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Publié le 5 Juin 2017

- Et pourquoi pas un karaoké ?

- Ouais, chouette idée !

 

Tous les potes se sont retrouvés le 25 à 21 heures chez Billie, rue d’Harscotte. Quand Léa est arrivée à son tour, les yeux bandés et guidée par Julie, tout ce petit monde a entonné "Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, Léa, joyeux anniversaire !"

Léa, ravie, a découvert le lieu dédié à la musique, au chant, à la convivialité.

 

Marine a scandé : Giova, une chanson ! Giova, une chanson ! Suivie aussitôt par les copains soulagés de n’être pas le premier cobaye à se présenter micro à la main sur la petite estrade.

Giovanni, très sérieux, a feuilleté le catalogue de karaoké et toujours aussi sérieux a entonné une chanson italienne à vous arracher les larmes des yeux. Applaudissements !

 

Marie encouragée par ce premier succès s’est risquée à une parodie-medley des succès de Chantal Goya. L’assemblée a embrayé au premier couplet et s’est retrouvée instantanément sur les bancs de l’école maternelle. Heureuse régression sans aucun complexe. Mission réussie.

 

Comédies musicales, hits oubliés, numéro un mondial, chansons cultes ou à la guimauve se sont succédés avec plus ou moins de bonheur entre papotages et tournées servies par Billie.

 

Léa ! Léa !

La reine de la fête a chuchoté un nom, un titre. Tous se sont tus, surpris par la voix puissante et juste de leur amie. En face d’eux, Adèle et son Someone Like You prenait possession de l’espace.

Léa, paupières closes, était toute à la musique.

 

Dès la dernière note, les bis ont retenti scandés par un tintamarre de chaussures cognant le plancher. Léa, un peu étonnée de son succès ne s’est pas fait prier et a repris la chanson.

 

Mais pourquoi avait-elle aperçu une lueur navrée dans le regard de son amie Julie, son éternelle complice et pourquoi certains affichaient-ils un sourire ironique ?

 

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Les réponses à ses questions ont surgi, inattendues, le lendemain de la fête.

Sur les réseaux sociaux circulait une vidéo intitulée "Comment saccager son idole en 4’44'' chrono" se moquant du déplorable accent anglais de Léa.

Qui l’avait postée ?

Léa, blessée, pensa à Brice son ancien amoureux évincé et rancunier…

 

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Malaise, regards fuyants, fausse compassion, rires s’éteignant dès qu’elle apparaissait... Léa fit rapidement le tour de ses vrais amis et toujours elle put compter sur leur soutien.

 

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Un an an s'est écoulé depuis cette soirée d’anniversaire. Léa resplendissante se saisit du micro et dans une interprétation parfaite donne une nouvelle vie à la chanson d’Adèle.

Piquée au vif dans son amour propre la jeune femme a suivi avec succès une formation accélérée en anglais et dans la foulée a décroché grâce à elle son premier boulot.

 

Quelques fois, les moqueries font des merveilles…

 

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Pour Mil et une en mai 2014 - clic - - source image - clic

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Publié le 10 Mai 2017

Mil et une nous proposait cette superbe peinture d'Emile Claus que j'ai eu le bonheur d'admirer au musée de La Boverie à Liège. Voici ce qu'elle m'a inspiré...

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Lisa s’assied sur le banc à l’ombre du buisson. Quelques lignes de tricot et imperceptiblement elle s’éloigne du quotidien. Pourtant, le roucoulement répétitif d’une tourterelle la déconcentre finalement des mailles à compter et du motif à répéter. Le bourdonnement des insectes, chœur joyeux de l’été, semble l’inviter à sa suite. Pieds nus, Lisa se rend à la limite de la pelouse, là où une petite clôture sépare l’herbe du potager.

Avec une pointe d’émotion inattendue, elle observe Emile, son vieux compagnon de route, sarcler à reculons les carrés de légumes. Ses gestes semblent précis et le va et vient de l’outil élimine les mauvaises herbes sans pitié.

Epinard, céleri, petits pois, haricots, courges de toutes sortes, poireaux, carottes…

Quelle opulence ! Jamais nous n’arriverons à consommer tout cela !

Lisa hausse les épaules. Peu importe, les voisins, les amis, profiteront eux aussi de légumes tout frais et cultivés sans produits chimiques. Emile se sent si bien les sabots aux pieds dans la terre brune et c’est le plus important.

- Emile, je rentre préparer le dîner. Peux-tu récolter deux bonnes poignées de haricots et me les apporter ?

Emile sursaute, relève la tête, l’agite de haut en bas.

- Oui, oui ! fait-il en direction de Lisa.

Lisa soupire, ne peut réprimer une grimace, moue entre le sourire et les pleurs puis elle s’empresse de ramasser son tricot, d’enfiler ses mules et de rentrer.

Le chat miaule, se frotte à ses jambes attiré par l’odeur de la viande qui mijote dans la cocotte.

- Ecoute, voilà ton maître. L’entends-tu, il enlève ses sabots ?

Le chat, indifférent au jardinier, sort au soleil, l’heure de son repas n’a pas encore sonné.

Dans l’ombre de la cuisine Lisa observe à nouveau Emile, ce géant musclé, planté hagard sur le seuil, un pot de fleurs sur le bras. Pas de haricots en vue… évidemment… il a oublié… une fois de plus…

- Rentre, Emile, le repas est prêt ! Oh, merci pour ta gentille attention. Ces fleurs sont d’un rouge si vivant. Je pose le pot sur le guéridon, regarde comme c’est joli.

Sur la table, un plat fumant de haricots parfumés d’ail est prêt à être dégusté.

Ce matin, à l’heure de la rosée, alors qu’Emile dormait encore, Lisa les a récoltés au potager faisant fi du claustra invisible qui la sépare désormais de lui.

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Publié le 2 Mai 2017

Le temps inexorablement s’écoule

Il n’a nul besoin de remontoir

Passants éphémères nous le traversons

Et pour un moment, un moment seulement

Il nous gratifie d’une parcelle d’éternité

 

La modiste s’empresse, il y va de son renom

Ajuster une plume, piquer une ganse de velours

Donner un volume gracieux à un bibi est son quotidien

Qu’importe la nuit passée à s'activer sous une lueur parcimonieuse

Madame, sa cliente, ne peut souffrir le moindre retard

 

Vite, vite ! Elle relève sa robe pour se faufiler entre les calèches

Ne pas glisser sur le sol gras, éviter le crottin

Qu’un balayeur des rues inlassablement recueille

Remarque-t-elle le regard égrillard d’un dandy

Émoustillé par la blancheur de son jupon de dentelle ?

