Publié le 29 Novembre 2012

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                              Je me rappelle fort bien comment j’ai cessé de peindre, ce fut de façon toute naturelle, sans effort, sans regret. Pour moi, l’ouvrage était terminé voilà tout. Et l’ouvrage, le bel ouvrage ça me connaît, jamais je n’ai rechigné à la tâche, jamais je n’ai bâclé le travail ou supporté la moindre imperfection.

Je me rappelle fort bien ! C’était un jeudi de septembre, le 24 pour être précis et aux infos on venait d’annoncer le vol d’un tableau de Magritte : L’Olympia ! La représentation d’une jeune femme blonde aussi jolie et naturelle qu’Hélène, ma compagne depuis dix ans.

 

Ah ! Hélène ! Le bon goût fait femme ! Perfectionniste elle aussi et tellement classe. C’est grâce à elle que d’une vieille ferme abandonnée a jailli une maison si bien agencée qu’elle a fait l’objet d’un reportage dans « Maisons Magazine »

La gloire pour Hélène ! La fierté pour moi.

Pourtant, sur une photo, notre chambre à coucher paraissait un brin terne et Hélène a suggéré d’en revoir l’agencement de fond en comble. Elle a pris des mesures, fait des plans et, passionnée, a couru de gauche à droite, passant d’un magasin de meubles à une boutique de décoration.

 

Quand tout fut choisi jusqu’aux moindres détails, je me mis à l’ouvrage. Vider et déménager les meubles, dépendre les tentures, protéger, décaper, reboucher, poncer, étendre une couche de primaire... Tout s’enchaînait avec bonheur et le soir, la chambre d’amis était pour nous un nid douillet, une douce escale amoureuse.

 

Pour les murs, Hélène avait opté pour un ton de bordeaux profond et chaud. Après en avoir peint deux couches, le résultat était très harmonieux mais ma Belle, soucieuse, le front plissé, se questionnait « du parme ne donnerait-il pas plus de vie, de gaieté ? » Un petit essai de cette nuance a conclu dans ce sens et, le rouleau à la main, j’ai à nouveau transformé le décor. Je me rappelle fort bien, ce ne fut pas facile d’obtenir ce parme tendre et lumineux sans que transparaisse la moindre trace de bordeaux. Trois week-ends se sont enchaînés et ce jeudi 24, premier jour de rtt de l’année, j’ai enfin pu nettoyer le rouleau et les pinceaux.

 

Je me rappelle fort bien de cet instant, c’est le moment précis où Hélène est sortie de la salle de bain, nue, désirable comme une déesse. Et sa voix, je m’en souviens fort bien, trop bien. Si douce quand elle a dit « tu sais, au fond, je préférais le bordeaux »

Alors, Monsieur le Procureur, ce fut de façon naturelle, sans effort, sans regret que j’ai serré son joli cou pour qu’enfin elle se taise.

 

Depuis lors, je n’apprécie plus Magritte ! 

 

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Publié le 27 Novembre 2012

 
Ingrédients pour une forme à cake de 30 cm :
 
- 3 oeufs
- 3 raviers de farine
- 2 1/2 raviers de sucre
- 1 c. à café de levure
 
Préchauffer le four à 180°
Verser le contenu du ravier de yaourt dans un saladier et rincer le ravier
Ajouter les trois jaunes d'oeuf et les raviers de sucre, bien mélanger
Ajouter les raviers de farine et la levure
Mélanger et ajouter la valeur d'un ravier d'Alpro cuisine
Battre les blancs en neige et intégrer délicatement à la pâte
Verser dans un moule à cake et enfourner pendant 40 minutes
 
Bon appétit ! 
 
IMG_1944.JPG

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Publié le 25 Novembre 2012

 
 
                Il n'est pas facile de trouver la position idéale pour lire mais là, pour une rare fois, je suis installée comme une princesse. Pas de télé allumée, pas de relégation dans la cuisine où tant de fois ma chaise grinçante partage mes lectures, non, cette après-midi la maison est tout à moi et le divan garni de coussins moelleux est mon Eden, ma terre promise. Ce moment tant attendu je m’en délecte, le savoure comme un caramel mou qui lentement fond dans la bouche et fait saliver de bonheur.
 
