Publié le 28 Mars 2013

A gestes lents et posés l’homme a enlevé sa salopette, l’a suspendue au crochet et a enfilé son jean et son pull bordeaux. Un coup d’œil routinier dans le petit miroir suspendu à la porte de l’armoire, le plat de sa main passé dans ses cheveux pour donner une contenance à sa mèche rebelle et il a refermé le cadenas de son vestiaire puis a glissé la petite clé dans la poche de son sac à dos.

Autour de lui ses collègues bruissaient comme des abeilles dans une ruche. Mais lui, sans un regard, sans un "à demain" s’est dirigé vers la pointeuse.

14h05 ! La pause du matin avait cédé la place à celle du soir.

Dehors, un air de printemps l’a surpris. Les lourds nuages chargés de gris avaient disparu laissant enfin apparaître le bleu du ciel. Bleu comme ses yeux…

Il a conduit tel un zombi ou peut-être la voiture habituée à ses trajets routiniers s’est-elle mise en mode automatique ? Lequel des deux était le maître, l’homme ou le véhicule ?Ensemble, ils ont bifurqué à gauche au carrefour de la nationale tournant ainsi le dos au village, à la maison, au garage. La voiture et lui ont fait l’école buissonnière. Cinq kilomètres plus loin, ils se sont engagés dans une petite route de campagne qui les a menés vers une prairie en contrebas de laquelle miroitaient les eaux calmes d’un étang. L’homme a coupé le moteur, s’est éloigné de l’auto avec la sensation fugace d’abandonner une amie de longue date.

Longtemps il a observé les saules pleureurs et leurs reflets immenses et sans cesse en mouvement. Des oiseaux lançaient aux quatre vents leurs appels amoureux mais tous les sens de l’homme ne percevaient rien d’autre que ces faux bras de bois tendus vers lui.

Quand il a pénétré dans l’eau froide il n’a pas réagi davantage à son environnement. Un pas, un autre…

Il a levé les yeux vers le ciel, des yeux bleus miroitant à présent comme l’élément qui lentement l’engloutissait.

Un jean et un pull bordeaux.

Un regard bleu éteint.

Un ouvrier licencié comme mille trois cent nonante-neuf de ses collègues.

22 heures, fin de la pause du soir.

Au portail de l'usine, les journalistes, rapaces, sont en quête de témoignages.

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D'après une photo de Pictozoom proposée par Mil et une

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Publié le 25 Mars 2013

Photo.1 : Gare maritime d’Ostende. Moi, les yeux embrumés pour cause de réveil aux aurores tentant de suivre Thomas, bientôt trois ans, curieux et impatient de monter à bord du grand bateau. Si seulement ce boutchou cessait de slalomer entre les valises et les jambes des nombreux touristes et s’il avait la bonne idée d’accepter de s’asseoir un instant dans la poussette-canne !

Photo.2: Mon mari harnaché de son fidèle sac à dos brandit enfin les tickets P§O, sésame pour la traversée aller-retour de la Manche.

Photo.3 : Ce cliché prit par un ado sympa montre la souriante petite famille regroupée sur le pont du géant avec en toile de fond la ville d’Ostende et son quai des pêcheurs.

Photo.4 : Thomas dans les bras de son père observe le port dans les jumelles bien trop grandes pour lui. Autour d’eux, couchés sur les banquettes ou à même le sol, des jeunes anglais noctambules, à moitié ivres, s’endorment déjà enroulés dans des sacs de couchage. Au mur, un haut-parleur agressif vient d’annoncer le report de l’heure d’appareillage.

Photo.5 : Thomas et moi sommes attablés dans le self-service pour un deuxième petit déjeuner. Le train Cologne-Ostende a quarante-cinq minutes de retard. Nous devons attendre les passagers en transit vers l’Angleterre.

Photo.6 : Brouillard ! Il a profité de notre repas pour s’installer sournoisement ; le quai des pêcheurs est à peine visible. Les retardataires arrivent enfin.

Photo.7 : On croit y deviner l’estacade ou alors est-ce la mer ?

Photo.8 : Thomas bercé par le bourdonnement du moteur de la malle "Princesse Clémentine" s’est endormi dans un fauteuil du salon. Rien à voir au dehors! Nous naviguons dans un épais brouillard. L’appareil photo et les jumelles regagnent le sac à dos.