 

Le temps inexorablement s’écoule

Les équipages ont laissé place aux automobiles

Et les feux tricolores régissent les passages cloutés

Mais toujours les gens se hâtent vers quelque but

Demain, déjà, est à leur porte

 

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Pour Mil et une en mai 2015 - clic  --  Peinture Jean Béraud - Montage photo Halley Docherty - clic

Superbe vidéo d'Emma, elle me bouleverse à chaque fois

 

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Publié le 23 Mars 2017

Catastrophe !

Titi, j’ai besoin de toi !

Titi, c’est moi et quand mon pote Renaud m’appelle, je suis là !

Depuis, je colle, je recolle et colle encore des autocollants au dos de bouquins. Je n’en ai jamais eu autant en main ni autour de moi. Normal, je suis au salon du livre.

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La dictature diététique

(Je colle)

Pourquoi ces femmes de tous âges et de tous horizons se réunissent-elles chaque semestre en grand secret dans un endroit différent de la Terre ?

Porter de la fourrure c’est porter la mort, scandent les défenseurs des animaux lors d’une manifestation parisienne qui va dégénérer en drame au moment même où dans la savane africaine des braconniers subissent le sort qu’ils réservaient à un groupe de léopards.

Qui a ordonné leur mort plutôt que leur arrestation ? Pourquoi des éléments perturbateurs ont-ils mis le feu à un rassemblement pacifiste ? Qui sont les Félines ?

Shérazade de Miletune nous emmène à sa suite dans une enquête haletante où le mot NATURE s’écrit en majuscules.

 

Les Félines

(Je colle)

Vague ? Vague à l’âme qui lamine tout sur son passage.

Comment un seul coup de blues peut-il à ce point déterminer nos destins ?

Vous ne sortirez pas indemne de cette lame de fond décortiquant toutes les facettes de l’âme humaine - A lire de toute urgence !

 

Oublier la quatrième de couverture !

Un qui va se faire coller, c’est l’imprimeur. Je ne voudrais pas être à sa place…

En attendant, je boulotte, c’est toujours cela de gagné.

 

La dernière vague

(Je colle)

Peut-on éternellement fausser nos sentiments ? Avec finesse Shérazade de Miletune pose ses pions un à un et nous pousse dans nos derniers retranchements. Accepterons-nous de faire partie de sa multitude de personnages et d’entrer dans le roman ?

Ce récit-jeu est un pur délice de subtilité et d’ironie !

 

Mémoire d’un faussaire

(Je colle)

Ne manger que des aliments verts ou orange - Seules les céréales renferment les éléments de notre bien-être - Jeûner dix jours par mois est le summum du nirvâna - Consommez uniquement des repas liquides… Pourquoi certains ressentent-ils le besoin de suivre ces slogans dictateurs qui tentent de régir nos assiettes ?

Sous les dehors d’une enquête scientifique Shérazade nous plonge en réalité dans une folle histoire d’amour, celle de la cuisine et de ces délices.

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Catastrophe, Titi ! Tu as mélangé les quatrièmes de couverture ! C’est pas possible ! Shérazade de Miletune sera là dans un instant pour une séance de dédicace, je vais me faire virer.

 

Renaud n’en mène pas large et moi, je me fais tout petit, petit…

…petit coup d’œil à droite, petit coup d’œil à gauche, les lecteurs manipulent les livres, intrigués, puis les tendent à l’hôtesse. Quatre d’un coup ! Certains les prennent en photo et s’activent sur leur smartphone.

 

Titi, tu es trop top, tu as déclenché un buzz du tonnerre, ces bouquins seront des collector's, je te le promets !

 

Comblée, Shérazade de Miletune n’y a vu que la patte de génie de Renaud son agent.

Moi, j’ai repris le RER et je suis rentré chez ma mère. 

Demain, demain peut-être, aurai-je enfin un vrai boulot ?

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Pour Mil et une en mars 2017 - clic

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Publié le 9 Mai 2015

Sophie Calle - clic

Où pourriez-vous m’emmener ?

A deux enjambées d’ici ou là-bas, loin, si loin ?

Sous quelle latitude voguerions-nous toutes voiles dehors ?

Vers le ponant ou le couchant ?

 

Où pourriez-vous m’emmener ?

Cette destination vous semblerait-elle familière ou redécouverte ?

Vous ravirait-elle, serait-elle à votre aune source de bien-être ?

Ou à son évocation ressurgirait-il des tréfonds de votre mémoire une angoisse larvée ?

 

Où pourriez-vous m’emmener ?

Franchirions-nous des montagnes inhospitalières, des fleuves impétueux ou une paisible plaine ?

Chaleur suffocante, blizzard, météo clémente ? Quel serait le climat ?

Prévoiriez-vous quelques haltes, temps de repos ou d’introspection ?

 

Où pourriez-vous m’emmener ?

Je souhaiterais tellement découvrir avec vous ce lieu magique que fut votre enfance et, pour vous aimer plus encore, m’y imprégner de l’essence même de votre être.

En toute complicité voudriez-vous m’y mener ?

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Pour Mil et une - clic

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Publié le 24 Mai 2014

"Georges Simenon accueille le commissaire Jules Amédée Maigret"

Ah ! Jules Amédée, je suis heureux de vous voir. Installez-vous, mon cher. Non, je ne souffre pas de la chaleur mais je vous en prie, mettez-vous l’aise. …

Jules, je vous connais parfaitement et je m’aperçois que quelque chose vous tracasse. Comment ? Fumer la pipe vous attire désormais des regards courroucés ? Voyons, Jules Amédée, ce n’est pas vous qui allez prendre ombrage du qu’en dira-t-on ! Regardez-moi, personne ne me fait de reproches, bien au contraire les braves gens s’assoient à mes côtés, voire sur mes genoux pour me faire un brin de causette.

Des selfies ? Et bien oui, des selfies avec mes lecteurs ! Il faut vivre avec son temps Jules ! C’est cela qui vous tracasse ? Oui, tout évolue… l’ADN ? Oui, Jules, je connais, et Internet aussi. Tout va trop vite ? Trop de brutalité, de sang ? Allons, mon cher commissaire, vous avez la nostalgie de votre époque mais que diable, mon ami, le monde est toujours aussi passionnant et croyez-moi, d’ici, j’ai tout le loisir d’observer les mœurs des contemporains. J’engrange, Jules, j’engrange…

Et comment va Madame ?

Oh ! Oh ! Jules quelle flamme tout à coup ! Aurais-je titillé l’endroit qui vous chagrine ? Elle espérait prendre quelques jours de repos à Cannes ? En plein festival, avouez, ce n’est pas à recommander. Oui, oui, je le reconnais, votre épouse a du caractère sous son aspect effacé !