jeune-fille-rebelle.jpgLe livre est d’un petit format, agréable au creux des mains et sur sa couverture La Jeune fille Rebelle, telle Mona Lisa, me fixe de ses yeux énigmatiques. De Vinci ? Oui, c’est bien à lui que l’on doit ce portrait de Ginevra Benci. Déjà les phrases courtes et rythmées m’emmènent, à contrario de ce que suggérait le tableau d’époque Renaissance, vers le cœur du Moyen-âge. Blottie bien au chaud, je frissonne pourtant au centre d’un hiver en tous points semblable à ceux que nous vivons et je suis plongée en totale immersion dans une chambre où se démènent des servantes autour d’une femme en couches.                                                                                            Naissance, enfance, père dur, mère absente, batailles, leçons d’escrime, douleurs, joies ou pertes se succèdent et cette petite fille rebelle se fait attachante au fil des pages. Mes racines ne sont pas loin, les lieux évoqués me sont non pas familiers mais connus et les évocations historiques me ramènent à mon manuel scolaire tant de fois feuilleté avec ravissement. La bataille des éperons d’or, les guildes puissantes mais aussi le port de Bruges ou les épidémies de peste se mêlent à des croyances extravagantes, à des amours contrariés.
 
De temps à autres, je lève les yeux, regarde se chamailler les moineaux et les mésanges autour de la mangeoire installée sur la terrasse, observe une pie ou une merlette à l’affût d’une croûte de fromage, d’un bout de pomme. Puis à nouveau, d’un grand saut dans l’espace-temps, je m’en retourne à l’ère médiévale.
 
Mais déjà Marguerite de Flandre quitte le château de Male, déjà d’autres épreuves l’attendent et le livre se referme à regret laissant un état de manque bien présent m’envahir. Et tandis que l’obscurité s’installe peu à peu le goût du caramel fait place à une faim qui tiraille mes neurones.
Alors, étrangement, je me surprends à chantonner "Google, Google es-tu là ? Vas-tu m'en révéler davantage ? " 
Et l'ami fidèle poursuit la magie...  
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- La jeune fille rebelle - de J.-Cl. Van Rijckeghem et Pat Van Beirs 
 
 
 
 

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Publié le 21 Novembre 2012

 

Un comprimé rouge, un jaune et une gélule blanche le matin.

A midi, une deuxième gélule blanche, plus une minuscule dragée brune.

Le soir, un demi comprimé rose, une gélule noir et blanc et une vert et jaune.

Suivre la liste, ne rien oublier, ne rien mélanger.

Berthe est concentrée. Dans les cases du pilulier, les poudres magiques, celles qui lui permettent durant quelques heures d’oublier le trop plein de douleurs et l’essoufflement épuisant, forment un patchwork qu’elle détricotera au fil de la semaine.

 

Un regard vers l’horloge de la cuisine… vite, sa main droite remet en place ses boucles blanches, réajuste le col de son chemisier, lisse sa jupe tandis que la gauche s’empare de la béquille. Se tenir droite, oublier la hanche douloureuse.

Au salon, la télé déclame sa pub et Berthe, coquette, la bouche en cœur, savoure l’instant comme un nectar délicieux. Elle aussi aimerait déguster un Nespresso… Qui sait, une jour gagnera-t-elle au Lotto ?

 

C’est déjà l’heure des infos… Pas envie de connaître les derniers détails de l’actualité. A quoi bon ? Un clic décidé et la bavarde se tait.

Un autre clic et le fauteuil doucement se met en position de relax. Installée confortablement Berthe se régale à son aise du décor qu’elle a patiemment et minutieusement créé autour d’elle au grand dam de Marie qui la seconde dans le ménage.

- Encore une photo de Mister Clooney ! avait-elle maugréé la semaine dernière en

époussetant l’appui de fenêtre.

Berthe n’en a eu cure et, à l’insu de Marie, elle s’était permis un clin d’œil à l’adresse de Georges, SON Georges.

 

Clooney GeorgeCassettes vidéo, DVD, livres, magazines ou photos encadrées : rien que du Georges !

- Vous devez me considérer comme une midinette, s’était-elle risquée à l’adresse du Docteur Chambord lors d’une de ses visites mensuelles.

Le bon docteur l’avait considérée tendrement en hochant la tête puis il avait répondu :

- Si tout le monde avait comme vous un Georges dans leur vie mon travail serait allégé !

 

Et pour la trentième fois au moins, Berthe saisit son DVD préféré et l’introduit dans le lecteur.

Son après-midi sera douce.

