vivre a deux ou....

Publié le 10 Juillet 2022

Image Mil 

 

Ma Francinette, je l’adore !

On se comprend d’un regard. Regard qui parfois en dit long.

Ce ne fut pas toujours le cas, je l’avoue bien humblement. Pensez, une vie commune de près de quarante ans ce n’est pas tous les jours une sinécure.

Il y eut la période rouge (oui, il faut s’y faire, j’aime mettre de la couleur dans mon quotidien), rouge comme ma bagnole un peu sport, du moins je tentais de m’en persuader. J’avais 25 ans et aux dires de ma Francinette chérie la pédale de gaz était sollicitée plus que de raison.

- Armand, voyons, lève le pied, tu vas encore te choper une contravention carabinée et tu sais que notre budget est serré.

Carabinée ? Ha, ha, elle me faisait marrer avec cette expression d’un autre temps. Je rigolais moins quand il me fallait ouvrir le portefeuille face à un gendarme peu accommodant…

Du rouge, je suis passé au grenat. Pas de grande nuance me direz-vous et pourtant ce période grenat a laissé des traces, je suis devenu un expert en vins grâce à mon job de représentant commercial d’une grande appellation dont je tairais le nom.

La semaine terminée, je ne pouvais m’empêcher de savourer l’un ou l’autre cru au grand dam de ma Francinette chérie.

- Tu lèves le coude plus que de raison, Armand, ce n’est pas sérieux, répétait-elle.

Le grenat me plaisait énormément, pourtant vint un matin où je fus las de parcourir le pays en tous sens et je cherchais un autre boulot.

Période jaune comme, hum, passons…

Ce travail me dévorait, volait ma jeunesse, je n’avais plus le temps de voir ma vie s’écouler tellement je consacrais du temps à faire du chiffre d’affaires. Je ne voyais quasi plus Francine (oui, à l’époque jaune, ce n’était plus ma Francinette chérie) et parfois quand une journée de travail interminable s’achevait enfin, je n’avais pas le cœur de rejoindre notre foyer. Jaune ! Trompée, elle l’était ma pauvre compagne et je n’en suis pas fier.

- Je t’en supplie, Armand, lève le pied, ce boulot te dévore, nous dévore. A quoi bon continuer à vivre ensemble si l’on ne se voit plus ?

Un évènement inattendu changea alors notre triste destin. Un matin, alors que l’aube pointait à l’horizon et que j’étais déjà sur le départ pour rejoindre mon bureau je découvris un chiot tremblant de froid ou de désarroi devant la porte du garage. Moi qui avais toujours rêvé d’un chien je n’y fus pas insensible et je l’embarquais dans la voiture recouvert d’un plaid. Il jappait de bonheur et je n’étais pas loin d’en faire pareil.

Francine à son tour fit ravie de cette compagnie au pelage soyeux. Elle ne cessait de le caresser, de le cajoler et enfin, ensemble, nous trouvions le temps de faire, en compagnie de Noisette, de longues promenades dans les bois.

Fini le jaune funeste, la période noisette avait commencé et elle perdure encore à l’heure qu’il est.

Ma Francinette chérie, fine mouche, m’avait suggéré de postuler pour un emploi au plein air où Noisette pourrait m’accompagner. Je ne me fis pas prier et c’est avec bonheur que je suis devenu garde – homme à tout faire dans un domaine privé où j’ai coulé des jours heureux.

Noisette a vécu une belle vie à nos côtés. D’autres chiens lui ont succédé mais la période noisette est toujours de mise à l’heure où sonne ma retraite.

Ma Francinette, je l’adore ! On se comprend d’un regard… ou d’un geste. Il me suffit de lever le pied et elle devine que je veux prendre du bon temps et me reposer un peu.

Pourvu que cette période noisette se prolonge encore et encore !

Et vous, avez-vous également une période de prédilection ?

 

"""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""

 

Sujet 006 de Mil et une - suite : clic

Voir les commentaires

Publié le 13 Juin 2021

Igor Morski - clic

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

 

Allez, viens je t’emmène !

Où ?

Peu importe ! Ayons confiance, la Terre est ronde on ne peut s’y perdre.

Arrêtons de pédaler à vide, de nous défoncer comme des forcenés dans l’air malsain d’une de ces salles de torture qui fleurissent à chaque coin de rue.

La rue, justement, traversons la et laissons derrière nous nos fantômes, ceux qui nous hantent jour et nuit, inlassablement. Cessons de pleuvoir des larmes intérieures, cessons de nous noyer dans notre propre eau.

Apprivoisons-nous, laissons tomber nos carcans, ils nous corsettent à ne plus savoir respirer librement. Allégeons-nous de ces lourdes couches de culpabilité, de regrets malsains.

Non, il n’est pas trop tard mais nous ne sommes rien l’un sans l’autre, toi, mon alter ego et moi, ton second toi.

Toi, le corps, moi, l’esprit, nous formons un duo à l'entente parfois chaotique mais rien n’est grave si ce n’est perdre espoir !

Marchons avec la vie, avec notre vie, unique et éphémère…

Ici dans un parc, là-bas dans un chemin creux ; sur le petit balcon ou dans le couloir, cheminons !

Mais non, nous ne sommes pas vieux !

Regarde, l’enfance sommeille toujours en nous.

Allez, viens je t’emmène vers l’horizon bleu de ses rêves…

 

°°°°°°°°°°°°°°

Alter Ego - Jean-louis Aubert - clic

Pas d'ami comme toi - Stephan Eicher - clic

Voir les commentaires

Publié le 14 Février 2021

 

Image Paul Morse - clic et clic 

Quel supplice ! Mais quel supplice !
Foi de  Zébulon, je ne pensais pas tomber aussi bas !
Moi, chat de concours aux nombreuses médailles, me voir dans une situation aussi ridicule cela me donne la nausée. Mais quel infâme mou ont-ils mangé ces vieux barbus pour puer autant de la gueule ?
Et que je te lèche et que je te relèche. Sont payés au coup de langue râpeuse ou quoi ?
Mais pourquoi Annabelle, ma douce, m’a-t-elle embarqué dans cette mascarade ?
Et cette odeur de rose qui se mêle aux relents de mes compagnons canins… beurk, beurk, beurk !
Demain, nous irons faire un shooting photo, m’a dit Annabelle hier soir.
Shotting ? Peut pas parler en chat comme tout le monde ?
Je ne me suis pas méfié de ce mot et je le regrette à présent.
Qu’avait-elle encore ajouté alors que je m’endormais bien lové dans mon panier ?
Les médailles c’est bien beau mais cela ne rapporte pas grand-chose dans notre escarcelle (voilà encore un mot inconnu du langage chat) J’aimerai quitter ce vingt-huitième étage et trouver une petite maison, nous y serions bien.
Alors à ses yeux, qu’elle a aussi bleus que les miens, je ne suis qu’un tiroir-caisse, une planche à billets, un chèque en blanc ?
Beurk ! Pitié ! Et dire qu’il en faudra une quantité des séances pareilles avant d’avoir amassé un petit magot…
Du rouge on va passer aux cotillons bigarrés puis au jaune canari, Pâques oblige, et ensuite aux senteurs de muguet et puis, et puis…
Malgré tout j’étais bien moi, au vingt-huitième étage !
Mais voilà quand Annabelle plonge ses yeux dans les miens comment lui résister ? Comment ne pas lui faire honneur une fois de plus ?
 
