Publié le 29 Mai 2012

     
Jéroboam, le mot résonne encore à ses oreilles. Jéroboam de Grand Marnier, de champagne… peu importe le contenu. Peu importe ?
Les images défilent à la télé, les commentaires en bruit de fond forment un brouhaha de paroles et de sons. Elle les voit, elle les entend mais pourtant son esprit vogue loin, loin dans le temps...
 
Quartier de Saint Pholien en outremeuse, la brocante du vendredi matin s’étalait sur des centaines de mètres. Envie de marcher au milieu de la foule et des objets hétéroclites, besoin de réfléchir ou nécessité de fuir ? Elle ne savait pas, elle ne savait plus ; le désarroi l’avait saisie à la gorge. Prendre une décision. Laquelle ? Elle était seule. A qui demander conseil ? Mardi, dernier délai… Quel plateau de ses arguments allait pencher à la balance de sa raison ? Le Oui ? Le Non ?
 
Elle avait bousculé une personne, balbutié des excuses puis évité un couple aux bras chargés de vieux livres et, surprise, s’était arrêtée le regard aimanté par une grosse bouteille de verre sur laquelle se mirait le soleil de juin. A mieux la regarder, elle y avait découvert un bateau emprisonné et, en un instant, le doute qui la taraudait avait  quitté son esprit. La réponse serait oui.
 
Le vendeur l’avait abordée et elle, hypnotisée, avait tendu quelques billets sans marchander, retenant juste un nom « Lady of Havenel » et une phrase « Attention, le jéroboam est lourd  et la maquette fragile »
 
Au fil des mois qui avaient suivi son achat coup de coeur, son ventre, à son tour, était devenu pesant. Elle le caressait doucement, s’imaginant flacon au contenu précieux et plein de promesses tel ce fier voilier installé dans son petit studio.
 
Le volume du son soudainement agressif  la fait réintégrer le présent. L’émission consacrée à l’avortement est terminée et les pubs envahissent l’écran. D’un clic, elle éteint la télé, se dirige vers l’armoire basse et ses doigts tapotent amicalement le jéroboam, ce vieux compagnon.
Son cœur est heureux et si même rien ne fut facile à aucun moment elle n’a regretté d’avoir, grâce à lui, dit oui à la vie.
 
Pour Mille et une un lieu convivial dédié à l'écriture au départ d'une image
 
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Publié le 23 Mai 2012

 
                   Le docteur Bonenfant cherchait dans sa mémoire, répétant à mi-voix :
" Un souvenir de Noël ?... Un souvenir de Noël ?... "
Et tout à coup, il s'écria :
- Mais si, j'en ai un, et un bien étrange encore ; c'est une histoire fantastique. J'ai vu un miracle ! Oui, mesdames, un miracle, la nuit de Noël »
    
 
Assise sur un banc installé à l’ombre d’un marronnier, j’observais mon grand-père tout entier envahi par ses visions. Il répétait à longueur de journée la même tirade, interpellant par de grands gestes les passants amusés ou indifférents. Certains le saluaient d’un «  bonjour, Docteur ! » auquel le vieil homme répondait en chuchotant d’un air mystérieux : « Noël, mon bon enfant, Noël » puis il appuyait son index au travers de sa grosse moustache comme pour accentuer le côté énigmatique et secret de ses propos. C’est ainsi qu’au fil du temps, le bon docteur Passant était devenu pour tout le quartier « le docteur Bonenfant »  Ce nom si doux, mais pour moi si douloureusement cruel et infantile, décrivait parfaitement l’état dans lequel végétait, depuis le décès de ma grand-mère, cet homme jadis intelligent et érudit.
 
J'aurais tellement voulu entrer dans son monde, découvrir ce fil d’Ariane menant à sa mémoire fantasque et pouvoir à nouveau communiquer avec lui comme nous le faisions en toute complicité depuis mon enfance. Je le pressentais intimement, derrière cette phrase lassante à force d’être sans cesse rabâchée, véritable labyrinthe de son « moi » le plus profond, se cachait un pan occulté de sa vie.
 