 

Georges Clooney (clic) 

 

Pour Miletune (clic) 

 

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Publié le 17 Novembre 2012

 

En cliquant sur le lien : De mes yeux à vos oreilles (clic) vous pourrez écouter  "Margo et Cie" lu par Sagine.

 

Ce texte a été publié le 17/09 (clic)

 

Merci, Sagine, de donner vie à nos mots

 
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Que font Marga et ses amies, des dames d'un certain âge, à attendre dans ce café ?

Pour en savoir plus il faut écouter puis ensuite aller lire cette histoire sur le site de l'auteur.

mandala-05

la suite par ici...

 

 

 

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Rédigé par Mony

Publié dans #Partage

Publié le 15 Novembre 2012

 
 
 -cid_010E5E0E09894B4AB750AB883892E06C-AdminPC.jpg            Mon copain Ben, il a un chat, un vieux matou puant. Ben l’aime bien, ils ont grandi ensemble lui et cette grosse boule de poils hirsutes. C’est son chat quoi ! Mais mon copain Ben, il aime par-dessus tout les langues de chat. Sa mère dit en riant : « c’est son péché mignon à mon Ben » et chaque jour, elle lui en glisse dans son cartable. « Il n’y a que des bonnes choses là-dedans, pas comme dans toutes ces friandises bourrées de produits chimiques » qu’elle dit aussi.
 
Aujourd’hui, Ben mon copain, il a dix ans. On s’est donné rendez-vous dans le petit bois près de la plaine de sport, histoire de voir les filles à l’entraînement. Faut dire que notre camp secret dans un arbre il est super discret.
 
A peine installé là-haut, Ben a sorti de son sac à dos un ENORME paquet de biscuits. « Cadeau de ma mère » qu’il m’a dit. Moi, je regardais un coup Nadia tout au bout de la piste d’athlétisme, un coup Ben s’empiffrant de langues de chat. Nadia c’est ma préférée, elle est super rapide à la course et puis, à l’école, elle me sourit tout le temps. Les biscuits aussi je les aime bien seulement Ben il partage pas.
 
Quand Nadia est tombée, Ben a rigolé. « Quelle conne » il a lancé en ricanant et il a engouffré cinq biscuits d’un seul coup. « Là, il me cherche » que je me suis dit et je lui ai envoyé une baffe à lui faire avaler de travers ses péchés mignons. Il a toussé, gesticulé, essayé de cracher puis il est devenu tout rouge. Moi, tranquille, je le regardais. Il a voulu redescendre de l’arbre alors je l’ai refrappé et j’ai vu la panique dans son regard. « Tu ressembles à ton chat, lui aussi a eu peur quand je l’ai assommé » Ses yeux, on aurait dit qu’ils lui sortaient de la figure et pour plus les voir, je lui ai fourré le sac à dos sur la tête. Comme à son chat, pareil, sauf que lui je l’ai jeté du haut du pont dans la rivière.
 
Mon copain Ben, il a plus de chat et moi, j’ai plus de copain. Me reste seulement la boîte de biscuits. Même pas bons les péchés mignons, ils sont salés et tout mouillés.
 
Pas bons, je vous dis… Pas bons…
 
!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
 
 
 
 
 

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Publié le 11 Novembre 2012

   
A l’arrière de la charrette, Romain boudait depuis deux heures et marmonnait sans arrêt : -Putain, quelle galère ! J’ai mal au cœur… On arrive quand ?
Rachid, philosophe, tenta de l’intéresser au parcours qu’il avait soigneusement préparé avec l’aide de Luc, mon collègue.
- Rien à cirer de votre campagne de merde et puis t’as vu à quelle allure on se traîne. En métro, j’y serai déjà !
- Pour un Romain, t’as pas la gueule d’un conquérant, ricana Rachid.
- L’air con, je l’ai avec vous.
 
photo-chevaux-Annick.jpgAssise à mes côtés, les rênes en main, Anouchka soupira. Entre Romain et elle, ce n’était pas le grand amour et pourtant elle lui proposa de mener à son tour l’équipage.
- Bof ! Pourquoi pas, c’est toujours mieux que ce tape cul de banc en bois.
Doucement, Anouchka fit ralentir les deux chevaux et les brides changèrent de mains puis elle alla à l’arrière rejoindre Luna qui chantonnait, enfermée dans son monde.
 
