coups de blues

Publié le 21 Août 2022

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Mais quand donc cet abruti là-haut cessera t-il de lever son doigt ? Je n’en peux plus de ses surenchères. Se prend pour Crésus ou quoi ?

Egrotant depuis turelure je ne mérite pas de terminer ma carrière ainsi, je vous le dis !

Comment ? Je suis payé à la commission ? Plus le montant de la vente est élevé, plus je remplis mon escarcelle ?

Alors, là, c’est mal me connaître, je ne suis pas vénal pour un sou, ni pour un Euro, un Dollar, un Yen, etc…

Moi ce que j’aime dans ce métier, et qui me met en joie chaque jour que Dieu fait, c’est de taper le marteau sur le pupitre en clamant un « adjugé » bien sonore.

L’extase !

Alors, l’abruti, il l’écrase son adversaire, oui ou non ?

- Ad-ju-gé !

Ouf ! Enfin mon marteau est tout en joie.

Passons presto à l’enchère suivante.

 

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Sujet 009 de Mil et une - suite - clic

La création d'Adam de Michel -Ange - clic

 

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Publié le 26 Juin 2022

 

  Comme vous passez par ici et moi par-là, j’en profite pour vous faire une confidence : je déménage !

  Oui, vous avez bien entendu, je dé-mé-na-ge.

  Hélas, déménager laisse la porte ouverte à tous les cancans…

  Les entendez-vous ?

- Fais semblant de rien, elle déménage.

- Elle a mis son gros pull en laine alors que nous suffoquons avec ces 32 ° au thermomètre… elle déménage.

- Ce matin, à la boulangerie, elle a commandé deux tartes tatin pour la venue de sa grand-mère Mary décédée il y a plus de vingt ans. Vous vous rendez-compte, elle déménage ! Les tartes ? Oh, je l’aiderai volontiers à en venir à bout.

- Non, mais regardez-la, elle a enfilé une chaussure brune à un pied et une rouge à l’autre. C’est triste mais il faut bien l’avouer, elle déménage…

- Ah, vous l’avez vue se promener la nuit en chantant à tue-tête ? Du Frank Sinatra ? Avec son vieux parapluie ouvert sous la pleine lune ? Triste, mais que voulez-vous elle déménage.

- Elle perd ses clés, son portefeuilles, ne sait plus le jour, ni l’heure ? Normal, elle déménage !

- Etc, etc…

Comme nos chemins se sont croisés par hasard, je vous fais pleine confiance et vous avoue en toute confidence que j’hésite de plus en plus à franchir le pas.

  Quel pas ? Mais celui de déménager réellement voyons !

  Comprenez, ce bruit qui court anime tout le quartier qui serait bien morne sinon.

  Ah ! Vous compatissez ?

  Cela me fait un bien fou d’être enfin comprise par plus excentrique que moi !

  Mais entrez donc, il y a de la place dans ma tête et nous ne serons pas trop de deux pour divaguer !

 

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Sujet 004 de Mil et une - suite  (clic)

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Publié le 15 Mars 2022

 

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- Elle est jolie ta fleur !

- C’est une rose.

- Pourquoi il y a des mots écrits dessus ?

- Ce sont de notes de musique… tiens, je te l’offre cette rose. Veux-tu que je t’apprenne comment en créer une à ton tour ?

Je regarde Maman, elle me fait « oui, tu peux » en balançant la tête.

- Prends mon cahier de partition, là, que j’en retire deux feuilles.

J’ai tout fait comme la vieille dame me l’expliquait et même si ma fleur semble déjà un peu fanée je me sens pareil à un magicien.

- C’est pour toi, Maman ! Je lui dépose en main la rose de la vieille dame et conserve celle que j'ai créée.

Maman sourit et se met à chanter. Sa voix est tellement belle que les gens se taisent autour de nous pour l’écouter. Moi, j’ai un peu faim et je suis fatigué mais Papa me propose de jouer aux cartes avec lui et mon grand frère.

Ici, dans les caves de l’immeuble on n’entend rien. Ou alors pas grand-chose de ce qui se passe à l'extérieur pourtant je sens que Papa frisonne par moments quand le bruit des cloches et des sirènes nous parvient malgré tout.

J’ai dormi, je crois, mais ma rose magicienne est toujours bien serrée dans ma main. Papa me porte dans ses bras, je suis bien.

Non, je ne suis pas bien, j’ai peur et je dois faire pipi mais Papa me souffle « pas maintenant »

Je glisse la rose magicienne dans le col de son pull en laine. Il ne dit rien mais me serre un peu plus contre lui.

Mon frère tire une valise. Maman deux autres. Où est celle de Papa ?

La gare est bondée, je me sens tout petit, petit.

