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Publié le 23 Juillet 2017

Je me rappelle fort bien comment j’ai cessé de peindre, ce fut de façon toute naturelle, sans effort, sans regret. Pour moi, l’ouvrage était terminé voilà tout. Et l’ouvrage, le bel ouvrage ça me connaît, jamais je n’ai rechigné à la tâche, jamais je n’ai bâclé le travail ou supporté la moindre imperfection. Je me rappelle fort bien ! C’était un jeudi de septembre, le 24 pour être précis et aux infos on venait d’annoncer le vol d’un tableau de Magritte. L’Olympia ! La représentation d’une jeune femme blonde aussi jolie et naturelle qu’Hélène, ma compagne depuis dix ans. clic

 

Ah ! Hélène ! Le bon goût fait femme ! Perfectionniste elle aussi et tellement classe. C’est grâce à elle que d’une vieille ferme abandonnée a jailli une maison si bien agencée qu’elle a fait l’objet d’un reportage dans l'émission "Bicoques Magazine" La gloire pour Hélène ! La fierté pour moi.

Pourtant, dans une séquence, notre chambre à coucher paraissait un peu terne et Hélène a suggéré d’en revoir l’agencement de fond en comble. Elle a pris des mesures, fait des plans et, passionnée, a couru de gauche à droite, passant d’un magasin de meubles à une boutique de décoration.

 

Quand tout fut choisi jusqu’aux moindres détails, je me mis à l’oeuvre. Vider et déménager les meubles, dépendre les tentures, protéger, décaper, reboucher, poncer, étendre une couche primaire, tout s’enchaînait avec bonheur et le soir, la chambre d’amis était pour nous un nid douillet, une douce escale amoureuse.

Pour les murs, Hélène avait opté pour un ton de bordeaux profond et chaud. Après en avoir peint deux couches, le résultat était très harmonieux mais ma Belle, soucieuse, le front plissé, se questionnait "du parme ne donnerait-il pas plus de vie, de gaieté ?" Un petit essai de cette nuance a conclu dans ce sens et, le rouleau à la main, j’ai à nouveau transformé le décor. Je me rappelle fort bien, ce ne fut pas facile d’obtenir ce parme tendre et lumineux sans que transparaisse la moindre trace de bordeaux. Trois week-ends se sont enchaînés et ce jeudi 24, premier jour de R.T.T. de l’année, j’ai enfin pu nettoyer le rouleau et les pinceaux.

 

Je me rappelle fort bien de cet instant, c’est l’instant aussi où Hélène est sortie de la salle de bain, nue, désirable comme une déesse et sa voix, je m’en souviens fort bien, trop bien. Si douce quand elle a dit "tu sais, au fond, je préférais le bordeaux"

 

Alors, Monsieur le Juge, ce fut de façon naturelle, sans effort, sans regret que j’ai serré son joli cou pour qu’enfin elle se taise.

 

Depuis, je n’aime plus Magritte.

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Pour Mil et une - 23/07/2017 -  clic

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Publié le 5 Juin 2017

- Et pourquoi pas un karaoké ?

- Ouais, chouette idée !

 

Tous les potes se sont retrouvés le 25 à 21 heures chez Billie, rue d’Harscotte. Quand Léa est arrivée à son tour, les yeux bandés et guidée par Julie, tout ce petit monde a entonné "Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, Léa, joyeux anniversaire !"

Léa, ravie, a découvert le lieu dédié à la musique, au chant, à la convivialité.

 

Marine a scandé : Giova, une chanson ! Giova, une chanson ! Suivie aussitôt par les copains soulagés de n’être pas le premier cobaye à se présenter micro à la main sur la petite estrade.

Giovanni, très sérieux, a feuilleté le catalogue de karaoké et toujours aussi sérieux a entonné une chanson italienne à vous arracher les larmes des yeux. Applaudissements !

 

Marie encouragée par ce premier succès s’est risquée à une parodie-medley des succès de Chantal Goya. L’assemblée a embrayé au premier couplet et s’est retrouvée instantanément sur les bancs de l’école maternelle. Heureuse régression sans aucun complexe. Mission réussie.

 

Comédies musicales, hits oubliés, numéro un mondial, chansons cultes ou à la guimauve se sont succédés avec plus ou moins de bonheur entre papotages et tournées servies par Billie.

 

Léa ! Léa !

La reine de la fête a chuchoté un nom, un titre. Tous se sont tus, surpris par la voix puissante et juste de leur amie. En face d’eux, Adèle et son Someone Like You prenait possession de l’espace.

Léa, paupières closes, était toute à la musique.

 

Dès la dernière note, les bis ont retenti scandés par un tintamarre de chaussures cognant le plancher. Léa, un peu étonnée de son succès ne s’est pas fait prier et a repris la chanson.

 

Mais pourquoi avait-elle aperçu une lueur navrée dans le regard de son amie Julie, son éternelle complice et pourquoi certains affichaient-ils un sourire ironique ?

 

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Les réponses à ses questions ont surgi, inattendues, le lendemain de la fête.

Sur les réseaux sociaux circulait une vidéo intitulée "Comment saccager son idole en 4’44'' chrono" se moquant du déplorable accent anglais de Léa.

Qui l’avait postée ?

Léa, blessée, pensa à Brice son ancien amoureux évincé et rancunier…

 

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Malaise, regards fuyants, fausse compassion, rires s’éteignant dès qu’elle apparaissait... Léa fit rapidement le tour de ses vrais amis et toujours elle put compter sur leur soutien.

 

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Un an an s'est écoulé depuis cette soirée d’anniversaire. Léa resplendissante se saisit du micro et dans une interprétation parfaite donne une nouvelle vie à la chanson d’Adèle.

Piquée au vif dans son amour propre la jeune femme a suivi avec succès une formation accélérée en anglais et dans la foulée a décroché grâce à elle son premier boulot.

 

Quelques fois, les moqueries font des merveilles…

 

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Pour Mil et une en mai 2014 - clic - - source image - clic

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Publié le 20 Mai 2017

Le paquet cadeau posé sur son paillasson était si petit qu’elle avait failli marcher dessus en sortant de l’appartement. Un reflet de la lampe éclairant le hall avait heureusement fait briller la ficelle et le nœud argentés ce qui avait attiré son attention.

Tout en fourrant le paquet dans sa poche elle se posait des questions. Un cadeau ? Pour elle ? De qui ? Pourquoi ? En entrant dans l’ascenseur elle résista à l’envie d’abandonner cet intrus sur le palier. A hauteur du sixième, elle commença à déchirer le papier cadeau, au quatrième elle tenait au creux de sa main un étrange cube noir qui, à croire les indications inscrites sur ses faces, répondait au nom de Grafanette et allait lui changer la vie.

Changer sa vie, la vie de Mathilde Ducré ? Vie banale de retraitée divorcée, vie toujours chiche à son égard, vie bof ! bof ! comme elle le pensait souvent en la comparant à celles étalant leurs fastes dans les médias.