C’est sous le marronnier se dégarnissant lentement de sa parure que je pris la décision de l’emmener le dimanche suivant à Malmedy, la cité où il avait passé sa jeunesse. Durant le trajet en voiture, il se tint anormalement calme. C’est à peine si de temps à autres quelques mots incompréhensibles franchissaient ses lèvres. Quand la petite ville ardennaise blottie au creux de jolies collines illuminées des couleurs flamboyantes de l’automne fut en vue il ne marqua pas davantage de sentiments.
 
Bras dessus, bras dessous, mêlés à la foule hétéroclite des touristes d’un jour, nous avons déambulé lentement. Je lui nommais le nom des rues et des ruelles, lui faisais remarquer les salaisons suspendues aux étals des boucheries et ces fameux « baisers » gourmandises méringuées présentées dans chaque boulangerie mais il ne disait mot. Enfin, face à la cathédrale, mon grand-père sorti brusquement de son apathie. Tout en secouant mon bras, il répéta : « Noël, mon bon enfant, Noël. J’ai vu un miracle » et il m’entraîna au fond du parc jouxtant l’imposant édifice jusqu’à l’entrée d’une grotte fermée par une grille. Les bras ballants, le regard fixe, il chuchotait des mots parmi lesquels revenaient des prénoms et toujours « Noël », «  miracle »
 
Un abri ! Comme l'attestait un écriteau, nous nous trouvions devant un abri utilisé par les habitants surpris par les bombardements des alliés en décembre 1944 lors de la terrible bataille des Ardennes.  
 
Quelques mois après ce dimanche d’automne, mon grand-père nous a quittés sans livrer le secret de « son miracle » Qu’avait-il vécu et ressenti pendant ces moments pénibles durant lesquels une grande partie de sa ville, déjà aux mains des alliés, était détruite par des incendies alors que la région connaissait des températures quasi polaires ? Confronté à cette tragique méprise de cible, dans une nuit de Noël éclairée par les bombes, qu’avait-il vu de fantastique au point de croire au miracle ?
 
Au fond de moi, une petite voix me souffle : « il a vu la Vie »
 
Pour en découvrir d'avantage :
 
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Publié le 22 Mai 2012

           
(Cliquer sur les icônes en bas de diapo pour activer la musique ou visionner en plein écran)     
 
 
Une belle exposition ayant pour thème Le Monde Premier nous est proposée au Malmundarium à l'ancienne abbaye de Malmedy (Belgique) jusqu'au 28 octobre.      
Jean-Pierre Dutilleux, réalisateur-écrivain originaire de Malmedy, s'intéresse depuis de nombreuses années aux peuples premiers. Par ses films, entre autres sur le chef Raoni, il tente de faire prendre conscience de l'urgence qu'il y a de sauvegarder leur mode de vie si fragile.
     
Dans les combles du Malmundarium, il nous offre des photos, des sons et des objets qu'il a ramenés de ses séjours  parmi douze ethies d'Asie, d'Afrique et d'Amazonie.
       
Pour en  savoir d'avantage : Clic
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Publié le 20 Mai 2012

     - Fais attention à toi, Jaco, aujourd’hui c’est le premier avril. Y a du poisson dans l’air !

L’est fou l’Marcel. Jaco sait bien que les poissons ça ne volent pas. Son frère Marcel et les autres, tous les autres, z’ont beau le prendre pour un idiot, Jaco tout ce qui l’intéresse c’est que le premier avril Madame Marthe, la veuve du grand Albert, elle ouvre les portes de la petite chapelle. Et Jaco, il attend ce jour là avec impatience.
Quatre, cinq, six… les gros doigts de Jaco comptent les mois. Une année, c’est combien de mois déjà ? Jaco n’a pas assez de ses deux mains. Bof ! Quelle importance ! Ce qu’il sait ce que pendant six mois il doit se contenter de regarder par les deux petits trous découpés dans les battants. C’est comme des carrés mais sur la pointe… des…des z’anges comme dit Marcel. Des z’anges ! L’est fou l’Marcel ! Les z’anges y z’ont des ailes et y font pas des pointes.
Jaco, lui, il en fait des pointes sur ses godasses pour pouvoir jeter un regard par les ouvertures faites dans la porte. Chaque jour, qu’il vente, qu’il neige ou que le brouillard envahisse tout le hameau, il va regarder la belle dame en bleu assise avec son enfant sur les genoux. L’est bien gentil le petit ! Et tout bouclé comme lui.
L’aurait bien voulu, lui aussi, être sage et tout contre sa maman mais Jaco ne se souvient plus d’elle. Avait-elle une belle robe bleue avec de grands plis et un aussi joli sourire que celui de la belle dame dans la chapelle ? Il n’a jamais osé le demander à son père, ni à Marcel. Personne à la maison ne parle de maman. N’y a même pas sa photo sur le buffet !  Jaco a fouillé tous les tiroirs, pas de maman. Peut-être qu’il n’en a jamais eu ?
 