Je pleure. Mon frère pleure. Maman, avec la rose de la vieille dame accrochée à sa veste, pleure collée contre la vitre du train et envoie un baiser à Papa en larmes sur le quai. Dans sa main, la rose magicienne semble me faire un clin d’oeil.

La foule le bouscule, prend sa place près du wagon et notre père disparait de notre vue brouillée tandis que le train se met lentement en branle vers…

Je ne sais pas où !

Quand serons-nous encore réunis tous ensemble, avec en plus ce bébé qui gonfle le ventre de Maman ?

J’ai appris à confectionner une fleur en papier… peut-être qu’à mon tour j’apprendrai ce tour de magie à mon petit frère ou ma petite sœur ?

Je me love contre mon frère…

La guerre, c'est pas gai !

 

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Pour Mil et une - sujet 11/2022 - clic et clic

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Publié le 6 Février 2022

 

 

Les caisses que Nora descend du grenier par le petit escalier escamotable s’empilent peu à peu dans le hall.

L’inspecteur Harry soupire. Il lui faut bien s’avouer que sans l’aide de sa collègue la tâche aurait été trop ardue pour son dos aux vertèbres un brin malmenées par le temps.  

Où sont passées mes plus belles années ? Au fond de ce fatras de carton ? L’inspecteur Harry, les bras ballants, semble transformé en statue.

Nora fredonne.

Nora fredonne quelle que soit la météo, l’humeur de son bientôt ex-supérieur ou de son compagnon.

Elle fredonne tout en jetant un regard interrogateur à son boss.

Que se passe-t-il dans la tête d’une personne quittant l’endroit où elle a vécu un grand nombre d’années ? Et tout ce petit univers empaqueté à quoi ça sert ?

La jeune femme est adepte du minimalisme et a des difficultés à comprendre les accumulations qu’elle juge compulsives.

L’inspecteur Harry soupire une fois de plus. Il s’est tellement réjoui de ce départ à la retraite, de cette vie pleine de promesses passée au soleil, libre, libre enfin de tout horaire, enquêtes ou autres obligations… et là, il se sent vide de tous ses repères.

Puis son œil frétille, il vient de repérer une caisse au carton orangé orné d’étranges fleurs. Déjà, il en sort sa vieille compagne, une machine à écrire sauvée du tout à l’informatique.

- Une antiquité bonne pour le marché aux puces, s’exclame Nora.

Harry fronce les sourcils qu’il a touffus. Comment faire comprendre à sa jeune collègue les liens qu’il a entretenus avec ce clavier ?

- Gmrr…

- Vous dites ?

- Je dis que si cette machine à écrire pouvait parler elle vous décrirait tous les suspects que j’ai eu l’occasion d’interroger.

- Bof, je connais la ritournelle, je l’entends tous les jours…

Oui, elle a sans doute raison, pense l’inspecteur Harry, les années passent mais les humains restent d’immuables suspects et les criminels se cachent souvent sous des dehors courtois ou angéliques.

Nora toujours afférée redescend la dernière caisse et se saisit de l’aspirateur qu’elle passe là-haut en un temps record.

Déjà 17 heures, il est temps pour elle de rentrer au bercail.

Harry la regarde partir, penaud, son billet à la main.

- Si on ne peut plus s’entraider où va-t-on ? a rigolé Nora en le voyant fouiller dans son portefeuilles. A lundi, pour le pot de départ ! J’avoue, chef, vous allez me manquer !

Penaud, oui, l’inspecteur l’est d’autant plus que jamais il ne lui avouera avoir jadis arrêté ses grands-parents, de fameux escrocs au quant-à-soi plus que trompeur.

Bon, c’est décidé, cette machine à écrire et la plupart des autres contenus des caisses finiront aux encombrants et peut-être, comme lui, Harry, connaîtront une autre vie !

Et vive le soleil pour encore de longues et belles années !

 

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Pour Mil et une - clic et clic

image : James Cokk - clic et clic

 

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Publié le 13 Juin 2021

Igor Morski - clic

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Allez, viens je t’emmène !

Où ?

Peu importe ! Ayons confiance, la Terre est ronde on ne peut s’y perdre.

Arrêtons de pédaler à vide, de nous défoncer comme des forcenés dans l’air malsain d’une de ces salles de torture qui fleurissent à chaque coin de rue.

La rue, justement, traversons la et laissons derrière nous nos fantômes, ceux qui nous hantent jour et nuit, inlassablement. Cessons de pleuvoir des larmes intérieures, cessons de nous noyer dans notre propre eau.

Apprivoisons-nous, laissons tomber nos carcans, ils nous corsettent à ne plus savoir respirer librement. Allégeons-nous de ces lourdes couches de culpabilité, de regrets malsains.

Non, il n’est pas trop tard mais nous ne sommes rien l’un sans l’autre, toi, mon alter ego et moi, ton second toi.

Toi, le corps, moi, l’esprit, nous formons un duo à l'entente parfois chaotique mais rien n’est grave si ce n’est perdre espoir !