Juste avant d’arriver au rez-de-chaussée, Mathilde, curieuse, avait appuyé sur le petit bouton situé au centre de la face supérieure du cube. L’ascenseur s’était arrêté portes ouvertes et la retraitée n’avait constaté aucun changement dans sa vie. Pourtant quand en cette veille de Noël elle fit l’effort de saluer son voisin, celui-ci, fada de décibels et de musique électro l’empêchant régulièrement de fermer l’œil, sembla l’ignorer.

De même le pékinois toujours énervé de Madame Blanchard, celui dont pas un jour ne se passait sans qu’il ne renifle et ne bave sur ses chaussures, passa indifférent à sa présence en tirant au bout de sa laisse sa maîtresse tout aussi indifférente.

Pour le fada, le toutou et sa mémère et pour tout un chacun dans la ville Mathilde était devenue transparente !  Prise au jeu de la Grafanette, elle en profita tout son soûl. Coquine, elle tira la langue au buraliste toujours aussi aimable qu’une porte de prison ; au bar Du Relais, elle embrassa à pleine bouche le bel Armand qui jamais n’avait daigné jeté un regard sur elle. Le bel Armand se frotta les lèvres d’un air ahuri tandis que sa femme le houspillait d’un «Arrête de rêvasser, Armand, les anges ne feront pas le travail ! Sers un ballon de rouge à Monsieur»

Mathilde visita avec délectation une expo dont le prix d’entrée était bien au-dessus de ses faibles moyens, elle « emprunta » ici un millefeuille, là un flacon de parfum ou un livre. Au hasard des rues, elle croisa son ex-mari et lui fit un savant croche-pied. Elle s’attarda à observer le SAMU venu le secourir et entendit « c’est probablement une fracture, Monsieur »

En fin de journée, la ville se fit plus calme et Mathilde Ducré rentra chez elle, les bras chargés mais la conscience trouble.

Alors seulement lui revint en tête le mystère de ce cadeau. D’où provenait-il ? D’autres personnes pouvaient-elles bénéficier des pouvoirs d’une Grafanette ? Pourquoi et qui lui en avait offert une ? De plus en plus mal à l’aise elle avait à nouveau appuyé sur le bouton de la Grafanette afin de revenir au plus vite dans la vraie vie, loin des utopies.

Un détail la taraudait : suis-je seule dans mon appartement ?

Et de tout le réveillon elle questionna d’une voix chevrotante : Y a quelqu’un ?

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Pour Mil et une en janvier 2017 - clic

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Publié le 10 Mai 2017

Mil et une nous proposait cette superbe peinture d'Emile Claus que j'ai eu le bonheur d'admirer au musée de La Boverie à Liège. Voici ce qu'elle m'a inspiré...

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Lisa s’assied sur le banc à l’ombre du buisson. Quelques lignes de tricot et imperceptiblement elle s’éloigne du quotidien. Pourtant, le roucoulement répétitif d’une tourterelle la déconcentre finalement des mailles à compter et du motif à répéter. Le bourdonnement des insectes, chœur joyeux de l’été, semble l’inviter à sa suite. Pieds nus, Lisa se rend à la limite de la pelouse, là où une petite clôture sépare l’herbe du potager.

Avec une pointe d’émotion inattendue, elle observe Emile, son vieux compagnon de route, sarcler à reculons les carrés de légumes. Ses gestes semblent précis et le va et vient de l’outil élimine les mauvaises herbes sans pitié.

Epinard, céleri, petits pois, haricots, courges de toutes sortes, poireaux, carottes…

Quelle opulence ! Jamais nous n’arriverons à consommer tout cela !

Lisa hausse les épaules. Peu importe, les voisins, les amis, profiteront eux aussi de légumes tout frais et cultivés sans produits chimiques. Emile se sent si bien les sabots aux pieds dans la terre brune et c’est le plus important.

- Emile, je rentre préparer le dîner. Peux-tu récolter deux bonnes poignées de haricots et me les apporter ?

Emile sursaute, relève la tête, l’agite de haut en bas.

- Oui, oui ! fait-il en direction de Lisa.

Lisa soupire, ne peut réprimer une grimace, moue entre le sourire et les pleurs puis elle s’empresse de ramasser son tricot, d’enfiler ses mules et de rentrer.

Le chat miaule, se frotte à ses jambes attiré par l’odeur de la viande qui mijote dans la cocotte.

- Ecoute, voilà ton maître. L’entends-tu, il enlève ses sabots ?

Le chat, indifférent au jardinier, sort au soleil, l’heure de son repas n’a pas encore sonné.

Dans l’ombre de la cuisine Lisa observe à nouveau Emile, ce géant musclé, planté hagard sur le seuil, un pot de fleurs sur le bras. Pas de haricots en vue… évidemment… il a oublié… une fois de plus…

- Rentre, Emile, le repas est prêt ! Oh, merci pour ta gentille attention. Ces fleurs sont d’un rouge si vivant. Je pose le pot sur le guéridon, regarde comme c’est joli.

Sur la table, un plat fumant de haricots parfumés d’ail est prêt à être dégusté.

Ce matin, à l’heure de la rosée, alors qu’Emile dormait encore, Lisa les a récoltés au potager faisant fi du claustra invisible qui la sépare désormais de lui.

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Publié le 7 Avril 2017

Je la voyais venir avec ses gros sabots, la Berthe.

- Patrick, j’ai besoin d’un coup de main pour déplacer un meuble !

Un meuble ? Sacrée Berthe ! C’est un chambardement total de son mobilier qui était au menu du jour et, bah, je l’aidais la Berthe. Il y avait pire comme marotte et comme voisine…

 

Au régiment aussi j’étais de corvée. Le Major ne voulait que moi au volant de son véhicule, décrétant que j’avais le coup d’œil pour me faufiler dans les files et déjouer les pièges de la circulation. Une sinécure ? Détrompez-vous ! Entre ce que je voyais et ce que je pourrais vous en dire, il y a un fossé. Pas si sages les rendez-vous galants du Major, même en pleine période de manœuvres…

 

Au bureau ce fut une poudrière prête à sauter quand je découvris les comptes truqués du comptable. Sans vous et vos yeux de lynx, cher Patrick, c’était la faillite assurée et le scandale dans le canton, m’avait avoué le boss. Une prime rondelette reçue en récompense m’avait permis de monter ma propre entreprise. Petite, oui, mais bien à moi…

 

Depuis, je vivais au grand air. Les arbres à élaguer ne manquaient pas dans la région et la grimpe avait toujours été mon sport favori. Le danger ? J’étais équipé d’un matériel d’une sécurité à toute épreuve. Jamais eu le moindre accident ! Je vérifiais tout, me fiant à mon regard aguerri…

 

Comment je suis arrivé ici, aux portes du paradis ? Je ne le sais exactement. J’étais sur un épicéa géant, cela je m’en souviens… Un météore n’aurait pas fait plus de dégât… scalpé, amputé des deux jambes… Comment ? Une caisse tombée d’un avion ?

 

Si vous le dites, Saint Pierre ! Moi, je n’ai rien vu venir !

 

Je peux entrer ?

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Pour Mil et une en avril 2017

 

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Publié le 18 Mars 2017

Devan coupa le moteur et s’étira longuement. La climatisation défaillante de sa vieille Dodge avait rendu suffocants et pénibles les cent cinquante miles parcourus au travers de la plaine monotone. Là-bas, au loin derrière les montagnes, le Pacifique semblait se deviner à la teinte du ciel et Devan rêva un instant d’une baignade dans ses eaux qui toujours l’attiraient.

