Publié le 27 Juillet 2012

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         François Gall - Trouville

 

 

Les vagues vont, viennent et ourlent d’écume chantante le sable blond.

Dans le ciel bleu de paisibles nuages blancs migrent lentement.

 Au bord de la grande bleue, ils sont assis, paisibles, heureux.

Ici, l’une tricote, l’autre lit. Là-bas, deux groupes d’ados se disputent un ballon.

 

- Il sera imprenable mon château fort, affirme un bambin.

- Regarde mes zolis coquillages, rétorque fièrement sa sœur.

- Le premier dans l’eau a gagné, lance joyeusement la monitrice.

- J’ai chaud ! J’ai soif ! Tu as pensé au goûter ? questionne le gourmand.

- Venez que je vous enduise de crème solaire, dit une mère.

 

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Les vagues vont, viennent et ourlent d’écume chantante le sable blond.

Dans le ciel bleu de paisibles nuages blancs migrent lentement.

 Au bord de la grande bleue, ils sont assis, inquiets, peureux.

Une prie, l’autre survit. Là-bas, deux groupes d’ados se disputent un crouton.

 

- C’est comment l’Europe ? demande un petit.

- Peut-être comme une oasis, répond sa sœur rassurante.

- Le premier embarqué aura la meilleur place, lance un homme anxieux.

- J’ai chaud ! J’ai soif ! Mangerais-je ce soir ? constate un vieillard fatigué.

- Venez ! Le passeur va nous conduire à la crique, dit celui qui semble diriger.

 

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 Les vagues vont, viennent et ourlent d’écume chantante le sable blond.

Dans le ciel bleu de paisibles nuages blancs migrent lentement.

 

Groupes d’anonymes, mélange de nationalités.

Les uns regardent vers le sud.

Les autres vers le nord.

Seul un filet de mer les sépare.

Où seront-ils demain ?

 

Et, inlassables, les vagues vont, viennent

et ourlent d’écume chantante le sable blond.

 

 

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Pour Miletune Clic

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Publié le 23 Juillet 2012

 
 
Je m’en souviens de l’anniversaire de mes huit ans ! Et surtout de la veille au soir. C’était un banal crépuscule d’été avec les voisins installés sur le seuil des maisons pour discuter à la fraîche alors que nous, les enfants, jouions « aux raquettes » en attendant le passage du glacier.
 
- Moi, je prendrai une boule pistache et une au chocolat. Et toi ? 
 
Nous salivions de plaisir avant même d’entendre le chant joyeux de la corne dans laquelle Joseph Mizerrotti soufflait avec entrain pour signaler son passage.
De temps à autres, nous étions dérangés par le passage d’une voiture. Tip, tap ! Le volant de badminton s’échangeait alors en des passes moins longues sur l’accotement puis, le véhicule disparu derrière le tournant, nous reprenions place sur la route, fiers d’avoir pu maintenir nos échanges sans faiblir. 79, 80, 81… Il fallait tenter de battre notre record en duo mais sitôt la moindre maladresse nous cédions le tour à une autre équipe de joueurs.
 
Les hirondelles, insouciantes et volubiles, rivalisaient de vitesse et de grâce dans le ciel, nous promettant un lendemain tout aussi ensoleillé. Pourtant la température fraîchissait et je n’avais pas encore entendu Maman nous héler par dessus le mur du jardin d’un « venez enfiler vos gilets » ou d’un « il est l’heure les petits » adressé à mes deux plus jeunes frères.
 
Et puis, une voiture inconnue s’est arrêtée devant notre porte. Notre père est sorti de la maison une valise à la main et il l’a déposée dans le coffre. Maman est apparue à son tour et tous deux se sont installés à l’arrière du véhicule qui a démarré aussitôt.
Où allaient-il ? 
 
- Pourvu que tout aille bien ! a dit Madame Lilly, notre voisine.
Tout quoi ?
 
Toutaillebien, toutaillebien ! Tip, tap ! Toutaillebien, tip, tap, toutaillebien !
Demain, j’allais fêter mon huitième anniversaire et soudain je me sentais triste.
Toutaillebien !
Plus envie de jouer, plus faim de glace !
 
Les deux aînés, des jumeaux que moi seule distinguais l’un de l’autre, ont surgi sur leurs vélos.
- Il faut rentrer et aller se coucher. Demain, Bonne-Maman sera là !
Les petits n’ont pas posé de questions. Moi non plus !
 
Toilette sommaire, pyjamas passés en se chamaillant et déjà la nuit nous enveloppait de sa cape protectrice. Les yeux rivés sur le réveil aux aiguilles fluorescentes, j’attendais minuit dix, l’heure de ma naissance.  Mais mes yeux se sont fermés bien avant le changement de jour.
 
