Publié le 28 Février 2017

Ce texte est une suite aux écrits suivants : clic - clic - clic 

C’est joli les coquillages !

Jaco les lave soigneusement, les sèche dans un grand drap en éponge puis les étale par ordre décroissant sur l’étagère de sa chambre. Ils lui rappellent son séjour à la mer avec les autres pensionnaires de "l’Arc en ciel"

Le matin, la plage était immense et, accompagnés des éducateurs, ils marchaient au bord de l’eau puis la marée montait, montait et la plage rétrécissait.

Jaco a apprécié jouer au ballon sur le sable fin et faire s’élever un cerf-volant dans le ciel. Comme il était fier de lutter contre le vent !

Un jour, le groupe s’était rendu dans un parc d’attraction et Jaco avait, pour la première fois de sa vie, fait un looping sur les montagnes russes. C’était un peu impressionnant mais ce n’est pas ce que Jaco avait le plus apprécié durant ses vacances.

 

Il faudra qu’il raconte tout cela à son frère Marcel quand il viendra lui rendre visite.

Comme d'habitude son frère dira peut-être "mais oui, Jaco, je connais tout cela"

Faut toujours qu’il joue au plus malin, Marcel !

 

De ses gros doigts boudinés Jaco caresse délicatement un coquillage et rigole en douce.

Marcel va être bien surpris et étonné d’apprendre que Jaco est devenu musicien.

Comment s’appelle l’instrument déjà ?

… heu, un orgue de limonade ? Un limon-air ? Un barba-rit.

Jaco a joué un air qu’il connaît bien, c’est donc un limon-air !

Après une dernière caresse il délaisse les coquillages pour ses crayons de couleur, décidé à faire un beau dessin pour Marcel.

 

...un vélo noir, IMMENSE, avec une remorque, puis un gentil monsieur avec une barbe blanche et un chapeau de paille, puis un théâtre installé sur la remorque, puis lui, Jaco, qui tourne la manivelle avec l’autorisation du monsieur, puis la musique qui s’envole du théâtre et, et… c’est difficile de dessiner la musique !

Les notes, c’est comment ? Comme des coquillages ?

Alors Jaco dessine quelques notes-coquillages s’échappant du limon-air.

 

Sûr, ce que Jaco a le plus apprécié pendant ses vacances ce n’est pas le grand huit mais les applaudissements des passants qui ont aimé sa musique.

Marcel sera épaté, c’est certain !

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Mil et une sujet semaine 33/2015 - image Mil et une

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Rédigé par Mony

Publié dans #Jaco, #Mes sucres d'orge

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Publié le 26 Février 2017

Le ciel se couvre subitement au-dessus de la rue Jeanne d’Arc et le vent se lève, insistant.

Comme affolés, les nuages déversent en un instant une cataracte de gouttes de pluie froide. Armin, surpris par les éléments, court à la recherche d’un abri et quand enfin il pénètre sous un porche, son costume de lin lui colle à la peau et il frémit.

M. Erlin - encanteur

Ouvert de 9 h. à 19 h.

Les yeux d’Armin ont à peine survolé la plaque dorée fixée sur le côté droit de la porte que déjà il s’engouffre dans le bâtiment. Pas question pour lui de risquer d’attraper un rhume sous l’orage et dans les courants d’air !

Que disait la plaque ? Encanteur ?

La sonnerie de l’entrée a retenti depuis un moment quand apparaît, trottinant babouches aux pieds, un homme enturbanné et vêtu d’un costume deux-pièces lie de vin.