 

Quand, son coffret de jeu sous le bras, il pénétra dans le Dante’s Rock, le changement brutal de température le fit tousser et éternuer. Jurer aussi intérieurement contre cette angine laryngée contractée dans l’enfance et qui le fragilisait encore et toujours, l’obligeant à porter des foulards quelle que soit la saison.

Le restoroute était calme à cette heure de l’après-midi, le coup de feu viendrait plus tard quand les routiers, la fringale au ventre, rangeraient côte à côte leurs bahuts, assoiffés eux aussi. Au comptoir, Devan commanda une bière et les lèvres trempées dans la mousse il parcourut la salle du regard. Deux femmes à l’âge incertain papotaient joyeusement en dégustant des bretzels, indifférentes au calumet et aux tambourins suspendus au mur au-dessus d’elles. Mais Devan, sensible depuis toujours à la culture indienne, admira ces objets avec un brin de nostalgie. A deux tables de là, un couple d’amoureux se bécotait, gourmand et peu discret. Aucun cataclysme n’aurait pu, semblait-il, l’empêcher de roucouler de bonheur.


Sa bière terminée Devan regarda sa montre. Quatorze heures quarante-cinq ! Le rendez-vous était fixé à quinze heures. D’ici, Devan pourrait observer l’arrivée de Alo, le jauger avant de se confronter à lui. A quoi ressemblait-il ? Cela faisait six mois qu’ils se combattaient par écran interposé et toujours Alo avait le dessus et remportait les mises. Pourquoi ce joueur lui avait-il lancé le défi de le rencontrer pour faire une partie yeux dans les yeux ?
Pourquoi, lui, Devan, avait-il accepté le face à face qu’il ne pouvait que perdre ? Revenir dans cette région quittée depuis plus de douze ans l’avait-il influencé davantage que le désir de revanche ? Et s’il reprenait la route en sens inverse, qu’il prétextait un empêchement de dernière minute pour excuser sa désertion ? Non ! Lui, l’ancien baroudeur, n’allait pas s’aveulir à la fuite avant la bataille.


Pourtant un malaise s’installait en lui, il devait bouger, nerveux. Dans la véranda, un presque adolescent sirotait d’une main un Milk-shake aux fraises et de l’autre pianotait frénétiquement sur un écran tactile. Devan eut un pincement au cœur quand le garçon se redressa et laissa entrevoir davantage le devant de son tee-shirt sur lequel était inscrit en grandes lettres vermillon "My Name is Alo" Leurs regards se jaugèrent intimidés et pourtant proches, si proches…
Les jambes coupées par l’émotion Devan se retrouva assis face à son clone, à cet ado qui lui ressemblait tellement hormis les yeux si particuliers. Des yeux qui à présent se dirigeaient vers une femme, belle, si belle…


C - 4 Destroyer coulé !
La voix de Donoma résonnait dans la mémoire de Devan. La voix de jadis, quand ils jouaient à d’interminables parties de combat naval, la voix qui a présent disait : voici ton fils, Devan. Alo, voilà ton père !

Elles étaient loin soudain les années de vagabondage, loin les hésitations, les fuites en avant. Le cœur de Devan, depuis trop longtemps miné par ses regrets d’avoir abandonné sa compagne pour parcourir le monde, se trouvait à présent délivré de la lourde herse qui l’entravait et la joie éclata, folle, libératrice.


Et contre ce cœur battant la chamade Devan serra Alo et Donoma, la jolie indienne qui avait su le retrouver via le Net et le guider habilement vers eux !

 

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Pour Mil et une en janvier 2014 - logorallye clic

 

 

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Publié le 19 Février 2017

Maman ! Grâce à elle, j’ai découvert l’univers de la musique classique.

C’était son jardin, son refuge. Elle possédait quelques 33 tours… Oh ! Pas beaucoup mais ils tournaient en boucle les soirs où Papa était retenu à la cave par sa passion du modélisme.

Moi, dans le fauteuil, je lisais.

Elle, assise à la table, tricotait ou brodait.

Et tour à tour, Bach, Haendel, Mozart, Saint-Saëns ou Tchaïkovski nous enrobaient d’arpèges de velours.

Bonheur simple, simple bonheur.

Pour mes dix ans, elle m’emmena au grand théâtre où un quintette à cordes se produisait en concert. Pour cette sortie exceptionnelle elle m’avait confectionné une robe en fin drap bleu ciel et avait crocheté un grand châle ivoire à porter sur la simple robe noire qu’elle revêtait aux grandes occasions.

Juchées tout là-haut dans le poulailler, nous avions une vue d’ensemble de la bonbonnière et si les musiciens nous paraissaient bien petits, la musique, somptueuse, atteignait sans peine notre perchoir.

Je me souviens du visage heureux de Maman ce soir là ! Doucement, elle avait pris ma main et l’avait portée à sa joue.

Pourquoi cette osmose s’était-elle évaporée au fil du temps ?

L’adolescence et ses besoins impérieux m’avaient fait préférer d’autres musiques, d’autres lieux de rencontre ; la vie d’adulte, vertigineuse et urgente, me tenait éloignée de ma ville natale et de Maman, veuve à soixante ans.

"La vie est un morceau de musique. Vis ta partition" me disait-elle.

 

Ce matin, j’ai enregistré ses morceaux préférés et dans sa chambre je les lui ai fait écouter, sa main serrée dans la mienne.

L’osmose était-elle au rendez-vous, la musique l’a t-elle aidée à tracer sa barre de fin ?

 

Du fond de mon brouillard, j’ai besoin d’y croire…

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Peinture de Raoul Dufy - clic  --  Pour Mil et une en octobre 2011

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Publié le 24 Janvier 2017

Il m'est amusant et intéressant de relire après quelques temps l'une ou l'autre de mes petites peintures avec mes mots. Ici et là, je découvre mes petites manies ou travers.

Aujourd'hui ce sujet  m'inspirerait-il cet univers ? Serais-je plus brève ou parlerais-je à la première personne ? Quelques questions me traversent l'esprit mais mes petites peintures vivent leur petite vie et je n'y fais pas de retouche.

Le texte ci-dessous, inédit sur ce blog et écrit pour Mil et une, date de mars 2013. Près de quatre ans déjà !

      Gisel est rentrée à dix-huit heures le cœur au bord des lèvres. C’est à peine si elle a pu lancer un « buenas tardes » à l’adresse des joueurs de dominos attablés à même le trottoir. Rodolfo, son père, comme toujours entièrement accaparé par une discussion sans fin, ne s’est pas aperçu de son retour. Romario et son cousin Silvio ont vaguement répondu d’un « saludo » distrait. Seul Angel, le quatrième joueur, a détourné la tête du jeu et l’a transpercée de son regard de braise.
 
Angel… Angel son amoureux depuis l’enfance… Angel qui a réussi de brillantes études et qui, faute de mieux, se contente de petits jobs précaires. L’aime t-elle encore ? Elle en doute.
 
