Publié le 31 Octobre 2012

 
 

Jean-Luc, Martine, Dany, Chantal, Jean-Yves, Guido, Colette, Françoise ...

Tout le monde il est beau ! Tout le monde il est beau ! Marc, Marie-Christine, Sabine, Ulla…tout le monde il est beau….

Joëlle, Jonathan, Myriam, Béatrice… et puis, Elle, la mille six cent septante deuxième… Elle qui chantonne comme Zazie.

 

Ploc ! fait une goutte d’eau dans l’évier.

Marie, Jean, Nicole, Brigitte, Christian, chante Elle

Ploc ! fait la goutte suivante.

Elle se fiche de ce bruit monotone comme elle se fiche de la table encombrée des reliefs du petit-déjeuner et du café qui vieillit dans le percolateur.

Faudrait aérer les chambres à coucher, trier le linge sale, l’engouffrer dans le lave-linge, vider le lave-vaisselle, rafraîchir la salle de bains… Faudrait…

 

Mille six cent septante deux !… 1672 ?…

Google lui répond :

Louis XIV - Guillaume III d’Orange - Batailles - Traité de Nimègue

Rien de neuf sous le soleil.

« Tout le monde il est beau »

 

Ploc ! fait l’eau têtue.

Miaou ! fait le chat.

Pour son vieux compagnon elle daigne se lever de sa chaise, entrouvre la porte donnant sur la terrasse et le laisse sortir. Il pleut.

Elle allume la télé, coupe le son, regarde les images sans les voir vraiment puis elle saisit un livre, le redépose… faudrait aller à la bibliothèque, à la boulangerie… faudrait… mais elle paresse.

 

« La jeune fille rebelle » Ce titre l’attire à nouveau. Elle reprend le livre, le caresse et se souvient de cette après-midi pas si lointaine où elle a savouré sa lecture, la comparant à un caramel tendre qui lentement fond dans la bouche. Il neigeait… les oiseaux envahissaient la mangeoire. C’était il y a un siècle, une éternité. Elle n’était pas encore la mille six cent septante deuxième.

« Tout le monde il est beau »

 

Elle s’allonge dans le divan parmi les coussins moelleux, ne pense à rien, n’imagine rien. Son corps et son cœur sont lourds. Mal… mal dans sa peau… Elle s’attarde, elle musarde, elle flemmarde, elle lézarde et c’est bien ainsi.

Guy, Marguerite, Edgard, Monique, Josiane, Roger… la liste est longue… Elle n’en connaît qu'une centaine parmi les mille six cent septante et un. Comme eux elle est à un Carrefour de sa vie, comme eux, elle fait partie de ces petits travailleurs besogneux sacrifiés sur l’autel de la rentabilité effrénée.

« Tout le monde il est beau »

 

Tout à l’heure, elle ira rejoindre le groupe.

Tout à l’heure, elle fera partie du piquet de grève.

Faut pas prendre les salariés pour des « gogo’s » et s’en débarrasser comme on le fait avec ces jouets "offerts" contre un passage aux caisses de l'hypermarché. Faut pas ! Mais pour l’heure, elle paresse c’est sa seule défense.

 

Ploc ! Ploc ! Goutte après goutte l’eau remplit l’évier.

Miaou ! Le chat se frotte contre la vitre, il veut rentrer.

 

Mars 2010

 

 http://www.rtbf.be/info/article/detail_21-magasins-fermes-et-1672-emplois-perdus-chez-carrefour?id=4856263

 

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Publié le 28 Octobre 2012

 
 
Elle était malheureuse ma gazelle. Elle si douce, si gracile dépérissait au fil des jours. Au moindre bruit, elle sursautait et ses oreilles se dressaient, inquiètes. Je la voyais sans cesse sur le qui vive, la peur au ventre et face à ses beaux yeux embués de larmes je me sentais impuissante et abandonnée.
 
Et tout cela à cause d’un buffle mufle !
Oh ! Au début il avait su y faire rien n’était trop beau pour elle, un buisson aux feuilles tendres, un voyage romantique au pied des montagnes, la meilleure place sous les arbres… oui, il veillait à tout pour lui faire plaisir.
 