Lie de vin ? Armin hésite… lie de vin… mum… coulis de fraise, voilà qui est mieux…

Etrange bonhomme, aussi bizarre que le fatras exposé sur les tables agencées sur le pourtour de la pièce. Une vraie caverne d’Ali Baba que cette boutique ! Ici, un coffre déborde de bijoux argentés, là, un sac à main en cuir fauve astiqué de frais et renfermant une brosse à reluire est accolé à un hibou empaillé depuis des lustres… à gauche un liquide bleuâtre contenu dans un litron se tempère tranquillement au côté de verres de cristal dépareillés… à droite, une série de livres de la collection "Crime de sang" tous écornés et dédicacés d’un beau "A Annabelle" en lettres gothiques espère capter un hypothétique lecteur… au lustre, allumé et dispensant une faible lueur jaunâtre, pendent un gros salami en plastique et deux bouées vertes agrémentées d’une tête de serpent de mer, l’une gonflée au maximum, l’autre quasi moribonde…

Armin, intrigué, circule d’un objet à l’autre et à chaque pas l’eau contenue dans ses chaussures émet un petit "flitch-flatch" qui meuble le silence. Nouveau frémissement…une gerbe de blé étiquetée "Du Sahara" tend vers lui ses épis d’or. Fascination ! Cet or… la belle chevelure d’Elisa… Ses bras se tendent vers cette offrande tant espérée quand un "attention, Mesdames et Messieurs, la vente va commencer" jaillit de la bouche de l’encanteur.

Subjugué, Armin voit M. Erlin s’emparer d’un genre de bâton de pèlerin avec lequel il désigne la gerbe de blé.

- La vente COMMENCE, mise à prix DIX dollars, dix dollars, c’est pas beaucoup, dix dollars, Monsieur… douze ? Douze dollars ! Qui dit mieux ? Une gerbe de blé DU SAHARA ! D’un blond EXEMPTIONNEL ! Treize dollars pour Monsieur. Treize ? Quinze ! Ouiiiiii ? Vingt ? Vingt dollars… vingt, vingt ??? Vingt-cinq, Monsieur est connaisseur !

L’encanteur se démène comme un diable, tantôt face à Armin, tantôt à gauche, tantôt à droite il englue sa proie, ne lui laissant aucun temps mort.

- Allons, vingt-cinq dollars, qui dit mieux pour obtenir la blondeur du Sahara entre ses mains ? Un lot rare, que dis-je, introuvable dans d’autres lieux ! Vingt-cinq, une fois…Trente ? Trente dollars ! Trrente dollars ! Une fois, deux fois… adjugé ! Bravo Monsieur !

Délesté de trente dollars mais enserrant contre son coeur le succédané de la chevelure de son Elisa, Armin se sent pousser des ailes. Oubliés le costume défraîchi, le caractère de cochon de sa belle, son énième scène de ménage, ses menaces incessantes, son départ définitif vers les U.S.A. Dans le ciel flamboyant de Québec, le rouge et le noir s’épousent tendrement.

Demain, demain seulement, Armin ressentira le coup de poing donné par sa désillusion. Demain, le dégrisement aura un goût amer.

Mathieu Erlin, retraité de la marine marchande, sourit en fourrant les trente dollars dans sa poche. A petits pas mesurés il retrouve l’arrière-boutique, échange ses babouches contre ses vieilles mules, dépose son turban sur une chaise et patiemment attend le prochain gogo qui l’aidera, lui aussi, à payer son loyer tout en se débarrassant des broutilles amassées au fil des ans.

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Pour Mil et une en juillet 2013 - clic

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Rédigé par Mony

Publié dans #Moments de vie, #Vivre à deux ou....

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Publié le 19 Février 2017

Maman ! Grâce à elle, j’ai découvert l’univers de la musique classique.

C’était son jardin, son refuge. Elle possédait quelques 33 tours… Oh ! Pas beaucoup mais ils tournaient en boucle les soirs où Papa était retenu à la cave par sa passion du modélisme.

Moi, dans le fauteuil, je lisais.

Elle, assise à la table, tricotait ou brodait.

Et tour à tour, Bach, Haendel, Mozart, Saint-Saëns ou Tchaïkovski nous enrobaient d’arpèges de velours.

Bonheur simple, simple bonheur.

Pour mes dix ans, elle m’emmena au grand théâtre où un quintette à cordes se produisait en concert. Pour cette sortie exceptionnelle elle m’avait confectionné une robe en fin drap bleu ciel et avait crocheté un grand châle ivoire à porter sur la simple robe noire qu’elle revêtait aux grandes occasions.