Cuisine, routine.
 
Non !
 
Nauséeuse, Gisel abandonne les casseroles et va s’étendre dans le salon. Au dehors, les voix se mélangent, irritée pour l’un, moqueuse pour un autre. Le tac-tac cadencé des dominos frappés contre leur support rythme la partie, âpre comme toutes les parties. Qui va emporter la donne en finale ?
 
Gisel a mal au cœur, au ventre. Elle n’en peut plus de faire semblant… Comment dire à son père son vécu ? Depuis le départ de sa femme, Rodolfo la considère comme sa bonniche plus que comme sa fille. Où est sa mère à présent ? Pourquoi les a-t-elle abandonnés ?
 
Tac-tac font les plaquettes…
 
Clic-clac faisaient les instruments du docteur Garcia le matin à la clinica.
 
Gisel se revoit à l’arrêt du bus. Pas celui habituel pour l’usine à cigares, celui pour la petite ville voisine.
 
10 heures, clinica, service obstétrique – IVG prévue à 10h30’
 
Tac-tac… clic-clac
 
Gisel les yeux fermés envoie Miguel, le contremaître, au diable. Pourquoi l’a t-il violée ce barbare ? Pourquoi devoir subir ces tourments par sa faute à lui qui se gausse de ses conquêtes forcées ?
 
La voix de Rodolfo se fait plus vive, le rhum qu’il consomme entre chaque partie de dominos le rend peu à peu agressif. Pourtant, il était si doux naguère…
 
Tac-tac… Gisel reforme en pensée un joli serpent aux points noirs, lentement il zigzague sur la table de la cuisine au gré de sa fantaisie et Rodolfo, son père, la regarde faire en souriant puis sagement elle range les dominos dans la boîte, Maman doit dresser la table…
 
Tac-tac… Gisel est fatiguée… dormir… Maman ? demain Gisel s’enfuira à La Havane… dessiner, peindre, danser, rire… la vie sera belle… Maman ? si fatiguée…dormir…le serpent aux points noirs…
 
Rodolfo d’un cri de plaisir victorieux clôture le jeu en empochant la mise. C’est l’heure du repas et il a faim. Pourquoi sa fille ne l’appelle t-elle pas comme d’habitude ?
 
Mam… ?
 
Une mare de sang tâche la robe de Gisel et le tissu du divan.
 
La jeune femme git livide comme la mort qui insidieusement l’a saisie.
 
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                                    source image - clic - pour Mil et une en 2013 - clic

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Publié le 1 Février 2015

Dès le début de leur cohabitation ils décidèrent que leur maison serait ouverte à tous.
Rester cloitrés dans leur bulle sans rien offrir ne correspondait pas à leurs caractères sociables et cordiaux. Ainsi, amis, famille et, un à un, trois enfants furent accueillis dans la joie et la bonne humeur. Les rires éclatèrent au gré des jeux, chansons ou repas partagés en toute simplicité.
Etaient-ils heureux ?
Les mois, les années s’écoulèrent, nul ne se posa la question.

Un grain, un simple grain de sable enraya, un matin, les rouages bien huilés.

- Je pars, n’essaye pas de me retenir.

Il s’éloigna avec un maigre bagage. Etait-ce tout ce qu’il emportait de leur vie commune ? Où allait-il ? Avec qui ?

Pourquoi ?

                  Pourquoi ?...

                                        Pourquoi ?......

Les interrogations restèrent sans écho. Seul un vent triste s’engouffra par tous les interstices de son cœur de femme et sans cesse le lamina. Moins de rires, plus aucune chanson… Mal à l’aise, les amis se détournèrent, la famille se fit plus rare et les enfants s’éparpillèrent au gré de leur propre vie qu’ils entrevoyaient légère. Le jardin tourna en friche, les peintures s’écaillèrent, les portes et fenêtres gémirent, sinistres, et les grains de sable, abrasifs, s’accumulèrent insidieusement jusqu’à prendre toute la place.

Alors, dans un sursaut salutaire, elle prit conscience qu’elle était seul maître de sa destinée et sans un regret elle abandonna ce lieu devenu sinistre et partit à l’aventure bien décidée à faire de sa vie une belle vie.

Ecoutez bien ! L’entendez-vous chanter ?

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Pour Mil et une - clic Image : Damien du Toit - clic

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Publié le 28 Décembre 2014

Ligne 48, c’est celle qu’elle emprunte tous les mercredis. Départ chaque heure quinze de la Place d’Armes.

En faisant un signe de tête au chauffeur, qui en retour la salue ou l’ignore, elle introduit le billet dans le composteur puis tente de se faufiler vers une place libre. Parfois, elle patiente debout en tanguant d’une jambe sur l’autre pour garder l’équilibre mais aussitôt qu’elle le peut, elle s’assied, soulagée. Autour d’elle, les gens ont encore du sommeil plein le regard.

Celui-ci, assis à ses côtés, sa tablette sur les genoux, lit ses messages et y répond avec une dextérité qu’elle admire. Ces mots qui surgissent comme par magie du bout de doigts la laissent songeuse… doux, secs, brefs, amour ou désamour ?

Un pleur d’enfant lui fait tourner la tête vers une jeune femme penchée sur une poussette. Une berceuse discrète tente en vain de calmer le petit. Certains soupirent, dérangés dans leurs derniers moments de pseudo repos de la matinée. Elle, elle sourit à la mère et agite les mains pour attirer l’attention du bébé…ainsi font, font, font les petites marionnettes…

Le véhicule stoppe brusquement et elle est projetée en avant. Finies les marionnettes, l’enfant et sa mère descendent du bus, aidés par un ado mâchant un chewing-gum d’une bouche goulue et indiscrète.

Arrêt après arrêt, l’environnement se modifie, la ville fait peu à peu place à la banlieue puis à une zone d’activité industrielle. Un coup de frein, une accélération, virages à gauche, virages à droite, ronds-points se succèdent. Les passagers se diversifient puis doucement à l’approche de la campagne se raréfient pour réapparaitre aux abords d’une petite ville.

Le trajet s’achève au bout d’une heure vingt et quand le bus s’arrête pour une pause de dix minutes avant de se remettre en route dans le sens inverse, elle est quasi la seule à en descendre.

D’un pas assuré, elle se dirige vers l’unique café-restaurant du bourg où elle commande un café et un croissant chaud. Si un quotidien traîne sur une table ou que le patron est en verve, elle reste là à lire ou discuter mais immuablement à onze heures elle se rend au cimetière.

Quiconque l’aperçoit immobile face à une tombe déjà ancienne ne peut deviner le monologue dont elle abreuve son cher compagnon trop tôt parti en la laissant désemparée.

Suivant la météo, elle dîne ensuite dans le parc d’un pique-nique emporté avec elle ou s’offre une omelette baveuse de retour au café-restaurant. Parfois, elle se promène jusqu’à son ancienne maison où elle vécut heureuse. En passant, elle ne peut s’empêcher de remarquer des petits détails qui la troublent : de nouveaux stores, un jouet oublié sur la terrasse, la pelouse qui mériterait une bonne coupe, un chat roux qui ne répond pas à son appel… D’autre fois, elle rend visite à une connaissance ou à une lointaine cousine et s’attarde jusqu’en fin d’après-midi.

