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Publié le 2 Avril 2017

L'atelier du vitrail - clic

- Faites un vœu, bonne Dame Alpaïde, voici la première aronde se présentant à notre vue.

       - Un vœu ? A quoi me servirait-il ?

Sieur Rohkolen, mon mari, s’en est allé guerroyer au côté de messire Charlemagne, notre empereur. Tout l’hiver, au coin de l’âtre, il piaffait d’impatience de reprendre le cheminement et voici les beaux jours revenus. Que m’importe une aronde, elle ne réjouit pas mon printemps ! Demain, peut-être, serais-je condamnée à porter voile de veuve, noir comme ces plumes d’oiseau…

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A-t-elle pu admirer une dernière fois le ciel, la Jeanne à la tête embronchée ? clic

A-t-elle perçu les cris des hirondelles dérangées dans leur quête incessante et gourmande alors que la fumée du bûcher léchait sa chair tendre en ce joli mois de mai ?

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Un, deux, trois

Quatre cinq

Six sept

Violette

Violette

 

Mais qui a créé cette comptine ?

Se doutait-il qu’elle résonne clic

Au fil des générations

Et de beaux jours de printemps ?

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Les souvenirs s’estompent…

Il y eut beaucoup de 7 mai

 

Un seul a vu la reddition

D’une armée belliqueuse

En la ville des sacres  clic

Dans la campagne alentour

les vignes portant les promesses

D’une récolte digne des grandes années

S’épanouissaient indifférentes

Aux turbulences du Monde

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Printemps de Prague

Mai 1968

Printemps arabe

Bruxelles, 22 mars 2016

L’équinoxe réveille ou annihilie les consciences

Les oiseaux ignorant la folie humaine

Entament leur longue migration

 

Qu’en sera-t-il demain ?

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Pour Mil et une en mai 2013 

(texte légèrement adapté)

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Publié le 11 Mars 2017

Je parie, six sonneries et ça décroche… tu vois, pile six…

Et gna, gna, gna … ouais ! je sais… "… appuyez sur la touche un pour…

 

Trois fois de suite sans les joindre, tu parles si je connais la manoeuvre…

Et gna, gna, gna…. "Pour…" la touche trois, hop ! c’est fait…

Pas vrai, revoilà l’autre débile… si je l’avais en face de moi celui-là ses oreilles s’échaufferaient… Comment c’est possible un discours pareil… ça se veut branché… des machos-misogynes, princes du sous-entendu, oui !

 

Non, mais réécoute-moi ça… "Toutes nos poules sont occupées à caqueter. Dès qu’une se libère, elle est à vous…" et en plus cette musique débile : une poule sur un mur... clic

 

Toutes nos poules ? Imagine ces pauvres filles… pour mériter de quoi s’acheter une cuisse de poulet se faire traiter de poules qui caquettent… et à longueur de journée en plus... ?

"Est à vous"… doivent en recevoir des propositions salaces… Pff ! ça va durer encore longtemps ? Pas que ça à faire moi ! Et cette musique… Et les euros qui s’envolent…

 

"… Dès qu’une"

- Bonjour, puis-je vous aider ?

- Bonjour. Je vous plains sincèrement.

- Ah bon ! Pourquoi ?

- Se faire traiter de poule qui caquette me semble insupportable. Il faut réagir Mademoiselle et mettre le coq au pas.

- ...(Rires gênés)

 

Pas encore sortie du poulailler la pauvre… bande de misogynes et de poulettes naïves…

Et dire qu’il faut gagner sa vie.

 

Cela se passait il y a une dizaine d'années. Les choses ont-elles évolué ???

N'en suis pas sûre !

 

clic 

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Pour Mil et une - mars 2017 - clic

 

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Publié le 26 Décembre 2013

     Lorsque nous étions réunis à table et que la soupière fumait, maman disait parfois :

- Cessez un instant de boire et de parler.

Nous obéissions.

- Regardez-vous, disait-elle doucement.

Nous nous regardions sans comprendre, amusés.

 - C'est pour vous faire penser au bonheur, ajoutait-elle.

Nous n'avions plus envie de rire.

- Une maison chaude, du pain sur la nappe, des coudes qui se touchent, voilà le bonheur, répétait-elle à table.

Puis le repas reprenait tranquillement. Nous pensions au bonheur qui sortait des plats fumants et qui nous attendait dehors au soleil et nous étions heureux.

Papa tournait la tête comme nous, pour voir le bonheur jusque dans le fond du corridor en riant parce qu'il se sentait visé, il disait à ma mère :

- Pourquoi est-ce que tu nous y fais penser à c' bonheur ?

Elle répondait :

- Pour qu'il reste avec nous le plus longtemps possible.