Serait-ce ça le grand amour ?
Foi de Zébulon, je pense bien que oui.
 
-----

 

Mil et une sujet 07/2021 - clic

Retrouvez Zébulon, chat du vingt-huitième ici

Voir les commentaires

Publié le 22 Janvier 2021

°°°°°°°°°°°°°°°°°°

L’enveloppe est grande… l’adresse rédigée par Maman… de quoi s’agit-il, elle ne m’en a pas parlé, hier soir, au téléphone…  

Une immense photo en noir et blanc… un montage probablement… étrange, il me fait penser à des portées musicales et des notes de musique…

Un petit billet laconique l’accompagne « Granny m’a confié ce document en décembre 1974 et elle me demande de te le confier à mon tour. Je  fais confiance à son instinct comme je te fais confiance, mon amour… Maman »

Décembre 1974 ? Quelques mois avant ma naissance !

Au revers de la photo je découvre la belle écriture de Granny…

« Comme j’aime ce montage de photos de Harold Feinstein prises à Coney Island en 1950, comme j’aime surtout ce que l’on n’y voit pas : notre bonheur à Bob et moi ! Retrouver nos amis sur la plage, danser le rock and roll, le boogie-woogie ou le slow sur des pistes improvisées à même le sable, nager, se dorer au soleil, en un mot vivre avec insouciante notre jeunesse. Les gens, là-haut sur la promenade, assis sur un banc ou déambulant, nous observaient peut-être avec un peu de nostalgie au cœur. Bob, ton père, tu ne l’as pas connu. Le conflit en Corée a fauché bien trop tôt sa fougue de jeune soldat. Mais tu es là, Wendy ma fille, sa fille, et tu es un merveilleux cadeau de la vie !

Bob, mon grand-père, je ne le connais qu’au travers de quelques clichés. Tout comme mon père d’ailleurs disparu dans un accident d’hélicoptère trois jours avant la date prévue pour leur mariage, à ma mère et lui.

Mon cœur bat la chamade, je suis troublée, secouée au plus profond de moi-même. Serions-nous liées par le même destin, Granny, Wendy, ma mère, et moi ?

Qu’a pressenti Granny lorsque je l’ai vue le mois passé ? Pourquoi en m’embrassant, alors que j’étais sur le point de rentrer à New-York, a-t-elle murmuré à mon oreille « tu as l’œil qui pétille, prends soin de toi » ?

Se doutait-elle qu’à mon tour je porte en moi une toute jeune  vie ?

Mais la vie à New-York en cette fin de septembre 2001 a-t-elle encore un sens ? Malcom, mon amour, fauché toi aussi en pleine jeunesse alors que tu accomplissais ton job de pompier, tu me manques tellement !

Réussirais-je à élever seule notre enfant ? Quelle décision faut-il prendre ?

Les notes de musique que me transmet Granny via Maman suffiront-elles pour poursuivre harmonieusement la mélodie de ma vie, de notre vie ?

Doucement je caresse l’enveloppe…

Malcom, pour toi, pour nous, pour ces femmes que j’aime et qui sont des exemples, je voudrais tellement y croire !

 

°°°°°°°°°°°°°°°°°°

 

Mil et une - sujet 03/2021 - clic

Harold Feinstein clic et clic

Coney Island années 1940-1950 -montage 1952

 

Voir les commentaires

Publié le 1 Mars 2020

 
J’aurai une armure et un casque avec un beau panache de plumes blanches et puis mon cheval sera blanc lui aussi, disait Gwendoline.

 

Arthur, son frère, occupé à trier ses nombreux chromos de footballeurs, ricanait : tu as déjà vu un chevalier à lunettes ? Et puis tu n’es qu’une fille…
 
- Et alors, Jeanne d’Arc aussi c’était une fille ! Tu n’as aucun imaginaire, pauvre crétin.
 
Et Gwendoline continuait à rêver sa vie. Tantôt fière chevalière, tantôt princesse choyée en son beau château perché. Parfois elle changeait de registre et partait à la découverte d’animaux étranges vivant dans des contrées lointaines. Elle était l’émule de Christophe Colomb et voguait sur la Nina ou sur la Pinta. A moins que ce ne soit sur la Santa Maria ? Bof ! Peu importe si il y avait une petite entorse à l’histoire, seule comptait l’aventure.
 
Au fil des livres et des bandes dessinées choisis dans les rayons fournis de la bibliothèque de son village, elle vivait ainsi une multitude d’aventures plus passionnantes les unes que les autres. 
 
Le Japon, si lointain que le soleil s’y levait, l’Egypte et ses pyramides majestueuses peuplées de momies, la Sibérie ou le Pôle Nord dont les seuls noms évoquaient un froid si intense qu’elle en tremblait, la jungle touffue et ses lianes tombant de la canopée, la Bretagne ou la Scandinavie aux mystérieuses légendes, la mer profonde de vingt mille lieues, l’île au trésor, les dessins rupestres ornant les grottes préhistoriques ou même la Lune là-haut dans le firmament… il y avait tant à découvrir et rien ne la rebutait.
 
Son frère se voyait le meilleur buteur de tous les temps (quel crétin !)
 
Gwendoline, c’était décidé, serait exploratrice !
 
-----
 
Arthur, après son travail à La Poste, entraîne une équipe de juniors et se donne à fond auprès de ces jeunes parmi lesquels, qui sait, germera peut-être un futur Ronaldo.
 
Gwendoline quant à elle gère désormais la bibliothèque municipale et à son tour conseille les lecteurs de tout âge, aux goûts divers.
 
Chacun à leur façon, ils sont les héros de leur propre vie et une complicité fraternelle jamais prise en défaut est un de leurs plus grands trésors.
 