Au fil des saisons, elle retrouve la grande ville encore bourdonnante sous le soleil baignant les terrasses ou animée par les phares des véhicules circulant dans la nuit et par les mille feux des fenêtres d’immeuble éclairées.

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Ligne 48, un mercredi matin.

La dame ne patiente pas à l’arrêt de bus Place d’Armes.

Que s’est-il produit dans le quotidien de cette personne à la silhouette menue et cependant distinguée ?

Pourquoi n’est-elle pas fidèle à son rendez-vous hebdomadaire ?

Pourquoi s'est-elle éclipsée ?

Qui s’en souciera ?

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Pour Mil et une - clic - photo Wikipédia

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Publié le 11 Septembre 2014

 

C´est l´amour à la plage (aou, cha-cha-cha)

Et mes yeux dans tes yeux (aou, aou)

Baisers et coquillages (aou, cha-cha-cha)

Entre toi et l´eau bleue (aou, aou)

                                                                      Niagara - clic

Et "deux-trois, quatre et un et deux-trois, quatre et un…" la voix de Papy me guide et moi, je fredonne "aou, cha-cha-cha"

Papy, c’est lui qui organise chaque mois une après-midi dansante ouverte à tous. Aujourd’hui, il a promis de m’apprendre à valser comme dans "Danse avec les stars"

Pendant que je reprends mon souffle et bois un jus d’orange, il est à nouveau sur la piste de danse avec Mamy.

- Tes grands-parents sont les rois du tango, me dit madame Alice assise à mes côtés et je m’en sens toute fière.

Madame Alice, c’est l’amie de Mamy. Elle est gentille et m’offre souvent des caramels. Tout à l’heure, j’ai entendu Mamy recommander à Papy de ne pas oublier d'inviter son amie à danser et Papy a levé les yeux au ciel en disant "cela fait plus de quarante ans qu’Alice fait tapisserie"

Quarante ans ! Elle doit être immense cette tapisserie !

- Combien mesure votre tapisserie, madame Alice ?

J’ai dû parler fort pour me faire entendre mais madame Alice semble ne pas me comprendre.

- Ma tapisserie ? demande-t-elle, étonnée.

- Oui, celle que vous faites depuis quarante ans. C’est Papy qui en a parlé…

Madame Alice ne me répond pas. Son visage devient pâle puis tout rouge. Sans un mot, elle prend son sac et quitte la salle. Est-elle malade ou a-t-elle envie de rentrer rapidement chez elle pour continuer à tisser ? Peut-être veut-elle battre le record de la tapisserie que j’ai découverte à Bayeux l’année dernière avec mes parents ?

- Où est Alice ? demande Mamy.

Mais déjà, Papy, infatigable, m’emmène dans un " un, deux, trois ; un, deux, trois…

Papy, c’est ma star ! 

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Pour Mil et une - semaine 37 / 2014       Source image : Wikipédia

Danse avec les stars

La tapisserie animée avec sous titrage en français - clic

La tapisserie décrite sur Wikipédia - clic

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Publié le 4 Septembre 2014

 

Les poules picorent, se disputent un ver de terre en caquetant, énervées.

Eux ne disent mot.

Agenouillés sous un pommier ils trient les fruits récoltés.

Parfois, leurs têtes se rejoignent et pendant un trop court instant le temps semble suspendu.

Il lui vole un bisou.

Elle soupire.

D’un pas majestueux, le coq les contourne et va rejoindre ses belles emplumées.

De la grand route là-bas leur parvient un bruit inhabituel, étrange bourdonnement de ruche affairée.

Un toussotement.

Leurs deux visages se redressent, surpris de ne pas être seuls au monde, dans leur monde.

Deux yeux enfiévrés, des lèvres qui quémandent.

Ils offrent chacun quelques pommes, désignent le puits à gauche dans la cour, les cabinets adossés à l’étable et reprennent leur tâche.

A son tour, il soupire. Saura-t-elle se débrouiller seule avec le troupeau, la traite ? Comment va-t-elle-s’en sortir ? N’était-elle pas en danger avec toutes ses personnes inconnues qui défilent jour et nuit en direction du sud ? Combien de temps durera cet exode ? Comment la protéger ?

Elle se veut forte mais tremble pour lui. Elle n’a jamais quitté le canton, comment dès lors situer cette ville où il est appelé à se présenter le lendemain ? Lui écrira-t-il ? Et s’il l’oubliait ?

En début de soirée il ira avec le cheval et la charrette amener les fruits chez Jean. Jean et son pressoir, Jean trop âgé pour être appelé sous les drapeaux, Jean qui bientôt se retrouvera seul homme dans le hameau…

Elle, elle disposera les plus belles pommes au frais dans la resserre, imaginera l’immense tarte dorée qu’elle cuira pour fêter son retour.

La nuit les unira une dernière fois. Baignés de cette odeur acidulée dans laquelle ils ont été plongés depuis l’aube ils n’auront pas conscience que c’est elle qui jaillira à leurs narines dans les moments de doute ou de désespoir.

A l'aube, le coq lancera fièrement un cocorico sonore.

Alors la guerre sera là, si proche soudain…

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Pour Mil et une - clic   -  Peinture de Emile Claus - clic

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Publié le 10 Août 2014

Un royaume à la MagritteUn royaume à la MagritteUn royaume à la Magritte

A la Meute, y a pas d' jambe de bois,

Y a des nouilles mais ça ne se voit pas

La meilleure façon d'marcher,

C’est bien sûr la nôtre,

C'est d' mettre un pied devant l'autre

Et d' recommencer !

Pourquoi a-t-il continuellement ce seul refrain en tête ?

Chambre 220, au fond du couloir, à gauche, c’est son royaume à lui Julien Leblanc. Un royaume à la Magritte. N’est-ce pas surréaliste cette télé dévidant sans cesse les archives d’Eurosport : F1, rugby, curling, cyclisme…, le tout entrecoupé de quelques directs ou d’immenses plages de pubs ? Et lui, Julien Leblanc, voguant d’un somme à une rêverie, Julien le grand sportif au régime alimentaire strict, condamné dorénavant à engloutir rapidement quelques bouchées de poulet mi-cuit ou de merlan noyé de graisse qu’une aide-soignante lui présente tout en déballant déjà la tranche de glace napolitaine aux couleurs douteuses, lui, Julien, n’est-il pas à lui seul un chef d’œuvre surréaliste en péril ?

A la Meute, y a pas d' jambe de bois,

Y a des nouilles mais ça ne se voit pas

Ce serait surprenant, voire hilarant de tout à coup entonner ce refrain si ce n’était aussi frustrant de ne plus pouvoir émettre un son. Comment dire à Madeleine qu’elle est toujours aussi belle et chère à son cœur ? Madeleine et son discret parfum d’ancolie qu’il hume de tout son être quand elle se penche sur lui pour redresser son long corps qui doucement s’affaisse.

