Publié le 31 Mars 2012

 
Un matin - mais était-ce un matin - il fallut se rendre à l'évidence : le temps avait bel et bien disparu. Ce fut d’abord une ombre qui attira l’attention de Madik, le chef de la tribu des Sichâl, la simple ombre immobile de l’arbre à palabres. Madik fixa alors le ciel et le soleil jamais ne disparut derrière la montagne de Zima.
 
Pourquoi l’astre de feu darde-t-il sans arrêt ses rayons ? J’ai trop chaud, le vent ne vient plus me rafraîchir, soupira Alisca, la belle épouse de Madik.
- Père, dit Bron, ma tête n’atteindra jamais tes épaules si tes cheveux ne blanchissent pas.   Comment mener à mon tour la tribu ?
- Fils, quand vais-je rejoindre la terre ? demanda une vieille épuisée et percluse de douleurs.
- Et moi, dit un vieillard, ma plaie à la jambe ne guérit pas.
- De quoi allons-nous nourrir la tribu ? interrogea Voulan le meilleur des chasseurs. Les bisons devraient migrer et aucun troupeau ne se présente à l’horizon.
Et de partout la peur gagna la tribu des Sichâl. Les femmes ne virent plus apparaître le sang et celles dont le ventre était rond se tenaient l’échine, lasses de porter encore et encore un enfant qui jamais ne naissait. Quant aux amoureux, ils s’épuisaient en vaines caresses, nul fruit ne couronnait leurs étreintes.
 
-  Le temps a disparu, fut la réponse de Madik. Je vais partir à sa recherche et où qu’il soit je le ramènerai, promit-il.
La montagne de Zima avala sa haute silhouette et la tribu se mit à psalmodier une prière en se regroupant sous l’arbre à palabres.
 
arbre-a-palabres.jpg
  Arbre à palabres - M'Bor Faye (1900-1984)
 
Madik marcha à en avoir les pieds douloureux mais au-delà de la montagne tout était identique à la plaine qu’il avait quittée. Le soleil ardent, la clarté continuelle, aucune migration d’animaux, aucun flocon de neige ni la moindre brise… Où retrouver le temps, celui qui fait d’un enfant un adulte, celui qui rend au sol la poussière des hommes, qui offre un jour succédant à une nuit, une éclaircie après l’averse ?
Sa femme, son fils, sa mère, ses frères, sœurs, amis étaient dans les pensées du chef de tribu. Pour eux, il devait retrouver le temps disparu.
Qui saura jamais la distance parcourue jusqu’à la rencontre de Madik avec un autre humain ?
 
- Je t’espérais, dit l’étranger. Vois comme mon convoi est embourbé. Seul, je ne puis le sortir de ce piège. Ton aide me sera précieuse.
 
De sa vie, Madik n’avait vu un équipage aussi étrange. L’homme était vêtu d’une tenue rappelant cet arc fait de rayons de soleil et de pluie et son convoi n’était qu’une immense roue aux rayons multicolores. Comment s’était-elle embourbée alors qu’aux alentours la terre se crevassait sous l’effet de la sécheresse ? Madik ne posa pas la question et il mit toute sa puissance d’homme dans la force de l’âge à la disposition de l’étranger. Un tirant, l’autre poussant, ahanant l’un et l’autre, ils parvinrent à dégager la roue. Mais sitôt celle-ci libre, elle se mit à tourner sur elle-même et étrangement le temps disparu repris sa course dans l’espace.
 
- Qui es-tu, étranger ? demanda Madik stupéfait.
- Je suis le gardien de la roue du temps. Va à présent, reprends ta route, les tiens t’espèrent.  
Et Madik rebroussa chemin en direction de la montagne de Zima. Il connut les bourrasques de neige, des nuits de pleine lune, des jours de pluie, des printemps et des étés, des forêts aux feuilles roussies et la peur quand les loups hurlaient dans les précipices. Il marcha encore et encore et la montagne restait une promesse à l’horizon. Quand enfin il parvint au territoire des Sichâl, il constata que sa barbe était blanche et ses mains fripées.
   