Marchons avec la vie, avec notre vie, unique et éphémère…

Ici dans un parc, là-bas dans un chemin creux ; sur le petit balcon ou dans le couloir, cheminons !

Mais non, nous ne sommes pas vieux !

Regarde, l’enfance sommeille toujours en nous.

Allez, viens je t’emmène vers l’horizon bleu de ses rêves…

 

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Alter Ego - Jean-louis Aubert - clic

Pas d'ami comme toi - Stephan Eicher - clic

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Publié le 8 Mai 2021

 

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Parfois c’est un cri d’oiseau, jacassements de pie, chant d’amour printanier d’une grive, ou le glapissement de son discret voisin, le renard, sorti de son antre un peu plus haut sur la colline, parfois un moteur d’avion en phase d’atterrissage ou simplement son compagnon se retournant dans le lit à ses côtés qui la réveillent. Parfois aussi, elle doit bien se l’avouer elle ne dort pas mais maintient ses yeux fermement clos.

Angoisse. Et si…

Elle ouvre alors son troisième œil, celui qu’elle seule perçoit concrètement au milieu de son front. D’abord, elle regarde en elle et se voit bien là, chez elle, entre le jour et la nuit.

Lune ou soleil ?

Soleil ! Elle veut y croire !

Se forcer à ouvrir l’œil gauche, l’œil droit, apercevoir l’heure affichée sur le réveille-matin ou les premières lueurs de l’aube sont des victoires.

Pour combien de temps encore ?

Dans son sang coule un produit dont l’amertume est sensée faire reculer une échéance qu’elle redoute, si ce n’est la guérir définitivement de cette maladie qui peut la priver de la vue.

Le troisième œil l’aidera quoi qu’il arrive, elle en est persuadée il sera son allié.

Tout à l’heure, ou demain, elle se décidera à le représenter dans un dessin.

Qui comprendra sa symbolique ?

 

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Christian Schloe - clic et clic

Pour Mil et une : sujet 12/2021 - clic

Kendji Girac

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Publié le 7 Avril 2020

 

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C’est comme un besoin, une évidence, aujourd'hui il lui faut parcourir les chemins de son enfance. Déjà elle gravit la butte menant à la petite chapelle. Dans la prairie, des chevaux tête-bêche unissent leurs efforts pour chasser à coups de queue les premiers insectes. Le printemps est là !

Deux cyclistes font tinter leur sonnette et la sortent de sa rêverie. Gare, ils sont pressés.

En passant devant la maison de Mathilde elle sourit. Pour sûr la nonagénaire à sa fenêtre aurait envie de faire un brin de causette mais inhabituellement elle se contente de faire un signe de la main puis elle lève un pouce en forme de « tout va bien pour moi »

Rassurée sur le sort de Mathilde elle dévale à présent le chemin menant au fond de la vallée. Un couple de marcheurs venant en sens inverse s’écarte vers le talus pour la laisser passer. Sensation étrange. Serait-elle pestiférée ?

 

Le ruisseau encore gonflé des dernières pluies et averses de neige serine son chant sans fin. Là, près du pont, elle allait jadis se baigner avec ses frères et ses amies dérangeant probablement les truites arc-en-ciel…

Le ciel ? Il est si limpide aujourd’hui sans les innombrables traces blanches des long-courriers rejoignant Londres, Amsterdam ou New-York.

Du clocher de l’église le temps s’égrène à travers la campagne… dix, onze coups de cloche et puis seuls les chants des oiseaux poursuivent l’animation. Une jeune femme précédée par son enfant juché sur son petit vélo s’approche d’elle. A son tour elle s’écarte pour les laisser passer en se risquant à un petit sourire. La femme, yeux rivés à son portable, l’a-t-elle seulement aperçue ? Elle en doute… Bof !

 

 

Le banc posé dans une courbe du sentier traversant le pré semble lui faire des reproches : Hé, tu me délaisses ? Ne suis-je plus qu’un peu de bois dur ? N’as-tu pas, comme d’habitude, envie de te reposer sur moi et d’observer la maison de ton enfance ? Mais pour toute réponse elle se contente de le caresser furtivement. Le pauvre ne sait pas qu’il est mis au ban de la société.

Un bourdon délaissant une jonquille vrombit autour de l’hôtel à insectes et déjà le chemin rejoint la plaine de jeux désertée de toute présence enfantine. Quel gentil génie les délivrera de ce sortilège maléfique elle, ces jeux et le banc là-bas ?

Probablement pas la police faisant son boulot, pas toujours facile, de veiller au bon respect des mesures exceptionnelles prises en ces temps troubles d’épidémie.

Circulez braves gens, seul ou à deux, à pieds ou à vélo en partant de chez vous et en vous tenant au minimum à un mètre cinquante de distance l'un de l'autre.