Jaco, heureux, flâne par les chemins. Les oiseaux chantent à tue tête leur amour et surtout les fleurs recommencent à pousser. Dans le pré de l’Antoine Jaco cueille des cardamines et quelques primevères, il y ajoute une branche de saule couverte de chatons et une de prunier toute fleurie. Bientôt il y aura des boutons d’or, des pissenlits, des marguerites… Tous ces trésors pour fleurir la belle dame.
  
Quand Marthe, cachée par le voilage de son rideau, voit arriver Jaco le bouquet à la main, elle a le cœur serré. La grande bouteille de jus d’orange qu’elle a remplie d’eau jusqu’à son large col attend le plus beau bouquet du monde.
Une femme, là-bas, on ne sait où, ne saura jamais l’immensité de l’amour dont elle s’est privée par peur d’un petit être différent.
Et Marthe, mère et grand-mère, la plaint plus qu’elle ne la juge. Elle se doute de la terrible souffrance et ne sait comment elle y aurait fait face.
 
Toc ! Toc ! Les deux coups frappés à la fenêtre sortent Marthe de ses pensées.
- Z’ai mis des fleurs à la belle dame. Ze reviendrai demain. Merci, madame Marthe d’avoir ouvert les portes de la chapelle !
 
L’est fou l’Marcel ! Jaco a bien vu deux truites dans le ruisseau, pas dans les airs ! Pour sûr, l’a voulu lui faire un poisson d’avril…
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Pour lire la suite de ce texte : clic  -  Pour Mille et une - Peinture de  Pablo Picasso

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Publié le 18 Mai 2012

 

Coup de coeur pour ce livre écrit par Mary Shaffer et sa nièce Annie Barrows et paru chez Nil dans "Domaine étranger"

 

Janvier 1946. Londres se relève douloureusement des drames de la guerre et Juliet, jeune écrivaine anglaise, reçoit une lettre d'un inconnu natif de l'île de Guernesey. Au fil de ses échanges avec cet homme, Juliet pénètre dans son vécu et dans celui de ses amis qui ont créé un club de lecture pour échapper aux représailles des soldats allemands. La correspondance s'élargit aux autres membres du cercle puis à d'autres habitants de l'île et Juliet prend la décision de se rendre à Guernesy pour les rencontrer.

En plus de leurs goûts littéraires parfois farfelus, ils lui font connaître un univers inattendu, touchant, souvent drôle voire excentrique et très british.

Beaucoup d'humanité se dégage de ce livre et j'ai pris un grand plaisir à le lire.

 

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Publié le 16 Mai 2012

 
Cher Journal,
 
Samedi, 28 novembre 2009 - 22h55
R.A.S. - Ras, ras, ras-le-bol de ras
   
Lundi, 30 novembre 2009 - 23h45
Fais un pain de viande - écouté vieux 33 tours - téléphoné à Christine - comme toujours injoignable - n’a pas rappelé - mal au ventre
 
Mardi, 01décembre 2009 - 22h20
Sortie au bout du jardin pour récolter poireaux - difficultés - mal au dos et aux genoux - plus d’antidouleurs - attendre aide pour me rendre à la pharmacie
 
Samedi, 05 décembre 2009 - 00h05
Vendredi froid - nuit glaciale - niveaux du fuel et du porte-monnaie au plus bas - mis deux gilets, un bonnet et vieilles mitaines - parlé aux murs - pas daigné répondre
   