Une-petite-soeur.jpgAu matin, Bonne-Maman nous a réveillés en criant dans la cage d’escalier :
- Qui veut du cacao ? Vous avez une petite sœur, elle est née hier soir !
Une petite sœur ? Pour mon cadeau d’anniversaire ? Alors, je ne serai plus la seule fille parmi les garçons ? Et comment est-elle née un jour avant moi alors qu’elle est plus jeune ?
Les questions se bousculaient dans ma tête de grande sœur.
 
- Vous pourrez aller la voir demain après-midi, maintenant Maman a besoin de repos, a simplement expliqué Bonne-Maman.
 
Et la journée de vacances s’est déroulée comme à l’accoutumée en jeux et courses dans les chemins creux. Le soir, l’absence de Maman m’a donné des bleus au cœur. Elle seule n’aurait pas oublié mon anniversaire, elle seule m’aurait offert trois boules de glace exceptionnellement garnie de chantilly.
 
J’avais huit ans et une petite soeur.
 
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Publié le 20 Juillet 2012

 
- Tu étais ravissante, me dit Marie en contemplant longuement le tableau suspendu dans le salon. Sans répondre, je souris à ma fille. Son statut de future mariée éveille en elle toutes les curiosités, suscite maintes questions et ce qui hier l’indifférait prend à présent valeur de référence. 
 
Je souris, enfin j’essaie de donner le change. J’en ai assez ! J’ai mal au cœur, au corps, aux souvenirs. La préparation de ce mariage me mine chaque jour davantage et cette peinture nuptiale, ce moment de vie figée mais pour moi tellement évocateur, doux et douloureux à la fois est un supplice permanent depuis tant d’années.
 
Marie rit et se moque de l’oncle Léon : - Était-ce son mouchoir ou une serviette de table ?  Elle remarque la bonhomie de son grand-père qu’elle a peu connu : - Avec son gros bedon, il a bien fait de coincer la serviette sous sa barbe. Mamie est très élégante avec sa robe garnie de dentelle, par contre Mémé d’habitude si gaie semble bien sévère ainsi chapeautée.
 
Je ferme les yeux et j’entends le bruit des verres qui s’entrechoquent.
 « A la santé des jeunes mariés » « Longue vie à vous deux» « A votre bonheur » Doucement, deux larmes jaillissent et glissent lentement sur mes joues. Marie poursuit d’un - C’est rigolo de voir le visage de Papa posé ainsi, lui qui t’appelle toujours « mon bras droit » Elle se tourne alors vers moi et se méprenant sur mon visage mouillé me dit : -Ne pleure pas Maman, tu es toujours aussi jolie.
 
A nouveau, je lui souris comme je sourirai demain, comme j’ai toujours souri. Et pour moi seule je chanterai en secret cette chanson mélancolique les yeux plongés dans les yeux de cet homme, de ce peintre étranger ami de mon mari, son témoin dont je suis tombée follement amoureuse le jour de mes noces. Mon impossible amour !
 
J'aimerai toujours le temps des cerises :
C'est de ce temps là que je garde au coeur
Une plaie ouverte.
Et dame Fortune, en m'étant offerte,
Ne pourra jamais fermer ma douleur...
J'aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au coeur.
Le-temps-des-cerises.jpg
 
    La chanson de la mariée - Gunnar Berndtson
 
 
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Publié le 17 Juillet 2012

 
La très belle et intéressante expo "Golden Sixties" est visible à la gare de Liège - Guillemins (Belgique) jusqu'au 28/04/2013. Dans les décors du mur de Berlin, du poste d'observation de l'assassin de John Kennedy, des barricades de mai 68, du quai de Saint Tropez, de l'atelier d'Andy Warhol, de la Lune ou du couloir de l'hôtel du film "La grande vadrouille" toute la vie de la décennie défile et l'on redécouvre la révolution politique, celles des moeurs, de la culture, de la technologie et de l'économie. Documents sonores et visuels, objets de la vie quotidienne ou oeuvres emblématiques agrémentent ce parcours de qualité.
Voici un petit diaporama pour vous en faire découvrir une minuscule partie et vous donner l'envie de la visiter à votre tour. La qualité des images laisse à désirer mais il n'est pas aisé de photographier dans la foule et sous les lumières éblouissantes.
Bonne visite !