Mais sa vraie nature avait rapidement repris le dessus et le buffle mufle rentrait de plus en plus tard. Chaque soir, il s’attardait à tous les points d’eau rencontrés sur sa route et s’abreuvait de cloaques glauques qui lui tournaient le sang. Quand enfin il la rejoignait, il l’insultait, soufflait le chaud puis le froid et les coups de ses cornes rendaient la jolie robe de ma gazelle terne ou sanguinolente.
 
Elle, se sentait coupable de cette situation ; c’était de sa faute pensait-elle et elle cachait ses déboires au reste du troupeau. D’ailleurs qui, à par moi, se souciait d’une petite gazelle ?
 
Enfin, les lois de la savane évoluèrent et ma gazelle mieux informée de ses droits déposa plainte auprès du roi Lion. Celui-ci rendit son verdict et intima l’ordre au buffle mufle d’aller brouter et réfléchir dans une parcelle éloignée de la horde. La tête basse, il s’était exécuté.  
Depuis, ma gazelle a repris du poil de la bête et il n’est pas rare de la voir en
compagnie d’un beau zèbre à la longue crinière, un artiste sans doute ?
 
Et moi dans tout cela ? Je continue à l’observer et j’attends le moment où, comme avant, elle me caressera le bout du museau, me tiendra au creux de sa patte et face à son miroir lumineux à l'étrange nom de Pécé, inventera des histoires et recréera le monde à sa manière.
 
S. : Petite Souris  
 
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Ma gazelle

Peinture : Ljubomir Milinkov

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Publié le 27 Octobre 2012

 

IMG_1890.JPG

Rochers aux flocons d’avoine et chocolat
 
Ingrédients pour une trentaine de petits rochers :
 
- 200 gr de flocons d’avoine ou de muësli
- 200 gr de chocolat noir
- 30 gr de cassonade ou de sucre glace
- 1 jaune d’œuf
- 2 c. à soupe d’huile
- 3 c. à soupe de miel liquide
 
Dans un plat mélanger les flocons d’avoine, la cassonade, le jaune d’œuf, l’huile et le miel jusqu’à imprégnation de tous les flocons.
Faire fondre le chocolat au four à micro ondes et l’intégrer aux autres ingrédients.
Bien mélanger puis façonner de petites boules. à l'aide de deux cuillères (éventuellement placer le mélange au réfrigérateur quelques minutes afin qu'il ne soit pas trop collant)
Placer les rochers sur une assiette garnie de papier sulfurisé et mettre deux heures au réfrigérateur.
 
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Publié le 25 Octobre 2012

 
« Bon voyage ! »
Le ton rauque de la voix d’Adrien me fait sursauter. D’une simple inclinaison de la tête, je remercie mon frère et Adrian de son air renfrogné, véritable marque de son caractère taiseux, me tend alors mon petit bagage. Il ne faut pas tarder, l’embarquement est prévu à 16 heures. Le cœur battant d’excitation, je rejoins le groupe de voyageurs. Nous sommes au nombre de sept, trois femmes et quatre hommes, tous plus âgés que moi.
D’un dernier geste, j’envoie un baiser à Adrian et déjà il se détourne. Je ne lui en veux pas, je le sais malheureux de ne pouvoir m’accompagner. Ce voyage c’était son rêve à lui aussi mais ce bras cassé et mal rétabli l’empêche de tenter le challenge qui nous attend. L’heure n’est pas aux attendrissements pourtant j’aurais tellement aimé le sentir à mes côtés.
 
…………………..
 
Nous roulons depuis des heures. Les conversations du départ se sont petit à petit effilochées et hormis le bruit du véhicule le silence s’est installé. J’essaie en vain de dormir, trop tendue je n’y parviens pas. Ce but à atteindre je l’espère depuis tant de mois. Sou après sou, il m’a fallu épargner longtemps pour pouvoir m’offrir ce voyage et enfin je suis en route. Je vais voir d’autres paysages, connaître des coutumes différentes ; mes pensées se bousculent et me projettent vers ces jours qui m’attendent. Je les imagine heureux, chargés de découvertes intéressantes, de rencontres et de surprises. Tout autour de moi le moteur ronronne, apaisant, tellement apaisant.
Le calme soudain me réveille. Il me faut un moment pour réaliser où je suis. Les femmes chuchotent, je comprends qu’elles espèrent une pause pipi attendue par tous. Le chauffeur déverrouille la porte et nous pouvons enfin nous dégourdir les jambes et nous soulager derrière quelques buissons. Le trafic est fluide à cette heure de la nuit, des camions et encore des camions se dirigent vers la frontière proche à présent.
…………………..
 