 - Que veux-tu vieil homme ?
Madik sursauta. Il reconnaissait l’intonation de cette voix et il se retourna fou de joie.
- Bron, mon fils ! Quel bel homme tu es devenu !
- Ton fils ? Tu es fou, vieil homme. Mon père nous a délaissés il y a de nombreuses lunaisons, il a abandonné les Sichâl pour courir le monde à la recherche du temps disparu.
- Mais c’est moi, Madik, votre chef. Grâce à mon aide, le temps a pu reprendre sa course.
- Sache vieil homme qu’ici le chef c’est moi et si le temps a repris sa course c’est d’avoir psalmodier des prières, tous ensemble, sous l’arbre à palabres.
- Je voudrais parler à ta mère, supplia Madik. 
- Soit, vieil homme, si elle te reconnaît tu seras accueilli parmi nous.
Quand Alisca s’approcha de Madik, elle poussa de grands rires dévoilant une bouche édentée dans un visage ridé. Seuls les yeux, les beaux yeux d’Alisca touchèrent Madik en plein cœur.
 
- Alisca, c’est moi, Madik !
- Jamais ! Mon mari était un bel étalon ! Tu n’es qu’un débris, vieil homme.
Et à nouveau elle eut un rire révélant la folie dans laquelle l’avait plongée la vaine attente de son aimé.
Alors Madik réalisa qu’à force de chercher le temps disparu c’était le sien qu’à tout jamais il avait égrené et perdu. Et seul, le cœur en peine, il s’en fut par les chemins.
 
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Pour Impromptus, signé Nym

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Publié le 28 Mars 2012

 

Mon amour est une rose rouge, rouge *

Au printemps éclose…

 

Alors qu’elle relit une nouvelle fois ce beau poème de Robert Burns le souvenir de la voix chaude et virile de Bryan berce l’oreille de Hilda et lui procure un délicieux frisson. Combien de fois lui avait-il déclamé ces vers avec ardeur ?

Elle caresse la couverture du recueil de poésie, la hume là où les doigts de son amant ont laissé un effluve discret puis elle se prend à rire ; plus de trace de Bryan, ce saucisson à l’ail est un vilain traître. Vilain mais ô combien savoureux !

Hilda soupire d’aise.

 

Si belle es-tu ma douce mie !

Et je t'aime tant, tant...

hilda

      Hilda par Duane Bryers

Oui, il l'aimait

Aimait sa crinière de feu

Son teint de rose fraîche

Ses yeux mutins

Son ardeur dans les jeux de l’amour

 

Hilda beurre généreusement un toast, le garnit de confiture d’orange, le croque et, gourmande, s’en prépare un deuxième.

Qu’elle est bien dans la douceur de son lit douillet ! Pour un peu elle s’endormirait.

 

Je reviendrai, mon seul amour,

Même de l'autre bout du monde.

 

Les yeux fermés, Hilda sourit.

Non, Bryan ne reviendra pas.

Personne ne revient de ce monde là.

Est-ce sa faute à elle s’il ne l’aimait que svelte ?

Le beurre, le saucisson, le fromage, les gâteaux,

les glaces ou à l’encontre l’éternel régime ?

 

Hilda a choisi.

Le poison fut l’ami

Pour arrêter le sable de la vie de son riche chéri. 

   

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* Poème de Robert Burns à découvrir ici :

http://www.larecherchedubonheur.com/article-6542543.html  

 

Et ici en version chantée par Andy M. Stewart :

http://www.youtube.com/watch?v=cBCQMWMbeMU

 

Pour Miletune

 

 

 

 

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Publié le 25 Mars 2012

    cheval isabelle

                                                            Photo : Pawel Ryszawa

 

Ce fut d'abord une pierre qui tomba à un mètre de son pied. Dans un geste machinal il l’expédia du bout de sa chaussure vers le bord du talus. Puis ce furent successivement des aboiements et un hennissement qui le sortirent de la torpeur dans laquelle l’avaient finalement plongé plusieurs heures de marche. Les bêtes avaient senti son approche et la signalaient. Sans cesser d’avancer, Julien passa une main dans ses mèches brunes, redressa les épaules et réajusta son gros sac à dos. Les aboiements étaient proches à présent, pas menaçants, simplement curieux voire impatients. Dans un enclos attenant à une maison basse un cheval à la belle robe isabelle le salua de nouveaux hennissements rythmés par le battement de sa longue queue. Peu farouche, il s’approcha de la clôture en bois et vint quémander une caresse.