Et ? Et.. ? Ne me dites pas qu’elle ressent soudain le désir d’être sous les feux des projecteurs. Si ? Que je lui explique pourquoi vous n’apparaissez pas dans "La chambre bleue" ? Mais Jules Amédée vous avez plus de cent autres récits à votre actif. Non, commissaire, bien qu’auteur je n’ai aucune influence sur le choix d’un réalisateur. Allons, cher ami, souriez, nous sommes filmés par des touristes japonais !

Qui sait, peut-être serais-je invité au Palais des Festivals le soir de la remise des César. Promis, Jules Amédée, je vous raconterai !

Remettez mon bonjour à Madame Maigret…

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"La chambre bleue" de Georges Simenon

Film de Mathieu Amalric en lice au Festival de Cannes - clic

Banc George Simenon de l'artiste Roger Lennertz - Liège - Photo Mil et une - clic

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Publié le 20 Janvier 2014

- Gilles, bon sang t’endors pas, écoute ! Tu les entends ? Sûr, ils arrivent, t’endors pas.

- J’entends rien, laisse-moi… c’est doux, j’ suis bien…

- Essaie de te glisser contre moi, nous aurons plus chaud, moi, j’ peux pas bouger.

- Aie … arrive pas ... soif, ma gorge brûle…

- La gourde, là, à ta droite, tends le bras… Gilles, je t’en supplie réagis, t’endors pas !

- Mmm…

- Les secours arrivent, écoute les chiens… et l’hélico, tu l’entends, Gilles, tu l’entends ?

- … entends des cloches … soif …

- Ouais ! Des cloches comme celles du Beffroi... Dis-moi, tu te souviens de nos virées dans les cafés de la Grand-Place... et du jour où nous avions dragué ce groupe de touristes espagnoles ?

- Vois … Martine … elle rit comme avant et même... elle danse … je .. je cours la rejoindre.

- Merde ! Gilles ne me laisse pas, écoute mieux je te dis... Gilles, réponds-moi…

- Pour … pourquoi elle danse ?

- C’est de bonheur, mon vieux, elle te retrouve enfin … Gilles ???... Gilles, je t’en supplie, ne t’endors pas, tu as raison, son rire résonne ! C’est elle, elle s’approche, regarde comme elle est belle dans sa robe légère, on dirait une fée et puis elle chante, sa voix tinte comme du cristal.

- Mmm, tes bras… serre-moi … je t’aime…

- Elle t’aime aussi Gilles. La preuve, elle est venue de si loin, juste pour toi. Tu avais raison, Martine est formidable, elle ne pense qu’à toi.

- Doux … bien ..

- Gilles ? Gilles ?... écoute...

Une chanson douce

Que me chantait ma maman

En suçant mon pouce

J’écoutais en m’endormant.

Cette chanson douce,

Je veux la chanter pour toi,

Car SA peau est douce

Comme la mousse des bois. clic

Le bruit du moteur de l’hélicoptère résonne enfin contre les parois et me sort de ma torpeur. Mes yeux brûlants fixent les aiguilles cassées de ma montre. Depuis combien de temps sommes-nous là ?

- Gilles, mon ami, as-tu résisté à son appel ?

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image : couverture du livre "La grammaire est une chanson douce" Eric Orsenna clic 

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Publié le 5 Janvier 2014

          Chez madame Félix ça sent le miel et la cire, chez madame Félix il fait calme et gris et triste aussi. Madame Félix c’est la voisine du dessus, c’est elle qui me garde après l’école quand maman doit travailler tard à la blanchisserie et que papa conduit son taxi jusqu’à minuit. Ces jours là, je traîne en rue avec mes copains puis je passe chez nous pour nourrir le chat et je joue un moment avec lui avant de me décider à rejoindre l’étage.

Maman, elle est gaie et souriante, elle aime chanter et me cajoler. Papa dit que c’est son petit rayon de soleil. La voisine c’est pas pareil, elle est triste comme un jour sans pain. J’ai entendu papa la traiter de tuelamour. Tuelamour, je ne sais pas ce que c’est mais ça ne sonne pas bien. Madame Félix elle s’appelle madame mais elle n’a pas de mari. Enfin pas un vrai, seulement un monsieur figé dans un grand cadre, un homme avec une énorme moustache et un regard sévère. Un jour elle m’a confié que la canne à pommeau et le chapeau posé sur la chaise près de la porte du salon appartenaient à Feu son mari et qu’avant de partir pour le front il avait insisté pour qu’elle en prenne soin. Depuis, il lui semblait que Feu allait surgir et l’emmener en promenade. Parfois, je vois qu’elle a pleuré comme quand elle avait raconté à Maman que Feu lui avait promis la belle vie mais que la guerre avait fauché tous ses espoirs.

Feu, c’est un prénom bizarre. Moi, c’est Gaspard comme le plus jeune des rois mages. A Noël, Madame Félix m’a raconté leur histoire avec l’or, la myrrhe et l’encens et l’étoile aussi. Je pense qu’elle aimerait qu’un roi sonne à sa porte, un qui lui apporterait des cadeaux…

Mes devoirs sont terminés, le goûter est déjà loin et maman n’est toujours pas rentrée. Dans la cuisine madame Félix prépare le repas et je m’ennuie. Du haut de son cadre Feu me regarde et moi je le regarde aussi. Pourquoi lui fallait-il une canne ? Il avait mal au dos ? Un pommeau c’est quoi ? Une petite pomme ?

Le chapeau est tout doux et raide. Il me couvre tout le visage. Beuh ! Il sent le moisi. Le bois de la canne est lisse, tout en dessous il y a un petit bout de fer. C’est joli le bruit sur le parquet ciré. Tap ! Tap ! Je suis un milord, je vais rejoindre ma Milady ! Oups ! Je glisse !!!!!!!!!! Aie, ma tête et zut la canne est abimée !

- Gaspard ! Qu’as-tu fait ? As-tu mal ? Oh ! La canne !

Pas fier, le Gaspard ! Je voudrais me sauver dans un trou de souris mais il n’y en a pas…flûte, la sonnette, c’est maman ! Enfin, je crois parce que madame Félix ne va pas ouvrir. Elle est assise sur la chaise et elle sourit. C’est rare quand elle sourit. Limite, ça me fait peur. Bon, ben je vais ouvrir...

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J’ai rien compris ! Madame Félix a dit à maman que j’étais son petit roi mage et elle lui a montré un petit papier avec quelques mots griffonnés au crayon noir et une pierre brillante. Elle n’était même pas fâchée que le pommeau se soit détaché de la canne. Maman et elle sont allées chuchoter dans le couloir et Feu a semblé me faire un clin d’œil.