Photo.9 : Débarquement du père et du fils à Douvres. C’est à peine si je les situe dans le viseur de l’appareil photo. Rien vu de la manœuvre d’entrée dans le port. Rien vu des falaises blanches.

Photo.10 : Thomas cherche son équilibre intrigué par le quai flottant sur lequel nous attendons l’overcraff pour rentrer à Ostende. En arrière plan ma mine défaite laisse entrevoir qu’en plus du brouillard il y a de l’orage dans l’air. Normal, je m’étais fait une joie de ces premiers pas en Angleterre et ils se sont arrêtés à côté d’un bus dans lequel s’engouffraient les passagers. Mon mari n’a pas voulu y monter prétextant qu’avec ce foutu temps nous n’allions pas nous repérer pour retrouver le port éloigné de la ville. "Tu parles anglais toi ?" Et bien non, peste, pas plus que lui je ne pratique la langue de ce fameux William S.

Photo.11 : Moi, le nez plongé dans mon porte-monnaie, j’essaye de ne pas paniquer de me savoir propulsée à grande vitesse sur une mer invisible. Et dire que le matin même je craignais d’avoir emporté trop peu de livres. Pas dépensé un penny !

Photo.12 : Le trio saisi par l’hôtesse de bord. Au centre, Thomas lui demande : "alors la mer et l’Angleterre c’est que du brouillard ?"

Photo.13 : Arrivée au port de l’overcraff. Ostende s’offre à la pellicule sous une percée du soleil. Les aventuriers n’en mènent pas large.

 

 

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Publié le 20 Mars 2013

Le courrier du jour – Page 6

Toujours sans nouvelles de B. Phénix disparu depuis le 28

Amélie, voisine de B. Phénix

- Il a quitté la maison à pied aux environs de 10 heures, je le sais, je rentrais de la boulangerie avec ma baguette. Je ne puis rien vous dire de plus, monsieur Phénix est si discret. Célibataire ? Oui ! Et alors, moi aussi je suis célibataire !

Monsieur Jay Bourdon, professeur retraité

- Bertrand, je le connais bien ! Il était fort en math, le gamin ! Il n’a rien d’un voyou bien au contraire. La preuve en est l’obtention avec brio d’un beau diplôme. Oui, oui, d’accord, un peu chahuteur, je le concède mais il faut que jeunesse se passe…

Mélanie Trucmuche, propriétaire

- Ce monsieur Phénix me fait voir rouge. Toujours à rouspéter pour un robinet qui fuit mais jamais pressé pour régler le montant de son loyer. Et maintenant, pffutt ! disparu ! Et je fais quoi, moi ?

Le courrier du jour – Page 1

B. Phénix reconnu aux J.O. de Londres par un couple de notre région !

(lire le témoignage p.7)

Victor Rieux, client fidèle du bar "Le Pharaon"

- Sacré Bertrand toujours à courir la donzelle ! … tout ça au marathon de New-York ! Ne se prive de rien pour vivre une romance bien corsée ! Marcel, remets-moi un petit rouge.

Maria N. et Valérie A. – pensionnaires du home "Mèches d’argent"

- Mais si, rappelez-vous ! …c’est le fils de Germaine… oui, Germaine de la Buissière. Le kiné m’a dit qu’il paraît qu’il a tué son chien, la voisine l’aurait retrouvé sanguinolent au fond du jardin. C’est une honte, je vous l’affirme Valérie ! Comment ? Je parle trop fort ? Mais c’est vous, ma bonne, qui êtes dure d’oreille ! Quoi ? J’ai peut-être mal compris ? Vous ne manquez pas d’air !

Alain Pair – contremaître

- Bof ! ce n’est pas une grosse perte ce Phénix des hôtes de ce bois. N’était pas à pousser un "ahan" de trop Monsieur l’Ingénieur. Un planqué, moi je vous le dis ! Aigri ? Moi ? Comme vous y allez ! C’est pas vous qui vous levez à quatre heures du mat’ tous les jours !

Le courrier du jour – page 1

L’ingénieur B. Phénix parti avec l’argent de la société N. ? Vie de Nabab sous une autre voie lactée ? (lire p. 2)

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L’inspecteur Mambo dépose ses notes sur son bureau en soupirant. Il s’étire, fait craquer ses doigts un à un et s’installe face à l’ordinateur.