----------
Pour Mil et une - sujet 9/2020 - clic
Illustration de Norman Rockwell - clic et clic
 
 

Voir les commentaires

Publié le 23 Janvier 2019

source image Internet - à découvrir chez Emma - clic

-----------------------
 -         Tu te souviens Ma’Jeanne du petit Jacques ? Ton ami Jacquot ? Regarde, le voilà près de toi sur la photo prise par Papa dans le verger alors que nous récoltions les pommes. Il te tenait la main en douce, c’était ton amoureux, c’était si évident… Vous aviez quoi ? Huit ans ?
Ah ! Ma’Jeanne je t’enviais un peu à l’époque. Moi c’était Emile qui me faisait rêver mais hélas Emile n’avait pas la vocation pour jouer au prince vraiment charmant et je restais en rade.
Bah ! Les années se sont écoulées, sereines, et à vingt ans à peine j’ai épousé Marcel. Je ne l’ai jamais regretté, non, jamais, c’était un bon mari et un bon père.
 
Soupir !
 
Ma’Jeanne, j’avais vingt ans et toi vingt et un. A ton tour, tu m’enviais… Ton jacquot t’avait délaissée pour courir les bals de la région et pas que les bals d’ailleurs, les jupons aussi.
A propos, tu te souviens de ta jolie robe en vichy mauve ? Attends que je retrouve l’album rouge, c’est celui de cette époque… Là, tu vois comme tu étais jolie ? Tu ressemblais à B.B. avec ce chignon un peu sauvage que je t’avais fait.
 
Soupir !
 
Si jolie et si triste…
Je n’ai pas pu supporter de te voir dépérir seule dans ton coin, Ma’Jeanne, non je n’ai pas pu…
Toutes ces photos, c’est toute notre vie et notre vie devait être belle, tu comprends ? Mmm !
Il faut… oui, il faut que je t’avoue avoir rencontré ton Jacquot un mercredi. Il me suivait dans la salle d’attente du dentiste, tu sais, le vieux docteur Gribeau…
Jacques a ricané quand je lui ai parlé de toi, de ta tristesse… Marie-Jeanne, oui, c’était des mômeries maintenant je suis un homme, je suis passé à autre chose, a-t-il dit en me défiant du regard…
Autre chose ! AUTRE CHOSE !
Ah ! Non Ma’Jeanne tu n’es pas une chose que l’on jette à la poubelle comme un vulgaire bout de papier.
 
Soupir !
 
Sur le chemin du retour, j’ai garé la voiture dans la première allée du petit bois Colin, moteur en marche, prête à surgir sur la route au passage de la Simca de Jacques, histoire de lui faire peur.
Ma’Jeanne, c’est moi qui ai eu une peur bleue quand la Simca a fait une embardée et est allée se fracasser contre un arbre. Une peur lâche qui m’a fait fuir au plus vite.
Comment Ma’Jeanne ai-je pu survivre avec cette culpabilité d’avoir causé la mort de ton Jacquot ? Comment ? Je me pose encore la question aujourd’hui…
 
Soupir !
 
Si seulement une petite étincelle apparaissait dans ton regard vide elle me rassurerait, me dirait que tu me détestes…
 
Soupir !
 
Ma’Jeanne je vais remballer les albums à quoi bon remuer tout cela. Les photos sont des crève-cœur ! Au fond c’est heureux que ton esprit ne s’en rende plus compte.
Viens que je t’embrasse !
-----------------------
 Pour Mil et une sujet 03/2019 - clic

Voir les commentaires

Publié le 8 Janvier 2019

Jeannot, mon homme, veut toujours jouer au plus malin ! Quoique…

Moi, pragmatique et un rien futée, je lui ai suggéré à la mi-décembre d’attendre janvier et la période des soldes pour acheter enfin le collier de perles qu’il me promet depuis… cinq ans. Oui, cinq ans !

Quatre Noël passés à espérer être exaucée, quatre Noël à me retrouver au final face à un flacon d’un parfum bon marché couplé en prime d’une bonne pinte de désappointement.

Le cinquième allait s’avérer le bon et quand j’ai découvert sous le sapin une enveloppe contenant une photo de perle lovée dans sa coquille j’ai sauté au cou de Jeannot, comblée, enfin !

-         Tu le sais, hein, mon Jeannot que les perles détestent le parfum !

A la lueur de son regard ahuri suite à ma réflexion, j’aurais dû me douter qu’il y avait huître sous roche mais voilà, l’amour rend aveugle.

Quelques jours de patience et je serai parée de nacre. Mentalement j’en admirais déjà l’effet irisé dans le miroir.

-         Euh, m’a demandé Jeannot le soir de la saint Sylvestre, il faut combien de perles autour de ton cou de cygne, ma gazelle ?

(Hum ! Un simple tour de cou ? Avare ! Radin ! Rustre !)

-         Farceur, lui ai-je répondu faussement souriante le laissant dans l’expectative.

Sourire qui a tourné en grimace quand j’ai aperçu les plateaux d’huîtres livrés par un traiteur.

-         J’ai eu peur qu’elles ne soient plus assez fraîches au premier jour des soldes aussi en ai-je commandé pour ce soir. J’espère qu’il y en aura assez pour te confectionner un collier de perles et que cela nous goûtera. Moi, ce sera la première fois que j’en mangerai, a avoué ma moitié.

Sniff ! Sniff ! Euh, ne m’as-tu pas dit que les perles détestent le parfum ?

 -         Jeannot ?

 -         Oui !

 -         Toutes les huîtres ne contiennent pas de perle. Un collier s’achète dans une bijouterie, pas chez l’écailleur…

 -         Ah bon ! Si tu le dis…

 -         Je dis que tu es une perle d’INCULTURE, Jeannot, et je pèse mes mots.

 

Le premier coup de sonnette a coïncidé avec le premier éclat de rire de Jeannot. Moi, je ne voyais rien de risible dans la situation. J’étais désappointée et voici qu’un intrus allait nous surprendre en pleine dispute.

Tout en me glissant un écrin entre les mains mon homme a chuchoté : file te préparer, j’ai invité les voisins pour l’apéro !

En riant de plus belle il a crié : j’arrive ! J’arrive !

Tous les voisins ont applaudi quand je suis apparue dans ma petite robe noire mettant en valeur le lustre des trois rangs de perles fines.

J’ai embrassé Jeannot et lui ai murmuré à l’oreille : tu sais, deux rangs de fausses perles m’auraient suffi.

-         Heu, avec tout l’argent thésaurisé pendant cinq ans et ta patience d’ange, tu ne pouvais prétendre à du toc, toi la fille qui m'accompagne, a t’il chuchoté en me serrant fort tout contre lui.

Puis il a débouché les bouteilles mises au frais à mon insu et a présenté les plateaux d’huitres.

Oui, Jeannot, mon homme, veut toujours jouer au plus malin mais il faut bien l'avouer, c’est une perle rare !

-------------------------------

Pour Mil et une sujet 01/2019 - clic

Voir les commentaires

Publié le 12 Décembre 2018

René Julien - clic et clic

Pédale, Val, pédale !

Hier déjà tu as perçu le regard furax de monsieur Morgan, ton chef de bureau, ne lui offre pas, aujourd’hui, le plaisir de te faire une vraie remontrance.