Juchées tout là-haut dans le poulailler, nous avions une vue d’ensemble de la bonbonnière et si les musiciens nous paraissaient bien petits, la musique, somptueuse, atteignait sans peine notre perchoir.

Je me souviens du visage heureux de Maman ce soir là ! Doucement, elle avait pris ma main et l’avait portée à sa joue.

Pourquoi cette osmose s’était-elle évaporée au fil du temps ?

L’adolescence et ses besoins impérieux m’avaient fait préférer d’autres musiques, d’autres lieux de rencontre ; la vie d’adulte, vertigineuse et urgente, me tenait éloignée de ma ville natale et de Maman, veuve à soixante ans.

"La vie est un morceau de musique. Vis ta partition" me disait-elle.

 

Ce matin, j’ai enregistré ses morceaux préférés et dans sa chambre je les lui ai fait écouter, sa main serrée dans la mienne.

L’osmose était-elle au rendez-vous, la musique l’a t-elle aidée à tracer sa barre de fin ?

 

Du fond de mon brouillard, j’ai besoin d’y croire…

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Peinture de Raoul Dufy - clic  --  Pour Mil et une en octobre 2011

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Rédigé par Mony

Publié dans #Moments de vie, #Solitude au bout du chemin

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Publié le 12 Février 2017

Mémé Kiki est vieille mais vi-ei-lle, comme… comme Matu Zalem, c’est Pépé DD qui me l’a dit et Pépé DD sait ce qu’il dit vu qu’il est vieux lui aussi encore plus vieux que Papy, son fils, le père de mon Papa.

Pas facile de s’y retrouver dans ma famille alors Maman a tracé une ligne perpendiculaire, enfin j'crois, avec des noms et des photos de bas en haut. Elle dit que c’est un arbre gynéa-logique. Pépé DD et Mémé Kiki ce sont les racines et moi, je me trouve à la cime.

Gare aux grands vents, a dit Pépé DD, si haut perché tu risques d’être secoué comme pendant une tempête en mer. Pépé DD, c’est un ancien matelot d’eau douce. Avec sa barque il n’a jamais navigué plus loin que le début de l’estuaire mais il veut me faire croire qu’il allait à la pêche aux requins. Je fais semblant de gober ses fables, histoire de respect pour sa qualité d’aïeul.

Mémé Kiki aussi je la respecte même si elle me fait marrer avec ses cheveux rouges qui rebiquent comme les piques d’un hérisson.

                  - Kiki, tu es superbe, vieille mais superbe, lance Pépé DD quand Papy la ramène de                       chez le coiffeur.

Papy fait la grimace et soupire, je crois qu’il a un peu honte des fantaisies de ses parents. Faut dire que Pépé DD est barbu et sa barbe tressée est à elle seule toute une histoire. En douce, j’ai parfois entendu des réflexions dans la famille. Certains prétendent que Mémé Kiki lui a imposé de ne jamais la couper, c’est comme un gage en repentir de l’avoir trompée jadis. D’autres affirment qu’elle cache une mystérieuse cicatrice, souvenir d’une rixe avec un rival.

J’ai dit à mon aïeul que je voudrais connaître son copain Matu Zalem, celui qui est aussi vieux que Mémé Kiki mais il a roulé de gros yeux signe qu’il est contrarié. Il est peut-être jaloux de ce Matu Zalem ? Est-ce lui son concurrent ?

Quand j’ai posé la question à Mémé Kiki, elle a souri de toutes ses rides et m’a dit : Ah ! L’amour, mon petit ! Il n’y a rien de tel !

J’espère le rencontrer un jour, ce fameux amour, et ajouter des branches à notre arbre gynéa-logique. Peut-être, plus tard, me transformerais-je à mon tour en racine… ?