Première frontière... traversée d’un pays... seconde frontière… Sous les roues les kilomètres défilent et peu à peu, entre les haltes de repos ou de ravitaillement, je perds la notion du temps. Le chauffeur peu loquace annonce : Germany puis bien plus tard Belgium.
 
« Belgium » !
Tout bas, je répète ce mot que j’ai repéré sur la carte avant le départ. Belgium, petit pays si prêt de notre destination. Bientôt nous serons sur le ferry voguant vers l’England.
J’ai faim, j’ai soif, je me sens crasseuse, mon dos n’est que douleurs mais mon cœur est léger, léger. Adrian sera fier de moi !
 ………………..
 
Le véhicule ralentit, s’arrête et nous entendons des voix proches de nous, trop proches de nous. Le chauffeur discute, sort du camion, ouvre les portes. Silencieux, osant à peine respirer nous sommes tétanisés par l’angoisse. Un chien aboie, ma voisine éclate en pleurs tandis que la cloison nous séparant du reste de la cargaison est déplacée. Tout se passe comme dans un rêve au ralenti, ouaté et totalement irréel. Je vais me réveiller, il le faut. Adrian, l’England…
 
Papiers, passeport, visa ?
Passagers clandestins sans identité, parias venus de l’Est tel est notre nom. Où serons-nous demain ?
 
 
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Publié le 21 Octobre 2012

 
        Elle avait un air de rien ! A peine celui d’une petite dame sans chichi, mère de famille exténuée de bon matin par une marmaille qui l’avait lessivée dès l’enclenchement du radio réveil.
Après avoir casé les gosses à l’école, acheté un magazine à la librairie du coin, elle m’avait rejoint dans le parc. Moi, le simple banc de bois, je me suis senti le bienvenu, il faut dire que le soleil était de la partie lui aussi. 
 
Rz_77a.jpgElle s’est tout d’abord assise un moment pour récupérer puis elle s’est débarrassée de ses chaussures, a massé doucement un pied, puis l’autre, a soupiré d’aise. A cet instant, j’ai senti que mon attrait était irrésistible et j’en ai pour preuve la volupté avec laquelle elle s’est étendue tout contre moi. Elle a baillé, a gratté son crâne et a commencé à feuilleter la revue. Des pubs, des photos de bagnoles, des conseils pseudos-psychos, un régime amaigrissant pour se préparer à un bel été, des maillots… 
A mon humble avis, rien qui en vaille la peine ; un bon polar lui aurait procuré plus de détente. Enfin…
 
Pour un peu, je la sentais rejoindre les bras de Morphée, un sacré concurrent pour moi ! Alors, sous l’effet des rayons de soleil, j’ai un brin couiné, histoire de l’empêcher de s’assoupir. Nous avons passé ainsi une heure de répit et j’avoue qu’à la fin j’étais las du calme ambiant. C’est que je suis habitué aux papotages des petits vieux ou aux secrets des amoureux, parfois à l’une ou l’autre dispute mais c’est plus rare.
J’étais tout à mes pensées, me demandant quand elle allait enfin céder sa place, histoire de voir ma vie pimentée par d’autres hôtes, quand elle s’est relevée d’un bond, révolver à la main, et a sauté sur un quidam qui passait à proximité de nous. En deux temps, trois mouvements, il s’est retrouvé menotté à une latte de mon dossier et moi, contre la volonté des moindres de mes fibres, transformé en sellette - garde chiourme.
 
Toujours l’arme à la main, elle a enfilé ses chaussures, ramassé le magazine qui déjà s’égayait au vent et elle a confié au petit micro dissimulé sur son chemisier :
- Tout est OK, inspecteur Mambo, le suspect est maîtrisé.
Le suspect et moi, nous n’en menions pas large. Il est fort à parier que nous serons bancals et traumatisés à vie.
 