Cinq minutes de retard à la mairie, la première fois en cinq ans, quel vieux grincheux !

Pédale, Val, ne jette pas un regard vers cette statue implantée sur le trottoir d’en face, ne t’en approche plus.

Oui, elle est belle et pleine de vie au point que tu la connaisses par cœur.

Oui, elle t’attire une fois de plus mais oublie-la, oublie qu’elle s’intitule « Le Revenir »

On revient de tout, Val, même de ses blessures d’enfance.

Ton père est parti un matin et n’est plus jamais rentré à la maison et pourtant tu en as rêvé de ce retour. Tu te voyais sautant au cou de ce revenant, petite fille d’abord puis soudain ado. Comme les années ont passé vite.

Peu importe l’âge que peut avoir maintenant ce père fantôme qui tourmente encore ton esprit de jeune femme.

Peu importe les réponses évasives puis le mutisme de ta mère face à tes questions incessantes.

Peu importe…

Pédale, Val, pédale, ta vie est devant toi.

-----------------------------------

Pour Mil et une - sujet 41/2018 - clic

Voir les commentaires

Publié le 16 Juillet 2018

Mots à placer pour Treize à la douzaine :

 

guider - farfelu - champ - marionnette - prévenir - gouttière - siège - collation - brique - terne -trousseau - margelle et le 13ème pour le thème : contrainte

----------------

 

Positivons ! Tout va bien, TVB !!!!

Bon, j’avoue, si j’avais le champ libre je m’enfuirais sans prévenir PERSONNE et me laisserais guider par ma bonne étoile.

Positivons, elle finira bien par reluire à nouveau dans mon ciel terne. TVB !

 

L’aide-soignante qui me fourrait à toute allure une maigre collation dans la bouche m’a dit : vous avez un beau teint bistre, on dirait que vous rentrez de vacances.

Je n’en suis pas certain, vu que ma vue est trouble, mais il m’a semblé apercevoir une lueur d’ironie dans ses yeux verts. Avoir bonne mine, c’est déjà ça.

 

Positivons, Jo, ma femme, sera bientôt là, assise sur le siège tout à côté de moi, et je me sentirai mieux.

Pour l’instant, je me sens mou, mou, mou… mou comme un pantin, une marionnette… waouh, jamais tant baillé, moi !... l’effet du produit  distillé par le goutte-à-goutte peut-être ?…

Gouttes ? Gouttière ?

Gouttière infernale, gouttière percée laissant passer l’eau de pluie sur la fenêtre de la cuisine.

Jo, ma Jo, qui râle.

Positivons, TVB, je vais faire les réparations. L’échelle pas assez longue mais rehaussée par quelques briques et me voilà sur le toit avec mon trousseau d’outils et puis le trou noir.

 

J’ai dû dormir un moment, il fait presque nuit à présent. TVB c’est déjà ça de gagné.

Je tenterais bien de me redresser un peu pour soulager mon dos endolori mais le plâtre dans lequel ma jambe gauche est emprise me semble peser une tonne.

 

Jo, ma Jo est là, TVB.

Elle me traite de farfelu, d’insensé. Ah, j’aurais pu me tuer en tombant la face contre la margelle du petit puits. D’ailleurs les jolies fleurs sont écrabouillées comme moi, si, si et puis j’ai trop de fierté pour demander au voisin de me prêter son échelle extensible ou trop radin pour en acheter une. Ai-je pensé à elle, à tous les soucis que mon hospitalisation lui cause ?

 

Quand je tente d’émettre une petite plainte, vu que le poids qui étire mon bras droit m’interdit tous les gestes précis, elle embraye en clamant qu’évidemment je ne supporte aucune contrainte, que ce n’est pas moi qui ai mis au monde nos trois enfants… et gnagnagna…

 

Positivons, TVB, la vie n’est pas terne.

Jo, ma Jo est là et je m’enfuirais bien volontiers avec ELLE !

 

--------------------------------

 

 

Voir les commentaires

Publié le 5 Juillet 2018

Il fait bon, le jardin est en fête, l'eau de la mare fait le bonheur des oiseaux et des tritons.

Et moi ? Moi, j'écris une petite scène sans prétention...

Je suis outré, vexé, dépité par un tel manque de considération !

Moi si conciliant, toujours le pied alerte, prêt à rendre service je suis ignoré comme un simple valet.

Ne formions-nous un trio des plus efficaces ?

Et l’autre là, qui se fait pincer à qui mieux-mieux, je l’entends pourtant qu’elle couine d’inconfort.

Si Madame, vous couinez à briser une corde !

Comment, moi, jaloux de votre âme ? Que pensez-vous, je possède une âme moi aussi et sachez qu’elle ressent les vagues nauséeuses qui me traversent le corps.

Je me suis plié à tous les caprices, fais le siège de tous les trottoirs et cours de la ville, j’ai occulté les rhumatismes qui m’assaillent par temps humides, fais fi de mes articulations atteintes par la sécheresse environnante mais là, c’en est trop, je suis dégoûté.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Oser poser ton joli postérieur sur une vulgaire pierre foulée par le premier venu, sniff ! Maëlle, quelle décadence !

Je suis révolté, je pense que je ne me remettrai jamais d’un tel affront public.

Mais… mais… qui m’envahit aussi impudemment ? Qui ose s’assoir sur moi ?

Une Mémé bien fatiguée me semble-t-il… pfff !

Holà, la bougresse, c’est qu’elle a le rythme et la cadence dans la peau elle aussi.

Allons, foi de trépied, il ne sera pas dit que je ne suis pas maître de la situation.

Allez-y ! Chante Maëlle, vibre guitare !

A moi la scène !

A nous ? Oui, bof !

..............................

Mil et une sujet 24/2018 - photo  Steve McCurry clic et clic

Voir les commentaires

Publié le 4 Juillet 2018

Arthur en est convaincu, l’été n’est plus ce qu’il était. Enfin, plus vraiment. Plus à certaines heures quand les touristes envahissent sans vergogne les ruelles de la vieille ville.
Et que je te bouscule sans prendre la peine de m’excuser au point de se sentir transparent, et que je tente de pénétrer dans un vestibule, smartphone ou appareil photo brandi, et que je cueille une fleur ou deux dans une jardinière tout en zieutant effrontément par la fenêtre…
 
Et que, et que… la liste des griefs est longue et tout en faisant sa petite promenade digestive, Arthur l’égrène en marmonnant. Seuls les cris des hirondelles lui font lever la tête vers le ciel bleu, un sourire aux lèvres.
 
Allons mon vieux secoue-toi, la vie est belle ! Tu ne vas pas devenir un vieux grincheux et puis regarde autour de toi, tout ce brassage de personnes venant parfois de loin est enrichissant que diable !
Arthur a cette bonne vieille habitude de se réprimander de temps en temps. S’il ne le faisait pas qui le ferait ?
 