Le chien s’était tu. Julien le vit apparaître au coin de la maison en compagnie d’un homme à l’âge incertain.

 

- Je vous attendais, dit-il.

Devant l’expression étonnée de Julien, il poursuivit : - je vous observe depuis un moment. La montée est rude, pas vrai ?

Le jeune homme acquiesça d’un signe de tête.

- Entrez, je vous ai préparé du café.

Sans se faire prier Julien, heureux de faire une pause, se débarrassa de son barda qu’il laissa sur le seuil et il pénétra dans une salle éclairée par deux fenêtres à meneaux.

- C’est pas souvent que j’ai de la visite !

Le café fumant dans un bol et les deux tranches de pain d’épices présentées à même le bois blond de la table eurent tôt fait de réconforter le marcheur.

 

- Ainsi vous allez à Xhévoumont ! Vous en avez encore pour une heure de marche, constata l’homme. Julien regarda sa montre, il était temps pour lui de reprendre la route. Il se leva et remercia son hôte pour son accueil. Autour d’eux le chien allait et venait en jappant, décidé à retenir le marcheur dans la maison.

 

- Maloub semble vous avoir adopté, dit encore l’homme. Julien sourit, les animaux et lui c’était une grande histoire d’amour. Déjà il empoignait son bagage quand l’homme lança : - je m’appelle Maurice. Si tu le veux, tu peux installer ta tente par là-bas et y passer la nuit. Dans la remise il y a un évier. Un peu d’eau froide ça ne devrait pas t’effrayer ? Julien semblait si jeune que le tutoiement avait surgi naturellement de la bouche de Maurice. La fatigue, le bel environnement, la sympathie et la simplicité manifestes de Maurice décidèrent rapidement Julien à accepter son offre. Il se sentait libre comme l’air, aucune contrainte ne le forçait à se rendre à Xhévoumont, la seule raison de son escapade était de se retrouver au grand air et sur ce plateau il y était roi. La tente fut rapidement dressée et tandis que Maurice soignait son cheval et faisait rentrer ses quatre poules dans le petit poulailler le soleil lentement déclina dans le ciel d’été.

 

Couché à plat ventre sous la tente, la tête et les épaules à l’extérieur, Julien écouta le faux calme de la nuit. Le cri aigu des chauves-souris ou celui d’un oiseau attardé, un hululement, le cheval s’ébrouant ou encore un craquement de branche firent glisser en lui une quiétude perdue depuis plusieurs mois. Il pensa à l’accueil de Maurice, à leur longue conversation assis tous deux sur le banc extérieur de la maison. Quelle chance avait cet homme de vivre dans un tel endroit !

 

Julien se retourna sur le dos et le ciel s’offrit à lui en cadeau. En ancien scout il repéra aisément Orion puis la Grande Ourse dans l’espace infini parsemé de mille étoiles. Nulle clarté parasite ne rivalisait avec elles, la nuit leur appartenait. Pourtant, à bien y regarder, une petite lumière clignotante signalait le passage de l’humain dans les cieux. Têtu et obstiné, un avion de ligne, là-haut, traçait sa route. Julien songea à Emma et une bouffée de désir le saisit. Emma ! Où était-elle ? En Grèce, en Turquie ou ailleurs au gré des offres de voyages de dernières minutes ? Pourquoi n’avait-il pas voulu la suivre sur une quelconque plage, dans un quelconque hôtel bondé de touristes ? Pourquoi un tel fossé s’était-il creusé entre eux deux au fil des semaines ?

 

Troublé, Julien soupira. Jamais Emma n’aurait accepté de dormir ainsi sous une tente. Pour elle, la nature ne se concevait que disciplinée et confortable. Le jeune homme l’imagina au bord d’une piscine bleue, bronzée déjà par des séances de solarium. Parfaite ! Julien soupira à nouveau. Non, il n’avait pas travaillé pendant tout le mois de juillet pour se payer comme elle des vacances au soleil. Son but était autre. Cet argent lui sera nécessaire durant la prochaine année universitaire afin de compléter le peu d’argent de poche que ses parents avaient la possibilité de lui octroyer. Un coup d’œil à l’écran de son GSM lui donna l’heure : 11.30. Il était temps de dormir à présent. Julien pensa encore à la batterie bientôt déchargée. Bof ! Pas indispensable ! Puis il fourra son portable au fond d’une poche du sac à dos et il referma la tente, heureux.