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Rédigé par Mony

Publié dans #Partage

Publié le 15 Juillet 2012

 
Tu m’en parlais peu, ces mots là franchissaient tes lèvres avec difficulté. Seule ta tendresse ne faisait pas défaut. Moi, je ne posais jamais de questions. Je me sentais dans la normalité aussi pourquoi l’aurai-je fait ?
      
Tant d’enfants ont un père ou une mère venus de loin, tant d’enfants sont fils ou fille de parents divorcés et connaissent alternativement le foyer du père ou de la mère. Dans notre ville cosmopolite rien ne me distinguait et si tu vivais d’une façon si différente de Maman, ce n’était pour moi qu’enrichissement. Bercée entre vous deux, mon enfance fut heureuse.

 

Un jour, à l’école, "eurasienne" un mot si doux à mes oreilles m’a dévoilé ma particularité affirmée jour après jour au fil de mon adolescence. Élevée à l’européenne je suis fille d’Asie par mon aspect et dans tes yeux posés sur moi une flamme de fierté et d’amour brillait.

 

Tu m'en parlais peu. Par pudeur ou pour me préserver tu étais discret sur ton passé mais pourtant je pressentais ta nostalgie, tes non-dits, tes racines déchiquetées dans la souffrance et à mon tour je me taisais. La jeunesse en moi ne voyait que l’avenir.

 

A présent, tu n’es plus de ce monde mais je te sens toujours à mes côtés et pour cette partie de toi si imbriquée au fond de mon âme je sais qu’un jour j’irai là-bas la découvrir enfin.

 

(mes textes sont des fictions)

 

 

 

Chanson de : Clic

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Rédigé par Mony

Publié dans #Partage

Publié le 11 Juillet 2012

 
     
Ingrédients pour une quinzaine de chouquettes :IMG 1232
 
- 25 cl d’eau froide
- 60 gr de beurre ou de margarine (ici, Becel cuire et rôtir - margarine liquide)
- 3 cuillères à soupe rases de sucre semoule
- 1 sachet sucre vanillé
- 1 pincée de sel
- 150 gr farine
- 4 oeufs
- du sucre en grain
 
Préchauffer le four à 200°
Dans une casserole faire bouillir l'eau avec le beurre, le sucre et le sel.
Quand l'eau est à ébullition y verser d’un seul coup la farine tamisée et mélanger bien avec une cuillère en bois.
La pâte doit se détacher du bord de la casserole et de la cuillère en bois.
Enlever la casserole du feu et ajouter les oeufs un à un afin de bien les intégrer à la pâte.
Garnir une grille de papier sulfurisé et y déposer de petites boules de pâte à l’aide de deux cuillères ou d’une poche à douille.
Ajoutez quelques miettes de sucre en grain sur chaque petit pâton.
Enfourner à 200° pendant 15’ ensuite abaisser la température à 175° pour 10 à 15’
Laisser les chouquettes encore 5’ dans le four éteint et ouvert puis les faire refroidir sur une grille.
 
Un délice !
 
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Publié le 11 Juillet 2012

 
Chère Mademoiselle Margoul,
comme promis je vous écris de Grèce où, comme vous pouvez le voir au recto, j’ai visité le temple de Poséidon. J’ai bien pensé à vous et me suis remémoré votre frayeur quand, il y a trente ans, vous m’aviez si gentiment accompagné au cinéma Rex. Il est vrai que ce doit être angoissant d’être prisonnier d’un paquebot quille en l’air ! Il y a, ici, du marbre blanc très pur et, à la prochaine assemblée générale des propriétaires, j’ai l’intention de suggérer ce matériau pour remplacer le revêtement du sol du hall de l’immeuble. Qu’en pensez-vous ? Hier soir, au bar de l’hôtel, j’ai dégusté un verre d’Ouzo. Je vais en ramener une bouteille et nous pourrons ainsi comparer cet alcool avec votre fameux Marie Brizard.
Bien à vous, Achille Mermer
(ps : auriez vous l’amabilité de conserver le timbre pour ma collection ?)
 
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Publié le 9 Juillet 2012

 

     Johan marchait d’un pas résolu vers la croisée des chemins quand une odeur ancienne, surgie de sa mémoire olfactive, lui procura une nausée soudaine et inattendue. Ce relent fielleux aussitôt suivi d’une vision précise de livres rangés sur une étagère, d’un réveil et d’une collection de coquilles d’escargot évoqua pour lui la ligne d’un temps qu’il aurait voulu ne jamais connaître. Il dut s’arrêter, inspirer, expirer, chasser au loin son cauchemar… Peu à peu, il reprit son calme et hésita longuement en tournant la tête à droite puis à gauche. Un haussement d’épaules, une nouvelle inspiration profonde et, malgré le soleil au zénith, Johan se décida pour le chemin de droite, celui qui longeait la crête sur environ deux kilomètres. Le parcours serait plus long, moins aisé, mais lui assurait une vue splendide sur la vallée et surtout une approche plus discrète du village. Ces lieux, il les connaissait pour y avoir déambulé tant et tant de fois avec les enfants de son âge. Chasse aux papillons, récolte de mûres, maraude dans les vergers, descentes en luge ou simple jeu de piste, tout leur était prétexte pour parcourir la colline en toute liberté. Ce fut pour lui l’époque bienheureuse de l’innocence.