Farewell Angelina
The bells of the crown
Are being stolen by bandits
I must follow the sound
The triangle tingles
And the trumpet play slow
Farewell Angelina
The sky is on fire
And I must go.
 
La voix est claire et plaisante comme l’est la chanteuse installée à même le trottoir de la venelle mais dans le cœur d’Arthur une tempête soudaine mène la sarabande au point que le vieil homme, chancelant, doit prendre appui contre le mur le plus proche.
 
Farewell Angelina
Cette douleur inattendue… Angelina… il y a si longtemps pourtant…
 
Arthur écoute de tout son être cette chanson si parlante pour lui et peu à peu les battements de son cœur se régulent, il peut enfin respirer plus librement et même fredonner le dernier couplet.
 
The machine guns are roaring
The puppets heave rocks
The fiends nail time bombs
To the hands of the clocks
Call me any name you like
I will never deny it
Farewell Angelina
The sky is erupting
I must go where it's quiet.
 
Des applaudissements se font entendre alors que la chanteuse, chapeau tendu, salue, souriante, son public. Quelques pièces de monnaie rejoignent le couvre-chef à présent posé sur le sol et un autre accord de guitare happe les oreilles des badauds.
Arthur toujours adossé au mur reste cependant plongé dans ses souvenirs.
Bob Dylan, Joan Baez.
Farewell Angelina
 
Angelina !
Angelina, sa belle amoureuse au père si sévère... son mariage forcé avec un homme jaloux et brutal… comment lutter ?
Farewell Angelina...
Et toujours cette chanson entendue ici ou là au fil des années et qui lui met le cœur à l’envers.
 
Angelina ! Où est-elle à présent ?
Lors de leur dernier et lointain contact clandestin, elle lui avait fait promettre de vivre une belle vie malgré tout.
 
Arthur s’ébroue, oui, la vie est belle comme l’été qui resplendit.
 

Mil et une sujet 24/2018 - clic

photo  Steve McCurry clic et clic

Voir les commentaires

Publié le 21 Juin 2018

 

Cette semaine, Mil et une nous proposait d'écrire en nous inspirant d'une peinture de Norman Rockwell intitulée "Rumeurs". Comme  j'apprécie beaucoup l'univers rendu par ce peintre - gaieté, joie de vivre, ambiance familiale ou facéties - je me suis amusée, avec l'aide technique d'Emma, à légender l'oeuvre présentée.

 

Voici le résultat...

clic

Voir les commentaires

Publié le 21 Mai 2018

Avogado6 clic et clic

 

             - C’est plié, elle m’a envoyé voir ailleurs si elle n’y est pas !

Je finirai par croire que mon atelier s’appelle "Ailleurs" Mumm… pourquoi pas… je vais envisager la chose… "Ailleurs à cœur perdu" ce ne serait pas mal…

Mon esprit vagabonde, celui de Théo se focalise sur son énième déboire amoureux… Pourquoi faut-il qu’il s’amourache de Lolita superficielles et inconsistantes ? Mes mains plient la matière, lui donnent des allures étranges. Celles de Théo sont crispées, tout son corps semble avachi et seul un œil triste se glisse entre les mèches de cheveux blonds.

- Ne reste pas collé à ce mur, assieds-toi près de moi !

Théo soupire, lève furtivement ses épaules ployées et s’installe à mes côtés. Une fois de plus je ressens une chaleur en moi à la vue de sa petite gueule d’ange, de son visage en forme de cœur… un visage fait pour sourire, non pour s’effacer à la vie comme souvent il le fait.

Théo soupire une fois de plus en observant mes gestes. A quoi lui serviraient mes questions ? A lui faire ressentir un peu plus la morsure des chaînes avec lesquelles il cadenasse son cœur ?

Sur un coin de table deux tas de feuilles de papier noir et de descriptifs sont posés. Cette après-midi sera consacrée aux enfants du quartier. Ces bouts de chou adorent créer de leurs mains et les origamis que je leur propose les enchantent.

En silence, je lui tends une feuille et un descriptif. Pas de réaction aussi je les dépose devant lui et continue mon pliage. Va-t-il mordre à l’hameçon ?

- Qu’est-ce que c’est ?

- Batman ! Ce n’est pas simple mais les petits ont déjà un bon niveau et il faut sans cesse que je me renouvelle.

Quand la lampe que je réalise est enfin terminée elle donne à Batman installé par-dessus des allures de vieux duc affublé d’une fraise élégante. Sourires échangés.

Théo rejette en arrière son longue mèche et redresse enfin son corps d’ado qui a grandi trop vite. Moi, à mon habitude, je tourne entre mes doigts une boucle chenue et étire mon dos endolori.

- Tout à l’heure je serai libre, Mamy. Si tu veux, je pourrais te donner un coup de main pour aider les mômes.

- D’accord !... Que dirais-tu si je donnais un nom à mon antre ? "Ailleurs à cœur perdu" par exemple…

Théo me fixe, ne sait s’il doit se renfrogner ou adhérer à mon idée.

Cependant l’amour de la vie est le plus fort et un énorme éclat de rire ponctue l’embrassade dont enfin il me gratifie.

La vie n’est pas simple, ni la sienne, ni la mienne, mais être un repère pour mon petit-fils me semble soudain merveilleux…

-------------

Pour Mil et une - clic

Voir les commentaires

Publié le 28 Mars 2018

Et voilà, c’est reparti pour un tour !

J’en arrive à prendre en grippe ces dîners de famille auxquels ma mère nous convie deux ou trois fois par année.

- Tu exagères, me dit Lou, ma compagne, ta mère est une fine cuisinière et ton père un amateur de vin professionnel.

Je ne relève pas l’amateur professionnel, après tout à chacun ses marottes langagières. Ma sœur et sa tarte Tintin (régression ou besoin de se rendre intéressante aux yeux de notre mère, spécialiste de la tatin au dessert ?), la tante Marie et son indétrônable boîte de praniles de chez Faure (serait-elle dyslexique ?) mais le summum c’est l’oncle Jacques qui le détient avec son "Sous les pavés, la plage. Moi, mon p’tit, j’ai fait mai 68" odyssée qu’il réussit à placer à n’importe quel bout de phrase. Quand j’étais môme cela passait à la rigueur les barricades et les pavés descellés, les CRS et les fumigènes…

Mais là, j’avoue, je sature !

Pour compléter le tableau il ne cesse de dénigrer tout ce  que j’entreprends : "Ah ! bon, tu vis de tes gribouillages à présent. Et ce n’est pas interdit de barbouiller sur les murs"

Il n’a aucun goût artistique et il entend m’imposer ses vues, limitées, il faut bien l’avouer.