« Il ne manquerait plus que tu tombes » est son leitmotiv, son obsession. Comment pourrait-il tomber plus bas que le bas-fond où il se trouve désormais ? Madeleine, son amour, ne l’a-t-elle pas encore compris ? Ne sont-ils pas comme ses amants (ph.1) aux visages voilés, séparés par un caprice de la vie ?

A la Meute, y a pas d' jambe de bois,

Y a des nouilles mais ça ne se voit pas

Magritte a-t-il été scout lui aussi ? Julien aime imaginer l’artiste enfant… Avait-il déjà en lui ce don de voir le monde au travers d’une autre lucarne ? Aimait-il davantage le bleu que le rouge, le jour que la nuit ? A-t-il passé une partie de ses étés dans un camp à la campagne, vécu de manière rudimentaire mais tellement captivante ?

A la Meute, y a pas d' jambe de bois,

Y a des nouilles mais ça ne se voit pas

Aujourd’hui, la meute est bien loin mais Julien y puise toujours une grande force d’âme et ce n’est pas un énième set de tennis se jouant sous ses yeux qui l’empêchera de rêver et de s’évader vers des cieux azur. Entre en scène (ph.2), Julien, deviens oiseau blanc et va rejoindre les grands vols de grues. Avec elles migre au pays des miracles (ph.3).

Chambre 220, au fond du couloir à gauche, Julien Leblanc pour un moment se sent bien.

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Musée Magritte - clic   -  Magritte Gallery - clic

Pour Mil et une - sujet de l'été - logorallye - clic

(voir, rouge, glace, grues, etes, sommes, meute, set, tombes, hilarant, merlan, ancolie)

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Publié le 2 Août 2014

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Elle s’était réveillée blottie dans ses bras, avait quémandé l’heure à la montre qu’il portait nuit et jour au poignet droit. Lui, dans un soupir, avait émis - trop tôt, encore sommeil - et il avait desserré son étreinte la laissant s’échapper vers la cuisine. Le percolateur émettait ses derniers borborygmes quand la sonnerie de l’entrée avait retenti suivie par des tambourinements vigoureux contre la porte de l’appartement. Elle, figée, une tasse vide à la main. Lui, debout dans un sursaut, affolé.

Cinq képis, cinq armes, cinq faces fermées. Un papier brandi, un ordre bref - on l’emmène. Un dernier regard, une porte close.

Depuis ce matin de printemps, elle est sans nouvelles de lui. Comme des centaines d’autres personnes elle attend en vain une réponse à ses questions - Pourquoi lui ? Qu’a-t-il fait de mal ? Quel sort lui réserve-t-on ? Quand le reverrais-je ? Sera-t-il toujours le même ? Et de jour comme de nuit, elle rôde sur les trottoirs, s’approche négligemment de ce haut mur surmonté de barbelés qu’elle voudrait cisailler, travailler en une rangée de perles, façonner en un cœur brillant.

Quand parfois, au hasard du soleil ou de la lune, son ombre se projette sur l’appareillage de vieilles pierres, elle se tétanise. Il est là face à elle. Ils sont reflets, tendres, amoureux. Ils sont trompe-l’œil, trompe-le-sort… Alors elle les abandonne à leur position figée, traverse la route et arrivée sur l’autre trottoir elle oublie tout risque, compose son numéro et brandit bien haut son portable illuminé. Elle sait pourtant qu’il n’entend pas son appel, ces brutes ont piétiné son appareil, mais elle veut croire qu’il aperçoit une lueur, minime, ténue, celle de l’espoir.

Puis elle s’en retourne, se prépare un énième café et se dit que décidément le percolateur devrait être détartré mais ne peut se résoudre à le nettoyer.

Son chant n’est-il pas la dernière mélodie qui la relie à lui ?

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Pour mil et une semaine 24 - clic - Trompe-l'œil de l'artiste Bansky - clic

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Publié le 16 Juin 2014

Pedro, ce n’est pas mon père, pas vraiment...

Quand il me dit "fils" je vois pourtant briller ses yeux.

Moi, je m’appelle Rana. C’est Pedro qui m’a donné ce surnom quand il m’a trouvé dans un fossé, là-bas dans le Nord, au bord d’une route lointaine.

- Couché sur le ventre, les membres écartés, et trempé par la pluie, tu ressemblais à une petite grenouille, fils !

Pourquoi passait-il par-là ? Qui m’avait abandonné, seul, dans la nature ? Que de questions j’ai pu poser à Pedro !

- Fils, c’est le destin qui nous a réunis toi et moi ! Ne sommes-nous pas heureux ?

Pedro est un incorrigible bavard quand il s’agit de sa passion, le spectacle.

- Que de bonheur, fils, quand les gens applaudissent ou quand les sourires illuminent les visages des enfants. N’avons-nous pas un métier merveilleux qui nous mène de bourgade en bourgade? Dès l’instant où nous enfilons nos costumes de scène nous sommes les rois !

Oubliées les heures d’entraînement quotidien, les douleurs musculaires ou les repas aléatoires… Pedro ne retient que le souffle court des spectateurs aux instants les plus périlleux, les éclats de rire, l’incrédulité ou l’ébahissement face aux tours de magie, les mains frappées à la cadence donnée par le trompettiste, le silence imposé par le roulement de tambour…

Oui, Pedro est un incorrigible bavard…

Mais Pedro se tait quand je maquille son visage…

Pourrais-je aujourd’hui le regarder dans les yeux ?

Violetta, tour à tour écuyère, danseuse, équilibriste, dresseuse de chiens… Violetta, mon amie, ma confidente, m’observe dans le reflet du miroir. Je sens son regard posé sur moi, son interrogation. Ma main tremble. Le pinceau dessine un sourire étrange sur la face enfarinée de Pedro. Le sourire dérisoire qu’il fera demain quand il s’apercevra de mon départ ?

Comment pourrais-je lui dire que je le quitte pour rejoindre ce Nord que m’a décrit Arturo, le peintre qui nous a accompagné pendant quelques jours ?

Comment lui faire comprendre que je veux connaître ces gens auxquels, paraît-il, je ressemble tellement ?

Mais surtout, surtout, comment lui avouer mon désir de rencontrer ce personnage de légende, ce Buffalo Bill ?

Pedro connaît-il son histoire ? Pourrait-il comprendre mon espoir de suivre un jour la troupe de cet ancien chasseur de bisons sur les routes et qui sait au-delà des mers ?

Violetta fredonne. Le chien renifle, s’ébroue.

Je me détourne, troublé, et range le pinceau.

- En piste, les enfants ! dit Pedro.