- Tout doux, Romain, nous ne sommes pas sur un champ de course.
Peu à peu la tension se relâcha et une heure plus tard, les chevaux furent libérés du poids de la charrette confiée à la garde de Romain et parquée à l’entrée d’une prairie aux abords d’un village. Le propriétaire, prévenu à l’avance de notre arrivée, nous souhaita la bienvenue et aida les trois autres ados à soigner les montures.
Rachid, responsable du harnachement, le vérifia avec soin. Anouchka s’occupa du brossage de la robe pommelée de Bebop et Luna, plus petite de taille, de celle, immaculée, de Trompette. Un ruisseau et une herbe fraîche à leur disposition, nous pûmes enfin laisser nos compagnons de route récupérer des efforts de la journée et nous suivîmes le fermier qui nous offrait le souper et nous hébergeait dans sa grange pour la nuit.
 
Depuis plus d’un an, Luc et moi nous portions à bout de bras un projet d’aide à la réinsertion d’ados en décrochage scolaire dénommé « La boucle » Par petits groupes, nous tentions de rendre un sens à leur vie en les responsabilisant et en leur offrant une possibilité de sortir pendant quelques temps de leur milieu .
Luc les intéressait au domaine du spectacle : mimes, jeux d’ombres chinoises, de rôles, jonglage, acrobaties, tours de passe-passe… chacun se découvrait un talent. De mon côté, grâce aux chevaux, je leur inculquais le respect de la vie, l’attention quotidienne, la patience et les soins indispensables à leur bien-être. Le circuit de promenade au rythme des chevaux et préparé de concert par l’équipe que nous formions, eux et nous, venait clôturer en apothéose ces moments hors du temps.
 
Comme à chaque étape, un petit spectacle avait été annoncé aux habitants et dès vingt heures, quelques villageois accompagnés d’une ribambelle d’enfants se présentèrent devant la remorque transformée en scène. Luc, qui nous avait rejoint en voiture, jouait au présentateur sous un costume et un maquillage bariolés. De mon côté, je m’occupais de l’éclairage et de la musique impressionné par la passion qui soudain habitait nos quatre ados. Luna, si timide, si effacée, subjuguait petits et grands par sa voix puissante et par son émotion à fleur de peau ; Romain, le râleur, se révélait un mime drôle et attachant, peu avare en grimaces et facéties ; Rachid, le plus posé, jonglait avec des quilles et les ombres chinoises d’Anouchka mises en valeur par un chant en sourdine de Luna faisaient pétiller les yeux des spectateurs.
 
Ce soir là, des hennissements anormaux abrégèrent la représentation. Dans la nuit seulement éclairée par la Lune, nous accourûmes tous dans le creux du vallon et découvrîmes Trompette en bien mauvaise posture au fond d’un fossé de l’autre côté du ruisseau. Comment était-il arrivé là ? Avait-il sauté par-dessus la clôture attiré par quelques herbes plus tendres ?
Choqués, nos quatre ados encourageaient Trompette de la voix et lançaient des regards implorants à Jacques, le fermier, pour qu’il trouve le moyen de sortir le cheval de ce mauvais pas.
- Les garçons, avec moi, dit Jacques.
Sans se faire prier, Rachid et Romain le suivirent et un quart d’heure plus tard, le bruit du tracteur couvrit les hennissements de Trompette et de Bebop inquiet lui aussi.
- Taisez-vous tous et reculez-vous, ordonna Jacques aux villageois dépités mais obéissants.
- Toi, la petite, tu n’as pas peur du cheval ?
Luna fit non de la tête.
- Alors, glisse-toi à ses côtés avec ces cordes.
Eclairée par les phares du tracteur, Luna se laissa doucement tomber dans le fossé et se mit à chantonner tout en caressant les flancs tremblants de Trompette. En quelques instants, le cheval se calma et tout en continuant à chanter Luna suivit les instructions de Jacques.
 
Combien de temps dura l’opération de sauvetage, je ne puis le dire mais quand Trompette tiré par le tracteur donna un grand coup de rein pour retrouver le sol de la prairie un grand « hourra » se fit entendre jusqu’à l’autre bout du pré.
- Et moi, Didier, vous m’oubliez ? me demanda la discrète Luna à qui je m’empressais de tendre le bras pour la hisser auprès de nous.
 
Quelle joie cette nuit là, quand avant de s’endormir dans leur sac de couchage, nos ados confièrent tour à tour leurs impressions sur la journée. La solidarité et le dépassement de soi les avaient fait grandir en quelques heures et je les sentais heureux et fiers.
 