Circulez, il n’y a rien à voir !

 

Mais elle sait son enfance bien cachée dans un coin de son cœur et comme souvent c’est là qu’elle puise la force de continuer encore et encore son chemin de vie.

 

Où la mènera-t-il demain ?

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Pandémie du Covid-19 - clic

 

 

 

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Pour Mil et une - sujet 14/2020 - clic

image sujet Annick SB - clic

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Publié le 11 Février 2020

 

De marbre !

Ma décision est prise, dorénavant, je resterai de marbre et tant qu’à faire d'un marbre blanc de la plus fine qualité.

« Je le vaux bien » dixit la pub et pour une fois, je lui donne raison.

Alors fini de chercher à me culpabiliser, désormais ils n’y arriveront plus. Qu’ils se débrouillent sans moi.

J’entends déjà le tumulte et je me régale à l’avance de leurs œillades ahuries puis outrées suivies de :

- Mais maman !

- Voyons chérie !

Ou plus cajoleur (hypocrite, oui)

- Allons, ma petite fée tout à moi…

 

De marbre !

 

Et si la pile de linge sale, de linge à sécher, plier ou repasser, recoudre, allonger, raccourcir, customiser, remiser pour l’hiver ou pour l’été, de linge à trier pour le recyclage ou la revente sur le Net… (Pfff ! je reprends mon souffle…) de linge à prévoir pour le sport à l’école, la piscine, le linge à ranger dans la bonne armoire, à assembler par bonne paire, bonne taille, à ramasser sous un lit, derrière un radiateur, à désodoriser, détacher… et j’en passe… si la pile donc devient montagne ce ne sera plus de mon ressort.

 

- Comment ? C’est de la montagne qu'est extrait le marbre ?

 

Et bien oui, ce sera cette montagne qui m’aura générée, tant pis pour elle !

 

De marbre !

A bon(s) entendeur(s), salut !

 

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Pour Mil et une - sujet 6/2020 

Michelangelo Pistoletto - clic

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Publié le 22 Décembre 2019

- Tu dors, Nestine ?

- Mmm !

- Je suis passé chez le boucher, j’ai décommandé la viande prévue pour le réveillon. L’était pas contente Mélie, je l’ai bien vu à ses lèvres pincées malgré son éternel sourire commercial. Et son regard, je ne te dis pas ! Foudroyé je serais si je ne la connaissais cette chipie.

- Mmm !

- Oui, elle a quand même demandé de tes nouvelles. Oh ! discrètement tu penses bien… la grippe ce n’est pas bon pour la clientèle et donc pour son tiroir-caisse… Tu ne dis rien ?

- Dorm…

- Dormir ? Oui, je vais te laisser dormir, ma bonne Nestine... Ah, j’ai rapporté de quoi te confectionner un grog ce soir, il n’y a rien de tel pour tuer les microbes… Bon, je te laisse tranquille… Pfff ! Je me suis souvenu tout à l’heure de la naissance de Gaëlle, la veille de Noël. Toi et elle à la maternité et moi, seul avec les deux garçons… On avait regardé des vidéos de dessins-animés puis j’avais fait chauffer du cassoulet… deux boîtes… Les petits étaient ravis et moi, j’ai vidé le plat… quel festin ! Alors tu vois, ne te tracasse pas pour le repas, ce soir je réveillonnerai devant la télé avec un cassoulet de Miniprix, cela me rappellera le bon vieux temps… et puis, tiens, je me servirai également un bon grog… Dors bien Nestine !

- Mmm !

- Non, ils n’ont pas appelé, pas encore ma Nestine, tu sais comment cela se passe aux sports d’hiver… non, tu ne sais pas ?… moi, non plus d'ailleurs !... Pfff ! Dors bien !

 

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Pour Mil et une, sujet 46/2019 - clic

image Mil et une 2014 

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Publié le 31 Janvier 2019

Rafał olbiński - clic et clic 

Certains sont définitivement cloitrés dans leur surdité

D’autres, mine de rien, tendent l’oreille

Et celui-ci demande : voulez-vous répéter, ce n’est pas clair pour moi ?

Celle-là tente malgré un certain brouhaha d’élever les idées

Le râleur, automate bien huilé, serine : c’est toujours pareil

Et l’optimiste de s’enthousiasmer : on avance

Les yaqua malgré leurs grandes idées ne mouillent pas leur liquette

Les utopiques, eux, s’accrochent à leur vision idéale

Mais les pragmatiques s’exclament : soyons réalistes

Ici on prédit un avenir sombre

Là un ciel serein

 

Tour à tour, la parole est donnée à chaque instrument de l’orchestre

On tente de repérer les couacs, les tempos trop lents ou à contretemps

Aucune fausse note ne devrait entacher l’harmonie

Et de répétition en répétition, d’écoute en écoute

Les violons s’accordent peu à peu

 

L’œuvre est ardue mais sublime à exécuter

Et chaque jour il faut s’exercer pour tenter de la magnifier

Celle que l’on nomme Notre Belle Démocratie

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Pour Mil et une - sujet 04/2019 - clic

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Publié le 26 Janvier 2018

Et cela continue, encore et encore... (clic et clic)

L'actualité repasse les plats rances. Le chaud et l'effroi sont au menu une fois de plus.