Bertrand Phénix disparu depuis le 28 a été retrouvé ce jour au 56, rue Dévène à L. par un voisin intrigué de voir le portail entrouvert depuis près de trois semaines. Il a sonné plusieurs jours de suite à la porte d’entrée pour faire connaissance de l’homme qui venait d’acheter la maison et finalement il a pénétré dans le jardin, a vu la porte de la cuisine grande ouverte et a crié quelques fois " il y a quelqu’un" Il allait repartir bredouille quand il a entendu des tapotements dans une tuyauterie. Il a alors appelé nos services qui ont forcé la porte de la salle de bains.

Monsieur B. Ph. gisant en chien de fusil à même le sol a été emmené en ambulance à la clinique Des Bruyères.

Il semble qu’il installait une douche dans cette maison qu’il venait d’acquérir et qu’il aménageait depuis quelques semaines. La porte, repeinte de frais et sans clenche, semble s’être refermée emprisonnant B. Ph. Son GSM et son porte-feuille ont été retrouvés dans la cuisine.

Très amaigri, l’homme semble avoir survécu grâce à l’eau courante dont l’arrivée n’avait heureusement pas été coupée et à un tube de vitamines retrouvé vide à ses côtés.

La fenêtre qui s’ouvre uniquement en basculant donne sur le toit du garage et B. Ph. n’a pu signaler son emprisonnement.

Ouf ! Le rapport est terminé et l’inspecteur Mambo qui déteste cet exercice de synthèse est soulagé. Et tant pis pour la lecture ironique qu’en fera le commissaire.

Demain, Mambo sera en partance.

Vive les vacances !

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Publié le 16 Mars 2013

- L’île d’Ahan ? Connais pas !

- Arran ! L’île d’Arran !
Je ne connaissais pas davantage mais comment ne pas rêver d’une romance dans une île ? Les cocotiers, la plage, le soleil, le farniente… mon amoureux… le nirvâna que ces petites vacances inattendues et bienvenues !
Feu vert donné, il a réservé notre séjour. Départ, le lendemain à six heures pour huit jours de rêve en plein mois de mai. De quoi nous requinquer avant la haute saison et notre travail non-stop au restaurant.
 
- N’oublie pas une veste chaude et tes chaussures de marche !
L’amour est aveugle et sourd, je peux en témoigner.
Bikinis, paréo, tongs ; deux bermudas, deux jupes, des tee-shirts, ma petite robe orange et celle fleurie, les hauts talons assortis… en un quart d’heure ma valise était bouclée.
 
L’île noire de Tintin, le château sombre sur la colline voilà le décor dans lequel nous nous sommes retrouvés au bout du voyage. Mon amoureux, ce voyou, riait de ma mine déconfite et de mon peu d’intérêt pour la géographie. Moi, rouge de honte et déçue, je rêvais de châtiment sanguinolent.
 
- Allez ! Fais pas la tête, on va en profiter de ce séjour. Et pour commencer nous allons faire un peu de shopping.
Pantalons, pulls, veste, chaussures ont dégarni notre compte en banque mais ma garde-robe avait de quoi voir passer le prochain hiver… et moi de quoi supporter ce temps de chien à mille lieues du soleil espéré.
 
Nous avons loué des vélos pour de longues balades, marché dans les collines ou sur la plage ; par une nuit sans nuages nous avons admiré la voie lactée si brillante en ces lieux. Au "Phénix" bed and breakfast de charme, nous avons fait des grasses matinées sous l’édredon moelleux et le compteur de tous les câlins en retard a été remis à zéro. Que l’on était bien !
 
Les jours se sont succédé à une allure folle et c’est le cœur en peine que j’ai refermé ma valise plus garnie qu’à l’aller. C’était sans compter sur la surprise réservée par mon tendre : une nuit à Londres avant le retour sur le continent.
- London, tu connais ?
En réponse, il a eu droit à un baiser !
 
L’année prochaine, je nous imagine volontiers sous le soleil égyptien découvrant les vieilles pierres, le désert, le Nil… Dès notre retour à la maison, j’ai commencé à travailler sur la question. Emballées dans un beau papier cadeau, je lui ai offert deux BD de Tintin : "L’île noire" et "Les cigares du Pharaon"
Il est si fûté !
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Publié le 12 Mars 2013

Bingo !