Que sont-ils devenus ces quatre jeunes dont je me souviens si bien ?
Ils ont heureusement trouvé chacun leur voie.
Romain est conducteur de métro et j’ai régulièrement de ses nouvelles.
Rachid et Luna qui vivent en couple travaillent dans le milieu du spectacle ; lui est régisseur et elle, chante dans une comédie musicale qui tient l’affiche depuis des mois.
Quant à Anouchka, elle soutient à son tour des ados en difficulté et parfois vient me demander un conseil.
 
Pour eux, la boucle est bouclée.
 
   
ooooooooooooooooooooooooooooo
 

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Publié le 8 Novembre 2012

 
Je la hais, je l’exècre, elle m'insupporte…  
Je ne résiste plus, je déménage !
Trop, c’est trop ! Moi, je bosse à la maison et cela demande un minimum de concentration !
Je m'énerve, les dossiers s’empilent et les clients sont mécontents.
 
Maria Callas by Karuvits
Au départ, j’y avais droit à doses homéopathiques et uniquement le week-end. Mais au début du printemps "Monsieur" a fait partie du premier train de licenciements dus à la restructuration de son entreprise et depuis, vautré dans son divan, il se consacre uniquement à sa belle.
Et elle ? Elle lui fait l’intégrale ! 
Il en redemande ? Elle est là du matin jusqu’à tard dans la nuit !
J’ai beau essayer de zapper avec la première télécommande que j’ai sous la main, rien n’y fait.
 
Alors « adieu » cher voisin, je me barre pour un endroit bien insonorisé.
Et surtout ne remettez pas mon « bonjour » à Madame Callas !
 
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Publié le 4 Novembre 2012

 

 Pour Miletune : clic 

 

    Je m’ennuie ! Mamy participe à son atelier de peinture et je n’ai pas voulu l’accompagner. Ses amies sont bien gentilles mais je devine leurs questions assommantes : les examens se sont bien passés ? Ainsi tu es en vacances chez Papy et Mamy ?

Ben, oui, si je suis là, c’est que je suis en vacances et, non, les examens ne se sont pas bien passés, j’ai même réussi à avoir un échec en géographie. Pourtant, grâce à mon Papy, la géo c’est mon cours préféré !

 

Papy, il était capitaine au long cours et ensemble nous avons si souvent feuilleté son vieil Atlas rouge que je suis incollable sur les mers, les océans, les ports…

Zeebrugge, Tampa, Hong-Kong, Sydney, Le Havre, Rotterdam, Kobe, Singapour, Bombay, Marseille, Vancouver… je sais situer toutes ses villes sur une carte et citer la mer qui les borde. Alors mon échec, c’est un peu comme une épine dans un doigt !

 

- Marine, viens voir ce que j’ai retrouvé !

Papy est assis au salon et il feuillette un album-photo. Bof !

- Tu sais, quand je rentrais à la maison après un long voyage, j’étais content de circuler sur la terre ferme et de faire de longues promenades. Parfois, nous partions en camping. Regarde ces photos, elles ont été prises en montagne.

 

C’est rigolo de découvrir maman en petite fille comme moi.

Et Papy sans lunettes et avec des cheveux noirs.

Mamy est bien jolie avec sa longue tresse blonde, je ne l’avais jamais vue en short.

 

- Et là, Papy, vous êtes tout mouillés. Pourquoi ?

- Nous étions partis en promenade et un orage violent nous a surpris. En quelques secondes, nous étions trempés de la tête aux pieds et le froid nous faisait trembler. Heureusement, nous avons pu regagner assez vite la voiture et rentrer au camping mais là, une mauvaise surprise nous attendait. Regarde cette photo, tu y vois dans quel état nous avons retrouvé notre tente. La toile avait percé sous la quantité d’eau et tout le matériel, les vêtements, les couchettes en étaient imbibés.

- Et alors qu’avez vous fait ?

- D’abord, on s’est occupé de ta mère, nous avons veillé à la mettre à l’abri et au chaud et puis, comme sur un navire, nous avons fait le point : ou nous repliions bagages et rentrions chez nous au plus vite ou nous attendions la fin de l’orage pour décider de la suite de nos vacances.

Il était une fois.B (2)- Et ?

- Et nous avons attendu le retour du soleil. Bien sûr, cela ne s’est pas fait sans peine, il a fallu nettoyer et sécher le tout mais deux jours plus tard, nous étions à nouveau sur les chemins. Mais…

- Mais ?

