Publié le 7 Avril 2020

 

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C’est comme un besoin, une évidence, aujourd'hui il lui faut parcourir les chemins de son enfance. Déjà elle gravit la butte menant à la petite chapelle. Dans la prairie, des chevaux tête-bêche unissent leurs efforts pour chasser à coups de queue les premiers insectes. Le printemps est là !

Deux cyclistes font tinter leur sonnette et la sortent de sa rêverie. Gare, ils sont pressés.

En passant devant la maison de Mathilde elle sourit. Pour sûr la nonagénaire à sa fenêtre aurait envie de faire un brin de causette mais inhabituellement elle se contente de faire un signe de la main puis elle lève un pouce en forme de « tout va bien pour moi »

Rassurée sur le sort de Mathilde elle dévale à présent le chemin menant au fond de la vallée. Un couple de marcheurs venant en sens inverse s’écarte vers le talus pour la laisser passer. Sensation étrange. Serait-elle pestiférée ?

 

Le ruisseau encore gonflé des dernières pluies et averses de neige serine son chant sans fin. Là, près du pont, elle allait jadis se baigner avec ses frères et ses amies dérangeant probablement les truites arc-en-ciel…

Le ciel ? Il est si limpide aujourd’hui sans les innombrables traces blanches des long-courriers rejoignant Londres, Amsterdam ou New-York.

Du clocher de l’église le temps s’égrène à travers la campagne… dix, onze coups de cloche et puis seuls les chants des oiseaux poursuivent l’animation. Une jeune femme précédée par son enfant juché sur son petit vélo s’approche d’elle. A son tour elle s’écarte pour les laisser passer en se risquant à un petit sourire. La femme, yeux rivés à son portable, l’a-t-elle seulement aperçue ? Elle en doute… Bof !

 

 

Le banc posé dans une courbe du sentier traversant le pré semble lui faire des reproches : Hé, tu me délaisses ? Ne suis-je plus qu’un peu de bois dur ? N’as-tu pas, comme d’habitude, envie de te reposer sur moi et d’observer la maison de ton enfance ? Mais pour toute réponse elle se contente de le caresser furtivement. Le pauvre ne sait pas qu’il est mis au ban de la société.

Un bourdon délaissant une jonquille vrombit autour de l’hôtel à insectes et déjà le chemin rejoint la plaine de jeux désertée de toute présence enfantine. Quel gentil génie les délivrera de ce sortilège maléfique elle, ces jeux et le banc là-bas ?

Probablement pas la police faisant son boulot, pas toujours facile, de veiller au bon respect des mesures exceptionnelles prises en ces temps troubles d’épidémie.

Circulez braves gens, seul ou à deux, à pieds ou à vélo en partant de chez vous et en vous tenant au minimum à un mètre cinquante de distance l'un de l'autre.

Circulez, il n’y a rien à voir !

 

Mais elle sait son enfance bien cachée dans un coin de son cœur et comme souvent c’est là qu’elle puise la force de continuer encore et encore son chemin de vie.

 

Où la mènera-t-il demain ?

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