Que je gagne confortablement ma vie, que je sois un artiste reconnu dans le milieu du graff ne peut effleurer son esprit borné, que l’on me paie pour réaliser une fresque géante ou décorer une entrée de musée lui fait dire que de son temps on proclamait "l’art c’est de la merde"

Il vient de remettre le sujet autour de la table. Mon père, comme par hasard, a quitté l’assemblée pour aller chercher une bouteille de derrière les fagots. Quels fagots ? Je n’en ai jamais vu à la maison et ma mère a levé les yeux au ciel. Pour une fois ne pourrait-elle pas fermer le bec de son frère et prendre ma défense ?

Lou m’a envoyé son coude dans les côtes pour que je contienne ma rage ce que j’ai réussi à faire non sans glisser innocemment "bah ! sous les pavés la plage et puis il est interdit d’interdire" ce qui a eu pour effet de faire hocher la tête à oncle Jacques et à lui faire perdre le fil de sa diatribe.

Petite vengeance, avant-goût de ce qui l’attend quand il se retrouvera devant son garage.

Jacques, Marcel de son deuxième prénom, y découvrira tracé de ma plus belle bombe "J’emmerde mon oncle Marcel" 

Se doutera-t-il que le tag lui est destiné ?

Allez, je reprendrais volontiers un bon morceau de tarte tatin, moi !

Santé, Jacques-Marcel !  

 

Pour Mil et une mars 2018 - clic 

Voir les commentaires

Publié le 14 Mars 2018

Edward Hopper - clic et clic

…c’est la chienne, Linnie, qui m’a repéré la première. Un homme jouait à lui jeter une balle mais elle s’est détournée, oreilles pointées dans ma direction.

Qui était cet homme ? Que faisait-il là, près de Mary ?

L’homme s’est levé, a marché vers moi dans l’herbe jaunie par la sécheresse.

"Vous cherchez quelqu’un ?"

Derrière lui Mary, les bras croisés sur son abdomen, me faisait l’effet d’une statue de sel. Son ventre proéminent, ses beaux seins gonflés, son teint plus pâle que jamais. Ma Mary !

Malgré la douleur qui me fendait le cœur j’ai réussi à bredouiller "du travail… je cherche du travail"

L’homme a ricané "y a pas de travail ! Pas d’récolte ! Le soleil a tout brûlé sur place, passez votre chemin"

Mary a semblé s’ébrouer et d’un ton dur que je ne lui connaissais pas a dit "il se fait tard, offrons-lui le couvert et un coin de grange, il t’aidera demain à atteler le cheval et à remplir la citerne d’eau à la pompe du village"

L’homme a haussé les épaules tout en rappelant le chien qui se frottait à mes jambes en quémandant une caresse.

A la nuit tombée, Mary m’a apporté un plat de haricots rouges avec une tranche de lard et quelques fruits.

Sans me regarder elle a dit "pourquoi es-tu revenu… pourquoi si tard ?… je t’ai tant attendu... pour demain après-midi, je veux que tu sois parti, Greg, définitivement, parti ! Je ne pouvais plus attendre, il y avait urgence… comment gérer seule la ferme après la mort de mon père ? Tu m’as bien laissé tomber… tu m’avais tant promis… Benny n’est pas un mauvais bougre, c’est un mari comme un autre, un père qui sera présent, lui !"

Ses paroles m’ont fait l’effet d’un fer rouge sur la peau. Douloureuses, tellement douloureuses.

A quoi bon m’expliquer à présent, dire mon arrestation, les mois d’incarcération pour une faute que je n’avais pas commise alors que tout à mon désir de la rejoindre je mettais un terme à mon entreprise. Les vexations, les lettres écrites pour elle et que l’on déchirait devant moi en ricanant, les coups et brimades, l’angoisse de la savoir seule là-bas, si loin… à quoi bon ?

A quoi bon les haricots rouges ? Ils ont refroidis, seuls dans leur coin.

…les éclairs de chaleur dans la nuit, le tonnerre qui gronde, la foudre enflammant un sapin sec, la maison à son tour prenant feu comme une torche… Mary !

J’ai vu Mary inanimée dans les bras brûlés de Benny. Il l’a déposée à l’abri et malgré le danger est retourné dans la maison en criant "Linnie, Linnie…"

Ni Linnie, la douce chienne, ni Benny ne sont jamais réapparus.

A mon tour, j’ai saisi Mary dans mes bras et me suis enfui loin de ce brasier… de cet enfer… Le puit était tari où aurais-je pu trouver de l’eau ?

Tu es né cette nuit-là, John, mais pour Mary, ta mère, il était trop tard, elle a succombé quelques heures après ta naissance.

…de loin, j’ai suivi ton parcours, veillé sur toi…  c’est une promesse que j’avais faite à Mary devant témoin juste avant qu’elle ne meure…

Avec l’accord du juge, j’ai fait fructifier les terres qui te revenaient de droit…

---

"John est adulte aujourd’hui ! Regarde comme il est fort et beau !

Va, mon chien, tu es son cadeau.

Va, raconte-lui mon histoire, son histoire…"

---------------------------

Pour Mil et une - sujet 10/2018 - clic

Voir les commentaires

Publié le 7 Mars 2018

Photo de  REGHAL  clic et clic

 

Quand, pris par une émotion inexpliquée, il était tombé sous le charme du moulin désaffecté et de la petite maison de meunier à peine mieux préservée, Jeff se sentit aux anges.

"Avec un peu d’huile de coude, nous en ferons un nid douillet et pourquoi pas une halte de promenade, la terrasse est si spacieuse, nous pourrions y servir des rafraîchissements et quelques gourmandises"

Joséphine, heureuse de le voir si enthousiaste, avait opiné quoique en son for intérieur elle s’avouait en pénurie d’huile de coude. Mais basta, la vie n’était-elle pas belle ?

Carpe Diem !

Sitôt l’achat conclu, Jeff s’était mis au travail : truelle, ciment, enduit, et un mélange par ici, et un mélange par-là… Il consacrait tout son temps au moulin tentant d’y conserver l’esprit initial dans le secret espoir d’y créer un petit musée.  

Joséphine plus réaliste avait demandé l’aide d’un spécialiste pour aménager dans la maison un coin cuisine-douche-réserve ainsi qu’un petit salon-chambre-à-coucher-vestiaire.

Le mini nid, rustique mais malgré tout confortable, terminé, Joséphine s’installa au soleil avec moult crèmes de protection solaire, son vernis à ongle et un bon roman.

Carpe diem !

Plus le temps passait, plus dans le moulin Jeff pestait. Ce qu’il avait fait la veille se révélait souvent bancal et il lui fallait revoir ses plans.

"Jo, appelait-il d’une voix forte, il me faudrait du carrelage, autant de bois, du mortier hydrofuge, etc…"

De mauvaise grâce, elle se mettait au volant de la voiture à laquelle était attelée une remorque brinquebalante. Trente kilomètres aller, trente kilomètres retour, ce n’était pas une sinécure pour trouver un magasin de bricolage dans la région.