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Pour Mil et une - semaine 23/2016

Logorallye sur une image originale de P. Levaillant - clic

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Rédigé par Mony

Publié dans #Moments de vie, #Mes sucres d'orge

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Publié le 8 Février 2017

…quarante huit heures de permission, pas une minute de plus sinon c’était la corvée balayage de la cour de la caserne. Le temps m’était compté et le rendez-vous que j’avais donné à Shirley mon seul point de mire. Daddy était venu me cueillir à la gare, Mumm avait repassé ma chemise rouge et mon jean. Adieu uniforme qui gratte, vive la liberté !

 

…j’allais enfin retrouver Bob. Que c’était long six semaines sans le voir et tant pis si Al, mon patron, me lançait des regards mécontents ; mon service au snack se terminait à dix-huit heures trente, pas question de prester une demi-seconde de plus. J’ai couru dans ma chambre en me débarrassant au plus vite de ma tenue de travail. Quelle robe allais-je enfiler ? Celle à volants que Bob aimant tant, ou la rouge ? Celle à fleurs ? J’ai fouillé fébrilement le tiroir pour trouver une paire de bas sans accroc.

- Shirley, ma fille, tu aurais pu préparer tout cela hier soir, m’a dit ma mère.

- Mmm, ai-je répondu la bouche remplie d’épingles à chignon.

 

- A table, a lancé Mum en passant la tête dans ma chambre.

- Pas faim, pas le temps !

Soupirs de Mum.

- T’as vu ta maigreur, heureusement que tu portes une ceinture à ton pantalon…

- Tracasse pas, Mum, je mangerai en ville.

Re-soupirs.

- On te verra d’ici ton départ ?

 

…où allait-il m’emmener ? Au ciné ? Chez le Chinois ? Au bal chez Billie ? Surprise !

- Tu me prêtes ta veste blanche ?

Kat, ma sœur, a râlé pour la forme quand j’ai ouvert sa garde-robe. Normal, je l’avais surprise avec mon pull jaune pas plus tard que la veille…

 

…ne pas oublier mon harmonica, mon foulard rouge… Shirley, ma belle, me voilà ! Zut une mèche rebelle ! Vite la gomina !

 

…qu’il est beau en uniforme sur la photo ! Mais c’est pas pratique pour aller danser… Dadidoudidadidouda… mes jambes frétillaient d’impatience.

Quand la sonnette a tinté, Kat s’est empressée d’aller ouvrir.

- Pas touche à mon Bob, j’ai crié.

- Pas de risque, a t-elle claironné.

 

Quand j’ai sonné à la porte de Shirley j’ai eu droit au regard hautain de sa sœur. L’était jalouse à coup sûr.

 

Nous avons dansé le rock et des slows toute la soirée. L’orchestre "The Kings" était au top. Les copains zieutaient Shirley, mignonne à croquer dans sa robe à volants…

…Bob n’a pas résisté à monter sur scène et à accompagner "The Kings" avec son harmonica. Toutes les filles m’enviaient ! …

…L’histoire s’est corsée quand nous avons décidé de rentrer. Dehors, c’était le déluge. Nous avons couru dans les rues, trempés jusqu’aux os….

…Je tremblais de froid alors Bob m’a guidée vers le kiosque du parc. Bien serrés l’un contre l’autre, nous avons attendu la fin de l’averse et…

…Et ce qui devait arriver arriva… tout comme ta mère neuf mois plus tard !

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- Alors Granny, toi aussi tu as été une "maman surprise" à vingt ans ? Et toi Grandpa un jeune papa encore soldat ?

Granny a souri et a répondu - je serai heureuse de garder de temps en temps ton petit bout de chou.

Grandpa, lui, a sorti de sa poche son harmonica. Quand il est ému et que les mots s’emmêlent dans sa tête, les notes sont toujours ses alliées.