Il fallait à coup sûr que son investissement lui rapporte un gain et elle a réussi à rafler la mise.

 

Depuis des mois, les tables de jeux sont son quotidien. Elle a goûté à chacune en particulier ; roulette, poker, Trente et Quarante, Black Jack, Craps, War Game n’ont plus de secret pour elle. Jetons, sabots de cartes, dès, coupé, couleurs… elle joue désormais avec ce vocabulaire en vigueur dans les salles de jeux.

Sa grande maîtrise de soi, sa rapidité à décoder les intentions des joueurs et à calculer sont ses trois maîtres atouts.

Bingo !

Elle jubile.

Finis le quotidien au jour le jour, les petits boulots précaires.

"Bonjour " à l’argent sur son compte bancaire.

Elle va encore en passer des nuits blanches dans les salons feutrés mais à présent son avenir est assuré.

Bingo !

Après une solide formation donnée par le casino elle a enfin décroché un C.D.I. de croupière.

 N’est-elle pas belle la vie ?             

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 Pour Mil et une  clic

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Publié le 8 Mars 2013

La voix féminine tombe du haut-parleur, légère et prometteuse comme un voile de mariée.

Une voix de galerie commerciale un jour de grâce, un de ces jours où la publicité vante subtilement un parfum de luxe.

Au creux de son coeur Maïté ressent l’ambiance créée pour ces mots dont le sens n’atteint pas son cerveau. Seul leur côté vaporeux la plonge dans un état de transe. Assise dans ce no man’s land séparant la grande surface du restaurant self-service elle semble hagarde. Il faut qu’elle échappe à cette voix. Il le faut. Comme un automate elle se redresse et se dirige vers le comptoir. D'une main tremblante elle saisit un verre et se sert une bière, une de plus, et sort de sa poche un billet, chiffonné à son image.

Trouver une table dissimulée par une jardinière garnie de plantes vertes, s’affaler, fumer et boire ; fumer encore, les épaules voûtées, le regard flou. De semaine en semaine, le personnel l’observe et assiste impuissant à la déchéance de cette jeune femme silencieuse. A présent, ses cheveux ébouriffés sont gras, leur teinture décolorée laisse entrevoir trois centimètres d'une repousse douteuse, son teint est terne sous son maquillage délavé et son rimmel dilué. Ses mains jaunies par la nicotine et aux ongles noirs ressemblent à des serres d’oiseaux de proie. Contre quoi s’est-elle battue ? Qui l’a mise dans cet état ? Que veut-elle exprimer à s’exhiber ainsi en public ?

Un couple d’amoureux s’installe non loin d’elle et une fois encore elle s’échappe vers le comptoir.

Dans son sillage, une odeur rance, mélange de transpiration et de linge sale provoque la grimace des autres consommateurs.

- Comment acceptez-vous "cela " ? demande une dame d’un ton pincé... " si c’était ma fille… " Le gérant ne répond pas. A quoi bon entrer dans la polémique ? Refouler cette jeune femme serait la porte ouverte à tous les abus. Faudrait-il aussi refuser l’accès du lieu aux personnes âgées patientant pendant des heures, bien au chaud devant une tasse de café vide au lieu de se terrer dans un appartement chauffé avec parcimonie ? Ou déclarer les groupes d’adultes handicapés et leurs accompagnateurs de personnages indésirables parce que leur vue pourrait déranger les âmes sensibles ?

Maïté, indifférente à ce qui l’entoure cherche un autre endroit pour s’isoler. Son jeans est à présent couvert de taches de sang ; la vie en elle poursuit son cycle.

Ce détail n’échappe pas à Rosita la fille de salle. Fermement elle empoigne le bras de la jeune femme et l’emmène vers les toilettes tout en lui parlant à l’oreille. Plongée dans un état second Maïté ne lui oppose aucune résistance.

Le mariage préparé avec soin, les invitations adressées aux proches, parents ou amis, la jolie robe au voile vaporeux, le bonheur… le fiancé qui se désiste à la veille de la cérémonie, la douleur, la honte, le sentiment de rejet, tout, Maïté déballe tout, se vide la tête, le cœur, les tripes jusqu’à s’écrouler en sanglots libérateurs.