 

Maloub, la truffe fureteuse, réveilla Julien de bonne heure. Longuement le jeune homme caressa le poil soyeux du chien tout en le cajolant de la voix : - doux Maloub, doux mon chien- et, complices, ils ne se quittèrent plus de tout le jour. Comme proposé la veille par Maurice, ils attelèrent le cheval à une charrette légère et ils rejoignirent le sous-bois. Julien, heureux comme un enfant, guida Mira avec aisance sur les chemins forestiers. Quand ils furent arrivés à destination, il observa avec prudence et intérêt les quatre ruches dressées côte à côte au centre d’une vaste clairière.

 

 

Maurice enfila alors une combinaison claire, une coiffe munie d’un voile métallique et une paire de gants puis il prépara l’enfumoir. Avec des gestes lents mais précis il enfuma une première ruche et en retira le couvercle. Méfiants, Julien et Maloub se tinrent à l’écart mais ils suivirent attentivement tout le travail de récolte des cadres garnis de miel. Le temps était beau et seuls des bourdonnements d’abeilles ou le bruit léger de l’enfumoir troublèrent le silence. De temps à autres, l’apiculteur amateur levait un pouce, la récolte s’annonçait bonne.

  Bees-wings_web.jpg

De retour à la maison, il fallut désoperculer les cadres avec un couteau en évitant les quelques abeilles accrochées à leur production. Julien, intéressé par tout ce qu’il découvrait mit la main à la pâte. L’opération se déroula dans la remise où se trouvait l’extracteur de miel qui accueillit ensuite les supports. Au soir, réunis dans la salle, ils partagèrent une omelette baveuse puis Julien fit la vaisselle tandis que Maurice veillait au bien-être de ses animaux. A la nuit noire, Maurice décrocha du mur une vieille trompette et pour le plaisir de Julien il improvisa un concert unique. Le jeune homme vécut ainsi auprès de Maurice deux journées de travail hors du temps. Ce fut à peine si ses pensées allèrent quelques fois vers ses parents ou vers Emma, là-bas, si loin.

 

Ce fut d’abord un aboiement suivit d’un hennissement, tous deux répercutés par les talus rocheux… Julien leva la tête. Là-haut, au bord du plateau, il aperçut Maurice puis il entendit le son de sa trompette. Une dernière fois, à sa manière, son nouvel ami le saluait. Julien leva la main, fit un grand signe. Ses doigts s’égarèrent ensuite dans ses cheveux et d’un geste machinal réajustèrent le sac à dos. Dans quelques jours, il aurait rejoint la faculté d’agronomie. Et son futur, avec ou sans Emma, Julien était bien décidé à y mordre à pleines dents.

 

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Publié le 22 Mars 2012

 

 

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Connaissez-vous Hector Beaufixe ?

 

Hector est un grand philosophe dans son genre. Dès l’enfance, il a su maîtriser les aléas quotidiens et au fil des années il s’est forgé un caractère bien trempé pour faire face aux petites vicissitudes qui sont le lot de chacun.

 

Quand d’aucun s’énerve de subir les pires lois de la vexation Hector sourit et trouve toujours le côté amusant des situations les plus déprimantes.

Mais depuis bientôt deux mois Hector Beaufixe est inquiet. Dans sa petite vie de fonctionnaire plus rien ne se passe normalement. Un exemple ? Dix, si vous le désirez ! Pas plus tard qu’il y a quinze jours, alors qu’il se rendait chez son directeur pour subir la redoutée évaluation, Hector savait déjà les phrases assassines, le refus d’une augmentation et l’accroissement de sa charge de travail. Facile, le scénario se répète année après année.

Et bien non ! Pas de rebuffades en vue, il obtint même une augmentation substantielle.

 

Que dire de sa femme ? Elle si acariâtre, si preste à le critiquer, le loue à présent devant ses amies et le cajole chaque soir. Jamais Hector n’a connu pareille lune de miel.

Même sa vieille auto le déconcerte habitué qu’il est de son refus à démarrer ou de ses pannes à répétition. Plus rien de cela, elle se conduit maintenant comme une voiture neuve. Et le fisc, oui, le fisc s’amuse lui aussi à le taquiner en lui ristournant des sommes prétendument indues. Du jamais vu !

