Publié le 18 Juillet 2013

L’endroit est idéal pour poser mon collet. C’est qu’en cette saison ils adorent venir cueillir des myrtilles. Il n’y a plus qu’à patienter.

Comment va-t-elle l’accommoder cette fois ci ? A la moutarde et à la crème ou alors comme je le préfère, accompagné de pruneaux et baignant dans une sauce relevée de cognac, de vinaigre et de sirop de Liège, … mmm… un vrai régal, j’en salive déjà.

Plus de bruit en voici un qui s’approche. Encore un petit pas… encore un… ça y est, le voilà pris au piège. Vite, un coup sec du plat de la patte dans sa nuque… hé, mais c’est qu’il se démène le bougre…beau spécimen au membre brandi par la peur… allons, laisse-toi faire.. Han ! Coriace cet humain mais j’ai enfin réussi à l’achever… ne me reste plus qu’à le saigner et le vider puis à le ramener à ma Lapine.

Demain sera jour de fête.

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Publié le 17 Juillet 2013

           

Ils étaient arrivés à un moment crucial de leur destin commun. Eux qui n’avaient eu que de très rares occasions de voir la mer s’envoleraient le lendemain vers un ailleurs bien au-delà de l’océan.

La décision de franchir le pas vers une autre vie n’avait pas été simple à prendre.

Elle, Guillemine, y était résolue depuis longtemps et jour après jour, par un lent travail de persuasion typiquement féminine, avait préparé le terrain dans l’esprit rétif de son mari.

Lui, Florent, la trouvait un brin folle, un tantinet hardie de vouloir bouleverser leur paisible train-train de retraités. Il tenait plus que tout à ses longues balades en compagnie du notaire du bourg qu’il secondait dans la gestion de son bois. Il n’était pas rare qu’ils y passent une semaine ensemble, logeant dans un cabanon branlant au cœur d’une clairière, se nourrissant des victuailles : lard, œufs, pain ou potage, préparées par Guillemine ou de champignons fraîchement cueillis qu’ils faisaient braiser ou réchauffer sur un vieux barbecue quasi rouillé. Cette vie de coureur des bois Florent n’était pas résolu à l’abandonner aussi il plaidait à son tour.

- Nous serons comme ces réfugiés désemparés qui, souviens-toi, ont parcouru nos routes naguère.

- Voyons, Florent, la guerre est bien loin maintenant. Après avoir pris un taxi, puis le métro ou le train, nous voyagerons installés confortablement dans un avion.

- Et que deviendrons nos meubles, ma mobylette, ta machine à coudre, ma collection de…

- Que sont tous ces objets en comparaison de nos enfants ? Il y a si longtemps qu’ils nous espèrent à leur côté…

L’argument faisait mouche. Florent se languissait de retrouver leur fille et son gendre exilés au Canada ainsi que leur fils qui les avaient rejoints depuis deux ans déjà avec sa famille. Quel âge avait à présent le petit Claudy ? Les lettres et les photos échangées ne faisaient que renforcer le sentiment d’éloignement.

Guillemine, toute à son projet, prenait quelques cours d’anglais auprès d’une voisine, tandis que Florent haussait les épaules quand elle récitait sa liste de vocabulaire. Love lui semblait le plus joli mot. Love, elle le berçait dans son cœur, coeur sur lequel elle pourrait bientôt étreindre à nouveau ses petits.

Quand les valises furent chargées dans le coffre du taxi, que le couple eut embrassé les voisins et même le notaire, Florent, d’un grand geste large, souleva son chapeau et salua une dernière fois sa belle campagne puis il cacha une larme furtive en s’engouffrant dans la voiture au côté de sa femme.

Guillemine et Florent vécurent de belles années au bord du lac Ontario. Florent retrouva là-bas de nouveaux grands espaces, si grands qu’il n’aurait pu l’imaginer et Guillemine, fière de sa progression rapide en anglais, nouait de nouvelles amitiés et régalait tout ce beau monde par ces talents de cuisinière.

Quelques fois, elle m’écrivit à moi, sa petite-nièce, et pour mon mariage, elle m’envoya une jolie nappe brodée. Sur les photos, leurs visages heureux faisaient plaisir à voir et j’y retrouvais l’œil pétillant de malice d’oncle Florent, celui qu’il avait quand il plongeait sa grande main calleuse dans la poche de son pantalon de velours pour m’offrir un caramel réservé à mon intention.

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Hier soir, une émission de télé présentait un reportage consacré à l’industrie textile jadis florissante dans notre région et qu’elle ne fut pas ma surprise de me sentir happée par un regard pétillant de malice. Du fond d’une archive sortie de je ne sais quelle boîte à trésor, Oncle Florent, disparu depuis des décennies, me faisait un dernier clin d’œil. Emotion !

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Publié le 10 Juillet 2013

Ma Lady

Une Lady c’est une grande dame. C’est Papy qui me l’a dit.

Papy, il fait des maquettes de bateaux. Oh ! Pas des jouets, non ! Des bateaux qui ont vraiment existé et qui ont vogué sur les océans.

Il suit des plans, il découpe des pièces, il les peint, les colle… parfois il jure un peu !

Normal parce que mon Papy c’est un navybotteliste. Zut, c’est pas juste… naviboteliste… encore faux… Bref, mon Papy il met les bateaux dans des bouteilles et c’est pas simple je vous l’assure. Y qu’à regarder une bouteille pour comprendre la difficulté de faire passer toutes les pièces par le goulot.

 

J’aime bien observer Papy quand il bricole mais il faut que je me taise et ça, c’est aussi difficile que d’introduire la coque dans la bouteille.

Papy, on dirait qu’il a vécu en Asie tellement il utilise facilement les longues baguettes avec lesquelles il manipule les petits bouts de maquette.

on a rigolé !En définitive, on a demandé une fourchette au serveur.

 

Une Lady c’est donc une grande dame. Alors, il fallait une grande bouteille et Mamy elle a un peu rouspété. Elle a dit à Papy – ton hobby, te pousse à boire mon ami !

C’est marrant qu’elle l’appelle – mon ami ! Mais peut-être qu’elle est un peu jalouse sans oser le dire. Parce que franchement Lady of Havenel c’est quand même un nom qui en jette alors que ma Mamy s’appelle Francine comme la farine.

 

Aujourd’hui, c’était le dernier jour des vacances et aussi la fin de la construction du Lady of Havenel.

Papy, il est super ! Avant que je le quitte pour plusieurs semaines il m’a offert la maquette sur son support et je vais ainsi pouvoir l’installer sur l’étagère de ma chambre.

Quand Mamy m’a embrassé, j’ai bien vu qu’elle souriait ; sa rivale s’en allait avec moi. Alors, tout doucement, je lui ai chuchoté à l’oreille – tu sais Mamy, c’est toi la plus belle ! Et elle m’a serré, fort, fort, dans ses bras.

Mamy, c’est ma Lady !

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