Lundi, 07 décembre 2009 - 23h
Aujourd’hui, j’ai 80 ans et la vie est belle. Champagne sabré avec les voisins Marcotte et Lesieur. Reçu magnifiques roses rouges et compliments de Georges - Le matin, coiffeuse pour teinture et manucure - reçu cinq cartes de vœux et trois coups de fil - heureuse - verrai les enfants dimanche
 
Dimanche, 13 décembre 2009 - 23h35
Sainte Lucie, ma fête - il neige - Christine, Thierry et les enfants sont passés cette après-midi avec des gâteaux, un beau montage floral et des livres - avons regardé les albums photos - les petits ont pris du plaisir à façonner un bonhomme de neige rigolo - vais dormir comme un bébé 
   
Mardi, 15 décembre 2009 - 22h50
Fatiguée - courses en ville avec madame Marcotte - avons déjeuné sur la Grand-Place - me suis offert une nouvelle robe et un collier
 
Dimanche, 20 décembre 2009 - 00h45
Rentre du spectacle - chorales formidables - ai envie de chanter moi aussi - m’inscrire chez les Colibris ??? Hé ! Hé ! Idée à creuser
   
Vendredi, 25 décembre 2009 - 02h20
Thierry vient de me raccompagner - bras remplis de cadeaux - réveillon merveilleux - succulent dîner aux chandelles - Petit Papa Noël et cantiques repris en chœur - frissons de bonheur
   
Jeudi, 31 décembre 2009 - 23h50
La semaine a été bien remplie et nous voilà déjà au réveillon. Je profite d’un petit passage à la salle de bain pour vérifier ma tenue et poser ces quelques mots. Tous les voisins sont là et chaque ménage a garni le buffet d’un mets délicieux - super ambiance - ai prévu de la musique et allons danser - Georges est si bon danseur - la nuit est, et sera folle - Vive l’an neuf
   
Jeudi, 7 janvier 2010 - 01h15
Georges m’a emmenée au théâtre - fierté d’être à son bras - spectacle profond et intéressant - à refaire absolument et ce sera moi qui l’inviterai

 

 Mon cher journal, j’ai à présent 80 ans et un mois. Au nom de notre vieille complicité, je t’avoue le secret de mon bonheur. Mais chut ! Garde-le pour toi : depuis un mois, la nuit, je mens.

 

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Publié le 14 Mai 2012

046.JPG                                                      (version soja et cassonade)
Ingrédients 
- 600 gr de rhubarbe nettoyée et coupée en petits morceaux
-  3 œufs
- 150 gr de cassonade blonde ou de sucre
- 60 gr de farine
- cannelle en poudre
- ½ sachet de levure
- 10 cl de lait écrèmé
- 1 berlingot d’Alpro ou Bjorg cuisine (soja au rayon crèmerie) ou de crème fraîche (25 cl)
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Préparation
 
- Préchauffer le four à 180°
- Blanchir la rhubarbe durant une minute et bien l'égoutter
- La répartir dans une forme légèrement beurrée
- Saupoudrer du sucre vanillé et d’un peu de cannelle
- Dans un plat, battre les trois œufs et la cassonade ou le sucre
- Ajouter le berlingot d’Alpro ou la crème
- Ajouter la farine, le lait et la levure
- Verser la pâte sur la rhubarbe et enfourner pour 40’ à 180°
 
Bon Appétit  

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Publié le 13 Mai 2012

 
 