J’ai rien compris, rien compris ! Mais motus, je n’en dirai rien aux copains !

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Peinture Félix Vallotton - Pour Miletune (clic)

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Publié le 1 Janvier 2014

 - Bonne année - est le traditionnel souhait émis le premier jour de l'an.

Et pourtant une année est faite de petits riens, de grandes joies ou de peines sans nom.

Une année, c'est trois cent soixante cinq jours et trois cent soixante cinq nuits durant lesquels on aime, on lit, on écoute, on bavarde, on pleure, on rit, on dort, on tourne en rond, on attend, on découvre, on se retrouve, on espère ou désespère, on travaille ou paresse, on déteste ou on admire. 

Une année ? Douze mois s'étirant au rythme des quatre saisons et nous laissant des images variées.

Pour vous, amis fidèles ou vous que le hasard a guidés ici, en voici un pêle-mêle sans prétention...

Je vous souhaite une bonne année !

Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
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Une année...
Une année...
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Une année...
Une année...
Une année...

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Publié le 25 Décembre 2013

Jeu de piste

-  Antoine, comment qu’tu disais ?

- Quoi ?

- Ben, le chose là, le spooort…

- Le géocaching ! C’est un jeu de piste avec un GPS et…

- Et quoi ? Tu sais, la géographie et moi…

- Pourquoi tu poses des questions si tu n’écoutes pas les réponses ?

- Pasque… pasque… je m’ennuie tiens ! Rester cloué sur une chaise devant la fenêtre alors que pourrais être dehors à fendre du bois ou dans la remise à préparer mes nouvelles rames à haricots avec la porte ouverte sur la campagne enneigée ça me démange !

- T’avais qu’à pas vouloir grimper à l’échelle, à ton âge !

- Mon âge, quoi qu’il a mon âge ? C’est le même que l’tien ! J’pouvais quand même pas laisser pendre les stalactites au-dessus de la porte, ça peut tuer quelqu'un ces glaçons quand ils se détachent du toit.

- Ou quelqu’une ? … la postière par exemple…

- Et gna, gna, gna… t’es qu’un jaloux mon pote !

- Jaloux de ton pied cassé ? Allons bon Alexis tu gamberges là !

- Fais pas ton intéressant avec tes mots à cinq sous…. Géocachette, géo..

- Géocaching !

- Oui, bon si tu veux… dis-moi Antoine, tu crois que tous ces gens qui passent sur le chemin, à pied ou à ski ils cherchent un vrai trésor avec leurs GPS ?

- Ben non, ils s’amusent à se repérer et ils découvrent le pays.

- (soupirs)… Antoine ?

- Quoi encore ?

- Tu ne nous resservirais pas un peu de gnôle ?

- Si tu me prends par les sentiments…

- A la tienne ! … Dis, nous aussi nous faisions de jeux de piste quand nous étions mômes, tu te souviens ?

- Mumm !

- Et pour nous repérer, Antoine, on a toujours regardé le soleil et les étoiles dans le ciel ou les lumières dans la vallée…

- Mumm !

- Mumm, mumm ! Tu finiras vache mon cher !

- Et toi, tu n’es qu’un vieux rétrograde.

- J’ai peut-être pas de grade mais je vais te dire, toi et moi on devient grognons à rester enfermés. Vivement le printemps !

- Ecoute, voilà la factrice !

 

- Bonjour ! Monsieur Antoine je pensais bien vous trouver ici... voici votre courrier et voilà votre journal, Monsieur Alexis.

- Merci Marinette ! Et la route comment elle est ? Pas trop difficile la tournée ?

- Salut Alexis, au revoir Marinette, je vous laisse papoter…

- Et gna, gna… Un peu de calva, Marinette ?

- Allons, allons, Monsieur Alexis… Oh ! et puis zut pour le règlement, il fait si froid dehors ! Une larme, Alexis, rien qu’une larme !

- Dites-moi, Marinette, vous connaissez le géocaching ?

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Frits Thaulow - clic  --  Pour Miletune - clic

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Publié le 22 Décembre 2013

-  Holà ! Tout doux ! Les cordons de ma bourse tu ne délieras point, s’était exclamée Dame Arégonde en saisissant la main de l’enfant chapardeur.

Un moment leurs regards s’étaient croisés et celui de la femme s’était attardé sur la chevelure rousse et sale du gamin.

- Tu as faim ?

Le petit, la main toujours emprisonnée dans celle de la dame, opina de la tête.

- Tu es seul ?

L’enfant acquiesça à nouveau puis d’une voix peureuse précisa :

- la grande maladie a saisi toute ma famille.

Le marché, quasi-désert en cette heure de mâtine, était traversé par une bise glaciale et l’enfant tremblait de froid et d’effroi. Etait-ce la raison qui poussa Dame Arégonde à emmener l’enfant chez elle ? Ou alors était-ce une solidarité inconsciente envers ce rouquin, probable objet de moqueries comme elle en avait connu elle aussi…

- Ebroïn, voici Colin. Si tu es d’accord, ce petiot pourra t’aider dans ta tâche et me rendre de menus services.

Maître Ebroïn, le menuisier, délaissa son outil et évalua le gamin :

- tu n’es pas bien gras mais tes bras semblent solides. Sais-tu compter ?

- Oui et je suis débrouillard, se risqua Colin en évitant de regarder la dame qui sourit.

De ce jour, Colin oublia la rue et la faim. Les brouets de Dame Arégonde, le pain qu’elle faisait cuire chaque semaine dans le four banal lui rendirent des rondeurs de poupon. Levé tôt, il ravivait le feu dans l’âtre puis sortait au jardin puiser de l’eau avant de retrouver Maître Ebroïn dans la bonne odeur de l’atelier de menuiserie. Cet univers était neuf pour l’enfant mais tout l’y intéressait. Les outils, les différentes essences de bois, les plans dessinés avec soins et expliqués par Maître Ebroïn, le passionnaient. Quelques fois, ils se rendaient chez l’un ou l’autre client pour prendre des mesures ou livrer un ouvrage. Souvent, dans l’après-midi, Dame Arégonde les rejoignaient dans l’atelier, toujours en activant la quenouille. C’est qu’elle était douce la laine de ses quatre moutons et promesse de châles chauds et d’écharpes moelleuses. Avant la fin du jour, Colin était chargé de récolter les œufs dans le petit poulailler et de rentrer une réserve de bois à poser près de la cheminée. En soirée, les chants étaient au rendez-vous et tout en chantant l'enfant aidait Dame Arégonde à remplir de fins copeaux de bois des paillasses qu’elle avait confectionnées dans du drap et qu’elle revendait à qui venait frapper à sa porte. C’est sur une couche aussi douce que Colin s’endormait enfin dans un coin de l’atelier.