Et moi ?

Moi, j'ai le blues et je réédite un texte écrit en 2010 et publié ici en 2012.

2010 :1672 emplois perdus chez Carrefour Belgique

début 2018 :1233 emplois à supprimer chez Carrefour Belgique                            

Même combat !

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Jean-Luc, Martine, Dany, Chantal, Jean-Yves, Guido, Colette, Françoise ...

Tout le monde il est beau ! Tout le monde il est beau ! Marc, Marie-Christine, Sabine, Ulla…tout le monde il est beau….

Joëlle, Jonathan, Myriam, Béatrice… et puis, Elle, la mille six cent septante deuxième… Elle qui chantonne comme Zazie.

 

Ploc ! fait une goutte d’eau dans l’évier.

Marie, Jean, Nicole, Brigitte, Christian, chante-Elle

Ploc ! fait la goutte suivante.

Elle se fiche de ce bruit monotone comme elle se fiche de la table encombrée des reliefs du petit-déjeuner et du café qui vieillit dans le percolateur.

Faudrait aérer les chambres à coucher, trier le linge sale, l’engouffrer dans le lave-linge, vider le lave-vaisselle, rafraîchir la salle de bains… Faudrait…

 

Mille six cent septante deux !… 1672 ?…

Google lui répond :

Louis XIV - Guillaume III d’Orange - Batailles - Traité de Nimègue

Rien de neuf sous le soleil.

« Tout le monde il est beau »

 

Ploc ! fait l’eau têtue.

Miaou ! fait le chat.

Pour son vieux compagnon elle daigne se lever de sa chaise, entrouvre la porte donnant sur la terrasse et le laisse sortir. Il pleut.

Elle allume la télé, coupe le son, regarde les images sans les voir vraiment puis elle saisit un livre, le redépose… faudrait aller à la bibliothèque, à la boulangerie… faudrait… mais elle paresse.

 

« La jeune fille rebelle » Ce titre l’attire à nouveau. Elle reprend le livre, le caresse et se souvient de cette après-midi pas si lointaine où elle a savouré sa lecture, la comparant à un caramel tendre qui lentement fond dans la bouche. Il neigeait… les oiseaux envahissaient la mangeoire. C’était il y a un siècle, une éternité. Elle n’était pas encore la mille six cent septante deuxième.

« Tout le monde il est beau »

 

Elle s’allonge dans le divan parmi les coussins moelleux, ne pense à rien, n’imagine rien. Son corps et son cœur sont lourds. Mal… mal dans sa peau… Elle s’attarde, elle musarde, elle flemmarde, elle lézarde et c’est bien ainsi.

Guy, Marguerite, Edgard, Monique, Josiane, Roger… la liste est longue… Elle n’en connaît qu'une centaine parmi les mille six cent septante et un. Comme eux elle est à un Carrefour de sa vie, comme eux, elle fait partie de ces petits travailleurs besogneux sacrifiés sur l’autel de la rentabilité effrénée.

« Tout le monde il est beau »

 

Tout à l’heure, elle ira rejoindre le groupe.

Tout à l’heure, elle fera partie du piquet de grève.

Faut pas prendre les salariés pour des « gogo’s » et s’en débarrasser comme on le fait avec ces jouets "offerts" contre un passage aux caisses de l'hypermarché. Faut pas ! Mais pour l’heure, elle paresse c’est sa seule défense. 

 

 

Ploc ! Ploc ! Goutte après goutte l’eau remplit l’évier.

Miaou ! Le chat se frotte contre la vitre, il veut rentrer.

 

mars 2010 - janvier 2018

 

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Publié le 2 Avril 2017

L'atelier du vitrail - clic

- Faites un vœu, bonne Dame Alpaïde, voici la première aronde se présentant à notre vue.

       - Un vœu ? A quoi me servirait-il ?

Sieur Rohkolen, mon mari, s’en est allé guerroyer au côté de messire Charlemagne, notre empereur. Tout l’hiver, au coin de l’âtre, il piaffait d’impatience de reprendre le cheminement et voici les beaux jours revenus. Que m’importe une aronde, elle ne réjouit pas mon printemps ! Demain, peut-être, serais-je condamnée à porter voile de veuve, noir comme ces plumes d’oiseau…

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A-t-elle pu admirer une dernière fois le ciel, la Jeanne à la tête embronchée ? clic

A-t-elle perçu les cris des hirondelles dérangées dans leur quête incessante et gourmande alors que la fumée du bûcher léchait sa chair tendre en ce joli mois de mai ?

