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Publié le 22 Juin 2017

Il a les notes, le rythme.

Elle possède les mots, la voix.

Se sont rencontrés un soir de juin

et depuis, ne se sont plus quittés.

 

°°°

 

Il souffle dans sa trompette, se dodeline,

ses joues se gonflent d’air, ses doigts s’agitent,

Elle inspire concentrée,

 expire en jouant de ses cordes vocales.

 

°°°

 

Les spectateurs les écoutent subjugués,

intrigués aussi.

Lui, géant à la peau d’ébène.

Elle, silhouette menue au teint de porcelaine.

 

°°°

 

Il en a connu et aimé des perles d’or,

des Vénus callipyges.

Pour d’autres son cœur a battu la chamade,

son corps de femme a résonné.

 

°°°

 

Ils se sont reconnus un soir de juin,

un soir comme celui-ci.

La musique les chavire, les unit.

toujours ils sont fidèles à son rendez-vous.

 

°°°

 

Il a les notes, le rythme.

Elle possède les mots, la voix.

A l’unisson, sous un chapiteau, au fond d’une cour,

dans un bar, au bord d’un fleuve, les entendez-vous vibrer ?

 

°°°°°°

Pour Mil et une juin - clic

Image Steve McCurry - clic et clic

 

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Publié le 10 Mai 2017

Mil et une nous proposait cette superbe peinture d'Emile Claus que j'ai eu le bonheur d'admirer au musée de La Boverie à Liège. Voici ce qu'elle m'a inspiré...

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Lisa s’assied sur le banc à l’ombre du buisson. Quelques lignes de tricot et imperceptiblement elle s’éloigne du quotidien. Pourtant, le roucoulement répétitif d’une tourterelle la déconcentre finalement des mailles à compter et du motif à répéter. Le bourdonnement des insectes, chœur joyeux de l’été, semble l’inviter à sa suite. Pieds nus, Lisa se rend à la limite de la pelouse, là où une petite clôture sépare l’herbe du potager.

Avec une pointe d’émotion inattendue, elle observe Emile, son vieux compagnon de route, sarcler à reculons les carrés de légumes. Ses gestes semblent précis et le va et vient de l’outil élimine les mauvaises herbes sans pitié.

Epinard, céleri, petits pois, haricots, courges de toutes sortes, poireaux, carottes…

Quelle opulence ! Jamais nous n’arriverons à consommer tout cela !

Lisa hausse les épaules. Peu importe, les voisins, les amis, profiteront eux aussi de légumes tout frais et cultivés sans produits chimiques. Emile se sent si bien les sabots aux pieds dans la terre brune et c’est le plus important.

- Emile, je rentre préparer le dîner. Peux-tu récolter deux bonnes poignées de haricots et me les apporter ?

Emile sursaute, relève la tête, l’agite de haut en bas.

- Oui, oui ! fait-il en direction de Lisa.

Lisa soupire, ne peut réprimer une grimace, moue entre le sourire et les pleurs puis elle s’empresse de ramasser son tricot, d’enfiler ses mules et de rentrer.

Le chat miaule, se frotte à ses jambes attiré par l’odeur de la viande qui mijote dans la cocotte.

- Ecoute, voilà ton maître. L’entends-tu, il enlève ses sabots ?

Le chat, indifférent au jardinier, sort au soleil, l’heure de son repas n’a pas encore sonné.

Dans l’ombre de la cuisine Lisa observe à nouveau Emile, ce géant musclé, planté hagard sur le seuil, un pot de fleurs sur le bras. Pas de haricots en vue… évidemment… il a oublié… une fois de plus…

- Rentre, Emile, le repas est prêt ! Oh, merci pour ta gentille attention. Ces fleurs sont d’un rouge si vivant. Je pose le pot sur le guéridon, regarde comme c’est joli.

Sur la table, un plat fumant de haricots parfumés d’ail est prêt à être dégusté.