Norman, mon amour, m’a fait un clin d’œil et dans son berceau, Emily a soupiré d’aise…

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Pour Mil et une en mars 2013  -  peinture de Norman Rockwell

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Rédigé par Mony

Publié dans #Vivre à deux ou...., #Mes sucres d'orge, #Moments de vie

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Publié le 1 Février 2017

Elles sont coquettes, les filles du menuisier ! (ici sans l'aînée)

L’exclamation spontanée recèle une pointe d’envie, de jalousie non avouées, mais les quatre filles du menuisier n’en ont cure. Toujours élégantes, elles ont la satisfaction d’étrenner une nouvelle jupe, un chemisier pimpant, un col en dentelle ou une écharpe et des gants bicolores…

En ces années de guerre dénicher un coupon de tissu ou quelques pelotes de laine à un prix abordable est pourtant difficile… Mathieu, leur père, n’est pas bien riche… Certes, Julia, l’aînée, est mariée à présent mais voilà ses deux petits qui grandissent si vite tout aussi mignons et bien vêtus… comment font-elles pour être si joliment présentables se demandent les bonnes gens ?

Maria, leur mère, sourit aux réflexions que l’un ou l’autre lui rapporte. Malgré les privations endurées en cette terrible période de conflit, elle est heureuse de ressentir chez ses filles l’élan de la jeunesse qui ne se laisse pas abattre et croit en la vie. Ne pas se négliger n’est-ce pas résister ? Alors, attablée à sa machine à coudre, Maria aux doigts d’or coud !

Dans le tissu retourné d’un vieux pardessus élimé de son époux, elle taille une jupe droite pour Betty, la plus jeune. Une robe brune confectionnée à partir d’anciennes tentures se voit agrémentée d’un jabot blanc amovible - un voilage déchiré et récupéré - ou d’un col orange et d’une ceinture assortie tirés d’une robe de la grand-mère paternelle. Ainsi, Anna, la troisième, a deux tenues au choix…

Les anciens pulls se détricotent, la laine lavée et séchée est boulée en pelotes et reprend vie. Au gré des aiguilles et de la fantaisie de l’une ou de l’autre, les coloris se côtoient, les motifs originaux apparaissent…

Quand les risques de bombardements se font plus intenses, que les habitants du hameau trouvent abri dans la grotte au flanc de la colline, Maria se refuse à quitter la maison et malgré le couvre-feu continue ses travaux d’aiguille.

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Les américains sont là ! Les américains sont là !

La nouvelle se répand à la vitesse de l’éclair. Un hôpital militaire est dressé dans une prairie en bord de route. En ce pays, entre Meuse et Rhin, des combats sanglants se poursuivent, au loin,  aux abords d’Aix-la-Chapelle… clic - clic

Chez le menuisier, les boys passent parfois la soirée et racontent leur quotidien, là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique.

Le petit Jo, traduit par Betty, évoque les immenses étendues broutées par des troupeaux importants. Maria, la mère, s’étonne et plaint les fermiers qui doivent traire autant de vaches par jour.

Rires !

Comment imaginer cette vie démesurée !

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- Maman, regarde ce que je ramène !

Aidée par le petit Jo, Eva, la deuxième fille, présente à sa mère un rouleau immense d’un tissu, blanc sur l’endroit et brun sur l’envers, qu’elle a pu obtenir au stock américain.

Maria le soupèse, le caresse, lui trouve belle allure et bon maintien.

- Il doit être imperméable. Avec un tel métrage, j’ai de quoi confectionner une gabardine pour chacune.

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- Elles sont coquettes, les filles du menuisier !

Oui, elles étaient coquettes, ma grand-mère, ma mère et mes tantes. Et même si il s’avéra que le tissu bicolore était réservé à l’inhumation des soldats allemands abattus  par l’armée américaine, la jeunesse et sa foi dans la vie avaient été les plus fortes.

Il se raconte que la robe de mariée d’Eva, ma maman, a été conçue au départ d’un tissu de parachute américain.

Est-ce vrai ou n’est-ce que légende ?

Betty, ma tante, nous aiguille vers la légende…

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 Pour Mil et une - clic - semaine 16/2016 d'après un tableau de Vicente Romero Redondo - clic

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Rédigé par Mony

Publié dans #Un peu de moi par ci par là, #Moments de vie, #Partage

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Publié le 29 Janvier 2017

Aujourd’hui, elle a pris le train en direction de Liège afin d’assouvir un de ses dadas.