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Un, deux, trois

Quatre cinq

Six sept

Violette

Violette

 

Mais qui a créé cette comptine ?

Se doutait-il qu’elle résonne clic

Au fil des générations

Et de beaux jours de printemps ?

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Les souvenirs s’estompent…

Il y eut beaucoup de 7 mai

 

Un seul a vu la reddition

D’une armée belliqueuse

En la ville des sacres  clic

Dans la campagne alentour

les vignes portant les promesses

D’une récolte digne des grandes années

S’épanouissaient indifférentes

Aux turbulences du Monde

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Printemps de Prague

Mai 1968

Printemps arabe

Bruxelles, 22 mars 2016

L’équinoxe réveille ou annihilie les consciences

Les oiseaux ignorant la folie humaine

Entament leur longue migration

 

Qu’en sera-t-il demain ?

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Pour Mil et une en mai 2013 

(texte légèrement adapté)

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Publié le 11 Mars 2017

Je parie, six sonneries et ça décroche… tu vois, pile six…

Et gna, gna, gna … ouais ! je sais… "… appuyez sur la touche un pour…

 

Trois fois de suite sans les joindre, tu parles si je connais la manoeuvre…

Et gna, gna, gna…. "Pour…" la touche trois, hop ! c’est fait…

Pas vrai, revoilà l’autre débile… si je l’avais en face de moi celui-là ses oreilles s’échaufferaient… Comment c’est possible un discours pareil… ça se veut branché… des machos-misogynes, princes du sous-entendu, oui !

 

Non, mais réécoute-moi ça… "Toutes nos poules sont occupées à caqueter. Dès qu’une se libère, elle est à vous…" et en plus cette musique débile : une poule sur un mur... clic

 

Toutes nos poules ? Imagine ces pauvres filles… pour mériter de quoi s’acheter une cuisse de poulet se faire traiter de poules qui caquettent… et à longueur de journée en plus... ?

"Est à vous"… doivent en recevoir des propositions salaces… Pff ! ça va durer encore longtemps ? Pas que ça à faire moi ! Et cette musique… Et les euros qui s’envolent…

 

"… Dès qu’une"

- Bonjour, puis-je vous aider ?

- Bonjour. Je vous plains sincèrement.

- Ah bon ! Pourquoi ?

- Se faire traiter de poule qui caquette me semble insupportable. Il faut réagir Mademoiselle et mettre le coq au pas.

- ...(Rires gênés)

 

Pas encore sortie du poulailler la pauvre… bande de misogynes et de poulettes naïves…

Et dire qu’il faut gagner sa vie.

 

Cela se passait il y a une dizaine d'années. Les choses ont-elles évolué ???

N'en suis pas sûre !

 

clic 

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Pour Mil et une - mars 2017 - clic

 

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Publié le 26 Décembre 2013

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Lorsque nous étions réunis à table et que la soupière fumait, maman disait parfois :

- Cessez un instant de boire et de parler.

Nous obéissions.

- Regardez-vous, disait-elle doucement.

Nous nous regardions sans comprendre, amusés.

- C'est pour vous faire penser au bonheur, ajoutait-elle.

Nous n'avions plus envie de rire.

- Une maison chaude, du pain sur la nappe et des coudes qui se touchent, voilà le bonheur, répétait-elle à table.

Puis, le repas reprenait tranquillement. Nous pensions au bonheur qui sortait des plats fumants, qui nous attendait dehors au soleil. Et nous étions heureux. Papa tournait la tête comme nous, pour voir le bonheur jusque dans le fond du corridor. En riant, parce qu'il se sentait visé, il demandait à ma mère :

- Pourquoi tu nous y fais penser, à ce bonheur ?

Elle répondait :

- Pour qu'il reste avec nous le plus longtemps possible.

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Publié le 10 Novembre 2013

Le champ des oiseaux

clic pour découvrir l'historique du lieu décrit dans ce texte

Le champ des oiseaux était calme en ce matin de septembre 1944. L’herbe encore grasse réjouissait les vaches qui broutaient, paisibles. Ces quelques hectares en légère déclivité, délimités par un petit bois de feuillus se parant doucement d’automne ne se doutaient pas de leur destin.

Au loin, les premiers camions de l’armée US faisaient route, chargés de matériel ou de macchabées.  Il y avait urgence, urgence de donner une sépulture à ses boys tombés au combat, urgence sanitaire également. La tâche était gigantesque quasi inhumaine face aux corps à identifier, à répertorier, à traiter avec respect…

Le champ des oiseaux devint ainsi un champ de repos pour ceux qui avaient échappé aux affres du débarquement en Normandie mais avaient péri lors de l’avancée des troupes. L’hiver rigoureux qui suivit connut les combats sanglants de la bataille des Ardennes et la nécropole s’agrandit encore. Parmi les milliers de morts, trente-sept paires et un trio de frères reposaient désormais côte à côte.