Ce matin, à l’heure de la rosée, alors qu’Emile dormait encore, Lisa les a récoltés au potager faisant fi du claustra invisible qui la sépare désormais de lui.

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Publié le 19 Avril 2017

https://img.over-blog-kiwi.com/0/55/59/00/20170418/ob_d5dce6_sujet-s-16-2017.jpg

Lapin blanc, tout en remuant le bout de son museau : Je suis prêt ! Ah que feriez-vous sans moi, la vedette du spectacle ?

Haut-de-forme, ironique puis dégoûté : La vedette ! Mais pour qui te prends-tu pauvre minable ! Moi, si distingué, si racé, si soyeux, me voilà terni par tes longs poils. Beurk !

Lapin blanc, sûr de lui : Mes longs poils sont aussi veloutés que l’est ton tissu. Ne suis-je pas le doudou préféré des enfants, n’ai-je pas emmené Alice au pays des merveilles ?

Haut-de-forme, dubitatif : Il faut croire que les humains sont perpétuellement enrhumés ?

Lapin blanc, interloqué : ???

Haut-de-forme, irrité : Et puis cesse de me regarder en fronçant le nez ! Ne sens-tu pas comme tu empestes, tes crottes si minables dégagent une odeur épouvantable et me donnent la nausée. Grrmbelebele

Lapin blanc, définitif : Cesse de parler entre tes dents, mes grandes oreilles captent tout. Tu t'estimes supérieur parce que tu trônes en hauteur mais tu n’es rien de plus qu’un accessoire.

Haut-de-forme, outré : Un accessoire ! Ce qu’il faut entendre ! Où te cacherais-tu, d’où surgirais-tu si je n’étais le roi des chapeaux ?

Bâton magique, cinglant : Fi ! Vous deux ! Vous êtes pénibles et si naïfs.

Haut-de-forme et Lapin blanc, en chœur : Naïfs, nous ? Mais pour qui te prends-tu pour oser nous insulter de la sorte, vieux morceau de bois tordu ?

Bâton magique, imbu : Je connais ma valeur et mes immenses pouvoirs. Sans moi vous ne seriez rien. Rien ! La seule star, ici, c’est moi !

Lapin blanc, au tic plus marqué que jamais : Alors tu es persuadé que ton léger "toc-toc" a le don de me faire apparaître ? Le naïf, c’est toi.

Haut-de-forme, infatué : Bien entendu ! S’il apparaît c’est uniquement parce que je daigne le libérer de mon double-fond.

Lapin blanc, bégayant de rage : Pas… pas…p du t.. tout !

Bâton magique, dédaigneux : Pauvres cloches je ne me ternis plus à vous causer ! D’ailleurs voici le magicien, vivement que le spectacle commence et que je me gave d’applaudissements.

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Fin du numéro

Le magicien, coquin et fine mouche : Merci, Mesdames et Messieurs, merci cher public ! Je vous invite à présent à voter à main levée afin de déterminer qui de Lapin blanc, de Haut-de-forme ou de Bâton magique remporte vos suffrages. Qui des trois est la véritable vedette du jour, qui des trois vous apportent le plus de bonheur ?

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Le magicien, un brin surpris : Le vainqueur est…

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A votre avis ?

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Pour Mil et une  en avril 2017

 Peinture de Will Bullas - clic et clic

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Publié le 26 Mars 2017

 

 

Photo 1 : Gare maritime d’Ostende. Moi, les yeux embrumés pour cause de réveil aux aurores tentant de suivre Thomas, trois ans, curieux et impatient de monter à bord du grand bateau. Si seulement ce bout'chou cessait de slalomer entre les valises et les jambes des nombreux touristes et avait la bonne idée d’accepter de s’asseoir un instant dans la poussette-canne !

Photo 2: Mon mari harnaché de son fidèle sac à dos brandit enfin les tickets P§O, sésame pour la traversée aller-retour de la Manche.