                                                                               
- Bonjour Max ! Tu veux bien que je t’appelle Max comme le font tes copains ? Ne crains rien, je suis là pour t’aider.
M’aider, tu parles !  Qu’est-ce qu’elle croit cette infirmière ? Je suis assez grand pour me débrouiller tout seul.
-  J’ai une idée ! Si tu faisais un dessin... ça te plairait de faire un dessin ? Regarde dans cette boîte, tu y trouveras des feutres de toutes les couleurs et voilà un bloc de papier. Je te laisse un moment, profites-en pour dessiner ce qui te passe par la tête et après, si tu le veux, nous discuterons.
Ho là ! Elle veut me piéger cette dame. J’ suis plus un petit môme et puis dessiner quoi ? Faudrait pas qu’il traîne en chemin Schmock. Oui, j’sais, j’exagère, j’ai toujours besoin de lui… surtout ces derniers temps.
- Schmock ???…  Schmock ???… 
D’habitude, il apparaît au premier appel mais ici je ne peux pas crier trop fort, même pas dans ma tête. L’infirmière n’est pas loin, elle me surveille et j’veux pas  qu’elle regarde en moi.  Pff ! J’ai envie de retourner en classe, c’est justement l’heure de math. J’adore ça les maths même que Monsieur Bruno prépare des questionnaires rien que pour moi et mes copains ils ricanent : « chouchou, chouchou »
- Schmock ???…
Pff, où il est ? Il était plus rapide avant, comme la première fois où je l’ai rencontré.  Je m’ souviens, c’était pendant une leçon de piano. J’aime pas le piano ! Moi, je rêve de jouer de la guitare comme Serge le copain de Papa, mais maman dit d’un air pincé que le piano c’est plus Pres -Ti – Gi- Eux.
Des gammes et encore des gammes, on voit bien que c’est pas elle qui s’y colle.
   
511966096 Ce jour là, le métronome m’énervait, m’énervait et tout bas, je disais « schmock, schmock » à chaque battement comme pour me venger de ne pas pouvoir le jeter à la tête de la prof. « Schmock » et j’ai aperçu, assis sur le tabouret, un autre moi. C’était bizarre et super chouette, je pouvais entrer, sortir, jouer à la play-station et mon autre moi, lui, jouait du piano. Bien d’ailleurs, très bien. Si bien que la prof avait l’air étonné et qu’elle a dit : « Bravo, Maximilien, tu as fait d’énormes progrès » C'est depuis lors que Schmock est devenu mon plus fidèle ami. Il est toujours d’accord pour me remplacer quand je l’appelle.
Mais, zuuut ! aujourd’hui, il n’apparaît pas. Il est peut-être fâché ou bien il en a assez de vivre ma vie ? Sûr, c’est pas le pied.
   
- Schmock ???...
Je t’en prie, Schmock, sors-moi d’là. Je déteste cette salle, je m’ sens prisonnier et ces feutres me brûlent les doigts. Ouais ! D’accord ! T’ en as marre de prendre les coups à ma place… je n’ t’en veux pas, tu sais ? Quand mes parents ils s’ disputent, c’est toujours Maman la perdante et je la protège. C’est ainsi. Enfin, TU la protèges en t'interposant.
Quoi ? C’est plus possible ? Comment, tu ne veux plus m’aider ? Schmock, ne m’ laisse pas tomber, sans toi jamais je n’ résisterai. Tu m’ vois, tout seul face à eux ? Et puis, s’ils se disputent c’est peut-être de ma faute... « Maximilien ceci, Maximilien cela » ils ne sont jamais d’accord à mon sujet. Sûr que je les gêne et qu’ils en ont marre de moi !
Non, j'pleure pas... mais bon d'accord, t' as raison Schmonck, je vais dessiner !
 
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(Dessin d'un blog disparu)

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Publié le 9 Mai 2012

            
Ce texte lu par Sagine est à écouter ici

C'était une fille intemporelle, légèrement décalée sinon pourquoi se serait-elle intéressée à lui, le marginal, le torturé ? Elle l’avait approché une nuit de pleine lune, une lune belle à réconcilier tout l’univers. Sans un mot, elle avait pris place à ses côtés sur le muret bordant le ruisseau. Tout comme lui, jambes pendues dans le vide et yeux dans les étoiles, elle avait suivi le lent parcours de la lune jusqu’au moment où l’astre perdit peu à peu de son éclat. Alors seulement il lui dit : "Je me prénomme Yann, puis-je vous appeler Moon ?"