- Mon ami, dit un jour Dame Arégonde à son mari, j’ai souhaité que tu me confectionnes une maie plus grande mais ne vois rien venir. Toujours d’autres commandes ont la priorité… cependant… il serait temps… que tu prévoies un berceau à glisser dans la ruelle de notre lit.

Tout heureux Maître Ebroïn se mit aussitôt à l’ouvrage mais Colin faisait grise mine et les questions se bousculaient sous sa crinière rousse.

Dans quelques années mon maître aura de la relève, lui serai-je encore utile ? Devrais-je repartir seul sur les routes ?

- Voyons, Colin, dit Dame Arégonde, ne te fais pas de souci. N’es-tu point bien céans ?

Alors Colin, le petit chapardeur, eut une pensée pour ses parents disparus et, confiant, il sourit à la vie.

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L'enfance au moyen-âge - clic

pour Mil et une - clic

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Publié le 11 Octobre 2013

         Notre oncle Ralph avait ses rites et à part son épouse tante Maud qui en sourdine râlait - le parquet de maman sera encore griffé ! - nous étions heureux de les retrouver fidèles au rendez-vous.

Le Jour de l’An, alors que nous en étions à l’apéritif, il descendait du grenier la vieille chaise en bois, héritage d’une lointaine tante Norine et l’installait dans un coin du salon qu’il dégageait d’autorité sans pour autant se départir de son calme habituel. 

Dessus il posait son violoncelle, aussi pendant le repas les deux essences sagement se tempéraient, absorbant fibre après fibre l’ambiance de la pièce.

Bonne-maman rayonnait, comblée d’avoir sa tribu tout à elle. Longuement elle avait mitonné un menu, toujours différent, et secondée par nos tantes, nous le présentait avec amour.

Quatorze couverts ! La table munie pour l’occasion de ses rallonges n’aurait pu offrir davantage de place et c’est au coude à coude qui nous dînions joyeusement. Les six petits-enfants dont je faisais partie, regroupés en bout de table, étaient servis en premier afin de leur permettre d’extraire au plus vite de l’armoire d’antiques jeux de société qui pour une heure ou deux retrouvaient vie.

Les adultes discutaient, riaient d’anecdotes diverses ou se rappelaient quelques souvenirs d’enfance tandis que nous partions à la recherche d’un pion ou d’une carte mystérieusement disparus.

Dès la fin du dessert, alors qu’à la cuisine le brouhaha de vaisselle était à son comble, oncle Ralph discrètement s’éclipsait pour réapparaître un quart d’heure plus tard totalement métamorphosé. Lui toujours vêtu d’un costume strict et de mocassins se présentait à nous pieds nus et affublé d’une djellaba confectionnée sur mesure dans un beau lainage doux par son ami Shamir.

« Pas de cilice sous la bure » disait invariablement tante Maud. Cette phrase, rituelle elle aussi, faisait pétiller les yeux d’oncle Ralph mais restait pour nous un grand mystère. Dès ce moment, le calme s’installait et Bon-papa éteignait le grand lustre suspendu au-dessus de la table. Seul les spots de la cuisine et une lampe de salon restaient éclairés. D’un petit coffret en bois oncle Ralph sortait deux cailloux et un oiseau naturalisé qui nous intriguaient. Avec douceur et minutie, il les posait l’un sur l’autre sur le sol.

- Minéral et animal, murmurait tante Maud.

Alors oncle Ralph saisissait avec précaution son violoncelle et prenait place sur la vieille chaise gémissant sous son poids. Fascinés, nous suivions chacun de ses gestes.

Les cordes de l’archet et de l’instrument étaient tendues puis doucement l’un effleurait les autres et les sons apparemment décousus s’enchaînaient jusqu’à trouver la note juste. Silence ! Les yeux fermés notre oncle se concentrait puis le violoncelle bien positionné il entamait avec brio une suite ou un concerto. Le temps alors s’envolait nous transportant vers des mondes que seul notre imaginaire d’enfants pouvait créer.

Oncle Ralph qui ne connut jamais le bonheur d’être papa nous fit ainsi découvrir Bach ou Vivaldi, Ysaÿe, Jolivet… Beethoven, Chopin ou encore Brahms mais jamais le pourquoi de l’oiseau et des pierres…

De ces jours heureux, nous gardons tous les six, un amour pour la musique et, il faut l’avouer, pour la mise en scène. Aussi, il n’est pas rare de nous retrouver pour jouer ensemble quelques morceaux actuels ou classiques.

Merci oncle Ralph !

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Déborah Van Auten  -  Pour Mil et une - clic

 

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Publié le 30 Mai 2013

 

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      Tip, tip, tap, top, tip, tip… les doigts de Malika tapotent le clavier à la cadence d’un métronome. Pour l’accompagner, l’ordinateur chuchote une mélodie de fond.

Clic ! L’imprimante fait vibrer ses tambours, court de gauche à droite sur le papier qui s’étire au tempo imposé. Une copie, deux…dix… Malika s’étire, se sent lasse.

Ting ! Un nouveau message atterrit dans la boîte de messagerie après un vol sans souci dans les mystérieux couloirs du Net. Clic ! Malika l’ouvre tout en répondant au téléphone qui vient de réclamer son attention par maintes sonneries. Sa voix se mêle à celles de ses collègues. Brouhaha habituel accentué par le passage incessant des véhicules à quelques pas, de l’autre côté de la baie vitrée.

Objet : Le son du silence en P.J.

Clic ! L’image remplit l’écran d’un paysage aux tons et à la lumière étranges : des champs entourés de quelques bosquets, des maisons aux toits rouges ou gris, une église au clocher pointu et en arrière fond des montagnes mauves.

La main gauche de Malika dépose doucement le téléphone, la droite vient la rejoindre sur le bureau, toutes deux se sentent vacantes.

- Entends-tu Malika, le son du silence ?

La voix de son grand-père est douce aux oreilles de la jeune femme.

- Le son du silence ? A quoi ressemble-t-il ? Au bonheur ?

- Le bonheur, qu’est-ce Malika si ce n’est ta paix intérieure ?

- Et la paix intérieure est-ce du silence ?

- Petite, écoute !

- Ecouter quoi ? Un avion dans le ciel ? Une chanson ? Le bruit de la pluie ?

- Ecoute le son du silence…

- Mais tu parles, un chien aboie, une porte claque…

- Dans ton paysage intérieur, là, tu peux entendre le son du silence.

La voix du grand-père s’est tue. Elle est muette depuis si longtemps…

Malika observe l’image sur l’écran, ressemble-t-elle à son paysage intérieur ?