- Et bien, je peux bien l’avouer maintenant, j’ai bien failli baisser les bras et reprendre au plus vite le chemin de la maison. Tu vois, parfois, il faut se laisser le temps de la réflexion. Tiens, écoute, voilà Mamy !

 

Elle est délicieuse la tarte aux cerises que Mamy a ramenée de la ville, Papy en est déjà à son deuxième morceau.

- Qu’avez-vous fait tous les deux pendant mon absence ? demande Mamy.

- Nous avons regardé des photos, répond Papy en me faisant un clin d’œil.

 

Il n’y a pas à dire, Papy est un peu magicien,  je sens qu’il a deviné qu'à la maison la météo est parfois à l’orage et que j’ai entendu Maman et Papa parler d’une petite escapade pour faire le point…

Je lui rends son clin d’œil avec un grand sourire.

 

L’épine dans mon doigt me fait déjà moins souffrir.

 

 

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Peinture : Danielle Allard (clic)

 

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Publié le 1 Novembre 2012

 

En ce jour de Toussaint, il n'est nul besoin impératif de se pencher sur une quelconque pierre pour retrouver les êtres qui ont parsemé notre vie. Souvenons-nous en au plus profond de nous et, pourquoi pas, écrivons...

 

Oma et opa

                                                                     Opa et Oma

 

(texte déjà publié en février 2012 )

 

J'ai douze ans et demi. J’ai douze ans et demi et j’ai peur, une peur viscérale qui me tord l’estomac et bloque ma respiration. J’ai mal aussi, d’une douleur si intense qu’elle m’empêche de pleurer. J’ai douze ans et demi et je viens de quitter définitivement l’enfance.

 

Je suis couchée dans le lit de mes parents, à la place de maman restée au hameau pour veiller mon grand-père. Mon père à mes côtés s’est endormi, ma main serrée dans la sienne, si puissante, si forte, chaude de vie. Comment peut-il dormir aussi sereinement après ce qui s’est passé ? Moi, j’en suis sûre, je ne dormirai plus de toute ma vie.

 

La lampe de chevet est restée allumée à ma demande et elle jette des ombres fantomatiques sur les murs. Mais peu m’importe, il ne faut surtout pas laisser entrer l’obscurité cette vile traîtresse. Pour ne pas penser, ne pas sombrer, j’observe la pièce sous cet angle inhabituel. La garde-robe avec son grand miroir central, le seul de la maison à refléter nos silhouettes de pied en cap, se dresse massive à ma droite. Et je me revois enfant, il y a si longtemps de cela, admirant mon déguisement de carnaval ou tourbillonnant dans une jolie robe neuve faite de volants légers gonflés par un jupon empesé.

 

Mes yeux à présent suivent le tapis mural. J’en dénombre les fleurs, dix jusqu’à l’angle du mur puis huit et je rencontre l’armoire à pharmacie. Une puissante odeur, mélange subtil de camphre, d’éther et de fleurs de camomille, envahit aussitôt mes narines. Elle évoque tous les petits bobos, les nez qui coulent et les tasses de lait chaud aromatisé de miel.

 

Comme en écho à mes pensées, un de mes frères se met à tousser dans la chambre voisine. Il se retourne dans son lit et le sommier gémit. Peut-être est-il éveillé lui aussi ?

 

Tic, tac, tic, tac ! Mis à part le réveil qui égrène les secondes, tout redevient calme quand soudain mon coeur s’emballe. Mon regard vient de happer le coffret de bois posé sur la tablette en marbre de la commode. C’est un petit coffret vernis, tout simple, avec de jolies fleurs ciselées sur le couvercle. Maman y range quelques papiers, ses boucles d’oreilles et son collier de perles qu’elle ne porte qu’aux grandes occasions. Mon ventre se contracte tant cet objet me ramène à ce que je veux éloigner de moi, ignorer, renier. Ce coffret, c’est mon grand-père qui l’a réalisé dans son vieil atelier, là où nous jouions avec nos cousins et cousines, parmi les copeaux et dans la bonne odeur du bois frais.

 

Il faut que mon coeur se calme. Je calque ma respiration sur celle de mon père, respirer, expirer, ne pas penser. Et si mon père lui aussi … ? Je l’observe un moment, j’aimerais tant qu’il me parle. Tout à l’heure, quand je me suis glissée à ses côtés, il n’a rien dit mais son regard bienveillant m’a fait comprendre que lui aussi a de la peine.