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Six mois se sont écoulés depuis ce jour, deux saisons durant lesquelles la jeune femme a connu plus de bas que de hauts mais doucement, sous le regard compréhensif du personnel du self-service elle a retrouvé confiance en elle et en son image. Un matin, une Maïté belle et élégante dépose un énorme bouquet de fleurs et un gros ballotin de pralines près de la caisse.

Sur un petit carton une écriture fine a simplement tracé le mot " Merci "

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source photo

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Publié le 3 Mars 2013

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Ingrédients :
 
- 4 oeufs
- 150 gr de farine
- 150 ml d'huile
- 100 gr de sucre ou de cassonade
- 50 gr de sucre perlé
- 125 gr de pignons de pin
- 50 gr de raisins blancs secs
- 1 sachet de levure
- 1 pincée de sel
- 1 c. à s. de rhum ou quelques gouttes d'essence de rhum
 
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Préchauffer le four à 180°
Faire griller les pignons de pin
Battre les oeufs et les 100 gr de sucre ou de cassonade (ici cassonade brune)
Ajouter la farine tamisée, la levure et le sel
Ajouter l'huile, les pignons grillés, les raisins, le rhum et le sucre perlé
Enfourner pendant 30' à 180°
 

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Publié le 2 Mars 2013

- N'approchez pas trop près de l’eau, l’Homme-Crochet pourrait vous happer et vous emmener au plus profond de l’étang !

Voix de Papa, voix de Maman…

Liberté de l’enfance, insouciance.

Jeux, désobéissance.

Comme elle est attirante et intrigante la grappe d’œufs de grenouilles.

Une épuisette bricolée à se partager, petits seaux disposés en rangée.

Bestioles happées, observées.

Métamorphose : une queue, deux pattes… quatre…

La queue a disparu !

Endormi l’Homme-Crochet en son royaume d’algues….

Ne pas oublier le bouquet de primevères ou de jonquilles pour Maman.

 

Soirées d’été, ivresse de cris d’hirondelles.

- Coâ ! Coâ ! Rainette ou crapaud ?

Une vache meugle dans le pré, une autre fait écho de la colline.

Frissons, l’air est frais au bord de l’étang.

Plus loin, près de la source, Papa récolte du cresson.

Le soleil descend derrière les arbres.

Du fond du jardin Maman lance l’appel, il faut rentrer.

- Regarde la belle " plate "… Hé ! La mienne est plus grande !

Schiste coloré, trésor précieux, demain ricochera.

Cinq, six, sept rebonds… l’eau ridule, encore, encore…

Dérangé un pêcheur en herbe rouspète.

Gracieuse damoiselle Libellule joue à l’hélicoptère.

Midi, la cuisine embaume la soupe fraîche.

 

Les feuilles tourbillonnent dans le vent d’automne.

L’onde se pare d’or et de rouille.

Après l’école, surprise !

Où sont les longs bras des saules ?

Disparus leurs reflets mouvants…

Des bûches sont chargées dans une remorque.

Un feu gourmand se nourrit des branchages et de brindilles.

Dans la cendre chaude quelques pommes de terre s’attendrissent.

- Vous en voulez les enfants ?

Odeur âcre de fumée, héron en déroute, poules d’eau affairées.

 

Les troncs-moignons semblent tristes et frigorifiés.

A son rendez-vous saisonnier la belle blanche est ponctuelle.

Graminées fanées, roseaux ployés.

Plumes vertes ou bleues, les canards sont à la fête.

Le lierre en panier garnira les abords de la crèche.

Nuits de grands froids, le bois gémit sa douleur.

Bouches-cheminées, lèvres gercées ; une morve agaçante irrite les nez rougis.

Luges dans les coteaux, moufles, écharpes.

Au bas de la pente, l’étang gelé.

Tentant, si tentant de patiner…

 

- N’approchez pas de l’eau, la glace est fragile et…

- L’Homme-Crochet… hi ! hi ! poursuit un chœur moqueur.

L’Homme-Crochet, amant de la dame à la faux, tous le savent à présent mais toujours au fond du cœur ils gardent ces moments précieux et quand le quotidien se fait pleurs ces tendres souvenirs les ramènent pour un moment, un moment seulement, en son pays, berceau béni de leur enfance.

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Pour Mil et une (clic)  -  Photo couleur du blog Pictozoom (clic) 

Medael-neige.jpgPont-Medeal.jpg
 Reflets-ruisseau.jpg Medeal-ruisseau.jpg

 

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