Comment ne pas avoir des craintes dorénavant ? En qui avoir confiance ?
Vraiment, c’était une petite dame qui avait juste un air de rien ! 
 
 
 
 

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Publié le 18 Octobre 2012

 
Ce jour-là, après avoir beaucoup marché, je parvins à une croisée des chemins et je profitai d’un coin agrémenté d’un banc pour m’octroyer une pause afin de soulager mes pieds endoloris. Assise à l’ombre d’un chêne, rassasiée de quelques fruits, j’observai les différentes routes qui se présentaient à moi. Celle de gauche me sembla la plus accueillante et bientôt je me remis en marche dans cette direction.
 
Cependant, après quelques lacets, je me retrouvai dans une contrée étrange où tout était voué à l’apparence. Les personnes que j’y rencontrai étaient superficielles et vaniteuses. Sans cesse, elles admiraient leur reflet dans des miroirs placés un peu partout sur les murs des maisons. Pour elles, seul comptait l’aspect extérieur et moi, vêtue à la diable, les cheveux ébouriffés par le vent, je fus observée avec mépris, nul ne répondit à mes tentatives de dialogue. A la sortie du village, un miroir géant barrait la route, empêchant tout passage. Je rebroussai alors chemin suivie par les regards hautains et dédaigneux de la population. C’est avec un réel soulagement que je quittai ce pays du paraître.
 
De retour au carrefour, j’optai pleine d’espoir pour un autre chemin. Après quelques centaines de mètres, deux gardes vêtus d’uniformes stricts me réclamèrent un droit de passage. Je m’exécutai de bonne grâce, curieuse de découvrir ce qui justifiait cette demande. Hélas, cette vallée avait pour tout but la rentabilité effrénée. Les gens se hâtaient en tous sens, il ne fallait pas perdre une minute de ce précieux temps qui valait de l’argent. Leurs yeux préoccupés me regardèrent sans me voir. Les enfants et les vieillards délaissés et parqués à l’écart comme du bétail avaient un regard si triste que je m’enfuis en courant.
 
Dès lors, il ne me restait plus que une route à découvrir mais elle m’emmena au pays de la jalousie, de l’envie malsaine, de la dénonciation calomnieuse. Les habitants se montrèrent méfiants, ils chuchotaient, toujours sur le qui-vive, et leurs visages portaient les marques de leurs peurs. Moi-même, je me sentis soupçonnée pour je ne sais quelle raison et, mal à l’aise, je fis demi-tour.
 
   Et maintenant Revenue m’asseoir sous le chêne, je fis le bilan de mes déboires quand mon regard fut attiré par l’amorce d’une minuscule sentier caché derrière une touffe de genêts. Une nouvelle fois, la curiosité guida mes pas. L’endroit était sauvage, la végétation faisait comme un écran de protection et pour avancer je dus écarter des branches basses, repousser des ronces ou contourner de grosses pierres. Vraiment, ce chemin se méritait.
 
Et puis vint la récompense, je pénétrai dans une clairière baignée de soleil. Au sol, un tapis de mousse semblait m’inviter au repos et l’air était rempli de chants d’oiseaux. De-ci, de-là, passèrent à ma portée des feuillets couverts de signes. J’en saisis un au passage et je découvris des mots doux comme une caresse, légers comme une plume. Ensemble, ils décrivaient l’amour de la vie.
 
Au bord d’un petit ruisseau à l’eau limpide, des artistes peignaient des tableaux animés ou donnaient vie à des matières les plus variées. Certains jouaient d’étranges instruments dont s’échappaient des mélodies sublimes. Tous me sourièrent, m’invitèrent à partager leur quiétude. Tout ici était harmonie et je compris instinctivement que mon voyage touchait à son terme. Par le plus grand des hasards j’avais enfin atteint mon jardin secret, celui qui depuis toujours était enfoui au plus profond de moi et un sentiment de paix infinie m’enveloppa.
 