 

Hector déprime. Où sont ces petites emmerdes qui pimentaient sa vie ? Pour se rassurer, il a été jusqu’à consulter monsieur Rabout un voyant extra lucide. Tout heureux et fier de lui annoncer un prochain héritage monsieur Rabout s’est montré fort étonné de la grimace d’Hector Beaufixe.

Quoique…

 

Aujourd’hui à quatorze heures Hector a rendez-vous avec le notaire. La convocation ne laisse aucun doute, il s’agit bien d’héritage. Une tante lointaine et oubliée lui a légué toute sa fortune et elle se chiffre en millions d’Euros. Non décidément, rien ne va plus aux yeux d’Hector.

Tout à ses tracas, il traverse l’avenue à grandes enjambées au moment exact où un chauffard perd le contrôle de son véhicule et le percute de plein fouet. Hector Beaufixe a juste le temps de sourire. Pour lui enfin tout rentre dans l’ordre des choses.

 

Connaissiez-vous Hector Beaufixe ?

 

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Publié le 19 Mars 2012

    Doisneau-Stavelot-001.JPG
 
Robert Doisneau, célèbre photographe français, aurait eu 100 ans cette année. 
 
L’ancienne abbaye bénédictine de Stavelot nous offre jusqu’au 30 septembre 2012 une très belle exposition rétrospective de l’œuvre de cet artiste décédé en 1994.
      Doisneau-Stavelot-007.JPG    Doisneau Stavelot 014   Doisneau-Stavelot-018.JPG
184 clichés, répartis en différents thèmes, nous font revivre la vie du siècle passé. Des petites gens aux soirées de gala, des rues de Paris aux nouveaux quartiers de banlieue ou à la Californie, les clichés en noir et blanc de Doisneau sont des témoins exclusifs et très intéressants d’un mode de vie, d’une époque.
 
Binche, Bruges, Bruxelles sont également présentes au travers de quelques clichés en couleur. 
               
Pour en découvrir plus :
 
 
Bon à savoir
L'abbaye de Stavelot comprend trois musées intéressants :
 
- le musée de la Principauté Stavelot-Malmédy
- le musée dédié à Guillaume Appolinaire qui vécut quelques temps à Stavelot
- le musée du circuit de Spa-Francorchamp 

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Publié le 14 Mars 2012

Gâteau au chocolat 006 

 

Ingrédients

 

- 150g de sucre + 40 g

- 240 g de farine (ou 120 g farine et 120 g Maïzena)

- 200 g de chocolat fondant (ou chocolat au lait + 1 c de cacao)

- 2,5 dl de lait demi-écrémé

- 3 oeufs

- 1 sachet de levure

- 40 g de beurre ou de margarine

 

Préparation

 

- Préchauffez le four th.6 (180°C).

- Séparez les jaunes et les blancs des oeufs.

- Battez les jaunes avec 150 g de sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse.

- Ajoutez la farine tamisée, la levure et le lait.

- Faites fondre doucement le beurre et le chocolat au micro-ondes

- Ajoutez-les à la préparation.

- Battez les blancs en neige puis ajoutez y le reste de sucre (40 g)

- Incorporez-les délicatement à la pâte

- Cuisson : 45 minutes

 

Bon appétit !

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Publié le 14 Mars 2012

 
Ferme la porte !!!!!!!!!!!
Excédée, elle l’est Mony de sans cesse répéter de fermer cette satanée porte seul rempart capable de la préserver un tant soit peu de ces fichus courants d’air qu’elle exècre. Pourquoi la famille circule-t-elle dans toute la maison en simple tee-shirt alors qu’elle, emmitouflée sous une couche de pulls, grelotte au moindre changement de température ?
 
Pourtant, elle l’aime sa tribu. Mais là, elle se sent, non pas déprimée, mais simplement lasse et, elle doit bien se l’avouer, un brin triste. L’arrivée de l’automne, un choix difficile pareil à un deuil du coeur ? Probablement…
 
Allons, Mony, secoue toi ma vieille ! Tu ne vas pas devenir acariâtre ! Et si tu leur faisais un gâteau ?
« Rien n'est plus beau que les mains d'une femme dans la farine »
Mony s’active, chantonne, se sent portée par les paroles de Nougaro bien que ce soit le chocolat qui prime parmi les ingrédients posés sur le plan de travail. Le délicieux « Côte d’Or » se ramollit lentement et son odeur attire un gourmand.
 