Oh, ce n’est pas qu’elle soit incollable en art ou en histoire mais, oui, elle aime visiter une belle exposition ou assister à une conférence intéressante. Comment rater ce rendez-vous réunissant ces beaux sujets qui la font vibrer ?

 

L’élégante passerelle franchissant la Meuse l’a conduite de son unique pas dans le parc de la Boverie inondé de soleil. Mariniers bossant à bord de leur péniche en ce dimanche matin, joggeuses papotant tout en courant, toutous sortant leur maître, photographe amateur, enfants sautillant autour de l’immense volière ou petits groupes se dirigeant comme elle vers le musée ont retenu son attention.

 

21, rue de la Boétie… le seul intitulé de l’exposition la fait rêver.

 

La foule se pressant dans les salles et s’agglutinant en diverses grappes autour d’un guide la déçoit un peu mais bien vite son enthousiasme reprend le dessus et elle se plonge dans le parcours de Paul Rosenberg, marchand d’art dans le courant du XX siècle, découvreur de talents et ami de ceux qui allaient devenir de grands peintres reconnus : Picasso, Braque, Matisse, Léger, Marie Laurencin, Degas, etc…

 

Hélas, les nazis avec leur vision de l’art moderne qu’ils jugeaient dégénéré spolieront sa maison-galerie située 21, rue de la Boétie à Paris.

New-York, terre de refuge, verra se perpétuer son amour pour l’art…

 

Tout en voguant d’un thème à l’autre, elle s’immerge dans les tableaux connus ou moins connus mais aux caractéristiques particulières à chaque artiste.

 

Et dire qu’un tel ou une telle a été au plus près de cette toile… ici, un peu de bleu, là, une retouche pour accentuer un détail… Ces artistes avaient-ils des doutes ? Qui espéraient-ils toucher ? Se doutaient-ils que leurs œuvres seraient exposées dans les plus grands musées de par le monde, qu’elles atteindraient des valeurs inouïes ?

 

Par les larges fenêtres la nature est réapparue soudain.

N’avait-elle pas autour d’elle le plus fabuleux des tableaux ?

Ceux, suspendus dans ce lieu pour quelques jours encore, retourneront bientôt chez les collectionneurs ou dans les musées qui ont accepté de les prêter pour l’occasion mais les arbres, le ciel bleu ou parsemé de nuages, le ruisseau gargouillant, le coq lançant son cocorico seront toujours à sa portée et son plus beau cadeau.

 

Heureuse, elle a repris le chemin du retour et a replongé dans la réalité quotidienne.

 

Non, lui a confié un SDF rencontré dans la gare, ce n’est pas le froid le plus pénible mais bien le nouveau règlement qui ne nous permet de dormir qu’en position assise !

 

En camaïeu de gris fut coloré le tableau final…

 

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liens : clic - clic - clic

dès le 02 mars, l'expo aura lieu au musée Maillol 59-61 rue de Grenelle 75007 Paris - clic

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Rédigé par Mony

Publié dans #Moments de vie, #Aujourdhui elle, #Coups de coeur, #Escapades

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Publié le 24 Janvier 2017

Il m'est amusant et intéressant de relire après quelques temps l'une ou l'autre de mes petites peintures avec mes mots. Ici et là, je découvre mes petites manies ou travers.

Aujourd'hui ce sujet  m'inspirerait-il cet univers ? Serais-je plus brève ou parlerais-je à la première personne ? Quelques questions me traversent l'esprit mais mes petites peintures vivent leur petite vie et je n'y fais pas de retouche.

Le texte ci-dessous, inédit sur ce blog et écrit pour Mil et une, date de mars 2013. Près de quatre ans déjà !