Elle avait souri et d’une inclinaison de la tête avait acquiescé à sa demande puis d’une voix douce elle précisa : "Je viens d’emménager dans la petite maison au fond de la cour et mon prénom est Lola mais pour vous, je serai Moon"
 
Le soir, en rentrant de la ville, elle prit l’habitude d’aller saluer Yann et son oncle Pierre un ancien menuisier. Trois petits coups frappés à leur porte arrière donnant sur la cour et elle pénétrait dans l’antre des vieux garçons, traversait l’atelier et les rejoignait dans la petite cuisine sombre. Souvent, Yann était assis sur un long banc de bois, occupé à rouler de fines cigarettes et l’oncle Pierre, la pipe aux lèvres, la saluait d’un "Voici la Moon !" Alors, étirant son long corps maigre, il quittait le haut fauteuil installé à gauche de la cuisinière ronronnant ; c’était le moment pour lui de donner d’innombrables tours de clé ou de remonter les poids de ses horloges, coucous, pendules et carillons. Parfois Moon restait auprès de Yann à dialoguer sur de nombreux sujets, subjuguée par sa culture impressionnante et d’autres fois, elle accompagnait l’oncle Pierre dans la visite journalière à sa collection d’antiquités.  
                                                     
                                                     
En peu de temps, il lui fit découvrir toutes ses merveilles, lui expliqua leur provenance et leur histoire propre. Celle de la pendule de bronze, chuchotée à son oreille, l’émut aux larmes ; seule rescapée du bombardement allemand qui coûta la vie aux parents de son neveu, elle était à leurs yeux la plus précieuse de toutes.
Pour Moon, l’oncle Pierre sortit aussi de l’armoire de la "bonne chambre" sa merveilleuse collection de montres à gousset, ses innombrables pipes à têtes d’écume et même les napperons en dentelles de sa grand-mère. Un vendredi, il lui dit : "Dimanche, si le temps est beau, je te réserve une surprise" Sa curiosité piquée à vif, Moon attendit avec impatience d’être enfin dimanche. Pour une surprise, ce fut réussi.
 
Du grenier, ses amis avaient descendu dans la cour un étrange vélo qu’ils lui présentèrent sous le nom de grand-bi et Yann prit plaisir à la photographier juchée sur le vénérable ancêtre à l’énorme roue avant.   
Les mois avaient passé et petit à petit, grâce aux confidences de l’oncle Pierre, Moon cernait mieux le mal de vivre et la révolte qui habitaient Yann depuis le décès de ses parents, sa difficulté à réintégrer une vie sociale normale, à laisser libre cours à ses talents artistiques, à ses dons d’ébéniste. « Il vit avec moi depuis tout ce temps mais je me fais vieux et après ? » disait-il parfois à Moon. " Et toi, Moon, tu es bien jeune pour rester seule ? " 
"Oh ! Moi…" et elle souriait d’un regard voilé de tristesse sans se livrer d’avantage.
 
Les soirs d’été, ils s’installaient tous trois dans la cour et leur simple bonheur était d’observer le coucher du soleil au travers de verres teintés. Quand les nombreuses et diverses sonneries signalaient 22 heures 30, ils se séparaient et parfois l’ocarina de Yann déchirait le silence de la nuit, fendant le cœur de Moon de sa sonorité étrange.  Quand l’automne vint, un homme pénétra dans la cour et interpella l’oncle Pierre d’un « C’est ici que vit Lola ? Je suis son père ! » Lola ? La Moon ? « C’est là » répondit le vieil homme, « Mais elle ne rentrera pas avant ce soir » Sans un mot de remerciement, l’homme s’assit à même le seuil de la maison de sa fille et l’attendit.

 

Le lendemain matin, Lola inconsolable et affolée par ce qu’elle venait de découvrir, pleurait et pleurait encore face à la porte de l’atelier ouverte à tous vents. Son père, son propre père qu’elle venait à peine de retrouver après ses longs mois d’emprisonnement l’avait trahie. Pourquoi ? Pourquoi, à peine libéré, avait-il à nouveau commis un vol ? Pourquoi s’en prendre à ses amis, à ces deux hommes qu’elle aimait ? Comment dire à l’oncle Pierre ses remords de ne pas s’être confiée à lui en lui révélant la vie malhonnête que menait son père ? Pourra t-elle un jour retrouver l’estime de Yann et comment lui expliquer que sa chère pendule avait disparu à jamais ?
 
