Publié le 27 Août 2017

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     Une belle rêvait d'avoir l’univers à ses pieds. Kata Balafa, célèbre génie, exauça son vœu en lui offrant une splendide robe-globe terrestre.

D’un simple mouvement de son corps souple elle eut désormais le pouvoir de tout chambouler : l’Est se perdant à l’Ouest, les océans mélangeant leurs eaux et les peuples s’enchevêtrant, l’anarchie risquait de trouver ces éléments à son goût. Consciente de sa responsabilité dans la bonne marche du monde la belle resta figée dans la même position durant les trente et un jours que dura le sortilège.

 

Kata Balafa la retrouva dépitée par l’expérience vécue et lui proposa quatre semaines de repos dans l’Empire du Milieu. Ravie, elle accepta mais pour tout loisir elle n’eut que les phases lunaires à observer. Quand enfin la pleine lune jeta des reflets plus vifs que les lanternes en papier, elle entendit rugir le dragon-lit sur lequel elle se vautrait, lascive, et comprit qu’il était l’heure de s’animer.

 

Un tam-tam africain lui rendit tout son dynamisme. Pieds nus, elle se trémoussa au cœur de la jungle luxuriante en compagnie de la joyeuse Malia. Le vent dans les palmiers donnait le rythme des jours et de cette longue escale elle ramena de superbes tapisseries et bois sculptés.

 

Kata Balafa persista dans l’esprit festif et l’emmena au carnaval de Venise. Coquine, elle se travestit en Marlène et, généreuse, distribua des colliers colorés aux curieux, subjugués par sa collection de masques. Dans le lointain déjà des cloches sonnaient…

 

Pour échapper à la pluie d’œufs colorés qui risquait de s’abattre, la belle  suggéra une escale au pays du soleil levant. Kata Balafa, bon prince, ne put éviter les clichés et elle se retrouva vêtue en geisha sous un cerisier en fleur.

Les pétales lentement laissèrent place aux premières feuilles mais l’ennui s’immisça. Heureusement, une métamorphose propice survint.

 

Les nuits, pourtant courtes en cette saison, lui parurent plus belles que ses jours tant elle s’éclata dans tous les bals aux lampions donnés en son honneur. Pour elle, Kata n’avait pas regardé à la dépense et, parée de falbalas, elle se sentit la reine de la fête au point de danser sur les tables jusqu’à l’extinction des étoiles dans le firmament.

 

Pour rendre grâce à la nature et en revenir à des considérations universelles elle émit le souhait de vivre le solstice d’été à Stonehenge. Elle en garda un souvenir ébloui et fut reconnaissante à son mentor au point d’adhérer à toutes les folies qu’il suggéra par la suite : voyage en barque ou en drakkar, tango langoureux, visite insolite à tous ses ancêtres parés comme des bijoux précieux et surtout chevauchée fantastique sur un splendide cheval à bascule caparaçonné des mille et un plis de sa tenue rouge.

 

A la fin de ce périple elle attendit en vain Kata Balafa au bord de la piscine du pays des rêves. Pourquoi le bon génie se détournait-il d’elle ? Avait-il déjà découvert une nouvelle muse ?

 

Toute à ses questions elle prit conscience de son épuisement et elle rejoignit enfin son domicile où son compagnon inquiet de son absence s’enquérait d’elle à tout vent…

 

Sans un regret pour cette vie factice d’égérie de calendrier, la belle se débarrassa de sa perruque blonde, prit un long bain parfumé, enfila ses vieilles mules et son peignoir élimé et se blottit contre son amoureux en murmurant : tu me sers une grenadine bien fraîche ?

- Pas de grenadine disponible, répondit le chéri, un Campari te convient-il ?

 

Jamais il ne comprit pourquoi elle éclata en sanglots…

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Pour Mil et une en mars 2014 - clic

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Publié le 6 Août 2017

Pierre Beteille - clic

Evidemment, c’est encore pour ma pomme !

Madame invite d’un ton suave "venez dîner samedi soir nous pourrons parler vacances (ou ceci, ou cela, les prétextes ne manquent pas) autour d’un bon plat. Oh, sans chichi, bien entendu !"

Bien entendu ! Bien entendu ! Vite dit mais quand elle hésite sur le menu les chichis commencent. "Que penses-tu d’un couscous… ou plutôt d’un savoureux veau marengo ? Mais pourquoi pas une bonne casserole de moules marinières avec des frites maison ? Un plat exotique conviendrait probablement mieux pour la saison ? Un barbecue, bof ! Banal ! Une salade variée c’est trop chiche. Pas envie de sauce trop riche…"

La semaine passe, moi je ne dis rien mais n’en pense pas moins.

"Cause ma belle, ton chéri veille à ta ligne"

Finies les viles flatteries : "Tu es vraiment un as du piano, Mamours"

Fini, plus de Mamours, plus de soliste aux fourneaux. Ma chérie il va falloir revoir ton vocabulaire et ton orthographe, laisser le mam au vestiaire.

Ours, je suis désormais un ours. Plus d’intrus dans ma tanière ! Pas touche à mon miel !

- Je vais faire les courses, as-tu préparé ta liste ? 

- Non, ma chérie, j’ai tous les ingrédients qu’il me faut.

Regard interrogateur contre regard blasé.

- Tu fumes à nouveau ? Et ta barbe ?

- Je ne fume pas, je mégote, c’est tout un art et quoi ma barbe, elle ne te plaît pas ma barbe ?

- Euh…

- Bradt Pitt, tu ne connais pas ?

Là, je l’ai mouchée. Son Bradt si beau avec sa barbe de trois jours elle m’en a assez rabattu les oreilles.

Elle dresse la table et moi, je m’enferme à la cuisine. On va voir ce qu’on va voir.

Fondue au fromage mixé avec brocoli et pommes Granny accumulées au fil des invitations. Bien caoutchouteux le fromage, une vraie merveille colorée en diable par ces trente degrés à l’ombre. Plus écolo, tu meurs !

Pas sûr qu’ils reviennent de sitôt dîner à la maison les "amis" !

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Pour Mil et une - août 2017 - clic

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