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Publié le 14 Octobre 2012

     

     A chacun de ses retours d’Afrique, le rituel était le même, notre père nous emmenait, mes frères et moi, chez monsieur Feys, le photographe de la rue d’Assembourg. La veille, c’était l’effervescence à la maison. Maman ne savait où donner de la tête entre un dernier repassage des habits du dimanche, l’envoi de mes frères chez notre voisin le coiffeur Henri ou la surveillance des bains dans une salle d’eau transformée en étuve. Notre père allait, lui aussi, se faire couper les cheveux mais également tailler la barbe qu’il portait longue et carrée.

Au matin, Papa était le premier à enfiler son costume sous les yeux de Maman qui invariablement grondait : Henri, tu devras bientôt passer chez le tailleur. Vois, tu ne sais plus fermer ton veston. Papa haussait les épaules en disant : Allons Joséphine, j’ai gardé ma taille de jeune marié – et il l’enlaçait. Maman souriait alors d’un sourire un peu crispé, incompréhensible pour moi.

Une fois tout son petit monde inspecté, notre mère faisait ses dernières recommandations : Tenez-vous correctement, ne vous salissez pas… Mais sitôt dans la rue, notre père était tout à nous.

 

- J'arrive à tes épaules à présent, bientôt je serai ingénieur comme toi, disait Jacques.

- J’aimerais faire de la danse classique, je m’exerce à faire des pointes, tentait Daniel.

- Et moi, je veux être peintre, décrétait Luc qui crayonnait sur tout.

- Et toi, ma belle ? demandait mon père

- Institutrice ! Je serai institutrice ! était ma réponse.

 

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Chez le photographe, mon père prenait la pose et nous nous serrions tous contre lui révélant ce besoin que nous avions de le toucher pour effacer le manque ressenti pendant ses longs mois d’absence.

Trois jours plus tard, la photo était installée sur le buffet de la salle à manger et était oubliée jusqu’au départ de Papa qui la glisserait dans ses bagages.

Ses six semaines de repos coïncidaient souvent avec nos vacances scolaires et si nos parents prévoyaient quelques sorties en famille, Papa nous réservait à chacun en particulier une journée ou une soirée pendant laquelle il nous emmenait où nous le désirions. Comme j’appréciais d’être sa petite reine du jour… et souvent c’était le musée ou le zoo qui m’attirait contrairement à mes frères qui ne juraient que par le sport.

 

Nils Dardel - Clic

 

Maman n’était pas oubliée et nous sachant sous la garde de sa sœur Marie, elle se faisait une joie de parcourir en galante compagnie les Galeries Lafayette. Elle était curieuse d'y découvrir les dernières nouveautés puis de dîner dans un bon restaurant avant d’assister à l’un ou l’autre spectacle.

 

Quand sonnait la fin du congé paternel, notre mère, triste que sa santé fragile l’ait obligée à rentrer en Europe avec Jacques tout bébé, préparait les valises les yeux boursouflés par les larmes tandis que Papa n’avait plus que son long voyage et son travail en tête. Après son départ, nous retrouvions, malheureux tous les quatre, notre petite vie calme rythmée par les lettres que nous recevions de notre père et par celles que nous lui écrivions tour à tour formant ainsi une sorte de chronique familiale qu’il conservait précieusement.

Maman, quant à elle, était nerveuse, stressée durant quelques semaines. Aussi le jour où je la surpris à confier par téléphone à Tante Marie : Ouf ! Je respire, je ne suis pas enceinte… je pressentis vaguement qu’elle avait craint d’attendre un nouveau bébé.

 

Le jour de mes quatorze ans, Papa était une fois de plus de retour à la maison mais il n’était pas seul, une petite fille l’accompagnait. Il nous présenta Safy qui se tenait cachée derrière lui, en nous disant que sa mère était morte et que si nous étions d’accord elle serait notre nouvelle petite sœur. Nous avons regardé Maman et elle a souri à Safy comme pour nous autoriser à l’accepter parmi nous. Alors, Papa, le regard embué, a embrassé Maman en lui disant « merci »

 

Safy… quel délicieux prénom, quelle jolie petite sœur café au lait… Safy comme déjà nous l’aimions !