Photo 3 : Ce cliché prit par un ado sympa montre la souriante petite famille regroupée sur le pont du géant avec en toile de fond la ville d’Ostende et son quai des Pêcheurs.

Photo 4 : Thomas dans les bras de son père observe le port dans les jumelles bien trop grandes pour lui. Autour d’eux, étendus sur des banquettes ou à même le sol, de jeunes écossais à moitié ivres s’endorment déjà enroulés dans des sacs de couchage. Surgissant d'un haut-parleur une voix agressive vient d’annoncer le report de l’heure d’appareillage.

Photo 5 : Thomas et moi sommes attablés dans le self-service pour un deuxième petit-déjeuner. Le train Cologne-Ostende ayant quarante-cinq minutes de retard, nous devons attendre les passagers en transit vers l’Angleterre.

Photo 6 : Brouillard ! Il a profité de notre repas pour s’installer sournoisement ; le quai des Pêcheurs est à peine visible. Les retardataires arrivent enfin.

Photo 7 : On pense y deviner l’estacade ou alors est-ce la mer ?

Photo 8 : Thomas bercé par le bourdonnement du moteur de la malle "Princesse Clémentine" s’est endormi dans un fauteuil du salon. Rien à voir sur le pont ! Nous naviguons dans un épais brouillard. L’appareil photo et les jumelles regagnent le sac à dos.

Photo 9 : Débarquement du père et du fils à Douvres. C’est à peine si je les situe dans le viseur de l’appareil photo. Rien vu de la manœuvre d’entrée dans le port. Rien vu des falaises blanches qui me faisaient rêver.

Photo 10 : Thomas cherche son équilibre intrigué par le quai flottant sur lequel nous attendons l’Overcraff pour rentrer à Ostende. En arrière plan, ma mine défaite laisse entrevoir qu’en plus du brouillard il y a de l’orage dans l’air. Normal, je m’étais fait une joie de ces premiers pas en Angleterre et ils se sont arrêtés à côté d’un bus dans lequel s’engouffraient les autres passagers. Mon mari n’ayant pas voulu y monter prétextant qu’avec ce foutu temps nous n’allions pas nous repérer pour retrouver le port éloigné de la ville. "Tu parles anglais toi ?" Et bien non, peste, pas plus que lui je ne pratique la langue de ce fameux William S.

Photo 11 : Moi, le nez plongé dans mon porte-monnaie, j’essaye de ne pas paniquer de me savoir propulsée à grande vitesse au raz d'une mer invisible. Et dire que le matin même je craignais d’avoir emporté trop peu de livres. Pas dépensé un penny !

Photo 12 : Le trio saisi par l’hôtesse de bord. Au centre, Thomas lui demande : "la mer et l’Angleterre c’est que du brouillard ?"

Photo 13 : Arrivée au port de l’Overcraff. Ostende s’offre à la pellicule sous une percée des rayons de soleil. Les aventuriers n’en mènent pas large.

 

Depuis cette ancienne aventure, la vieille estacade en bois a fait place à une nouvelle jetée, les allers-retours des malles ne ponctuent plus les journées et les appareils photos sont numériques...

 

Mais le plaisir de revoir la mer de temps à autre est toujours au rendez-vous !

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Photo d'en tête - Mil et une  - réédition pour Mil et une mars 2017 - clic

Carnet de voyage - extraits
Carnet de voyage - extraits
Carnet de voyage - extraits
Carnet de voyage - extraits
Carnet de voyage - extraits
Carnet de voyage - extraits
Carnet de voyage - extraits
Carnet de voyage - extraits
Carnet de voyage - extraits
Carnet de voyage - extraits

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Publié le 18 Mars 2017

Devan coupa le moteur et s’étira longuement. La climatisation défaillante de sa vieille Dodge avait rendu suffocants et pénibles les cent cinquante miles parcourus au travers de la plaine monotone. Là-bas, au loin derrière les montagnes, le Pacifique semblait se deviner à la teinte du ciel et Devan rêva un instant d’une baignade dans ses eaux qui toujours l’attiraient.