      Gisel est rentrée à dix-huit heures le cœur au bord des lèvres. C’est à peine si elle a pu lancer un « buenas tardes » à l’adresse des joueurs de dominos attablés à même le trottoir. Rodolfo, son père, comme toujours entièrement accaparé par une discussion sans fin, ne s’est pas aperçu de son retour. Romario et son cousin Silvio ont vaguement répondu d’un « saludo » distrait. Seul Angel, le quatrième joueur, a détourné la tête du jeu et l’a transpercée de son regard de braise.
 
Angel… Angel son amoureux depuis l’enfance… Angel qui a réussi de brillantes études et qui, faute de mieux, se contente de petits jobs précaires. L’aime t-elle encore ? Elle en doute.
 
Cuisine, routine.
 
Non !
 
Nauséeuse, Gisel abandonne les casseroles et va s’étendre dans le salon. Au dehors, les voix se mélangent, irritée pour l’un, moqueuse pour un autre. Le tac-tac cadencé des dominos frappés contre leur support rythme la partie, âpre comme toutes les parties. Qui va emporter la donne en finale ?
 
Gisel a mal au cœur, au ventre. Elle n’en peut plus de faire semblant… Comment dire à son père son vécu ? Depuis le départ de sa femme, Rodolfo la considère comme sa bonniche plus que comme sa fille. Où est sa mère à présent ? Pourquoi les a-t-elle abandonnés ?
 
Tac-tac font les plaquettes…
 
Clic-clac faisaient les instruments du docteur Garcia le matin à la clinica.
 
Gisel se revoit à l’arrêt du bus. Pas celui habituel pour l’usine à cigares, celui pour la petite ville voisine.
 
10 heures, clinica, service obstétrique – IVG prévue à 10h30’
 
Tac-tac… clic-clac
 
Gisel les yeux fermés envoie Miguel, le contremaître, au diable. Pourquoi l’a t-il violée ce barbare ? Pourquoi devoir subir ces tourments par sa faute à lui qui se gausse de ses conquêtes forcées ?
 
La voix de Rodolfo se fait plus vive, le rhum qu’il consomme entre chaque partie de dominos le rend peu à peu agressif. Pourtant, il était si doux naguère…
 
Tac-tac… Gisel reforme en pensée un joli serpent aux points noirs, lentement il zigzague sur la table de la cuisine au gré de sa fantaisie et Rodolfo, son père, la regarde faire en souriant puis sagement elle range les dominos dans la boîte, Maman doit dresser la table…
 
Tac-tac… Gisel est fatiguée… dormir… Maman ? demain Gisel s’enfuira à La Havane… dessiner, peindre, danser, rire… la vie sera belle… Maman ? si fatiguée…dormir…le serpent aux points noirs…
 
Rodolfo d’un cri de plaisir victorieux clôture le jeu en empochant la mise. C’est l’heure du repas et il a faim. Pourquoi sa fille ne l’appelle t-elle pas comme d’habitude ?
 
Mam… ?
 
Une mare de sang tâche la robe de Gisel et le tissu du divan.
 
La jeune femme git livide comme la mort qui insidieusement l’a saisie.
 
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                                    source image - clic - pour Mil et une en 2013 - clic

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Rédigé par Mony

Publié dans #Solitude au bout du chemin, #Moments de vie

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Publié le 20 Janvier 2017

Aujourd'hui, elle (08)...renoue avec son blog.

Aujourd’hui elle renoue avec son blog et comme après un voyage long de plusieurs mois il lui faut retrouver ses marques. Tout d’abord elle ouvre en grand les fenêtres pour aérer, jette un regard à la ronde et s’exclame : tiens le papier peint est de ce ton, je ne m’en souvenais plus ! Mumm…il est un peu défraîchi !