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Pour Mil et une - clic  -  Peinture de Arturo Michelena - clic

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Publié le 28 Mai 2014

          

             Le Roi Arthur est en partance, le Roi Arthur prend son essor. A bord de son navire il me convie et vers le pays inconnu d’outre mer il m’emmène. Du haut du pont, accoudé au bastingage, il défie sa cour se morfondant sur le port. Nul n’est avisé de la destination, nul ne connaît la durée de son voyage. Le Roi Arthur donne l’ordre d’appareiller et dans le ciel les mouettes rieuses le saluent de leurs cris joyeux "bon voyage Sire, bon voyage… bon voyage… bon voyage…"

A bord, le Roi Arthur se meut comme un vieux marin, à bord le Roi Arthur est  Capitaine. Il sifflote un air guilleret puis d’une voix tranchante lance ses directives : "que l’on nous apporte des rôts saignants et des fruits juteux, deux pintes de bière d’épinettes et que l’on nous laisse seuls"

Le repas est à présent terminé. Dans le château arrière tout est calme hormis le léger roulis et les bourrasques du vent du large si inhabituel pour nous. Il nous enivre comme le ferait un alcool fort, déjà nous perdons le contact avec le monde d’avant. Un marin au faciès crapuleux et torve entre dans la cabine ; sans un mot il dessert la table. Sur un geste de son souverain, il l’aide à se déchausser de ses lourdes bottes de cuir fauve puis va quérir dans une maie un plat de sucreries préparées tout spécialement par le confiseur du palais. Après l’avoir posé sur une table basse il me lance un sourire narquois et s’éclipse discrètement. A nouveau nous sommes seuls Arthur, mon oncle, et moi. 

Le Roi Arthur m’attire alors tendrement vers sa couche. Il n’y a aucune ambiguïté dans notre relation et tandis qu’il s’allonge, je m’installe sur un tabouret à ses côtés.

"Petite sers-toi" dit-il en désignant les friandises.

Ces mots à peine prononcés, il baille et s’endort d’un sommeil profond. Décontenancée par son comportement, je me laisse tenter par les sucreries mais sitôt la première bouchée avalée, je sombre à mon tour dans un état léthargique.

Tout semble bleu et étrange. En sourdine, j’entends une voix intérieure, obsédante à force de chuchoter "Sixièmement, sixièmement…

Sixièmement, Arthur est condamné à oublier la Reine Fine. S’il vient à désobéir à cette sentence, il sera procédé à son déboulonnage immédiat et il sombrera dans un sommeil irréversible. Quoi qu’il arrive, aucune mesure dérogatoire ne pourra être prise en sa faveur"

Le Roi Arthur dort et je m’enferre dans ma rêverie bleue.

Le Roi Arthur dort, je dois le réveiller, je dois le ramener vivant vers ses terres d’origines.

Le Roi Arthur dort et je bataille pour sa survie.

Je dois...

Je dois ! 

C’est à présent la voix de mon oncle qui prend possession de moi. 

"Petite ne t’entête pas, je veux rejoindre la Reine Fine par-delà les mers. Conduis-moi... conduis-moi..."

Le Roi Arthur est en compagnie d’une femme inconnue ; je les vois, ils sont lumineux et rayonnent de bonheur.

Qui est cette dame ? La Reine Fine ?

Tout se trouble, mes oreilles résonnent de sons les plus étranges.

"Madame, c’est l’heure des soins"

La voix de l’infirmière m’extrait de la torpeur dans laquelle je me suis engluée. Etendu inconscient sur le lit d'hôpital, oncle Arthur lutte pour le sixième jour consécutif.

Combien de temps va-t-il encore résister à l’appel de la Reine Fine ?

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Mon Roi Arthur a rejoint la Reine Fine un certain 28 mai...

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peinture - James Archer

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Publié le 19 Mai 2014

         

Hidari Jingoro >>> clic

         Comme à chaque fête des voisins, Madame Sibylle est arrivée en catimini et la dernière dans la cour de l’immeuble. Discrètement elle a déposé un plat de tiramisu sur un coin libre de la grande table servant de buffet et toujours aussi discrètement a déniché une chaise bancale pour s’installer à l’ombre. Autour d’elle les gens discutaient, un verre d’apéro à la main. Ici, des rires éclataient, là, une taquinerie pas bien méchante faisait sourire ou une discussion sérieuse permettait de confronter des avis divergents. Les enfants, costumés et grimés pour l’occasion, s’en donnaient à cœur joie, heureux de ce début d’une soirée à leurs yeux extravagante et si amusante. Goûter les pizzas de Monsieur Ramon, quel délice ! Et grappiller les cerises de Manuel, coupées le matin même dans le verger de son père, un pur bonheur.

Madame Sibylle ne perdait rien de cette effervescence quand la petite Chloé s’est approchée d’elle et a grimpé d’autorité sur ses genoux. Troublée, Madame Sibylle ne savait quelle attitude prendre. A dire vrai, c’était la première fois qu’elle côtoyait un enfant d’aussi près.

- Dis, Madame, pourquoi tu as une broche avec des singes ? Tu travailles au zoo ?

- Ce sont les singes de la sagesse.

- Pourquoi ils cachent les yeux ou les oreilles ou la bouche ?

- Allons, Chloé, cesse d’importuner Madame Sibylle. Va jouer !

Madame Sybille, pensive, est, comme à l’accoutumée, restée seule dans son coin. Quand, en fin de soirée, elle a rejoint son petit appartement au troisième étage une légère douleur dans la poitrine l’a fait grimacer mais aussi penser à la petite Chloé à la peau si douce. Ce petit tiraillement du cœur était-ce cela le bonheur ?

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Madame Sybille fut retrouvée morte au pied de son lit deux jours plus tard à la consternation générale de ses voisins.

… une dame si gentille, si discrète… jamais un mot plus haut que l’autre… oui, elle était seule dans la vie… peut-être aurions-nous dû nous soucier d’elle ? … Chloé me parlait encore hier soir de la jolie broche de la vieille Madame comme elle la nomme…

Et la vie reprit son cours. Une lointaine cousine, inconnue de tous, fit débarrasser l’appartement par une entreprise de vide-grenier et, en souvenir, offrit à Chloé la petite broche aux trois singes. Dans une malle, des dizaines de petits carnets à la couverture noire et brillante lui révélèrent le passe-temps favori de sa parente : l’observation minutieuse des mœurs et habitudes des locataires de l’immeuble. Disputes ou scènes violentes, retards, rendez-vous étranges, courriers suspects, ébats bruyants, ados à la tenue provocante, achats dispendieux, vacances, habitudes alimentaires… tout était répertorié par le nom des familles qui avaient successivement occupé les étages durant trente années.

Avec sagesse, la dame emporta discrètement les carnets et les brûla en songeant à la triste vie de Sibylle, sa cousine solitaire et si étrange.

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Pour Miletune

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Publié le 5 Mai 2014

- Contrôle des billets ! Mademoiselle ?

Une angoisse monte en moi. Pas de panique, tendre le titre de transport, ne pas lever la tête, reprendre le document, remercier.

Encore une privilégiée qui voyage en première. Elle n’a même pas daigné me regarder. Jolie, classe, mais snob ! Pas assez bien pour elle le petit contrôleur !

Le paysage défile, ne pas l’observer, ne pas entrevoir mon reflet dans la vitre, lire ou faire semblant. Encore deux heures de trajet. Cela fait si longtemps que je n’ai plus voyagé en public. Pourvu que personne ne s’installe à mes côtés.

- La place est-elle libre ? Vous permettez ?

La voix est virile, racée, polie. Une paire de Paraboot, impeccable. Un bas de pantalon en cachemire. Mes yeux rasent le sol du wagon. Au secours ! Je ne puis plus respirer ! Une échappatoire : les toilettes ! Je saisis mon sac et me précipite, les bords du chapeau repliés laissant les livres sur la banquette. Tant pis ! Ouf ! Je suis enfin en sécurité. Il fait si chaud. Les manches de ma robe collent à la peau. Je préfère l’hiver, emmitouflée anonyme dans des épaisseurs de laine. Un rien plus sereine. Un rien ! On frappe à plusieurs reprises à la porte.