 

Quand, son coffret de jeu sous le bras, il pénétra dans le Dante’s Rock, le changement brutal de température le fit tousser et éternuer. Jurer aussi intérieurement contre cette angine laryngée contractée dans l’enfance et qui le fragilisait encore et toujours, l’obligeant à porter des foulards quelle que soit la saison.

Le restoroute était calme à cette heure de l’après-midi, le coup de feu viendrait plus tard quand les routiers, la fringale au ventre, rangeraient côte à côte leurs bahuts, assoiffés eux aussi. Au comptoir, Devan commanda une bière et les lèvres trempées dans la mousse il parcourut la salle du regard. Deux femmes à l’âge incertain papotaient joyeusement en dégustant des bretzels, indifférentes au calumet et aux tambourins suspendus au mur au-dessus d’elles. Mais Devan, sensible depuis toujours à la culture indienne, admira ces objets avec un brin de nostalgie. A deux tables de là, un couple d’amoureux se bécotait, gourmand et peu discret. Aucun cataclysme n’aurait pu, semblait-il, l’empêcher de roucouler de bonheur.


Sa bière terminée Devan regarda sa montre. Quatorze heures quarante-cinq ! Le rendez-vous était fixé à quinze heures. D’ici, Devan pourrait observer l’arrivée de Alo, le jauger avant de se confronter à lui. A quoi ressemblait-il ? Cela faisait six mois qu’ils se combattaient par écran interposé et toujours Alo avait le dessus et remportait les mises. Pourquoi ce joueur lui avait-il lancé le défi de le rencontrer pour faire une partie yeux dans les yeux ?
Pourquoi, lui, Devan, avait-il accepté le face à face qu’il ne pouvait que perdre ? Revenir dans cette région quittée depuis plus de douze ans l’avait-il influencé davantage que le désir de revanche ? Et s’il reprenait la route en sens inverse, qu’il prétextait un empêchement de dernière minute pour excuser sa désertion ? Non ! Lui, l’ancien baroudeur, n’allait pas s’aveulir à la fuite avant la bataille.


Pourtant un malaise s’installait en lui, il devait bouger, nerveux. Dans la véranda, un presque adolescent sirotait d’une main un Milk-shake aux fraises et de l’autre pianotait frénétiquement sur un écran tactile. Devan eut un pincement au cœur quand le garçon se redressa et laissa entrevoir davantage le devant de son tee-shirt sur lequel était inscrit en grandes lettres vermillon "My Name is Alo" Leurs regards se jaugèrent intimidés et pourtant proches, si proches…
Les jambes coupées par l’émotion Devan se retrouva assis face à son clone, à cet ado qui lui ressemblait tellement hormis les yeux si particuliers. Des yeux qui à présent se dirigeaient vers une femme, belle, si belle…


C - 4 Destroyer coulé !
La voix de Donoma résonnait dans la mémoire de Devan. La voix de jadis, quand ils jouaient à d’interminables parties de combat naval, la voix qui a présent disait : voici ton fils, Devan. Alo, voilà ton père !

Elles étaient loin soudain les années de vagabondage, loin les hésitations, les fuites en avant. Le cœur de Devan, depuis trop longtemps miné par ses regrets d’avoir abandonné sa compagne pour parcourir le monde, se trouvait à présent délivré de la lourde herse qui l’entravait et la joie éclata, folle, libératrice.


Et contre ce cœur battant la chamade Devan serra Alo et Donoma, la jolie indienne qui avait su le retrouver via le Net et le guider habilement vers eux !

 

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Pour Mil et une en janvier 2014 - logorallye clic

 

 

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Publié le 26 Février 2017

Le ciel se couvre subitement au-dessus de la rue Jeanne d’Arc et le vent se lève, insistant.

Comme affolés, les nuages déversent en un instant une cataracte de gouttes de pluie froide. Armin, surpris par les éléments, court à la recherche d’un abri et quand enfin il pénètre sous un porche, son costume de lin lui colle à la peau et il frémit.