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Publié le 8 Mai 2012

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Ingrédients   (Pour une forme à cake de 25 cm de long)
- 1 ravier de 200 gr de Cottage Cheese Danone
- 2 œufs
- 90 gr de sucre
- sucre vanillé
- 25 gr farine ou maïzena
- 2 cuillères à soupe de Becel cuire et rôtir (margarine liquide)
- 8 boudoirs ou autres biscuits secs
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Préchauffer le four à 180°
Réduire les boudoirs en poudre - y incorporer les deux cuillères de Bécel (margarine liquide)
Placer ce mélange dans le fond de la forme légèrement beurrée, bien tasser et mettre au réfrigérateur
Séparer le jaune et le blanc des œufs
Faire blanchir les deux jaunes avec 70 gr de sucre + sucre vanillé
Ecraser le Cottage Cheese dans une assiette pour supprimer le plus de grumeaux et le rendre plus homogène
Ajouter au mélange sucre-jaunes d’œuf et mélanger
Ajouter la farine tamisée et continuer à mélanger
Battre les blancs en neige avec 20 gr de sucre et une pincée de sel
Ajouter délicatement à la pâte
Verser dans le moule et enfourner pour 35’
Laisser tiédir avant de démouler
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Publié le 6 Mai 2012

 

C’est l’effet Larsen, on ne peut plus dormir et Karly râle :

 
- Savent pas régler leurs micros une fois pour toutes ces crabes ?
 
Il maugrée toujours Karly quand ses névralgies récurrentes lui taraudent l’œil droit et lui vrillent sans répit une douleur lancinante dans le crâne. Depuis notre arrivée, tard dans la nuit, il est harassant à force de rouspétances. Vivement qu’il se rendorme pour quelques heures mais c’est pas gagné.
 
- Mets tes boules dans les oreilles, Karly, et puis tais-toi, ça va passer.
- Passer ! Passer ! Grmm…
 
Karly s’est recouché, lové sur lui même. Je me penche vers lui pour ajuster sa couverture quand il m’attrape le bras en murmurant :
- Me laisse pas seul, hein Manu !
- Mais non, vieux pote ! Je vais juste chercher de quoi manger.
 
Mon survêt, mon portefeuille et je quitte le mobil-home en direction de l’esplanade. D’un côté, les techniciens sur le podium et de l’autre l’équipe responsable de la pyrotechnique sont en effervescence pour mettre au point le spectacle « Son et Lumière » de ce soir. Et l’ami Larsen est toujours présent… pauvre Karly !
Comme chaque jour depuis… depuis quand déjà ? Je ne le sais plus… comme chaque jour, je m’occupe de l’intendance, de la bouffe, de l’itinéraire du jour suivant, de la pub, des prospectus à faire distribuer, des costumes de Karly, des contacts avec les agents artistiques. Cuisinier-blanchisseur-manager-chauffeur, en voilà une référence à rallonge à mettre en évidence sur un cv…
 
Je traîne, je flâne, je prends le pouls de la petite ville histoire de laisser à Karly le temps de récupérer. Quand je rentre, il dort profondément malgré le brouhaha environnant - merci les anti-douleurs - et je prépare le déjeuner. Ce sera notre seul repas avant le spectacle.
 
 - Manu, t’es là ?
Il se lève, va pisser et me rejoint sur la banquette.
Pas beau à voir mon pote Karly ! Cheveux grisonnants en bataille, barbe à l’avenant, teint blafard, paupière droite à moitié fermée, rides profondes, tee-shirt chiffonné… il me filerait le bourdon.
 
- Mange Karly !
Et Karly mange sans se faire prier en émergeant lentement dans la réalité. Alors, je sais que ma tranquillité d’esprit est terminée.
- Je passe à quelle heure ?
- 22 h30, juste avant le son et lumière.
- Et hier soir ?
- T’as été au top, Karly ! Les gens ont quitté la salle le soleil au cœur.
- Comment tu le sens aujourd’hui ?
- Ce sera un triomphe, tu le sais !
 