- Que mitonnes-tu qui fleure si bon ?
 
Les babines se retroussent, un petit morceau de chocolat qui a échappé au verdict de la balance de cuisine disparaît dans une bouche affichant un ravissant sourire face à un regard grondeur puis la porte de la cuisine est ouverte et refermée en douceur.
 
Hi, hi, Sioux 1 a enfin compris que la squaw a besoin de chaleur pour préparer le pemmican.
 
Beurre, farine, œufs, chocolat ;  battre, mélanger, enfourner ; minuterie. Ouf ! Mony s’installe à la table, chausse ses lunettes et saisit son livre "La dernière licorne » d’Eva Kavian" Un délice cette écriture ! La squaw ne voit pas le temps passer. C’est à peine si une seule fois elle détourne le regard pour examiner le gâteau qui enfle de bonheur sous la température élevée.
  Gâteau au chocolat 006
                                                                                           
La cuisine baigne dans la chaleur, Mony se sent bien mais au fil du temps elle étouffe. C’est le moment où Sioux 2, attiré lui aussi par les bons arômes, pénètre dans la pièce et comme Mony ne loupe jamais une contradiction, elle le supplie : « La porte ! Laisse-la entrouverte »
 
Foi de sioux, allez comprendre les femmes !
 
 
         

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Publié le 11 Mars 2012

 
Le personnel déambule dans l’exposition à la suite de Monsieur Martin, le directeur, et de son staff. Marie de la comptabilité expose ses patchworks, Serge, le livreur, quelques photos animalières. Trois aquarelles sont signées Jany et quatre peintures à l’huile Rob.
 
- Rob ? interroge Monsieur Martin.                                           
Son fidèle adjoint chuchote à son oreille.
- Ah ! C’est vous mon cher Robert, dit-il en se retournant vers son chef comptable.
- Bien, bien ! Je ne savais pas votre attirance pour l’art… abstrait…
Le chef comptable sent parfaitement l’ironie du ton mais il se contente de sourire.
 
Dans la deuxième salle, Alice et Claudie du secrétariat se sont associées pour présenter et offrir leur folie du moment : de délicieux cup cakes rivalisant de couleurs. Elles minaudent et rosissent sous les compliments de Monsieur Martin alors qu’intérieurement elles pestent d’avoir dû sacrifier leur week-end au nom de la cohésion du groupe. Cohésion ! Plus grand chose à en dire après le passage des affamés ! Les plateaux si savamment garnis sont quasi vides.
La tour Eifel en bâtons d’allumette de Werner est à présent sous le feu des regards. Des mains se tendent. Werner toussote de crainte. Lui qui a pris mille précautions pour transporter son trésor voue au diable cette idée d’exposition interne sur le thème « Découvrons vos talents » Pourquoi faut-il toujours faire bonne figure et ne rien savoir refuser à ses supérieurs ? Peste, peste ! Qu’est-ce que ces indifférents peuvent comprendre à sa passion ! Demain, ils se gausseront tous de lui…
- Vous faites preuve d’un bel imaginaire. Félicitations chère madame ! Madame ?
- Emilie Noode. Je travaille à l’expédition.
- Bien, bien ! Est-ce pour exorciser vos cauchemars que vous créez des masques ?
Emilie ne répond pas, elle est déjà retournée dans l’ombre ; Monsieur Martin est passé à un autre hobby.     
 
 
emil-nolde-les-masques.jpgEmil Nolde            Pour Miletune
 
           
  
  
-Tu ne manques pas de culot, souffle le contremaître qui a reconnu sa caricature ainsi que celle du directeur, du chef du personnel, du livreur et de la secrétaire de direction aux longs cheveux noirs.
 
La jeune femme se contente de regarder le contremaître droit dans les yeux et celui-ci baisse la tête en s’éloignant au plus vite. La douleur de la gifle dont Emilie l’a gratifié le jour où il a tenté de lui caresser les seins est ravivée sur sa joue.
Les masques se balancent doucement sous l’effet du souffle de l’air conditionné, pour un peu on les croirait animés de vie.
Pour Emilie, ils ne sont que survie.