M. Erlin - encanteur

Ouvert de 9 h. à 19 h.

Les yeux d’Armin ont à peine survolé la plaque dorée fixée sur le côté droit de la porte que déjà il s’engouffre dans le bâtiment. Pas question pour lui de risquer d’attraper un rhume sous l’orage et dans les courants d’air !

Que disait la plaque ? Encanteur ?

La sonnerie de l’entrée a retenti depuis un moment quand apparaît, trottinant babouches aux pieds, un homme enturbanné et vêtu d’un costume deux-pièces lie de vin.

Lie de vin ? Armin hésite… lie de vin… mum… coulis de fraise, voilà qui est mieux…

Etrange bonhomme, aussi bizarre que le fatras exposé sur les tables agencées sur le pourtour de la pièce. Une vraie caverne d’Ali Baba que cette boutique ! Ici, un coffre déborde de bijoux argentés, là, un sac à main en cuir fauve astiqué de frais et renfermant une brosse à reluire est accolé à un hibou empaillé depuis des lustres… à gauche un liquide bleuâtre contenu dans un litron se tempère tranquillement au côté de verres de cristal dépareillés… à droite, une série de livres de la collection "Crime de sang" tous écornés et dédicacés d’un beau "A Annabelle" en lettres gothiques espère capter un hypothétique lecteur… au lustre, allumé et dispensant une faible lueur jaunâtre, pendent un gros salami en plastique et deux bouées vertes agrémentées d’une tête de serpent de mer, l’une gonflée au maximum, l’autre quasi moribonde…

Armin, intrigué, circule d’un objet à l’autre et à chaque pas l’eau contenue dans ses chaussures émet un petit "flitch-flatch" qui meuble le silence. Nouveau frémissement…une gerbe de blé étiquetée "Du Sahara" tend vers lui ses épis d’or. Fascination ! Cet or… la belle chevelure d’Elisa… Ses bras se tendent vers cette offrande tant espérée quand un "attention, Mesdames et Messieurs, la vente va commencer" jaillit de la bouche de l’encanteur.

Subjugué, Armin voit M. Erlin s’emparer d’un genre de bâton de pèlerin avec lequel il désigne la gerbe de blé.

- La vente COMMENCE, mise à prix DIX dollars, dix dollars, c’est pas beaucoup, dix dollars, Monsieur… douze ? Douze dollars ! Qui dit mieux ? Une gerbe de blé DU SAHARA ! D’un blond EXEMPTIONNEL ! Treize dollars pour Monsieur. Treize ? Quinze ! Ouiiiiii ? Vingt ? Vingt dollars… vingt, vingt ??? Vingt-cinq, Monsieur est connaisseur !

L’encanteur se démène comme un diable, tantôt face à Armin, tantôt à gauche, tantôt à droite il englue sa proie, ne lui laissant aucun temps mort.

- Allons, vingt-cinq dollars, qui dit mieux pour obtenir la blondeur du Sahara entre ses mains ? Un lot rare, que dis-je, introuvable dans d’autres lieux ! Vingt-cinq, une fois…Trente ? Trente dollars ! Trrente dollars ! Une fois, deux fois… adjugé ! Bravo Monsieur !

Délesté de trente dollars mais enserrant contre son coeur le succédané de la chevelure de son Elisa, Armin se sent pousser des ailes. Oubliés le costume défraîchi, le caractère de cochon de sa belle, son énième scène de ménage, ses menaces incessantes, son départ définitif vers les U.S.A. Dans le ciel flamboyant de Québec, le rouge et le noir s’épousent tendrement.

Demain, demain seulement, Armin ressentira le coup de poing donné par sa désillusion. Demain, le dégrisement aura un goût amer.

