Publié le 29 Septembre 2013

Ce n’était pas encore l’effervescence des semaines précédant Noël. Pas de guirlandes dorées, pas de branches de sapin décorées et étincelant de mille feux et pourtant une publicité "Spécial jouets" attirait beaucoup d’acheteurs. Pas question pour eux de rater une telle aubaine !

Mais que représentait cette fébrilité pour cette jeune femme assise à même le pavé ? Les caddies vides l’évitaient, les pleins la frôlaient. Un bras pourtant s’est tendu vers son enfant.

-Tu veux la banane et le bout de pain ?

Regard surpris il a fait "non" de la tête. La banane et le pain ont réintégré le caddie et la petite main sale est restée en suspens sans qu’aucune pièce de monnaie ne s’y dépose.

Une cliente s’est plainte auprès d’une caissière :

- Comment votre gérant tolère-t-il ces mendiants devant la porte ? Mes enfants sont très choqués, ils étaient si joyeux tout à l’heure.

- C’est une réalité quotidienne, il ne faut pas se voiler la face, Madame. Que peut-on y faire ? a répondu la caissière.

La cliente, vexée, et sûre de la bonne foi qu’autorisait à ses yeux son compte en banque bien garni est repartie vers son monde aseptisé et clean.

La nuit est tombée brusquement. Encore une heure de travail et les néons s’éteindront jusqu’au lendemain.

Le froid a surpris le personnel à la sortie du magasin. L’hiver, bientôt sera là.

Une vieille Mercédès s’est arrêtée devant la femme toujours assise avec à présent son enfant endormi dans ses bras. Lentement, elle s’est levée et a rejoint le chauffeur visiblement mécontent de la maigre recette de la journée.

Le regard de la caissière a croisé celui, triste et résigné, de la femme.

"De quel droit la juger, cela aurait pu être moi" a simplement pensé la caissière.

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Publié le 19 Septembre 2013

       Ce texte, lu par Sagine, est à écouter sur son site - De mes yeux à vos oreilles - (clic) -

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- Moi, j’dis ça, j’dis rien ! Mais avoue qu’il aurait pu faire l’effort de se libérer, ce n’est pas tous les jours que Mémé fête ses quatre-vingts ans. Et puis, se désister si tard, avoue qu’il l’a fait exprès, juste pour m’embêter. D’ailleurs, je l’ai bien vu à son sourire en coin lorsqu’il est rentré… Pff, tu penses, j’ai fait semblant de ne rien voir !

Moi, j’dis ça, j’dis rien ! Mais tu te souviens du foin qu’il a fait quand j’ai refusé de l’accompagner à cette soirée débile donnée par son patron. Moi au moins, j’ai le courage de mes opinions, pas comme lui. Il est toujours prêt à se plier à n’importe quoi pour se faire bien voir, il n’a aucune fierté.

Tiens justement, moi, j’dis ça, j’dis rien, mais avoue que pour se faire bien voir, il pourrait s’habiller d’une manière plus élégante. Et bien non ! Quand je lui suggère d’aller acheter un costume bien taillé pour remplacer celui qu’il use depuis des années, il soupire. Monsieur a, paraît-il, horreur de ce genre d’emplettes. Ce n’est pas à moi qu’il faudrait le dire deux fois, déjà que je n’ai rien à mettre.

Oh ! A propos, tu sais, j’dis ça, j’dis rien, mais hier j’avais enfilé ce pull mauve vieux de 10 ans au moins, tu sais, celui avec le col bateau.  Et bien quand il m’a vue, il a dit : "tu as fait des frais, tu comptes sortir sans moi ?" Non, mais tu te rends compte ? C’est à croire que je suis transparente. Moi j’dis ça, j’dis rien, mais je suis sûre que si je me faisais teindre les cheveux en rouge avec une frange violette, il ne verrait rien !

Heureusement que je t’ai ma Belle, toi au moins tu m’écoutes ! Pas comme lui ! Tu sais, j’dis ça, j’dis rien, mais l’autre matin quand il avait les yeux rivés à son ordinateur, je lui ai annoncé de ma voix la plus douce que si cela continuait ainsi j’allais le quitter. Je te donne en mille ce qu’il m’a répondu d’un air distrait : "tu as raison ma chérie, donne-toi du bon temps"  J’dis ça, j’dis rien, mais je suis certaine qu’il n’a même pas réalisé que je lui parlais.

Hé, je l’entends rentrer ! Arrête de ronronner ma Belle et sors vite au jardin, parce que j’dis ça, j’dis rien, mais il va encore se plaindre de te voir installée dans son fauteuil, de tes poils et tout et tout...

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- Bonsoir, ma chérie ! Quoi de neuf ?    

- 'soir, mon amour ! Rien de neuf...  

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Publié le 14 Septembre 2013

Six mois...

Six mois à préparer cette expédition. Six mois à nous pencher sur des cartes, à faire des calculs et à établir la liste du matériel indispensable. Six mois à suer sang et eau dans cette fichue salle de sports ou sur des chemins escarpés afin d’être au mieux de notre forme. Six mois à prévoir vaccins, boîte de secours, visas et  autorisations. Six mois à visualiser des films tournés par d’autres passionnés. Six mois d’attente, d’espoir, de complicité.

Six mois durant lesquels le ventre de la Terre s’apprêtait à cracher ce magma que nous observons à présent du bord du cratère et qui nous émerveille.

Six longs mois et une petite poussée de la main dans ton large dos me venge enfin de ton infidélité avec cette beauté aux cheveux de braise.

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Peinture : William Chrismas (clic)

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Publié le 6 Septembre 2013

Pépé fait claquer sa langue de bonheur - crénom c’est bon ! - puis il dépose son verre d’un petit geste sec, aussi sec que le jus ambré coulant dans son corps.

- Il faut que j’y aille à présent !

Il est toujours pressé, Pépé.

Pépé, c’est le papa de Papy, le papa de mon papa.

Mon pépé il m’appelle "salut la jeunesse" alors que moi, c’est Arthur mon prénom.

Il sent bon Pépé ! Quand il m’embrasse tout en marmonnant - salut la jeunesse, aïe mon dos, la terre est basse - c’est toute la montagne qui apparaît et puis ça pique mes joues.

La montagne je connais bien. Papy m’y emmène en promenade. J’aime bien sentir l’odeur des vaches et des fleurs. Le sapin aussi, j’aime beaucoup. Mais pas les bouses, beurk !

Quand Pépé est reparti pour "faire son tour des chapelles" comme il dit, Maman enferme la bouteille dans l’armoire en secouant la tête… - ton grand-père, elle dit à Papa en soupirant, il a la gorge raide.

Moi, je ne sais pas encore si je ressemble à Pépé. J’crois pas, parce que lui, vu son grand âge, c’est pas "salut la jeunesse"… mais j’essaie de faire claquer ma langue, même que j’ai déniché dans la chambre de mes parents une jolie petite bouteille et que je vais tenter de l’ouvrir pour goûter au bon jus.

Crénom, ça sent bon comme tout le jardin de Mamy en été.

Hum, hum !

Bouah ! C’est dégueu et ma langue elle claque pas !

Mais comment il fait Pépé ?????

- Arthur, mon nouveau parfum !

Ouille, c’est mal parti, je ressemblerai jamais à Pépé… Crénom, j’ai mal au ventrrrre !!!!!!!!!!!!

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Pour Miletune - clic  -  source photo (clic)

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