 

Certains des combattants ne furent jamais identifiés ; d’autres, portés disparus. Nombre de dépouilles, réclamées par leur famille, reprirent le chemin vers leur terre d’origine.

Quinze longues années durant le lieu fut l’objet d’aménagement. Aujourd’hui des allées tirées au cordeau parsemées de stèles blanches en forme de croix ou d’étoile de David, des parterres fleuris, un mémorial sont toujours là pour nous rappeler les courtes vies  de ces hommes qui n'aspiraient qu'au simple bonheur.

Parfois, je m’arrête quelques instants dans ce lieu paisible afin d’honorer ces soldats et leurs familles et découvrir les nombreux messages inscrits chaque jour dans le livre d’or.

 

Combien de lieux semblables à travers la France, la Belgique, la Hollande, le Luxembourg ?

Combien de combattants poussés par leurs supérieurs sont-ils morts dans les deux camps à la suite de l’idéologie d’une poignée de fous ?

Combien de peur, de révolte, de larmes, d’appels, de "maman" lancés désespérément, de familles déchirées ?

Combien d’innocents dont on ne parle pas tués dans des bombardements, par asphyxie, partis en fumée ?

Combien d’horreur, combien de charniers encore à travers le monde ?

 

Espérance es-tu là ?

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D'après la photo de Daniel Blaise proposée par Mil et une - clic

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Publié le 31 Octobre 2013

Silence

…aussi, en mémoire de cet homme qui fut notre collègue, notre ami, je vous propose à présent d’observer tous ensemble une minute de silence…

 

- Notre ami ? Pas le mien ! Ce qu’il a pu m’énerver ce mec avec sa suffisance! Voulait toujours avoir le dernier mot/ Fait aussi froid qu’il y a un an quand il s’est noyé/ Un pull en laine que j’aurais dû enfiler, vais attraper la crève/ Oh ces gargouillis dans mon ventre !/ Toute l’équipe doit rigoler intérieurement à entendre ce ramdam/ Faut espérer que le plombier se décide enfin à venir réparer la fuite dans la salle de bain, vais le relancer dès demain/ « Je suis l’plom » Pas encore finie cette minute ? Silence ! Tu parles que ça m’angoisse le silence depuis que…/ Pourquoi je suis venu à cette cérémonie d’hommage ? Me poursuivra jusqu’à quand ce Jean-Yves ?/ Et si quelqu’un se doutait que… Mais non, aux yeux de tous nous formions un super duo, une équipe de choc... Choc ! Choc ! Choc ! tu parles !/ Sans arrêt j’entends le bruit de l’eau en folie et je vois le crâne de Jean-Yves se fracasser contre le pilier du pont…/ Demain, ciné avec Bouboule, depuis le temps que je lui ai promis une soirée rien qu’à nous deux/ Pas encore arrivés au bout du décompte ? Soixante secondes ? Le temps qu’il m’aurait fallu pour agripper son bras et le hisser dans la barque. Pourquoi j’ai pas osé ? Pourquoi j’ai voulu sauver ma peau sans lui porter secours ?/ Trois heures ! Les cloches de Saint Paul sont toujours ponctuelles/ Lui avais dit à Jean-Yves que c’était dangereux de prendre ce méandre de la rivière. N’a voulu en faire qu’à sa tête. Pour un peu et par sa faute j’y passais moi aussi/ Pompiers volontaires, au secours  des bonnes gens… oui, mais pas au risque de notre vie !/ Mal au ventre…froid…/ Sont moches les fleurs…

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source photo (clic)

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Publié le 22 Mai 2013

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Publié le 21 Avril 2013

Les mains disent beaucoup de choses sur un homme et celles que je caresse avec émotion me sont familières comme des amies fidèles. Elles étaient dans la fleur de l’âge, vigoureuses, fortes, quand les miennes étaient encore, privilège des bébés, fragilité et douceur. Ces mains aux ongles carrés, aux doigts parfois écorchés par la rudesse du travail qu’elles fournissaient se muaient en plumes légères pour me cajoler ou montraient leur puissance pour me soulever de terre et m’enserrer fermement face aux dangers.
 
Dans les livres d’images, leur index droit soulignait tel ou tel détail puis il se dressait et la phrase immuable résonnait "écoute, voilà le marchand de sable"
Et le marchand passait, laborieux ; il garnissait des plages entières de son grain le plus fin. Aussi, nous pouvions, complices, unir nos mains pour de longues promenades au bord des vagues, construire les plus invraisemblables des châteaux ou maintenir solidement la ficelle du cerf-volant.
 