Mathieu Erlin, retraité de la marine marchande, sourit en fourrant les trente dollars dans sa poche. A petits pas mesurés il retrouve l’arrière-boutique, échange ses babouches contre ses vieilles mules, dépose son turban sur une chaise et patiemment attend le prochain gogo qui l’aidera, lui aussi, à payer son loyer tout en se débarrassant des broutilles amassées au fil des ans.

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Pour Mil et une en juillet 2013 - clic

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Publié le 8 Février 2017

…quarante huit heures de permission, pas une minute de plus sinon c’était la corvée balayage de la cour de la caserne. Le temps m’était compté et le rendez-vous que j’avais donné à Shirley mon seul point de mire. Daddy était venu me cueillir à la gare, Mumm avait repassé ma chemise rouge et mon jean. Adieu uniforme qui gratte, vive la liberté !

 

…j’allais enfin retrouver Bob. Que c’était long six semaines sans le voir et tant pis si Al, mon patron, me lançait des regards mécontents ; mon service au snack se terminait à dix-huit heures trente, pas question de prester une demi-seconde de plus. J’ai couru dans ma chambre en me débarrassant au plus vite de ma tenue de travail. Quelle robe allais-je enfiler ? Celle à volants que Bob aimant tant, ou la rouge ? Celle à fleurs ? J’ai fouillé fébrilement le tiroir pour trouver une paire de bas sans accroc.

- Shirley, ma fille, tu aurais pu préparer tout cela hier soir, m’a dit ma mère.

- Mmm, ai-je répondu la bouche remplie d’épingles à chignon.

 

- A table, a lancé Mum en passant la tête dans ma chambre.

- Pas faim, pas le temps !

Soupirs de Mum.

- T’as vu ta maigreur, heureusement que tu portes une ceinture à ton pantalon…

- Tracasse pas, Mum, je mangerai en ville.

Re-soupirs.

- On te verra d’ici ton départ ?

 

…où allait-il m’emmener ? Au ciné ? Chez le Chinois ? Au bal chez Billie ? Surprise !

- Tu me prêtes ta veste blanche ?

Kat, ma sœur, a râlé pour la forme quand j’ai ouvert sa garde-robe. Normal, je l’avais surprise avec mon pull jaune pas plus tard que la veille…

 

…ne pas oublier mon harmonica, mon foulard rouge… Shirley, ma belle, me voilà ! Zut une mèche rebelle ! Vite la gomina !

 

…qu’il est beau en uniforme sur la photo ! Mais c’est pas pratique pour aller danser… Dadidoudidadidouda… mes jambes frétillaient d’impatience.

Quand la sonnette a tinté, Kat s’est empressée d’aller ouvrir.

- Pas touche à mon Bob, j’ai crié.

- Pas de risque, a t-elle claironné.

 

Quand j’ai sonné à la porte de Shirley j’ai eu droit au regard hautain de sa sœur. L’était jalouse à coup sûr.

 

Nous avons dansé le rock et des slows toute la soirée. L’orchestre "The Kings" était au top. Les copains zieutaient Shirley, mignonne à croquer dans sa robe à volants…

…Bob n’a pas résisté à monter sur scène et à accompagner "The Kings" avec son harmonica. Toutes les filles m’enviaient ! …

…L’histoire s’est corsée quand nous avons décidé de rentrer. Dehors, c’était le déluge. Nous avons couru dans les rues, trempés jusqu’aux os….

…Je tremblais de froid alors Bob m’a guidée vers le kiosque du parc. Bien serrés l’un contre l’autre, nous avons attendu la fin de l’averse et…

…Et ce qui devait arriver arriva… tout comme ta mère neuf mois plus tard !

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- Alors Granny, toi aussi tu as été une "maman surprise" à vingt ans ? Et toi Grandpa un jeune papa encore soldat ?

Granny a souri et a répondu - je serai heureuse de garder de temps en temps ton petit bout de chou.

Grandpa, lui, a sorti de sa poche son harmonica. Quand il est ému et que les mots s’emmêlent dans sa tête, les notes sont toujours ses alliées.