Non ! Loin de là ! Le son de son silence à elle est fait de joie, de rires d’enfants, de mots doux chuchotés, de secrets partagés, de couleurs vraies, franches et gaies. Le seul fait de l’évoquer le fait vibrer à ses oreilles. C’est un silence vivant et riche de mille petites choses. C’est le son de SON silence.

Ting ! L’arrivée d’un nouveau message sort Malika de ses pensées.

Objet : retour à la réalité

Malika se retourne vers Rachel, sa collègue qui vient de lui adresser les deux mails.

Un clin d’œil, deux sourires. Entre elles, le son du silence est une douce mélodie.

Ce soir elles se retrouveront à l’atelier de peinture et dans l’amitié et l’émulation elles tenteront, avec leur sensibilité propre, d’exprimer leur paysage intérieur.

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Pour Mil et une (clic) d'après une peinture de Raymond Queneville à découvrir ici (clic)

source photo - clic

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Publié le 28 Avril 2013

Une amitié virtuelle qui ne s'est jamais démentie me lie à Aimela.

Au nom de cette complicité, elle m'a autorisée à publier ici un de ses poèmes que j'apprécie particulièrement.

Merci petite sorcière du Coeur Chemin de mes Mots (clic)
 
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Où cours-tu Bohémia de si bon matin ?
 
Entre les livres, je vais
D'un roman à un essai.
Mon coeur parcourt les contes
A la recherche,
D'un possible bonheur.
 
Où cours-tu Bohémia de si bon matin ?
 
Entre les pages, je vais
De verbe en verbe,
De mot en mot.
Je cherche ma muse
Au détour d'une phrase.
 
Où cours-tu Bohémia, de si bon matin ?
 
Mon esprit trop curieux
N'est jamais rassasié.
Il faim les mots,
Les noms et les verbes
Et oublie les silences
 
Où cours-tu Bohémia de si bon matin ?
 
Je ne cours plus,
Le temps m'a fui.
L'amour des livres
Dans mon âme, enfin
A trouvé sa place.
 
Aimela
 

Salvador Dali The Rainbow 1972

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Publié le 11 Avril 2013

             Voilà bientôt trois mois que je me prélasse chez Clémence, la plus douce des personnes. On ne s’est pas choisies, notre rencontre fortuite un matin de printemps aurait pu sombrer dans l’indifférence ou le rejet mais tout au contraire nous nous sommes mutuellement apprivoisées et, chacune dans notre coin, nous apprécions la présence de l’autre.
 
Clémence est une lève-tôt, pas question pour elle de flâner au creux de son lit. Sitôt sur pied c’est une vraie tornade qui déferle dans l’appartement, elle prépare le petit déjeuner avec soin, le dépose sur un plateau et vient le déguster à mes côtés dans le séjour. Puis, quand il fait beau, elle s’installe en peignoir sur la terrasse, indifférente aux regards éventuels des voisins. Du coin d’un œil je l’observe alors démêler sa belle crinière gris argent en se mirant dans la porte vitrée et le "frou, frou" de la brosse passant dans ses cheveux soyeux me remplit d’aise. Quand il pleut, c’est le fauteuil en velours placé face au miroir qui fait office de coiffeuse. J’adore voir au gré des jours l’un puis l’autre fil d’argent parer le tissu bordeaux. J’apprécie tellement la soie.
 
Nous sommes très indépendantes. Quand elle sort, et elle sort souvent, Clémence me laisse tranquillement vaquer à mes occupations favorites. Elle est si active, tantôt c’est l’aquagym, tantôt les répétitions théâtrales ou de la chorale, du shopping, une expo à ne pas manquer… Il m’arrive souvent de rester seule une journée ou une soirée entière. Le nirvana !
 
Le seul point noir à mon horizon c’est le passage hebdomadaire de Julie, sa fille unique. Dès qu’elle franchit le seuil, je me blottis dans un coin et tente de me faire la plus discrète possible. C’est viscéral, je ressens un rejet de sa part à mon égard. Clémence fait semblant d’ignorer cette tension entre Julie et moi et toute au bonheur de la présence affectueuse de sa "petite" de quarante-deux ans elle papote, détaille les derniers potins, parle de ses projets ou écoute, sans la juger, sa fille se raconter à son tour. Parfois, il leur arrive de parler des hommes et leurs propos alors aigres-doux me laissent deviner une frustration ou un manque non comblé. Divorce est un mot qui semble les unir et en apparence les liguer contre ces messieurs. Pourquoi les humaines s’embarrassent-elles de grands sentiments ? Ma vie est tellement plus simple !
 
Quand vient le moment de quitter sa mère Julie ne peut réprimer quelques réflexions : - Pourquoi n’engagerais-tu pas une personne pour te seconder ? Tu sais que de mon côté je manque de temps pour t’aider. En disant cela, son regard se pose tour à tour sur les cheveux décorant le fauteuil, sur les miettes de pain oubliées sur la table et sur les traces de pas datant de sa dernière visite ; il s’attarde sur les vitres pas très nettes et enfin ose se fixer sur moi, plein de dégoût.
- Ne t’inquiète pas pour moi, ma chérie, répond Clémence, tout va pour le mieux, je gère très bien ma petite vie et j’ai décidé, vois-tu, d’en profiter au maximum. Alors un peu de poussière de plus ou de moi… Toi aussi tu devrais être moins exigeante avec toi-même et te gréer du bon temps.
Et la conversation en reste là à mon grand soulagement.
 
Hélas aujourd’hui est un jour noir dans ma courte vie ! Clémence attend une visite importante pour la fin d’après-midi, un monsieur très, très bien de sa personne et qui a tout pour lui plaire comme elle me le chuchote en me logeant dans une petite boîte transparente au couvercle percé de quatre trous minuscules. Devant mes six yeux désolés elle manie brosses, aspirateur et torchon et sans un regret fait disparaître ma belle toile tissée avec soin. Tout est net à présent et Clémence d’un pas décidé m’emmène au parc. Au bord d’un taillis elle ouvre furtivement la petite boîte et me souhaite bon vent. Dépitée, je m’enfuis à toutes pattes sans me retourner.
 
Décidément ces humaines manquent d’humanité quand un bellâtre se profile à l’horizon. Il ne me reste plus qu’à retisser ma toile !
Allons ! Du cœur à l’ouvrage ! Ainsi va la vie !