 

Pour Miletune : Clic 

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Publié le 10 Octobre 2012

 
 
- Dis, tu me décriras la Lune, la Lune et les étoiles ? Sûr, elles sont si différentes là-bas où le ciel pur révèle leur éclat. Et la montagne et ton refuge perché tout là-haut ? Et tes bonheurs, le lever du soleil, le chant des oiseaux ou une simple goutte d’eau ?
 
Un, deux, trois, ce sera à toi ! La comptine ne trompe pas, tu me diras…
 
- Tu me diras la première empreinte de tes orteils dans le sable blond et les genoux tremblant de retrouver la terre ferme après cette longue traversée.
 
As-tu reçu cet accueil fleuri, ces jolis sourires et ces chants de bienvenue ?
Un, deux, trois, j’imagine ta peau hâlée et tes yeux de braise…
 
- Se peut-il que tu aies cédé sans regret le voilier contre deux mules et des provisions pour tenter un ultime défi ? Tu me diras les sentes sinueuses et malaisées, la faune si particulière, la végétation écrin qui peu à peu fait place au minéral.
 
Un, deux trois, tu me transporteras vers ce plateau loin, si loin…
 
- Y auras-tu enfin découvert cette quiétude espérée ? Auras-tu pu réfléchir au sens profond de ta vie ? Me détailleras-tu ces jours de solitude, ces mois libérateurs de ton besoin d’espace et d’évasion ?
Ton bien-être valait-il ce voyage loin de moi, de nous ?
 
Un, deux, trois, tu te justifieras encore... encore…
 
- Je le sais, tu voudras me confier tout cela à moi ton amour. Et pourtant…
pour t’accueillir, je ne serai pas là. A ne pas être entendue, à trop t’attendre, j’ai moi aussi voguer vers d’autres cieux. Un autre cœur vibre à mes côtés et pour lui je frémis d’amour.
 
Un, deux, trois, je passe mon tour.
Un, deux, trois, la comptine pour moi n’a plus cours…
 
 
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Publié le 6 Octobre 2012

 
 
- Tu te souviens Marylou ?
- De quoi mon Julos ?
- Du jour où nous avons emménagé ?
- Si je me souviens, tu penses…il y a plus de trente ans de cela !
- Allons, fais pas ton oublieuse ma poulette, ta crampe, tu te souviens de ta crampe ?
Moi, je m’en souviens comme si c’était hier…
 
- Tu y es ?
- Ouais !
- A trois, on y va. Un, deux, t…
- Attends, j’ai une crampe !
- Une crampe ?
- Au mollet droit ! Aie ! Aie !
- Tends ta jambe, pose ton pied à terre… ça va ?
- M’ouais !… Oh ! Flûte !
- Quoi encore ?
- Mes mains… sur le mur… regarde…
- Ah ! Oui ! Bravo !
 
- Bravo ma Marylou ! Que voulais-tu que je te dise d’autre ? Un mur peint de la veille et l’empreinte de tes deux mains juste à l’endroit prévu pour notre lit.
- Quelle idée aussi de me faire empoigner cette vieille caisse pourrie !
- Caisse pourrie, caisse pourrie ! Une malle de l’armée US ? Une relique de mon père ? Un… un… trésor de guerre rempli de souvenirs ?
- Tu parles de souvenirs précieux ! Ils sont figés depuis trente ans et des poussières au grenier, parce que tu te souviens, nous avons fini par le hisser sous le toit ton trésor de guerre rouillé ?
- Si je me souviens… Ah ! ce fut notre première chamaillerie… Comme il faisait chaud au grenier ce jour là…
- Ouais ! Et neuf mois plus tard, ta fille était là !
 
- Tu dors Marylou ?
- Mmm !
- Dis-moi..
- Quoi encore ?
- Tu n’aurais pas une petite crampe ce soir ?
 
 
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Publié le 4 Octobre 2012

IMG 1853

 

 

 Pommes d'août

 

vertes pommes

 

plaisirs si doux

 

il faut voir comme

 

 

à l'ouvrage petit écureuil

 

peler, couper, cuire

 

sans quitter d'un oeil

 

compotée réduire

 

 

tourner, sécher, étaler

 

mise au frais

 

deux jours patienter

 

et tout est fait ?

 

 

découper, de sucre enrober

 

et collent les doigts

 

enfin le temps de savourer

 

mum ! que c'est bon ma foi !