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Publié le 10 Novembre 2013

Le champ des oiseaux

clic pour découvrir l'historique du lieu décrit dans ce texte

Le champ des oiseaux était calme en ce matin de septembre 1944. L’herbe encore grasse réjouissait les vaches qui broutaient, paisibles. Ces quelques hectares en légère déclivité, délimités par un petit bois de feuillus se parant doucement d’automne ne se doutaient pas de leur destin.

Au loin, les premiers camions de l’armée US faisaient route, chargés de matériel ou de macchabées.  Il y avait urgence, urgence de donner une sépulture à ses boys tombés au combat, urgence sanitaire également. La tâche était gigantesque quasi inhumaine face aux corps à identifier, à répertorier, à traiter avec respect…

Le champ des oiseaux devint ainsi un champ de repos pour ceux qui avaient échappé aux affres du débarquement en Normandie mais avaient péri lors de l’avancée des troupes. L’hiver rigoureux qui suivit connut les combats sanglants de la bataille des Ardennes et la nécropole s’agrandit encore. Parmi les milliers de morts, trente-sept paires et un trio de frères reposaient désormais côte à côte.

 

Certains des combattants ne furent jamais identifiés ; d’autres, portés disparus. Nombre de dépouilles, réclamées par leur famille, reprirent le chemin vers leur terre d’origine.

Quinze longues années durant le lieu fut l’objet d’aménagement. Aujourd’hui des allées tirées au cordeau parsemées de stèles blanches en forme de croix ou d’étoile de David, des parterres fleuris, un mémorial sont toujours là pour nous rappeler les courtes vies  de ces hommes qui n'aspiraient qu'au simple bonheur.

Parfois, je m’arrête quelques instants dans ce lieu paisible afin d’honorer ces soldats et leurs familles et découvrir les nombreux messages inscrits chaque jour dans le livre d’or.

 

Combien de lieux semblables à travers la France, la Belgique, la Hollande, le Luxembourg ?

Combien de combattants poussés par leurs supérieurs sont-ils morts dans les deux camps à la suite de l’idéologie d’une poignée de fous ?

Combien de peur, de révolte, de larmes, d’appels, de "maman" lancés désespérément, de familles déchirées ?

Combien d’innocents dont on ne parle pas tués dans des bombardements, par asphyxie, partis en fumée ?

Combien d’horreur, combien de charniers encore à travers le monde ?

 

Espérance es-tu là ?

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D'après la photo de Daniel Blaise proposée par Mil et une - clic

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Publié le 31 Octobre 2013

Silence

…aussi, en mémoire de cet homme qui fut notre collègue, notre ami, je vous propose à présent d’observer tous ensemble une minute de silence…

 

- Notre ami ? Pas le mien ! Ce qu’il a pu m’énerver ce mec avec sa suffisance! Voulait toujours avoir le dernier mot/ Fait aussi froid qu’il y a un an quand il s’est noyé/ Un pull en laine que j’aurais dû enfiler, vais attraper la crève/ Oh ces gargouillis dans mon ventre !/ Toute l’équipe doit rigoler intérieurement à entendre ce ramdam/ Faut espérer que le plombier se décide enfin à venir réparer la fuite dans la salle de bain, vais le relancer dès demain/ « Je suis l’plom » Pas encore finie cette minute ? Silence ! Tu parles que ça m’angoisse le silence depuis que…/ Pourquoi je suis venu à cette cérémonie d’hommage ? Me poursuivra jusqu’à quand ce Jean-Yves ?/ Et si quelqu’un se doutait que… Mais non, aux yeux de tous nous formions un super duo, une équipe de choc... Choc ! Choc ! Choc ! tu parles !/ Sans arrêt j’entends le bruit de l’eau en folie et je vois le crâne de Jean-Yves se fracasser contre le pilier du pont…/ Demain, ciné avec Bouboule, depuis le temps que je lui ai promis une soirée rien qu’à nous deux/ Pas encore arrivés au bout du décompte ? Soixante secondes ? Le temps qu’il m’aurait fallu pour agripper son bras et le hisser dans la barque. Pourquoi j’ai pas osé ? Pourquoi j’ai voulu sauver ma peau sans lui porter secours ?/ Trois heures ! Les cloches de Saint Paul sont toujours ponctuelles/ Lui avais dit à Jean-Yves que c’était dangereux de prendre ce méandre de la rivière. N’a voulu en faire qu’à sa tête. Pour un peu et par sa faute j’y passais moi aussi/ Pompiers volontaires, au secours  des bonnes gens… oui, mais pas au risque de notre vie !/ Mal au ventre…froid…/ Sont moches les fleurs…

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source photo (clic)

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Publié le 21 Avril 2013

Les mains disent beaucoup de choses sur un homme et celles que je caresse avec émotion me sont familières comme des amies fidèles. Elles étaient dans la fleur de l’âge, vigoureuses, fortes, quand les miennes étaient encore, privilège des bébés, fragilité et douceur. Ces mains aux ongles carrés, aux doigts parfois écorchés par la rudesse du travail qu’elles fournissaient se muaient en plumes légères pour me cajoler ou montraient leur puissance pour me soulever de terre et m’enserrer fermement face aux dangers.
 