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Publié le 24 Décembre 2012

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Je vous souhaite à tous et toutes de passer de doux moments.
Que ce soit en famille ou seul(e),  en savourant un repas sortant de l'ordinaire ou un simple plateau télé, en chantant ou en lisant, essayons de vivre l'instant présent en parfaite harmonie avec nous-même.
Merci pour vos passages et vos mots déposés sur ce blog. 
   Mony 
 
 

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Publié le 20 Décembre 2012

 
               Au Saint Georges, la brigade fourmille dans la grande salle de réception. Du commis au maître d’hôtel, du serveur au chef de rang tout le monde sait ce qu’il a à faire et s’active dans un calme relatif. Les nappes immaculées, les verres étincelants, les serviettes amidonnées et savamment pliées habillent au fur et à mesure les tables d’une parure festive.
Au bar, les bouteilles millésimées alignées par le sommelier s’acclimatent en douceur à la température ambiante. A leur côté, les petits bouquets de fleurs que vient de livrer le fleuriste attendent patiemment de donner la touche finale et colorée à la mise en place.
Le personnel aux enjambées entravées par de longs tabliers blancs vérifie et dispose les couverts selon l’ordre prescrit par le chef de rang quand Louis, un des serveurs, attiré par une musique venant de l’extérieur s’exclame : c’est la parade du cirque Knie !
Aussitôt, ses collègues s’agglutinent aux larges fenêtres, la mine réjouie.
 
Musiciens, chevaux montés, jongleurs, clowns aux tenues bigarrées, groupe de trapézistes, zèbres, chameaux… défilent au bord du lac dans une joyeuse ambiance pour le plus grand plaisir des Genevois.
- Regardez le jeune éléphant, il s’échappe !
- Il court vers le lac.
Dans la rue et aux fenêtres chacun retient son souffle. Le soigneur va-t-il rattraper l’éléphant ? Déjà les paris circulent. Certains prédisent le plongeon dans l’eau, d’autre la volte-face. Paniqué l’éléphant zigzague sur la pelouse, se fatigue et enfin se laisse maîtriser sous les applaudissements des spectateurs.
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- Allons, allons, Messieurs, au travail ! Tout doit être impeccable pour la réception de ce soir ! ordonne le directeur qui vient de surgir dans le restaurant. Ces messieurs dames du F.M.I. ne tolèreront aucun laisser-aller !
 
En réponse, Louis souffle à voix basse : nous n’irons pas au cirque ; ce soir le cirque vient à nous !
La réflexion circule bien vite dans la brigade et tous reprennent le travail un petit sourire aux coins des lèvres.
 
La nuit sera longue.
 
  Kkkkkkkkkkkkkkkkkkkk

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Publié le 2 Décembre 2012

     
 
   
   -  Hé ! Ho ! Mathilda et vous toutes ! Ne marchez pas si vite, attendez-nous !
 
Ce qu’il râle ce Hugo ! Pas à dire, son pied et sa cuisse droits sont mal en point. C’est de leur faute aussi ! D’ailleurs Mathilda et les autres femmes ne l’écoutent pas et les hommes clopinent derrière nous.
Ambiance !
 
On s’est bien marrés pourtant. D’abord, nous avons piqueniqué au sommet de la colline et même nous, les enfants, nous avons eu droit à un verre de rosé bien frais. Moi, j’ai fait durer le plaisir en y trempant le bout de mes lèvres pour le savourer doucement, doucement.
Au dessert, Yannick a entonné une chanson et sa belle voix grave a trouvé en écho celle plus aigüe de Jaco. Un fameux duo, ces deux là ! Sûr que s’ils passaient sur You Tube, ils feraient un buzz.
Puis, le vieux Yvan a dit : « assez ribaudé »
Faut croire que certains ont compris ce mot bizarroïde parce qu’il a sonné la fin de la récré. Nous avons tous saisi les sacs en toile de jute et la récolte des châtaignes a débuté dans les rires ; c’était à qui en ramasserait le plus. Les sacs se sont remplis à vive allure et Hugo les a chargés dans la charrette.
C’est alors qu’il a eu l’idée de faire un concours de saut en longueur, pieds nus et yeux bandés histoire de terminer la journée en beauté.
Les hommes et les garçons ont trouvé ça génial. Même le vieux Yvan a dit : « c’est magistral ton idée » Normal, c’est un ancien sportif…
 
Une demi-heure plus tard, ambiance, mais pas celle d’un stade en folie !
Hugo, le bermuda déchiré et en sang boite bas. Jaco, le tee-shirt maculé de terre le soutient en grimaçant. Martial, raide comme un mannequin dans sa vitrine, veut ignorer ses vertèbres de guingois et Yvan, discrètement se frotte la nuque.
Pourquoi a-t-il fallu qu’ils se livrent à ce jeu idiot ? Mystère des hommes…
 
Nous, les femmes et les filles, on n’a rien dit mais on a pris le chemin du retour.
Assise sur les sacs, j’entends Marie souffler en rigolant : « ils feront moins les fiers et puis ça nous fera des souvenirs jusqu’à l’année prochaine »
 
Ambiance ! Ambiance ! Vivement la prochaine récolte !
 
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA 
 
 

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Publié le 11 Novembre 2012

   
A l’arrière de la charrette, Romain boudait depuis deux heures et marmonnait sans arrêt : -Putain, quelle galère ! J’ai mal au cœur… On arrive quand ?
Rachid, philosophe, tenta de l’intéresser au parcours qu’il avait soigneusement préparé avec l’aide de Luc, mon collègue.
- Rien à cirer de votre campagne de merde et puis t’as vu à quelle allure on se traîne. En métro, j’y serai déjà !
- Pour un Romain, t’as pas la gueule d’un conquérant, ricana Rachid.
- L’air con, je l’ai avec vous.
 
photo-chevaux-Annick.jpgAssise à mes côtés, les rênes en main, Anouchka soupira. Entre Romain et elle, ce n’était pas le grand amour et pourtant elle lui proposa de mener à son tour l’équipage.
- Bof ! Pourquoi pas, c’est toujours mieux que ce tape cul de banc en bois.
Doucement, Anouchka fit ralentir les deux chevaux et les brides changèrent de mains puis elle alla à l’arrière rejoindre Luna qui chantonnait, enfermée dans son monde.
 
- Tout doux, Romain, nous ne sommes pas sur un champ de course.
Peu à peu la tension se relâcha et une heure plus tard, les chevaux furent libérés du poids de la charrette confiée à la garde de Romain et parquée à l’entrée d’une prairie aux abords d’un village. Le propriétaire, prévenu à l’avance de notre arrivée, nous souhaita la bienvenue et aida les trois autres ados à soigner les montures.
Rachid, responsable du harnachement, le vérifia avec soin. Anouchka s’occupa du brossage de la robe pommelée de Bebop et Luna, plus petite de taille, de celle, immaculée, de Trompette. Un ruisseau et une herbe fraîche à leur disposition, nous pûmes enfin laisser nos compagnons de route récupérer des efforts de la journée et nous suivîmes le fermier qui nous offrait le souper et nous hébergeait dans sa grange pour la nuit.
 