 

Arrivé à hauteur du « Nez de Napoléon », ce gros rocher en surplomb, Johan fit une pause et observa le bourg en contrebas. Pas un son ne parvenait jusqu’à lui. Cependant son esprit fidèle lui restituait, intacts, le gargouillis de la fontaine, les pas des passants arrondissant les vieux pavés et même les chuchotements sournois que adolescent il croyait percevoir sur son passage. Ce dernier souvenir fit une fois de plus monter en lui cette bouffée de rage qu’il connaissait bien et qui le tenait debout, déterminé. Comme aimanté son regard se tourna alors en direction de la petite église à laquelle s’accolait le presbytère au toit bancal.

 

Bancal, voilà exactement comment Johan se sentait depuis… longtemps, trop longtemps. Et cet article lu par hasard dans « Le Matin » du mardi ne faisait qu’accentuer son handicap invisible. Il ferma les yeux quelques instants, sembla se recroqueviller puis en s’ébrouant il saisit la bouteille d’eau dans son sac à dos et but goulument comme pour se purifier de cette douleur vrillée à son corps. En refermant le sac, il songea avec regret à la paire de jumelles oubliée dans sa voiture garée, anonyme parmi des dizaines d’autres, sur le parking du supermarché implanté aux abords de V. en aval. Mais peu importe cet oubli ! Même avec les yeux fermés Johan aurait su exactement vers où se diriger. Ici, rien ou presque n’avait changé ; le temps s’était égrené lentement, une saison suivant l’autre immuablement.

 

13 heures 15 ! D’un pas assuré, Johan entama la descente vers le village. A cette heure, il ne risquait pas de rencontrer grand monde dans les rues et d’ailleurs qui aurait reconnu en l’homme qu’il était devenu le frêle adolescent timide parti il y avait plus de vingt ans pour la grande ville avec ses parents ?

 

Quand il sonna à la porte de l’ancienne bâtisse, l’horloge du clocher à l’exactitude éprouvée marqua en écho la demi. En ce moment de sieste, celui qu’il ne savait pas nommer même en pensées devait somnoler, paisible, dans son fauteuil. Après un deuxième coup de sonnette, un pas trainant se fit entendre et lentement la porte s’ouvrit sur un homme âgé. D’un bond, Johan fut dans le corridor et referma le battant. Le vieux, quelque peu surpris par cette brusque intrusion, le pria de pénétrer dans le salon et lui demanda « que puis-je pour vous, mon fils ? »

 

Sans répondre, Johan suivit l’homme dont l’article dans "Le Matin" parlait d’une manière élogieuse, relevant son exceptionnellement longue présence dévouée parmi la communauté villageoise et commentant les préparatifs de la fête qui serait donnée en l’honneur de son départ tardif à la retraite.

 

Une fête ! Des honneurs ! Johan ne pouvait le supporter.

 

Oui, il y aurait une fête et elle allait commencer !

 

Le vieil homme, visiblement troublé, indiqua un siège et réitéra sa question « que puis-je pour vous, mon fils ? » Johan ne réagit pas d’avantage à ces paroles et sans se départir de son sac à dos il fit lentement le tour de la pièce. Tout était semblable à ses souvenirs si ce n’était la couche de poussière sur les vieux livres jaunis par le temps et l’usure plus marquée du mobilier et des rideaux en dentelle défraîchie. L’odeur, mélange de tabac refroidi, d’humidité, d’encens et de remugles de vieux café réchauffé, était exactement celle de jadis et une fois de plus elle provoqua en lui un haut le cœur.

 

Le temps - Eric BellinEn riposte immédiate, il balaya à grands gestes rageurs les livres et les bibelots des étagères, bouscula puis rattrapa l’homme qui, effrayé, tentait de s’enfuir dans le brouhaha des objets brisés et de la sonnerie de l’antique réveil sorti de sa léthargie au contact du parquet de bois.

Pas si vite ! Asseyez-vous ! Vous me devez quelques explications. Je vous écoute !

- Mais je te reconnais ! Johan ! Toi ici ? 

