Publié le 29 Juin 2018

Peinture Emmabarbouille - clic

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La tête relevée, le regard fixe Mathilda ne perd rien de la cérémonie.

Rien ! Ni les coups de coude, ni les chuchotements, les épaules se soulevant, impuissantes, ou les hochements d’entendement.

- T’a vu ?

- Qui c’est ?

- Et ce chapeau… des cerises, on aura tout vu !

- Mais que vient faire ici cette étrangère aux cheveux rouges ?

- La Berthe n’avait plus de famille, dit avec certitude un vieil homme pensant murmurer mais trahi par sa voix grave et son ouïe défaillante.

Le curé, intrigué par ces remous inhabituels, interrompt son laïus et d’un signe invite la femme inconnue à se rapprocher du petit groupe de villageois soudain figés.

En quelques pas, Mathilda s’exécute accompagnée par le chant moqueur d’un merle peu impressionné par ces humains qui pour quelques instants encore hantent son territoire habituellement si calme.

… en dernier hommage à notre amie Berthe, je vous invite à vous recueillir à tour de rôle devant sa dépouille… poursuit le prêtre.

Déjà les pressés, ceux dont les champs n’attendent pas ou ont réglé le four pour la cuisson du déjeuner, s’avancent mais Mathilda, impérieuse les devance et se présente la première devant le cercueil.

Son buste s’incline lentement tandis que d’une main elle saisit son chapeau et le dépose bien en vue sur la bière. L’autre main caresse doucement le bois blond puis sa voix émue entonne le dernier couplet de la chanson préférée de sa grand-mère, celle que celle-ci lui chantait quand elle était enfant :

J'aimerai toujours le temps des cerises,

C'est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte !

Et dame Fortune, en m'étant offerte
Ne saurait jamais calmer ma douleur...

J'aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au c
oeur !

La vieille Ida, celle de la ferme du haut, tente de l’accompagner en chevrotant mais un "tais-toi Ida" sec et cassant comme du verre la fait taire illico, éberluée.

- C’est Mathilda ! dit une voix penaude.

Oui, c’est moi, Mathilda ! Mathilda que vos ragots et votre étroitesse d’esprit n’ont eu de cesse de dénigrer auprès de Berthe depuis l’enfance, celle qui à l’adolescence a fui vers la ville. Mathilda la bâtarde, la fille de celle qui était à vos yeux une dévergondée et qui a péri dans un mystérieux accident après m’avoir mise au monde.

Le cœur soudain plus léger, Mathilda toise brièvement l’assistance, s’en détourne dédaigneuse et accompagnée des trilles joyeuses des oiseaux quitte le cimetière et s’en repart vers la VIE, SA VIE.

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Pour Mil et une sujet 23/2018 - clic

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Publié le 21 Juin 2018

 

Cette semaine, Mil et une nous proposait d'écrire en nous inspirant d'une peinture de Norman Rockwell intitulée "Rumeurs". Comme  j'apprécie beaucoup l'univers rendu par ce peintre - gaieté, joie de vivre, ambiance familiale ou facéties - je me suis amusée, avec l'aide technique d'Emma, à légender l'oeuvre présentée.

 

Voici le résultat...

clic

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Publié le 12 Juin 2018

           

image Kohei Nawa clic et clic

 

           - Non, je ne redescendrai pas ! N’insistez pas !

(Ici, j’ai enfin la paix. Fini d’être la plus jolie, la plus intelligente, celle qui parle aisément cinq langues, sait réciter par cœur les poésies d’antan, connait les auteurs actuels, a un avis pertinent sur l’actualité politique ou sociale, celle dont les peintures sont accrochées avec vénération aux murs du salon, dont les plats fins embaument la cuisine et régalent les invités… ouf ! je reprends mon souffle… terminé de plaire au vieux tonton Jules, d’endurer avec le sourire les ragots de tata Jeanne, de veiller sans cesse à ma ligne, d’être une sportive accomplie au point de battre des records dignes des J.O., d’écouter religieusement de la musique classique !!! Fini, ni, ni  qu’on se le dise là-dessous !)

- Non, je ne redescendrai pas ! A force d'être toujours portée aux nues, j’ai pris goût à vos nuages.  J’y suis et j’y reste, n’insistez pas !

(Et je vais m’offrir un tatouage sur l’épaule, me teindre les cheveux en vert, m’offrir un éclair au chocolat, un ? non, DIX choux à la crème chantilly, écouter du rap et puis du métal, ingurgiter une pizza bien grasse, je vais draguer Jupiter, Apollon et pourquoi pas Eros lui-même, m’inscrire à un site de rencontre chez les anges ou réserver un trek en enfer, m’habiller suivant mon goût et ne plus ressembler à une princesse le jour de son premier bal, tout plutôt que de répondre aux critères et à la bienséance dont ma famille me gave depuis l’enfance)

              - Non, je ne redescendrai pas ! N’insistez pas !

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Sujet  21/2018 chez Mil et une - clic

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