Norman, mon amour, m’a fait un clin d’œil et dans son berceau, Emily a soupiré d’aise…

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Pour Mil et une en mars 2013  -  peinture de Norman Rockwell

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Publié le 8 Février 2015

Certains annonçaient un fiasco, d’autres se moquaient de ce qui était à leurs yeux une nouvelle fantaisie d’hurluberlus jamais en manque d’idées saugrenues.
- Pertes et malheurs en vue, prédisaient les pessimistes.
- Attendons-nous à des retombées miraculeuses, claironnaient les enthousiastes.
Edgard observait toute cette agitation avec sa curiosité habituelle de journaliste. Clara, son épouse, et lui étaient bien résolus à profiter des nouveautés et du spectacle offerts par l’exposition universelle et sous aucun prétexte ils ne les auraient ratés.

D’humeur joyeuse, la jeune femme avait épinglé une rose dans ses cheveux et, prévoyante, avait recouvert ses épaules d’une fine écharpe assortie, cadeau de sa mère chez qui elle venait de séjourner quelques jours à Lyon. Edgard, rasé de frais par le barbier de la rue Lepic, la rejoignit bientôt. Le temps était agréable, dans une heure ils déambuleraient au Champ-de-Mars aux côtés du directeur du journal, de son équipe et des membres de leur famille respective. Ensuite, une promenade sur les tout nouveaux bateaux-mouches était prévue au programme.

En enfilant ses chaussures, Clara fut prise d’un étourdissement et un violent mal de tête la saisit au point qu’elle dut s’allonger sur le petit sofa. Inquiet et prévenant, Edgard se pencha sur elle, l’enlaça et tendrement l’embrassa.

- Va, lui souffla-elle en enroulant son bras droit derrière sa tête et en caressant comme elle aimait le faire ses épais cheveux de jais.

- Tu es fiévreuse, dit-il en l’embrassant encore.

- Va ! Tu me raconteras…

A regret, Edgard la serra encore contre son cœur et lui donna un dernier baiser sur ses lèvres à présent desséchées.

- Promis, mon cœur, nous y retournerons, toi et moi, en amoureux !

- Ne t’inquiète pas, j’ai pris froid durant ce fatiguant voyage de retour de chez Maman. Je vais dormir un peu.

En traversant la ville sans cesse en métamorphose Edgard songea à leur rencontre, l’année précédente. L’attrait de la nouveauté et des arts sous toutes leurs formes, la foule cosmopolite qui fourmillait dans Paris en pleine ébullition avaient réuni leurs deux esprits ouverts au monde et doucement l’amour les avait surpris…

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Vingt-deux heures sonnèrent dans le lointain lorsqu'Edgard retraversa la Seine. Que d’anecdotes il avait à raconter à son épouse… les gens curieux ou incrédules, les "oh !" admiratifs, les odeurs nouvelles, la peur de certains, l’attente fébrile des autres et toutes ces races qui se mêlaient, fières de leurs particularités… Quel dommage que Clara ne fut pas à ses côtés pour vivre en famille cette journée exaltante ! Mais ce n’était que partie remise et c’est main dans la main qu’ils renouvèleraient la visite de l’expo.

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Clara accablée de fièvre et le corps couvert de vésicules puis de pustules lutta en vain durant dix jours contre le virus de la variole. Edgard, qui l’avait retrouvée délirant ne la quitta pas d’une seconde malgré la défiguration effrayante et le risque de contagion. Jusqu’au dernier souffle de Clara il lui parla de l’avenir ensoleillé qui les attendait, de cet enfant qui émerveillerait leurs jours, des voyages lointains au cours desquels ils découvriraient le monde…

De ce jour, Edgard ne connut plus jamais de baiser.