- Oui, moi ! Moi et peut-être le fantôme de tant d’autres… 

 

Le visage paniqué du vieux disait sa peur, pas ses regrets et Johan à le voir ne put s’empêcher par deux fois de le gifler. Il savait l’arme dans sa poche, il savait aussi qu’elle y resterait tapie.

 

Pas de fête, vous m’entendez ? Pas de fête, sinon vous le regretterez !

- Pardon, Johan, pardon pour tout le mal que je t’ai fait !

- Gardez vos belles paroles, elles n’ont aucun effet sur moi. Pas de fête, pas d’honneurs ! Disparaissez au plus vite ! Vous m’avez bien compris ? 

 

Et sans un dernier regard vers son abuseur, Johan sortit. Il avait subitement pris conscience que des explications s’avèreraient vaines. La souffrance serait toujours en lui mais, et il venait de le décider, elle ne prendrait plus le pas sur son destin. Le moment était enfin venu de se réconcilier avec cet adolescent en souffrance et de profiter pleinement de sa vie d’adulte, avec fierté et la tête haute. Désormais, il était un homme pressé de rattraper les années perdues dans la douleur et la honte de soi.

 

Sur la colline les rayons de soleil réchauffèrent son cœur et son corps et mirent un peu de baume sur ses plaies vives. Le pardon et l’oubli ne seraient jamais au rendez-vous mais pour Johan le temps de la rancœur et de la vengeance n’était plus !

 

 

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Pour Mille-et une  un lieu convivial dédié à l'écriture

 

Photo : Eric Belin 

 

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Publié le 6 Juillet 2012

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Elle est heureuse Mathilde, tellement heureuse depuis que son Jules est mort d’une crise d’apoplexie. Enfin elle se sent libérée et pleine de projets. Finis ces barbelés horribles, fini ce haut mur rébarbatif la cloîtrant depuis tant d’années, leur démolition est programmée pour la semaine à venir.

 

Mathilde a hâte, Mathilde trépigne, elle a un urgent besoin d’air, de lumière, de verdure, de contacts. N’y tenant plus, elle enfile son vieil imperméable, protège ses cheveux permanentés sous un bob déformé et un sourire accroché aux lèvres elle sort dans la cour.
Triste cour en béton, horrible horizon mais Mathilde a dépassé ce stade, elle est déjà entourée d’herbes fraîches et de parterres fleuris. Ici, des tulipes, là, un hortensia et là, une allée avec un banc… Le plan de son petit paradis est bien clair dans sa tête. Normal, elle le peaufine depuis tant de mois, voire d’années. Et pourquoi pas une petite mare avec un saule pleureur ? Il faudra en parler avec Marcel le jardinier pour qu’il prévoie le nécessaire. Elle l’aime bien Marcel, c’est devenu son ami et son confident. Avec lui, elle peut parler nature et non de béton ou de grillage.
  
Une sonnerie retentit et bientôt des rires et des cris égaient la cour de récréation se trouvant à quelques mètres d’elle. Mathilde frissonne, elle est fébrile. Ces gosses à portée de ses oreilles ne le sont pas encore à ses yeux et elle adore les enfants Mathilde. Pas comme Jules, lui, il n’en a jamais voulu. « Une plaie ces mioches» disait-il sans arrêt. Qu’un ballon de foot atterrisse chez eux il le crevait aussitôt et ainsi, au fil des années, il avait érigé un mur entre les deux cours. Pas suffisant pour empêcher les tirs en hauteur, il l’avait surélevé puis avait posé des fils de fer barbelés. « Je veux la paix chez moi ! » tel était son credo.
   
Une pierre descellée attire l’attention de Mathilde et de ses mains nues, elle ne peut s’empêcher de gratter le mortier, de doucement élargir l’espace vide « Ce sera déjà ça de fait » pense-t-elle et elle sourit à nouveau.
   
« Mathilde ! Mais tu es folle, ma parole ! » La voix courroucée de Jules résonne
brusquement contre la paroi. Mathilde se retourne effrayée, son cœur bat la chamade.
Personne ! Et pour cause, là où il est son Jules n’a plus droit à la parole.
Quand donc cessera le sentiment de culpabilité qu’il a toujours su tenir en éveil chez elle, quand son subconscient lui permettra-t-il de s’épanouir sans crainte ? En réponse à ses questions elle creuse de plus belle sans se soucier de casser ses ongles ou de s’écorcher un doigt. Une deuxième pierre tombe à ses pieds et un courant d’air frais frôle son visage.
     
A pleins poumons Mathilde respire la vie, Sa Nouvelle Vie.
 
 

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