Ces mains que j’enserre dans les miennes ont toujours su m’indiquer le bon chemin à suivre et quand vint l’âge de l’affrontement elles tinrent solidement les rênes, laissant passer la tempête.
Je les observe avec attention. La gauche à l’annulaire serti d’une alliance d’or, signe d’une longue fidélité et la droite, magicienne quand elle tenait un pinceau fin, sont toutes deux parsemées de taches brunes survenues insidieusement. "Des fleurs de cimetière" m’avait dit cet homme en souriant.
 
Aujourd’hui, il est étendu, inconscient, mais mes mains lui parlent et lui disent combien je l’aime et combien j’ai encore besoin de lui. Doucement, elles effleurent chaque doigt, caressent la paume, cherchent la ligne de vie, sentent palpiter un cœur fou dans une veine gonflée et, bonheur, ressentent une faible pression.
Les mains fragilisées de cet homme me disent, elles aussi, leur amour. Alors, penchée à son oreille, je murmure tendrement "merci Papa" et je sais au plus profond de moi que j’ai pu, pour une dernière fois, pénétrer dans son monde.
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Publié le 24 Février 2013

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 David Alfredo Siqueiros - Défaillance 

Marre d’être si haut perchée. Envie de se déchausser, de sentir le contact du sol sous la plante de ses pieds nus.

Clac, clac, clac ! Ses hauts-talons martèlent énergiquement le couloir. Cadence infernale.

D’un simple geste dégrafer le soutien-gorge qui oppresse ses seins. Les laisser enfin s’épanouir en toute liberté.

Le décolleté attire les regards. Désir ou pointe de jalousie, c’est selon. Bander ses muscles, rentrer le ventre : impératif !

Enfiler à même sa peau nue un robe courte et ample faite de cotonnade légère. Pourquoi pas bleue comme ses yeux ?

 Le strict tailleur gris souris l’engonce, l’étouffe. La jupe étroite dicte sa loi, réduit l’amplitude de son pas.

Montre, bracelet, collier, boucles d’oreilles enfermés dans leurs écrins. Enfin allégée !

Déjà 10 heures ! Le bijou cliquette à chaque geste, le pendentif pèse à son cou. Lobes d’oreilles irrités !

Se coucher, s’étendre, s’étirer. Rouler sur elle même, se lover au creux d’un lit moelleux ou flotter au gré de vagues blondes. Perdre la notion du temps.

Nuit passée en partie dans son bureau. Révision des derniers dossiers. Dormi quelques heures. Trop courtes. Déjà, intempestive, la voix du réveil.

Seule ! Elle, et seulement elle, face à la majesté du ciel. Observer les nuages, sentir le vent dans sa chevelure. Se laisser englober par la nature, ne faire qu’une avec elle.

Les murs, gloutons, semblent se resserrer à tout jamais sur son être. Pas la moindre lueur naturelle. Des néons à perdre de vue.

 

Faiblesse, malaises. Son corps, ce pantin, est en révolte. Effondrement, refus formel. Stop, il n’en peut plus, il ne veut plus. Fuir pour survivre !

D’un geste décidé elle ouvre en grand la porte et pénètre dans la salle de réunion sans un regard pour ses subordonnés. Madame la Présidente, impériale, impartiale, inflexible, inhumaine, va mener le conseil d’administration de sa main de maître.

Maladies sous jacentes ? Divorce, séparation ? Ou remise à zéro et nouveau départ ?

Défaillance non tolérée. Vie gâchée.

 

Laquelle des deux entités qui sont en elle remportera la mise de ce jeu de dupes ?

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 Pour Miletune (clic) 

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Publié le 7 Février 2013

A quoi bon retrouver le jour et l’heure ? Tant de temps s’est écoulé depuis.

A quoi vous servirait de connaître mon emploi du temps, savoir si j’ai repassé du linge entassé dans une corbeille, fait le plein de la voiture ou préparé du potage ? A quoi ?

Détailler les quatre heures passées à pointer des plateaux-repas, à servir des bières, des cafés ou des glaces dans le brouhaha du coup de feu serait à mes yeux si dérisoire. Et le livre que j’ai tenté de lire en vain …

Pourquoi vous dire la nuit passée à veiller la petite enfiévrée ou vous dépeindre le petit matin pluvieux ? Pourquoi ?

Pourquoi, pourquoi ? Ces mots martelaient sans cesse mon esprit, prenaient toute la place, m’aveuglaient d’une brume cotonneuse.

Et la rage, comment vous faire mesurer la rage qui couvait en moi comme la lave d’un volcan ? Et la révolte submergeant toute la cruauté de ce monde hyper informé.

Je savais, nous savions tous. Comment échapper au voyeurisme, à la dérision de nos moyens face aux catastrophes naturelles ?

Nausée et honte, voilà le souvenir de ces jours de lente agonie filmée en direct.

Son agonie à elle, Omayra Sanchez, jeune colombienne prisonnière d’un torrent de boue.

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