 

Je dénombre à nouveau les fleurs, en diagonale, à la verticale, à l’horizontale. Je fais de savants calculs, autant de bleues, autant de roses, je m’emmêle et recommence. De la maison de notre vieux voisin collectionneur, me parviennent les sonneries des horloges, coucous et pendules, le tout ponctué par les deux coups de cloche qui s’envolent du clocher de l’église. Ces sons si coutumiers, cette nuit me déchirent. C’est le glas qui sans cesse résonne en moi.

 

Mon père se réveille, il me regarde et chuchote « éteins, essaie de dormir », puis il serre ma main plus fort comme pour m’encourager, desserre son étreinte, se retourne et se rendort. Mais je n’écoute pas ses conseils et j’entrouvre doucement le tiroir de la table de nuit. J’en retire le petit flacon mauve de « Soir de Paris » dont je dévisse le capuchon et le parfum de violette fait apparaître le visage de maman. Un visage si triste, celui de tout à l’heure quand elle est venue à l’école. Il était onze heures et j’ai de suite su qu’il se passait quelque chose d’anormal. Et puis ces paroles inattendues, terrifiantes ont franchi ses lèvres : « Bon-papa est mort cette nuit, dans son sommeil …tu sais, il n’a pas souffert, il s’est simplement endormi…dimanche, il me disait encore se sentir comme un poisson dans l’eau »

 

Je tremble, je frissonne mais mes yeux restent secs, tout entière je ne suis qu’un bloc de glace dur et froid. Non, je ne pleurerai pas, ce serait lui faire trop d’honneur à cette chose ignoble, la mort. Pour moi, en moi, Bon-papa est bien vivant et c’est le plus important. Je dépose le flacon sous la lampe que je frotte au passage. Peut-être un génie va-t-il apparaître et réaliser mon voeu, me rendre mon grand-père ? Hélas, on n’en est plus à l’heure des contes.

 

… Aladin… le poisson rouge dans son bocal… Bon-papa, viens me montrer, je n’arrive pas à raboter ce bout de bois… ne touchez pas aux scies les enfants ! … savez-vous planter les choux, à la mode, à la mode… on peut avoir un peu de café pour la dînette ? Sourire complice et un peu de bière brune remplit la petite cafetière… Bon-papa, je trouve qu’il ressemble au monsieur à la pipe de la publicité émaillée du tabac Ajax, le plus jeune, c’est oncle Jean ! … j’aime mon cousin, mon cousin, ma cousine, j’aime mon cousin, mon cousin germain… la table des grands, celle des enfants, gâteau de Verviers, tarte au riz, cramique, café léger additionné de chicorée… Noël, la grande crèche digne d’une église… Bonne-maman, petite souris silencieuse au regard si doux… doux comme le coussin en satin rose du vieux sofa… quatre, cinq, six, sept, violettes, violettes…

 

J’ai du dormir un peu, rêver peut-être ? La chambre est maintenant éclairée par les premiers rayons du soleil qui traversent les fines tentures. J’éteins la lampe, me lève doucement et m’installe sur le large appui de fenêtre, ma cachette préférée quand je jouais à cache-cache. J’aperçois dans les grands prés en contre-bas le fermier qui, aidé par son chien Tobby, rassemble les vaches pour les mener à l’étable. C’est l’heure de la première traite. Ma respiration forme de la buée sur les carreaux, je la frotte avec la manche de mon pyjama, je veux voir le ciel, il est si beau ce matin. Les nuages sont teintés de rouge, ma couleur préférée, la couleur de la vie.

 

Je les observe mieux et m’aperçois que l’un d’eux à la forme d’un vieux monsieur moustachu avec une pipe à la bouche. Aussitôt toutes mes tensions disparaissent, l’étau qui me broyait se desserre, je peux respirer normalement. Bon-papa, de là-haut, me sourit de ses yeux pétillant de malice et je comprends que le ciel était au bout de sa nuit. Je forme un coeur dans la buée et d’un baiser léger, je lui envoie.

 

Je regagne alors ma chambre orangée envahie de 45 tours à la mode et de posters détachés dans « Salut les copains » et je me dis que décidément mon enfance est loin, si loin, blottie à jamais au fond de moi.

 

 

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  http://www.lirecreer.org/biblio/classiques/demain-des-l-aube/index.html

 

 

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