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Le baiser - Carolus Duran - clic

Pour Mil et une, en novembre 2012 - clic

Expo universelle de 1867 - clic

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Publié le 1 Février 2015

Dès le début de leur cohabitation ils décidèrent que leur maison serait ouverte à tous.
Rester cloitrés dans leur bulle sans rien offrir ne correspondait pas à leurs caractères sociables et cordiaux. Ainsi, amis, famille et, un à un, trois enfants furent accueillis dans la joie et la bonne humeur. Les rires éclatèrent au gré des jeux, chansons ou repas partagés en toute simplicité.
Etaient-ils heureux ?
Les mois, les années s’écoulèrent, nul ne se posa la question.

Un grain, un simple grain de sable enraya, un matin, les rouages bien huilés.

- Je pars, n’essaye pas de me retenir.

Il s’éloigna avec un maigre bagage. Etait-ce tout ce qu’il emportait de leur vie commune ? Où allait-il ? Avec qui ?

Pourquoi ?

                  Pourquoi ?...

                                        Pourquoi ?......

Les interrogations restèrent sans écho. Seul un vent triste s’engouffra par tous les interstices de son cœur de femme et sans cesse le lamina. Moins de rires, plus aucune chanson… Mal à l’aise, les amis se détournèrent, la famille se fit plus rare et les enfants s’éparpillèrent au gré de leur propre vie qu’ils entrevoyaient légère. Le jardin tourna en friche, les peintures s’écaillèrent, les portes et fenêtres gémirent, sinistres, et les grains de sable, abrasifs, s’accumulèrent insidieusement jusqu’à prendre toute la place.

Alors, dans un sursaut salutaire, elle prit conscience qu’elle était seul maître de sa destinée et sans un regret elle abandonna ce lieu devenu sinistre et partit à l’aventure bien décidée à faire de sa vie une belle vie.

Ecoutez bien ! L’entendez-vous chanter ?

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Pour Mil et une - clic Image : Damien du Toit - clic

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Publié le 4 Septembre 2014

 

Les poules picorent, se disputent un ver de terre en caquetant, énervées.

Eux ne disent mot.

Agenouillés sous un pommier ils trient les fruits récoltés.

Parfois, leurs têtes se rejoignent et pendant un trop court instant le temps semble suspendu.

Il lui vole un bisou.

Elle soupire.

D’un pas majestueux, le coq les contourne et va rejoindre ses belles emplumées.

De la grand route là-bas leur parvient un bruit inhabituel, étrange bourdonnement de ruche affairée.

Un toussotement.

Leurs deux visages se redressent, surpris de ne pas être seuls au monde, dans leur monde.

Deux yeux enfiévrés, des lèvres qui quémandent.

Ils offrent chacun quelques pommes, désignent le puits à gauche dans la cour, les cabinets adossés à l’étable et reprennent leur tâche.

A son tour, il soupire. Saura-t-elle se débrouiller seule avec le troupeau, la traite ? Comment va-t-elle-s’en sortir ? N’était-elle pas en danger avec toutes ses personnes inconnues qui défilent jour et nuit en direction du sud ? Combien de temps durera cet exode ? Comment la protéger ?

Elle se veut forte mais tremble pour lui. Elle n’a jamais quitté le canton, comment dès lors situer cette ville où il est appelé à se présenter le lendemain ? Lui écrira-t-il ? Et s’il l’oubliait ?

En début de soirée il ira avec le cheval et la charrette amener les fruits chez Jean. Jean et son pressoir, Jean trop âgé pour être appelé sous les drapeaux, Jean qui bientôt se retrouvera seul homme dans le hameau…

Elle, elle disposera les plus belles pommes au frais dans la resserre, imaginera l’immense tarte dorée qu’elle cuira pour fêter son retour.

La nuit les unira une dernière fois. Baignés de cette odeur acidulée dans laquelle ils ont été plongés depuis l’aube ils n’auront pas conscience que c’est elle qui jaillira à leurs narines dans les moments de doute ou de désespoir.

A l'aube, le coq lancera fièrement un cocorico sonore.

Alors la guerre sera là, si proche soudain…

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Pour Mil et une - clic   -  Peinture de Emile Claus - clic

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