 

 

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Publié le 2 Octobre 2012

   

Un mufle ! Triste constat, j’ai épousé un mufle ! Depuis la fenêtre de la chambre à coucher je l’observe se démener de la véranda au jardin. C’est sa deuxième nuit d’insomnie ; deux soirées et deux nuits consacrées à dorloter, agencer et mettre encore davantage en valeur ses bonsaïs. Demain, ce sera pour lui son jour de gloire et il veut être fin prêt. Aucun détail ne doit lui échapper, tout doit être parfait pour le week-end "nous découvrir vos passions" organisé par le comité des fêtes.

 

Vos passions ! Et dire que si ma collègue Nathalie ne m’avait pas laissé son bonsaï décrépi pour aller ouvrir un salon de toilettage canin aux antipodes nous n’en serions pas là ! Mais voilà, Patrick s’est pris au jeu de le requinquer, il a acheté des livres de botanique, couru les jardineries, visiter des foires, consulter des amateurs… une véritable drogue. Quand ce pauvre prunus a enfin porté ses premières fleurs, il était déjà entouré de dix autres espèces d’arbres nains et mon mari reconnu comme une sommité pour les questions de marcottage, greffage, rempotage, entretien ou taille ; il distinguait aisément les plants fragiles, ceux sensibles au froid, des plantes plus rustiques supportant les rudesses du climat. Fier de sa main verte, il est à ce jour propriétaire de soixante-cinq bonsaïs.

 

Verte, c’est moi qui le suis de rage à présent et Patrick, ce mufle, ne semble pas s’en apercevoir tout affairé qu’il est par la préparation de son exposition. Comment a-t-il pu prononcer une phrase pareille, comment devant les caméras de la chaîne de télé locale s’est-il laissé aller à me ridiculiser par ce clin d’œil entendu ? Depuis l’interview, j’ai visionné trois fois la séquence consacrée à "Faites-nous découvrir vos passions" et si je dois bien admettre la prestance de mon époux, son élégance naturelle accentuée par une moustache très british, je dois avouer qu’à présent je l’exècre et lui trouve un air rustre et trivial.

 

Mes mains de toiletteuse me démangent, elles réclament impérativement une paire de ciseaux pour tailler et venger l’affront. Patience, il finira bien par se fatiguer ! Et de fait, le voilà qui s’installe dans le fauteuil-crapaud, son siège de prédilection installé face à ses potées. Patience, patience, il s’endort d’habitude comme une masse, insensible aux bruits extérieurs.

 

Enfin il dort et quand il dort, il dort ! Doucement, je descends l’escalier, prends au passage la paire de ciseaux la plus aiguisée dans ma trousse de toilettage, traverse la salle de séjour et pénètre dans la véranda éclairée par la lueur orangée des lampes à sodium, alliées des plantes. Dans ma tête la voix de Patrick serine, clin d’œil à l’appui : "Oui, je consacre beaucoup de temps et d’argent aux bonsaïs mais ils m’apportent bien plus de satisfactions qu’une femme"

 

Tu parles ! Plus de vacances depuis trois ans, plus de petits week-end passés en amoureux, plus d’autres loisirs que les soins aux bonsaïs ; le terrain entouré de grilles rébarbatives, les murs truffés d’alarmes électriques, l’impression de vivre en vase clos voilà ce que je supporte par amour aveugle. Il est urgent de réagir ! Les ciseaux frétillent, impatients. Mes yeux à l’affût se posent sur le ficus panda, admirent le prunier de Java, se voilent devant le poivrier d’Indonésie... Non, je ne vais pas sacrifier notre patrimoine, de plus ces végétaux, eux, sont totalement innocents. Non ! Je me retourne et deux "clic" de ciseaux vengeurs sectionnent les guidons de vélo, fierté de Patrick. Mon mari se réveille en sursaut et s’écrie " Mais Bibiche !" à la vue de ses moustaches enserrées dans ma main gauche.

 

Fini, plus de Bibiche ! C’est décidé, lundi, la femme du mufle va réserver dix jours de vacances au soleil et le laisser pèpère à ses passions.

 

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(mes textes sont des fictions )

Photo : wikipédia 

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