Ce n’est pas encore le printemps mais une certaine fébrilité la saisit – et si je renouvelais mon décor ? J’y ferais entrer la nature, l’espace, le vent frais…

Sur ce mur, je verrais bien le tableau bleu que j’ai écrit en voyage (et oui, elle est un peu bizarre, elle peint avec ses mots mais chutttt, faites comme si de rien n’était, laissez-la rêver) et là, cette aquarelle toute mimi qui me tient tant à cœur…

Elle chantonne, c’est un vieux truc à elle, une manie tellement ancrée dans ses racines qu’elle se sent musique. Quand les paroles sont d’une langue étrangère pardonnez-lui le massacre et riez sous une vaste cape pour ne pas la vexer. A sa décharge sachez que la fée Poly Glotte était enrhumée le jour de sa naissance. En juillet ? direz-vous. Oui, en juillet le rhume peut sévir même par temps de canicule comme ce fut le cas.

Elle chantonne, s’active, réfléchit : ceci ou cela, à gauche ou à droite, en haut ou en bas et ainsi de suite…

Grand Sachem à ses côtés ne dit mot mais observe cette soudaine activité d’un œil de lynx. Peut-être voudrait-il lui aussi tapoter le clavier et se plonger dans le virtuel ?

Le temps passe, la fatigue s’installe, prend ses aises.

Stop ! Il faut en garder un peu pour demain et puis la nuit porte conseil. Sages paroles s’il en est.

Le blog sent la peinture - écolo la peinture, cela va de soi – il faudra encore soigner ce coin ci, cette encoignure là mais le monde ne s’est pas fait en un jour n’est-ce pas !

Aujourd’hui est aujourd’hui et demain sera un autre jour…

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Rédigé par Mony

Publié dans #Aujourdhui elle, #Un peu de moi par ci par là

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Publié le 12 Mai 2015

Une dissertation sur un personnage illustre ?

Bah ! L’idée allait venir, elle allait trouver…

Son père la voyant feuilleter de vieux magazines lui avait tendu le tout nouvel exemplaire du "Patriote Illustré" en disant : - tu pourrais y découvrir ce que tu cherches.

Un article sur Victor Hugo l’avait interpellée aussitôt et la phrase qu’elle avait eu l’occasion de lire maintes fois sur le monument aux morts lors des commémorations de l’Armistice avait ressurgi de sa mémoire : - Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie -

Victor Hugo ? Oui, pourquoi ne pas choisir de parler de ce grand écrivain ?

Cosette, Jean Valjean, Esméralda, Notre Dame de Paris… n’avaient plus de secret pour la bonne lectrice qu’elle était malgré son jeune âge, tandis que l’article détaillait la vie du grand auteur… en combinant tout cela elle allait pouvoir rédiger un texte sur une ou deux pages pour le cours de français.

Sais-tu ce que Victor Hugo disait de notre vallée ? avait demandé son père qui, sans attendre de réponse, avait poursuivi : C’est la plus ravissante vallée qu’il y ait au monde, en été, par beau jour, avec le ciel bleu, c’est quelquefois un ravin, souvent un jardin, toujours un paradis. (clic)

Paradis, paradis ! Il y allait fort ce monsieur Hugo ! Pour l’heure, il lui fallait travailler dans ce paradis si elle voulait avoir une bonne note.

Où trouver quelques illustrations pour agrémenter sa dissertation ? Un encart avait attiré son attention, il concernait un musée consacré à l’écrivain et situé à Paris, Place des Vosges, dans un immeuble où, jadis, Victor Hugo avait occupé un appartement. Paris ! Une fois de plus elle s’était mise à rêver…

Un jour, elle se le promettait elle visiterait la capitale française…

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La dissertation avait intéressé ses condisciples et le professeur l’avait félicitée d’avoir pris la plume pour contacter la direction du musée. Si les quelques feuillets envoyés en retour n’avaient pas vraiment répondu à son attente naïve, la lettre manuscrite qui les accompagnait et signée par la conservatrice en personne lui semblait un sésame précieux puisque cette dame la conviait à visiter le musée et à signaler son passage.

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Bien qu’elle se soit rendue à deux reprises dans le Marais, elle n’avait jamais foulé le sol de la Place des Vosges.

Peut-être, cinquante ans après cette invitation, serait-il temps d’y songer ?

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Rédigé par Mony

Publié dans #Un peu de moi par ci par là, #Moments de vie

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