Depuis plus d’un an, Luc et moi nous portions à bout de bras un projet d’aide à la réinsertion d’ados en décrochage scolaire dénommé « La boucle » Par petits groupes, nous tentions de rendre un sens à leur vie en les responsabilisant et en leur offrant une possibilité de sortir pendant quelques temps de leur milieu .
Luc les intéressait au domaine du spectacle : mimes, jeux d’ombres chinoises, de rôles, jonglage, acrobaties, tours de passe-passe… chacun se découvrait un talent. De mon côté, grâce aux chevaux, je leur inculquais le respect de la vie, l’attention quotidienne, la patience et les soins indispensables à leur bien-être. Le circuit de promenade au rythme des chevaux et préparé de concert par l’équipe que nous formions, eux et nous, venait clôturer en apothéose ces moments hors du temps.
 
Comme à chaque étape, un petit spectacle avait été annoncé aux habitants et dès vingt heures, quelques villageois accompagnés d’une ribambelle d’enfants se présentèrent devant la remorque transformée en scène. Luc, qui nous avait rejoint en voiture, jouait au présentateur sous un costume et un maquillage bariolés. De mon côté, je m’occupais de l’éclairage et de la musique impressionné par la passion qui soudain habitait nos quatre ados. Luna, si timide, si effacée, subjuguait petits et grands par sa voix puissante et par son émotion à fleur de peau ; Romain, le râleur, se révélait un mime drôle et attachant, peu avare en grimaces et facéties ; Rachid, le plus posé, jonglait avec des quilles et les ombres chinoises d’Anouchka mises en valeur par un chant en sourdine de Luna faisaient pétiller les yeux des spectateurs.
 
Ce soir là, des hennissements anormaux abrégèrent la représentation. Dans la nuit seulement éclairée par la Lune, nous accourûmes tous dans le creux du vallon et découvrîmes Trompette en bien mauvaise posture au fond d’un fossé de l’autre côté du ruisseau. Comment était-il arrivé là ? Avait-il sauté par-dessus la clôture attiré par quelques herbes plus tendres ?
Choqués, nos quatre ados encourageaient Trompette de la voix et lançaient des regards implorants à Jacques, le fermier, pour qu’il trouve le moyen de sortir le cheval de ce mauvais pas.
- Les garçons, avec moi, dit Jacques.
Sans se faire prier, Rachid et Romain le suivirent et un quart d’heure plus tard, le bruit du tracteur couvrit les hennissements de Trompette et de Bebop inquiet lui aussi.
- Taisez-vous tous et reculez-vous, ordonna Jacques aux villageois dépités mais obéissants.
- Toi, la petite, tu n’as pas peur du cheval ?
Luna fit non de la tête.
- Alors, glisse-toi à ses côtés avec ces cordes.
Eclairée par les phares du tracteur, Luna se laissa doucement tomber dans le fossé et se mit à chantonner tout en caressant les flancs tremblants de Trompette. En quelques instants, le cheval se calma et tout en continuant à chanter Luna suivit les instructions de Jacques.
 
Combien de temps dura l’opération de sauvetage, je ne puis le dire mais quand Trompette tiré par le tracteur donna un grand coup de rein pour retrouver le sol de la prairie un grand « hourra » se fit entendre jusqu’à l’autre bout du pré.
- Et moi, Didier, vous m’oubliez ? me demanda la discrète Luna à qui je m’empressais de tendre le bras pour la hisser auprès de nous.
 
Quelle joie cette nuit là, quand avant de s’endormir dans leur sac de couchage, nos ados confièrent tour à tour leurs impressions sur la journée. La solidarité et le dépassement de soi les avaient fait grandir en quelques heures et je les sentais heureux et fiers.
 
Que sont-ils devenus ces quatre jeunes dont je me souviens si bien ?
Ils ont heureusement trouvé chacun leur voie.
Romain est conducteur de métro et j’ai régulièrement de ses nouvelles.
Rachid et Luna qui vivent en couple travaillent dans le milieu du spectacle ; lui est régisseur et elle, chante dans une comédie musicale qui tient l’affiche depuis des mois.
Quant à Anouchka, elle soutient à son tour des ados en difficulté et parfois vient me demander un conseil.
 
Pour eux, la boucle est bouclée.
 
   
ooooooooooooooooooooooooooooo
 

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Publié le 28 Octobre 2012

 
 
Elle était malheureuse ma gazelle. Elle si douce, si gracile dépérissait au fil des jours. Au moindre bruit, elle sursautait et ses oreilles se dressaient, inquiètes. Je la voyais sans cesse sur le qui vive, la peur au ventre et face à ses beaux yeux embués de larmes je me sentais impuissante et abandonnée.
 
Et tout cela à cause d’un buffle mufle !
Oh ! Au début il avait su y faire rien n’était trop beau pour elle, un buisson aux feuilles tendres, un voyage romantique au pied des montagnes, la meilleure place sous les arbres… oui, il veillait à tout pour lui faire plaisir.
 
Mais sa vraie nature avait rapidement repris le dessus et le buffle mufle rentrait de plus en plus tard. Chaque soir, il s’attardait à tous les points d’eau rencontrés sur sa route et s’abreuvait de cloaques glauques qui lui tournaient le sang. Quand enfin il la rejoignait, il l’insultait, soufflait le chaud puis le froid et les coups de ses cornes rendaient la jolie robe de ma gazelle terne ou sanguinolente.
 
Elle, se sentait coupable de cette situation ; c’était de sa faute pensait-elle et elle cachait ses déboires au reste du troupeau. D’ailleurs qui, à par moi, se souciait d’une petite gazelle ?
 
Enfin, les lois de la savane évoluèrent et ma gazelle mieux informée de ses droits déposa plainte auprès du roi Lion. Celui-ci rendit son verdict et intima l’ordre au buffle mufle d’aller brouter et réfléchir dans une parcelle éloignée de la horde. La tête basse, il s’était exécuté.  
Depuis, ma gazelle a repris du poil de la bête et il n’est pas rare de la voir en
compagnie d’un beau zèbre à la longue crinière, un artiste sans doute ?
 
Et moi dans tout cela ? Je continue à l’observer et j’attends le moment où, comme avant, elle me caressera le bout du museau, me tiendra au creux de sa patte et face à son miroir lumineux à l'étrange nom de Pécé, inventera des histoires et recréera le monde à sa manière.
 
S. : Petite Souris  
 
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Ma gazelle

Peinture : Ljubomir Milinkov

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