Publié le 5 Octobre 2014

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Aujourd’hui, elle a bravé la pluie fine mais tenace.

Son vieux parapluie, tout heureux d’être de la partie, se gonflait d’aise

- Voyez, je suis le roi !

Quelle présomption ! Nul ne le contemplait dans les rues désertes si ce n’est deux pré-ados slalomant à trottinette.

Zou !

Zou !

Ils l’ont frôlée et, avant elle, se sont engouffrés dans le parc communal.

Le kiosque, tristounet sous la grisaille, s’en est senti tout en joie, les oiseaux retrouvaient leur nid. D’autres allaient bientôt les rejoindre. Heureuse jeunesse qui piaillait comme des moineaux.

 

Elle a poursuivi sa promenade et a emprunté le sentier sinuant dans le pré.

En tête un refrain lui a fait oublier l’espace temps.

Ils sont dans les vignes les Moineaux

Ils sont dans les vignes les Moineaux

Ils ont mangé les pépins

Ils ont craché les raisins

Ils sont dans les vignes les Moineaux

Ils sont dans les vignes les Moineaux

Ils ont mangé les raisins

Ils ont craché les pépins

Ha ha ha ha ha…

 

Elle s’est mise à chantonner tout en observant les ânes stoïques sous la bruine.

Ils sont dans les vignes les Moineaux…

 

Combien de fois, son père lui avait-il chanté cette chanson guillerette alors qu’ils étaient installés tous deux dans le fauteuil de la cuisine ?

Le tempo s’accélérait et elle tressautait de plus en plus fort sur ses genoux jusqu’à l’éclat de rire final.

Ils ont mangé les raisins

Ils ont craché les pépins

Ha ha ha ha ha…

 

Dans la cave, le parapluie détrempé a pleuré la fin de la balade.

Grand sachem, rentré de son équipée à vélo, a demandé 

- tu as fait des rencontres malgré la pluie ?

 

- Des moineaux, rien que des moineaux…

Et tout bas

- ceux de mon enfance…

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