Dans les livres d’images, leur index droit soulignait tel ou tel détail puis il se dressait et la phrase immuable résonnait "écoute, voilà le marchand de sable"
Et le marchand passait, laborieux ; il garnissait des plages entières de son grain le plus fin. Aussi, nous pouvions, complices, unir nos mains pour de longues promenades au bord des vagues, construire les plus invraisemblables des châteaux ou maintenir solidement la ficelle du cerf-volant.
 
Ces mains que j’enserre dans les miennes ont toujours su m’indiquer le bon chemin à suivre et quand vint l’âge de l’affrontement elles tinrent solidement les rênes, laissant passer la tempête.
Je les observe avec attention. La gauche à l’annulaire serti d’une alliance d’or, signe d’une longue fidélité et la droite, magicienne quand elle tenait un pinceau fin, sont toutes deux parsemées de taches brunes survenues insidieusement. "Des fleurs de cimetière" m’avait dit cet homme en souriant.
 
Aujourd’hui, il est étendu, inconscient, mais mes mains lui parlent et lui disent combien je l’aime et combien j’ai encore besoin de lui. Doucement, elles effleurent chaque doigt, caressent la paume, cherchent la ligne de vie, sentent palpiter un cœur fou dans une veine gonflée et, bonheur, ressentent une faible pression.
Les mains fragilisées de cet homme me disent, elles aussi, leur amour. Alors, penchée à son oreille, je murmure tendrement "merci Papa" et je sais au plus profond de moi que j’ai pu, pour une dernière fois, pénétrer dans son monde.
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Publié le 24 Février 2013

Siqueiros---defaillance.png   

 David Alfredo Siqueiros - Défaillance 

Marre d’être si haut perchée. Envie de se déchausser, de sentir le contact du sol sous la plante de ses pieds nus.

Clac, clac, clac ! Ses hauts-talons martèlent énergiquement le couloir. Cadence infernale.

D’un simple geste dégrafer le soutien-gorge qui oppresse ses seins. Les laisser enfin s’épanouir en toute liberté.

Le décolleté attire les regards. Désir ou pointe de jalousie, c’est selon. Bander ses muscles, rentrer le ventre : impératif !

Enfiler à même sa peau nue un robe courte et ample faite de cotonnade légère. Pourquoi pas bleue comme ses yeux ?

 Le strict tailleur gris souris l’engonce, l’étouffe. La jupe étroite dicte sa loi, réduit l’amplitude de son pas.

Montre, bracelet, collier, boucles d’oreilles enfermés dans leurs écrins. Enfin allégée !

Déjà 10 heures ! Le bijou cliquette à chaque geste, le pendentif pèse à son cou. Lobes d’oreilles irrités !

Se coucher, s’étendre, s’étirer. Rouler sur elle même, se lover au creux d’un lit moelleux ou flotter au gré de vagues blondes. Perdre la notion du temps.

Nuit passée en partie dans son bureau. Révision des derniers dossiers. Dormi quelques heures. Trop courtes. Déjà, intempestive, la voix du réveil.

Seule ! Elle, et seulement elle, face à la majesté du ciel. Observer les nuages, sentir le vent dans sa chevelure. Se laisser englober par la nature, ne faire qu’une avec elle.

Les murs, gloutons, semblent se resserrer à tout jamais sur son être. Pas la moindre lueur naturelle. Des néons à perdre de vue.

 

Faiblesse, malaises. Son corps, ce pantin, est en révolte. Effondrement, refus formel. Stop, il n’en peut plus, il ne veut plus. Fuir pour survivre !

D’un geste décidé elle ouvre en grand la porte et pénètre dans la salle de réunion sans un regard pour ses subordonnés. Madame la Présidente, impériale, impartiale, inflexible, inhumaine, va mener le conseil d’administration de sa main de maître.

Maladies sous jacentes ? Divorce, séparation ? Ou remise à zéro et nouveau départ ?

Défaillance non tolérée. Vie gâchée.

 

Laquelle des deux entités qui sont en elle remportera la mise de ce jeu de dupes ?