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Rédigé par Mony

Publié dans #Partage

Publié le 9 Mars 2012

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Edgar Hopper   Pour Miletune

 

 

Vingt-deux heures. Mary a terminé son service au drugstore.

Exacte à notre rendez-vous journalier elle pénètre dans son studio, allume toutes les lampes puis ouvre la fenêtre qui donne sur l’impasse. Déjà elle se retourne et insère un cd des Pink Floyd, toujours le même, dans le lecteur. Et aussitôt la musique prend possession de l’espace, plane puis s’élance au dehors emportée par le courant d’air qui fait voleter le rideau léger. A nouveau Mary s’approche de la fenêtre et y reste accoudée quelques instants, les yeux fermés. Elle savoure ce bain de sons et de paroles qui la touchent au plus profond de son cœur.

 

« Another brick in the wall »  Elle émerge, danse, chantonne et au moment du solo vient se placer à la fenêtre d’angle, face à moi qui l’observe dans l’ombre de ma chambre. Un signe de la main, une imitation du guitariste, un baiser soufflé sur le bout de ses doigts fins et en réponse mon mouchoir blanc s’agite par trois fois.

 

Que savons-nous l’un de l’autre ? Si peu…

 

Nous ne sommes rien de plus que deux paumés, l’une jeune et vive, l’autre vieux et impotent. Deux cœurs qui ont su franchir le mur de l’indifférence dans ce quartier de misère.

 

-        Tu me rappelles mon père, a été sa seule confidence.

 

-        Tu m’évoques un temps heureux, a été la mienne.

 

Doucement, je baisse le store et rejoint mon lit.

En face, la lumière veillera toute la nuit pour éloigner les démons de Mary.  

 

 

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Publié le 7 Mars 2012

     
- Pas pleurer bô b’bé, pas pleurer ! Viens promener avec moi ! Pas pleurer ! Ludo va chanter.
   
« Dodo, b’bé do, toi dormir bien vite »
« Dodo, b’bé do, dormir bientôt »

Plus de pleurs, le jeune enfant intrigué par cette chanson douce s’est calmé. La poussette roule sur les trottoirs dans l’indifférence générale. Pas plus d’attention pour cet équipage que pour les pubs d'un appareil photo futuriste ou d'un parfum musqué. Les regards frôlent son ombre puis se détournent captés par d’autres images.

« Dodo, b’bé do »

La berceuse et le roulis de la poussette font miracle, le bambin s’endort calmement. Face à lui un sourire s’affiche sur une douce face de lune perdue dans son monde. Bien-être au fond d’un cœur pur.

« B’bé do » chantonne la voix émue.

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Les curieux tendent le cou pour ne rien perdre du spectacle. La sirène de l’ambulance s’est tue mais le gyrophare éclaire toujours par à coups la vitrine de la boulangerie-pâtisserie où tout le monde est en émoi. Sur le seuil, le médecin-urgentiste tente en vain de réanimer une jeune femme tombée en syncope parmi des tranches de pain éparses.
Les commentaires vont bon train : « t’as vu comme elle est maigre, fait régime la p'tite dame »
La boulangère affirme ne pas connaître cette cliente occasionnelle. Regards à la ronde, têtes qui font « non », haussements d’épaules, anonymat de la grande ville.
- Elle n’a que son porte-monnaie en poche, pas de papiers sur elle. On l’embarque, dit le médecin fataliste. Déjà les gens s’éparpillent et reprennent leur routine. Dans l’avenue un fourgon de police roulant à vive allure détourne les préoccupations. Banalités urbaines.
- Mon petit, murmure la dame qui lentement reprend ses esprits.
- Calmez-vous Madame, on s’occupe de vous, rassure l’infirmier en refermant les portières de l’ambulance.
De la galerie marchande proche surgit un homme inquiet suivi par un trio de personnes handicapées.
- Où est passé Ludo ?