Au retour, Jeff s’énervait : "je t’avais demandé des vis de 10 mm, pas de 15 !"

Excédée par les reproches récurrents, Joséphine lui suggéra d’engager un homme de métier pour finaliser les travaux.

"Voyons, Jo, tu me prends pour un incapable ? Non, non, je veux faire tout cela de mes mains"

Tout en se lamentant mentalement sur l’état miséreux de ses ongles manucurés soumis au rude contact des matériaux et tracassée par les mois d’hiver qui tôt au tard lui compliqueraient un peu plus la vie, Joséphine fourbissait sa vengeance.

Quand le soir arrivait et que Jeff s’attablait elle lui servait invariablement de la baguette rassise, un morceau de fromage dur et quelques fruits blets.

Sous le regard noir de son compagnon elle lançait innocemment "désolée, mon pauvre chéri, je ne sais être au four et me consacrer au moulin" Puis cajoleuse elle poursuivait d’un "le grand air nous fait un bien fou, nous retrouvons la ligne de nos vingt ans. Tu t’en souviens ?"

Jeff n’en pouvait plus. Son pantalon flottait autour de sa taille à un point tel qu’il avait dû se résoudre à le maintenir à l’aide d’une paire de bretelles ajustables mais fantaisie de Joséphine.

A quoi je ressemble là ? Et si des promeneurs passaient dans le chemin en contre-bas ? Et si l’un d’eux faisait une photo ? Ridicule, je suis ridicule et en plus j’ai la dalle. Ah ! Une bonne côte de bœuf, j’en rêve !

Trois mois à ce régime d’ascète et notre homme était mûr pour le retour en ville.

"Tu sais, dit-il à Jo, j’ai pensé à toi. La vie à la campagne est trop rude, tu mérites mieux. Revendons le moulin et la maison"

Et Joséphine, heureuse, a retrouvé la ville.

Pourtant, certains soirs, elle ne peut s’empêcher de penser qu’elle a été grugée. Et tout en touillant dans une sauce ou en sortant un rôti du four, elle ressent une douleur aux bras.

Oui, elle est toujours en pénurie de cette fameuse huile de coude.

---------------------------

Pour Mil et une - sujet 09/2018 - clic

Voir les commentaires

Publié le 1 Mars 2018

Illustration Anne Anderson - clic 

----------------

 

Mots à placer pour Treize à la douzaine :

Cavalcade - touche - hiver - lanière - sempiternel - écorce - échelle - frite - chêne -anaphore - passoire - verre -- thème : blanc

----------------

- Et de cette pile-là, madame Chêne, j’en fais quoi ?

Ces draps, je les avais achetés lors d’une quinzaine du blanc…

- Ah ! en hiver alors, madame Chêne ! Vous étiez partie au ski ?

- M’oui, c’était en hiver la quinzaine du blanc… quant au ski, Laëtitia… à l’époque…

- Moi aussi j’aimerais partir skier, déguster une raclette au soleil face à la montagne et puis j’ai vu sur le Web des cornets à frite pour fondue savoyarde, le top !

- M’oui, je vois cela d’ici, je le vois très bien au vu de votre mine resplendissante.

- Ah, vous avez remarqué, madame Chêne… j’ai fait une touche…

- Une touche ? Oh, vous voulez dire que c’est la cavalcade dans votre  cœur, Laëtitia ?

- Cavale-quade ? Heu, non, mais c’est comme si des chevaux couraient au galop dans ma poitrine quand je vois Brice.

- Brice ! Toute la Bretagne à vos pieds, Laëtitia.

- Ben non, quelle idée, il est pas breton, Brice !

- Soit, soit… Avant de continuer, voulez-vous partager avec moi une tisane à l’écorce d’orange avec quelques lanières de zeste de citron ? Il faut juste que je retourne à la cuisine, j’ai oublié la passoire.

- Juste un verre alors, madame Chêne, parce que moi les épluchures j’aime pas trop, je préfère les orangettes au bon chocolat.

- M’oui, je vois cela…

- …pourquoi vous dites "M’oui, je vois cela" alors qu’il n’y a pas d’orangettes ici ?

- Vous avez raison Laëtitia. Ce que je radote est bien loin de l’anaphore.

- Alors, là, madame Chêne, je ne sais pas qui est Anna Fore. Une de vos amies peut-être ? Mais c’est pas tout ça, je m’en vais chercher la passoire et l’échelle pour arriver à cette pile de draps.

- L’escabeau, Laëtitia, l’escabeau suffira… Vous pourrez les déposer dans cette caisse à ma droite. Je les ai assez vu ces sempiternels draps blancs qui traînent là-haut depuis des lustres, je vais m’en défaire. Moi, ce que j’aime ce sont les couleurs chaudes, les tissus soyeux.

- Je suis bien d’accord avec vous, madame Chêne, la collection de draps de ce San Peter Neil n’est pas très gaie. Elle n’a pas dû avoir beaucoup de succès. Et vous me dites qu’on lui consacrait une quinzaine spéciale ? Drôle d’idée. Et on les mettait sur les lustres ? Bizarre, vraiment !

- Oui, Laëtitia, la vie est parfois bizarre. Voyez, si je ne m’étais pas cassé la jambe et si je n’étais pas immobilisée dans cette chaise roulante nous n’aurions jamais fait connaissance.

- Alors là c’est bien vrai, j’adore venir vous aider, madame Chêne, et puis j’en apprends tellement à votre contact.

- Moi aussi, Laëtitia, si vous saviez… vous êtes un vrai petit rayon de soleil.

- Oh ! madame Chêne, c’est exactement ce que me dit Brice ! Dites, vous ne m’en voulez pas de vous appeler Chêne ? Oak, c’était le prénom américain de mon ex… et il n’était pas tendre, lui.

------------------------------

Voir les commentaires

Publié le 27 Février 2018

Il ne sait pas, Greg, non il ne sait pas.

D’ailleurs c’est ce que sa mère lui a toujours dit : tu ne sais rien, étudie ! 

Etudier, Greg a toujours détesté ça. Lui ce qu’il aimait faire après les cours c’était feuilleter une B.D. de Batman ou jouer à Super Mario sur sa console.

MA CONSOLE, disait-il, en appuyant sur les mots comme pour défier sa mère.

Elle, excédée, haussait les épaules sans ressentir la consolation distillée par ce mot dans le cœur de l’enfant à qui elle ne parlait jamais de son père.

Tes super-héros ce n’est que du vent, ce n’est pas eux qui te feront grandir, lançait-elle en point final.

Grandir, Greg l’a fait et ses super-héros ont vieilli.

