches. Il lui faut dépiauter la poule, en garder les meilleurs morceaux pour les présenter avec une salade et les plus petits, ceux qu’elle déniche jusqu’au bord des os, en faire de la farce bien crémeuse pour garnir des vol-au-vent.

La fillette n’a jamais vu de véritable chef d’orchestre cependant elle pressent que ces personnes sont très, très occupées comme l’est sa mère. Julia, pourtant, rêve d’une maman qui les accompagne plus souvent en promenade, qui joue à la poupée avec elle, qui porte un joli chapeau le dimanche et surtout se maquille le visage et pose du vernis rouge sur ses ongles comme le fait tante Anna.

Julia aime beaucoup sa maman mais elle se promet que plus tard, quand elle sera grande, elle se contentera simplement d’écouter la musique.

Non, jamais elle ne dirigera des musiciens.

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En découvrant cette belle peinture de Zinaïda Serebriakova proposée par Mil et une j'ai immédiatement pensé à ce beau texte de Félix Leclerc lu par Julos Beaucarne (à redécouvrir ici)

 

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Rédigé par Mony

Publié dans #Partage, #Un peu de moi par ci par là

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Publié le 20 Décembre 2014

     

Ils se prénomment Martine, Jean-Yves, Claire, Loïc, Thomas, Joëlle, Anaïs, Rachid, Michel, Rachel, Anh Tài, Cécilia, Tim, Bertrand…

Ils sont secrétaire, pharmacienne, électricien, styliste, anesthésiste, demandeur d’emploi, retraité, étudiant, fleuriste, assureur, conseillère financière, professeur…

Chaque semaine, ils se retrouvent dans une classe, une salle villageoise, un vieux garage, un entrepôt ; dans une annexe, une véranda, au fond d’une impasse… Six ici, quatre là-bas, dix ailleurs…

Pour eux, le plaisir est à chaque fois renouvelé de débattre parfois longuement quant au choix de telle ou telle œuvre à interpréter ou de découvrir la pièce proposée d’autorité pour le metteur en scène. Oubliés les soucis quotidiens, les rendements, les galères. Disparus les maux de tête, les muscles endoloris. Doucement, mot à mot, d’une gestuelle maladroite puis plus assurée, ils s’immiscent, dans la peau d’un personnage, se l’approprie, le font vivre ; au fil des mois, le timide s’affranchit, la délurée peut se faire grave.

Dramatiques, comédies, vaudevilles, tirades, monologues, pièces contemporaines ou classiques, chants ou mimes leur demandent une rigueur mêlée d’inventivité et inlassablement ils fourbissent les rôles. Une compagne crée les costumes, un mari se révèle excellent accessoiriste, une amie se propose comme souffleuse, les renforts ne manquent pas et quand vient le grand soir de la représentation de théâtre, ils se retrouvent soudés par le trac et le doute.

- Ne vais-je pas bafouiller, oublier mon texte ?

- Je suis enrhumée, ma voix ne portera pas !

- Ce répertoire est inattendu et un brin déconcertant. Et si le public ne répondait pas présent, n’était pas curieux de ce registre ?

- Le film proposé ce soir par La Deux va nous valoir une rude concurrence !

- La fermeture éclair de ma jupe est cassée… Help !

La maquilleuse sublime un visage, un fou rire nerveux fuse, une prière se lit sur des lèvres, les toilettes sont prises d’assaut. Quand enfin ils entrent en scène, simple estrade ou plateau glacial garni de tentures poussiéreuses, ils oublient toute incertitude, le combat a débuté.

- Dans la salle, un rire éclate, Tim a mis son chapeau à l’envers.

- Martine rattrape la répartie erronée de Loïc et remet le dialogue sur la bonne voie.

- Anh Tài s’acharne sur une poignée de porte récalcitrante. Fous rires. Un calme s’installe suivi d’applaudissements enthousiastes.

- Comment ? C’est déjà terminé ?

Heureux et soulagés, ils saluent longuement le public, remercient le metteur en scène et de retour dans les coulisses se congratulent en des embrassades tremblantes. La pièce, ils la rejoueront deux ou trois fois encore dans le village voisin ou à la demande d’une quelconque association puis après une pause ils reprendront le chemin des répétitions.

Devant toutes ces troupes de comédiens amateurs qui n’auront jamais l’honneur de recevoir en grande pompe une statuette à l’effigie de Molière, je m’incline et je leur dis simplement "merci d’exister et de me ravir"

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Remise des Molière - Denis Podalydès - photo AFP

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Rédigé par Mony

Publié dans #Moments de vie, #Un peu de moi par ci par là

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