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Ludo prend le petit sac en toile qui se trouve dans le filet suspendu à la poussette et le dispose comme oreiller sur le banc. Il veut dormir lui aussi. Le parc Josaphat est calme et cette absence de bruit réveille l’enfant qui se met à geindre doucement.
- Pas pleurer bô b’bé, Ludo va encore chanter.
« Dodo, b’bé do, toi dormir bien vite »
« Dodo, b’bé do, dormir bientôt »
Ludo s’est endormi en berçant la poussette. A ses côtés sous un chêne centenaire, l’enfant gazouille en regardant les canards sillonner l’étang proche.
Sur les ondes et sur le Net un avis de recherche d'un petit enfant disparu est lancé. Les médias à l’affût pointent déjà un doigt accusateur sur la négligence d’une jeune mère inconsciente à leurs yeux.

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En quittant l’hôpital accompagnée de policiers une femme effondrée se tord les mains, folle d’inquiétude, tandis qu’au même moment au commissariat un homme signale la disparition d’un des pensionnaires du home « Des Lilas »
Dans le parc Josaphat, une patrouille de police entame sa ronde habituelle.
 
 
 
 
 
 
 

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Publié le 4 Mars 2012

 

Il est des mots liés à l’un ou l’autre événement et qui se glissent insidieusement dans notre mémoire. Parfois, ils restent mystérieux. Notre curiosité reste en veilleuse, ne nous pousse pas à les décoder, les découvrir plus avant. Est-ce le nom d’une personne, d’un lieu ? Ou alors représentent-ils une organisation ? Certains ont une résonnance exotique, d’autres sont parfois difficiles à prononcer.

Et puis, petit à petit, ils restent en dormance. L’actualité ne les met plus à la une ; le monde dans sa ronde folle a trouvé une nouvelle sonorité.

 

L'un d'eux, Shengen,  est sorti de son anonymat lors d'une escapade au Luxembourg. Cet endroit paisible, situé en bord de Moselle, côtoye la France en amont et l'Allemagne en face sur l'autre rive de la rivière.

 

Luxembourg 002 

Monument érigé à l'endroit où était amarrée la péniche au bord de laquelle furent signés

les accords de Shengen

 

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Remich, voisine de Shengen, a la particularité d'être la plus petite commune du Luxembourg et le centre de la viticulture luxembourgeoise. L'endroit est convivial et de jolies ruelles en pente mènent aux vignobles.

 Luxembourg-005.JPGLuxembourg 003Luxembourg 007

 

Heureux temps hors du temps !

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Publié le 2 Mars 2012

                                                  

 

marc-chagall-a-tableMarc Chagall

 

Bella va et vient dans la salle, je la hume, je l’entends ; son odeur d’amande fraîche exacerbée par les tourbillons de ses jupons excite mes sens, ses pas souples de ballerine me cernent, m’enveloppent. J’étouffe d’un désir viril, d’un joie proche du bonheur.

 

- Ecoute Bella, Bellissima, écoute ! Assieds-toi et savoure le chant du jour qui  lentement se lève, goûte la musique de la brise dans les grands pins. Vois-tu, les oiseaux, là-haut, dans le ciel azur et le bouc dans le pré ? Et par là-bas, ces amoureux ivres d’une longue nuit de lune ne sont-ils pas la vie dans sa perpétuelle ronde ?

 

Bella ne dit rien, je me contente de sa présence auprès de moi. En pensées, je la dessine, fine esquisse féminine, aérienne comme un oiseau et je m’évade. Main dans la main, nous survolons des villages colorés. Un traineau nous emmène côtoyer des anges, de simples bouquets embaument notre parcours. Nous sommes en osmose.

 

- Bella, pose-toi à mes côtés et déguste avec délicatesse ces vers d’Aragon. Apollinaire te fait-il rêver ? Dis-moi, Bellissima quelle est ta couleur de cœur, ton mot préféré ? Et ce livre délicieux, veux-tu le partager avec moi ? A tour de rôle, nous réciterons un chapitre. Lequel de nous deux surprendra l’autre par son intonation ? Arriverais-je à t’enchanter comme m’enchante le toucher de ta peau de pêche ?

 

Autour de moi, une femme circule à petits pas de souris. Mes pauvres yeux quasi aveugles la distinguent au travers d’une triste brume mais à son odeur aigrelette je la sais si loin de ma douce Bella.

 

- Monsieur, le repas est servi. N’oubliez pas votre potion.

 

- Bella, Bellissima, je t’en prie, ne t’éloigne pas. Que serais-je sans toi ?

 

(Pour Mille-et-une)

 

http://www.youtube.com/watch?v=I1lqm5g4RsA (proposé par Emma)

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