- Occupé ! est ma seule réponse.

Peu m’importe, ils n’ont qu’à se rendre dans un autre wagon. Je ne bouge plus d’ici coincée dans ce cocon minuscule. 16 heures ! Le train arrivera bientôt à destination. Ma chère Marie sera-t-elle sur le quai comme convenu ? Quelle va être sa réaction ? Elle ne m’a plus vue depuis… Et la mienne ? Comment rester naturelle ? Prudemment j’entrouvre la porte des toilettes. Personne ! Mon sac en bandoulière, mon chapeau en avant sur mon front, je sors et j’attends l’arrêt du convoi.

- Mademoiselle ! Tout va bien ?

Trop tard ! Le contrôleur se penche vers moi, je ne l’ai pas entendu arriver. Et nos regards s’accrochent furtivement. Furtivement mais irrémédiablement. La pitié je n’en ai rien à faire. Je me hais ! Je le hais !

Mais surtout, surtout, je hais Martial, sa jalousie et son jet d’acide !

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Edgard Hopper pour Mil et une

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Publié le 28 Février 2014

           

        Sœur Donatienne est pensive. Comment la Mère Supérieure a t’elle pu lui faire autant de reproches et lui suggérer vivement de présenter un profil plus humble ? Humble, sœur Donatienne l’a toujours été. Née à deux pas de la soue où vivotait un cochon malingre, chacun des jours de sa vie laïque n’a été que faim et misère et si depuis son entrée dans les ordres elle est désormais rassasiée et vêtue chaudement elle sait l’indigence de la population et son impuissance face à la rudesse des hivers. Est-ce manquer d’humilité que de chercher à soulager son prochain ?

Quand elle a su lire et écrire, grâce à la patience de sœur Bertille, sœur Donatienne s’est plongée avec délectation dans la lecture de "La Pharmacopée" cette grosse encyclopédie souvent consultée par sœur Marie-Esméralda, la pharmacienne de la congrégation, à qui elle sert de petite main. Quel bonheur de découvrir le nom savant de toutes ces plantes et simples qu’elle connaissait en grande partie grâce à sa grand-mère avec qui elle parcourait jadis la campagne. Combien de minéraux, de végétaux et même de petits animaux avaient-elles ramenés dans le minuscule logement familial ?

- Ne parle de cela à personne sinon nous serons traitées de sorcière et brûlées comme l’a été mon aïeule, chuchotait la grand-mère, et toujours elle s’était tue.

Peut-on, à présent que le temps avait passé, la blâmer d’avoir trouvé la formule de la pommade cicatrisante, celle-là même qui avait enfin guéri la jambe ulcéreuse de Madame la Marquise ?

- Encore à rêvasser, sœur Donatienne ? Secouez-vous ma fille, les fioles, mortiers et autres instruments et bassines sont à relaver, j’attends votre bon vouloir !

La voix de la pharmacienne a sonné, glaciale, et sœur Donatienne, l’esprit tout en questionnement, s’empresse de s’exécuter.

Sœur Marie-Esméralda prend-elle ombrage de la reconnaissance de la Marquise à son égard et du don généreux qu’elle a fait au profit du dispensaire ? Est-elle jalouse du succès du nouveau remède et de sa retombée bénéfique pour la communauté religieuse ? S’est-elle plainte de son travail auprès de la Mère Supérieure ? La religieuse s’en veut de ces pensées peu charitables et se promet d’en référer à son confesseur mais une petite voix en elle lui dit "tais-toi"!

Sœur Donatienne sourit en pensée au visage ridé de sa grand-mère et alors, simplement, humblement, elle rentre à nouveau dans le rang des petites gens.

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Henriette Browne - clic --- Pour Miletune - clic

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Publié le 23 Février 2014

Plus de cent chaînes télé à disposition et un tas de possibilités !

Son petit-fils a bien tenté de lui expliquer le fonctionnement mais Papounet ne s’y retrouve pas dans les touches de sa nouvelle télécommande.

- Pause, si tu veux interrompre l’émission le temps de répondre au téléphone.

- Ce bouton pour enregistrer une émission en direct.

- Celui-ci, Programme, pour découvrir les émissions par chaînes et programmer un enregistrement.

- Ici, pour lire un enregistrement. Là, pour avancer, là pour revenir en arrière.

- Back, bouton rouge, bouton bleu, bouton vert, bouton jaune.

- Changement de chaînes, couper le son…

- Touches de 1 à 10…

C’est bien trop compliqué ! Papounet n'a pas envie de faire d'efforts ! 

Il se contente d’allumer la télé flambant neuve que ses petits-enfants lui ont offerte pour son nonante deuxième anniversaire et il regarde comme tous les soirs le journal télévisé qui sera suivi aujourd’hui par Thalassa.

Ah ! Thalassa, il apprécie cela Papounet, c’est sa petite revanche sur Germaine. Bien sûr, il la regrette sa Germaine mais de son vivant il devait se sacrifier. Madame avait toujours un autre programme qui l’intéressait et lui, pour la paix du ménage, se contentait d’un Thalassa le vendredi où elle allait passer la soirée chez son amie.

Germaine ! Qu’est-ce qu’elle était belle sa Germaine ! Et vaillante aussi, toujours les mains occupées. Même le soir, quand les enfants étaient couchés et qu’ils écoutaient ensemble une émission de radio, elle s’activait à repriser le linge ou à tricoter un chandail. Quand la télé avait fait son apparition, tout le monde en parlait et, petit à petit, elle s’était installée chez l’un ou l’autre voisin. Pas chez eux, ce luxe n’était pas compatible avec leur budget.

Et puis, les enfants avaient grandi… Ils allaient voir une émission chez un ami, un cousin… et Germaine et lui se sentaient dépossédés de leur famille. Germaine avait compté les sous de son bas de laine, lui avait presté quelques heures supplémentaires et au bout de quelques mois la télévision trônait comme une reine dans le salon. A ses pieds, sa cour s’asseyait sur des coussins à même le parquet. Jacques, le plus jeune était préposé aux boutons de changement de chaîne, de volume du son, de variation du contraste du noir et blanc. Malgré sa petite taille, ses ainés rouspétaient : ta tête, Jacquot ! On ne voit rien ! Et Germaine disait : on doit bien voir les revers du veston alors l’image est bonne ! Les jours de brouillard c’était brouillard sur l’écran aussi ; plus moyen de capter quoi que ce soit et l’antenne sur le toit semblait bien inutile.

Le bruit de la pub sort Papounet de sa rêverie, il n’a rien vu du journal télévisé. Rien manqué non plus, le monde tournera toujours à l’envers. Avec un soupir il abandonne ses fantômes, dépose la zapette et se lève de son fauteuil pour ce qu’il nomme "sa pause pipi pour être fin prêt"

Dans un moment, Georges Pernoud l’emmènera vers d’autres rêves…

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