Sa mère est partie un matin de printemps vivre dans le sud à la recherche d’un oubli, d’une autre vie. Depuis combien de temps ne l’a-t-il plus vue ? A l’heure du numérique elle semble à des années-lumière de lui.

Nouvelle fuite, a conclu Greg, apparemment trop indifférent pour s’en tracasser ou trop accaparé par son métier de sapeur-pompier pour lequel il s’investit à fond, grimpant peu à peu dans la hiérarchie.

Fonder une famille, créer un cocon ? Non, il n’en ressent pas le besoin. A quoi bon ?

Ce n’est pas un être insensible ou égoïste pour autant. Hier, interpellé par un appel aux dons de sang en ces temps de grandes vacances, il n’a pas hésité une seule seconde à se porter, une fois de plus, volontaire.

Mais il ne sait pas, Greg, que dans un hôpital, là-bas, une vieille dame a une pensée émue pour le donneur anonyme à qui elle doit la vie sauve.

Qui que ce soit, c’est pour moi un super héros, a-t-elle chuchoté à l’infirmière.

Non, Greg ne sait pas et ne saura jamais qu’un peu de son sang a rendu vie à sa propre mère…

 

Pour Mil et une sujet 08/2018 - clic 

 source image -  clic

----------------------------

Voir les commentaires

Publié le 7 Octobre 2017

Laura Muntz Lyall - clic

 

- Et pourquoi le prince s’appelle Charmant et pas Clément comme moi ?

- Charmant ce n’est pas son prénom. Charmant cela veut dire…euh… qu’il est…euh… beau et puis aimable.

- Ben, moi aussi, j’suis beau !… il s’appelle comment alors ?

- Je ne sais pas moi, comme tu veux…

- Pff, c’est nul les princes charmants !

Alice fermait le livre de contes offert par Mamy et je me blottissais un peu plus contre elle sachant déjà que sa voix et son imaginaire allaient m’emmener vers des contrées lointaines, peuplées de bêtes étranges et de tribus aux tenues bariolées.

Tout à son histoire inventée au fur et à mesure je faisais la sourde oreille quand Papa décrétait « il est l’heure d’aller vous coucher les enfants »

Alice me donnait un petit coup de coude « Dodo, Clément, je te raconterai la suite ou un autre histoire demain après le bain »

Restant sur ma faim, il m’arrivait parfois de la rejoindre dans son lit avec mille questions « Qu’est-il arrivé au tigre ? Et au petit Samda ?… Quand je serai grand, je serai explorateur et je te raconterai mes découvertes ! Et toi, tu épouseras le prince Charmant ? »

Ma sœur souriait ou me tirait la langue et me repoussait gentiment mais fermement. Le livre de contes et la lampe de poche l’attendaient sous la couette.

Alice est devenue institutrice et a rencontré Ben avec qui elle a fait deux beaux mômes.

Moi, je ne suis pas explorateur - qui a-t-il encore à découvrir de nos jours ? - mais je suis logisticien chez Médecins sans frontière pour qui je parcours le monde.

A chaque retour au pays nos retrouvailles sont l’occasion de papotes sans fin.

Pourtant il m’est arrivé un jour de la découvrir peu loquace, les yeux cernés, repliée sur elle-même.

A mes questions, son regard fuyait « Je t’assure tout va bien »

Enervé, j’ai lancé un peu rudement « Arrête de me raconter des histoires, Alice, je vois parfaitement que tu vas mal »

Elle a fondu en larmes, a dévoilé ses bras couverts de bleus et a avoué « Tu avais raison, Clément, il est nul le prince charmant »

Je l’ai soutenue tout au long de la procédure de divorce, si je n’étais pas présent, Internet nous permettait d’être en contact quasi permanent.

Je parcours toujours la planète, la misère est sans fin…

Alice est toujours enseignante mais elle vient de me présenter son nouveau bébé, un livre de contes qu’elle a écrit et si joliment illustré.

Alice est une princesse…

 

Pour Mil et une en septembre 2017 - clic

------------

Voir les commentaires

Publié le 6 Septembre 2017

source image - clic

            Comme la nuit tombait, Gilles se décida à rentrer. Il aurait dû mettre des gants, un bonnet, une veste plus chaude ce qui lui aurait permis de flâner encore, de ne pas se sentir prisonnier dans le petit appartement à seulement dix-huit heures.

"Vivement l’été !" Il avait marmonné ces mots entre ses dents comme il le faisait de plus en plus souvent à propos de tout et de rien.

En entrouvrant la porte il prit une forte inspiration puis expira longuement, bruyamment, tout en s’ébrouant comme un jeune chiot, faisant danser ses longues boucles poivre et sel. Dans son bocal, le poisson rouge tournait, tournait, indifférent aux saisons et Jeanne vautrée dans l’unique divan, le regard rivé à l’écran de télé, sifflait son énième verre de Martini. Un ou deux par épisode d’une quelconque série américaine… Gilles avait abandonné l’idée d’en faire le décompte journalier. Les cadavres de bouteille tenaient seuls le rôle d’étalon et les voir alignés à même le carrelage du coin cuisine provoqua chez lui un violent haut-le-cœur. Comment pouvait-on boire de pareilles doses de ce breuvage infâme ? Comment sa compagne en était-elle arrivée là ?

- Tu es passé au supermarché ? interrogea Jeanne d’une voix pâteuse, ce que Gilles traduisit instantanément par : "Tu m’as rapporté mes bouteilles ?"

- J’ai acheté des œufs, du jambon et du pain. Je vais préparer une omelette.

- Pas faim, fut la seule réponse de Jeanne.

--------

Du boulevard pointaient quelques coups de klaxon joyeux. Gilles, de la fenêtre, découvrit son voisin de palier faisant de grands signes d’au revoir à l’adresse d’une voiture qui déjà prenait de la vitesse.

- Jules est de retour des sports d’hiver. Il est parti avec son fils et sa famille cette année.

Les ronflements de Jeanne et le bruit de fond de la télé furent le seul écho à ses paroles.  Gilles secoua à nouveau ses boucles poivre et sel. Il était bien loin le temps où Jeanne amoureuse farfouillait dans sa tignasse en lui disant "j’adore ta chevelure, mon Gilles…"

La porte de l’ascenseur s’ouvrit sur une valise tenue par un Jules bronzé et resplendissant de contentement.

- Vous partez en vacances également, Jeanne et toi ? se réjouit Jules à la vue des deux valises entourant Gilles.

- Hé, hé !... Ciao ! se contenta de répondre celui-ci en s’engouffrant à son tour dans l’ascenseur.

Comme les cloches de Saint Saturnin sonnaient vingt-deux heures, le poisson rouge s’immobilisa dans le bocal et Gilles disparut à jamais de la ville.

---------------------------

Pour Mil et une en août 2017 - clic

 

Voir les commentaires