Mais Karly ne le sait pas, il doute, il faut sans cesse le rassurer, ne rien négliger pour que tout soit parfait et surtout être là, ne pas le laisser seul avec ses vieux démons.
 
22h30 - Dans un tonnerre d’applaudissements Karly tout sourire monte sur le podium. Il est plus beau que jamais sous son maquillage et ses cheveux poudrés d’argent assortis à son costume à paillettes. Les douleurs et les inquiétudes, matées, sont restées tapies dans le mobil-home. Déjà mon vieux pote redevient le ténor adulé, celui qui jadis faisait résonner les murs des plus prestigieux opéras et une fois encore je me laisse surprendre à en avoir la chair de poule.
 
Chapeau Karly ! Chapeau l’artiste.
 
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Pour Impromptus  signé Nym          
 
 

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Publié le 2 Mai 2012

 
 
- Ne pleure pas, fils, elles reviendront !
Miloa prononce ces mots d’une voix enrouée. Le départ des femmes lui déchire le cœur et comme ses compagnons il reste figé d’angoisse. Une fois de plus, ils se sentent impuissants face aux exigences de Tora, le tyran, et humiliés de devoir leur survie au courage des femmes et des fillettes du clan.
 
Fières femmes ! Dignes représentantes des Vanik !
Laone, épouse de Miloa, tire la charrette et à grands pas donne la cadence à la marche ; Zyra, son étrange enfant collé à son flanc droit, la suit le regard vague ; à l’arrière Noû, la guérisseuse, et la jeune Bêine portant un chiot dans sa besace veillent sur la sécurité de la petite Riva juchée sur le contenu de la charrette ; pas une ne se retourne et bientôt elles disparaissent aux regards des hommes.
Noû, la guérisseuse, entame alors une énigmatique mélopée reprise en chœur par ses compagnes. A chaque lunaison, ce rituel se répète, Tora, le tyran exige de voir les femmes du clan des Vanik. Il les veut belles, gaies et chargées de vivres : miel, châtaignes, poulets ou poissons séchés, œufs, hydromel et même chanvre tissé viennent ainsi garnir son antre en échange d’un bout de terre concédé aux Vanik.
 
Plus les femmes avancent, plus elles prennent de l’assurance. Aujourd’hui, sera le grand jour. La petite Riva, innocente enfant, ne semble pas prendre conscience de l’enjeu dont elle est partie prenante mais ses mère, tantes et sœur sont résolues à ne pas l’offrir en pâture au monstre. Sitôt arrivées dans la cour de Tora, elles l’appellent à grands cris joyeux : « Tora, beau mâle, où te caches-tu ? Tora, beau mâle, nous voilà ! » Et Tora bombant le torse de fierté se présente alors à elles qui aussitôt l’assaillent de paroles douces et envoûtantes.
- Vois,Tora, ce que nous t’apportons ! Un magnifique chiot… du miel pour adoucir ta voix… de l’hydromel pour rendre ton esprit clair… du musc dans ce joli flacon… et dans ce sac du gingembre pour ta puissante virilité !
 
Tora flatté par tant d’enthousiasme caresse la croupe de l’une, vole un baiser à l’autre mais son regard ne quitte pas la petite Riva, celle qu’il a exigée en cadeau spécial pour la prochaine éclipse de lune. Déjà, ses bras puissants tentent de s’en emparer quand Laone, froidement, saisit à deux mains une lame dissimulée sous sa robe et lui enfonce avec force en plein cœur. Les yeux du tyran se révulsent d’incrédulité et en un instant la dame noire a terminé son œuvre.
 
Alors, Zyra, au regard vague, frissonne et serre tendrement son étrange enfant contre son flanc. Les hommes du clan sont ses vrais pères et celui-ci, qui gît à présent à leurs pieds, ne lui portera désormais plus aucun ombrage.
Quand le corps ensanglanté du tyran bascule de la charrette dans le profond précipice la chienne aboie dans le clan des Vanik. Elle le sent, son chiot n’est pas loin et les hommes, soulagés par ce signe, hurlent de joie.

 

Bientôt, leurs femmes, ces déesses, seront là !

 

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Pour Miletune d'après une oeuvre de Fanny Ferré 

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