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 Pour Miletune (clic) 

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Publié le 7 Février 2013

A quoi bon retrouver le jour et l’heure ? Tant de temps s’est écoulé depuis.

A quoi vous servirait de connaître mon emploi du temps, savoir si j’ai repassé du linge entassé dans une corbeille, fait le plein de la voiture ou préparé du potage ? A quoi ?

Détailler les quatre heures passées à pointer des plateaux-repas, à servir des bières, des cafés ou des glaces dans le brouhaha du coup de feu serait à mes yeux si dérisoire. Et le livre que j’ai tenté de lire en vain …

Pourquoi vous dire la nuit passée à veiller la petite enfiévrée ou vous dépeindre le petit matin pluvieux ? Pourquoi ?

Pourquoi, pourquoi ? Ces mots martelaient sans cesse mon esprit, prenaient toute la place, m’aveuglaient d’une brume cotonneuse.

Et la rage, comment vous faire mesurer la rage qui couvait en moi comme la lave d’un volcan ? Et la révolte submergeant toute la cruauté de ce monde hyper informé.

Je savais, nous savions tous. Comment échapper au voyeurisme, à la dérision de nos moyens face aux catastrophes naturelles ?

Nausée et honte, voilà le souvenir de ces jours de lente agonie filmée en direct.

Son agonie à elle, Omayra Sanchez, jeune colombienne prisonnière d’un torrent de boue.

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Publié le 13 Décembre 2012

 

                     Le 13 décembre 2011, un tueur fou semait l'horreur sur la place Saint Lambert à Liège - Belgique. Le premier janvier suivant, j'ai composé ce petit texte-hommage, fiction bien dérisoire face à l'impensable et à la douleur des victimes et des familles.

Texte paru sur Miletune le 01/01/2012 (clic)

 

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Sa main chaude enserrée dans la sienne elle a chuchoté à l'oreille de son fils. Doux gazouillis d’amour, mélopée venue du plus profond de son être, pacte entre elle et lui, lui et elle.

Un dernier baiser, un dernier regard et la double-porte s’est refermée.

Elle dans le couloir, lui parti là-bas vers l’inconnu.

Un faible gémissement est sorti de sa gorge et son corps jusque là tendu s’est soudain affaissé sur lui-même. Un instant... un instant seulement.

Une voix en elle, impérative, l’appelait au dehors, loin de ce lieu où ils avaient survécu ces derniers jours.

 

Sa voiture garée sur le plateau, elle a enfilé la vieille parka et la paire de chaussures de marche qui veillaient toujours dans un coin du coffre. Un pas guidant l’autre, elle a marché le long des chemins de terre, traversant des landes et des bois encore roux de cet automne qui ne voulait pas céder sa place à l’hiver en ce premier jour de l’année.

 

Tour à tour, elle a poussé le landau dans lequel il était endormi, la poussette où il gigotait impatient puis le vélo où il était assis, joyeux, derrière elle. Elle l’a aidé à cueillir des myrtilles et des champignons.

- Écoute, le geai nous a repérés !

- Regarde, un écureuil !

Curieux de tout, souvent plongé dans ses livres, il lui a appris à son tour à distinguer les arbres et les traces du gibier, à observer le ciel.

- Le vent change ! Demain il va pleuvoir !

Déjà, il sortait avec ses copains, ses petites amies et elle marchait seule, sereine. En juin, si tout se déroulait bien, son fils obtiendrait son diplôme d’ingénieur agronome.

 

Arrivée au belvédère surplombant la vallée, elle s’est assise sur un banc. La ville en contrebas digérait les derniers évènements, bulles de champagne et cotillons pour les uns, mal de tête pour d’autres ou encore vide sidéral… vide… vide…

Ses pensées se sont envolées vers les équipes médicales et de secours toujours sur le pont malgré la période des fêtes puis, doucement, ont apprivoisé la réalité de ces êtres qui bientôt seraient soulagés grâce au don des organes de son fils et alors seulement les larmes ont perlé et se sont libérées.

 

Pourquoi ce tireur fou au marché de Noël ? Pourquoi au centre ville, pourquoi en pleine heure de midi ? Pourquoi ces armes de guerre, ces éclats de grenades ? Pourquoi autant de blessés, de morts ? Pourquoi son fils piégé dans ce traquenard insensé ? Pourquoi ?

Elle a regardé sa montre.

Il avait encore besoin d’elle… Il lui fallait être digne de son enfant désormais envolé vers l'au-delà…

 

Elle a changé de chaussures et, courageusement, a repris la route de l’hôpital.

 

 

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Silence... P1000008.JPG

 

 

Toi, mon ami de Liège de Damien Saez : http://www.youtube.com/watch?v=1zx2HRIHWQo 

 

 

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