Publié le 30 Juin 2017

 

Aujourd’hui elle s’est levée tôt. Dès sept heures, la cuisine était en effervescence et dans l’extracteur de jus la vapeur d'eau bouillante faisait gonfler et éclater les groseilles rouges. La météo annonçait la pluie tant attendue par la nature aux alentours mais cependant aucune goutte d’eau ne se manifestait. Bien au contraire, la chaleur lourde se mêlait à celle de la cuisson et, pour ressentir un léger courant d’air, elle a ouvert la porte-fenêtre donnant sur la terrasse.

De la table extérieure où il trône, Nain de Jardin lui a fait un clin d’œil "Bon courage"

Stériliser les pots, mesurer le jus de la première fournée, relaver le matériel, mettre en route une deuxième cuisson puis faire cuire le liquide vermeil avec du sucre gélifiant…

Et touille, et touille et tralala !

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- Dix-huit pots de gelée ! Qu’en dis-tu Nain de Jardin ?

- Ah ! tu te souviens de moi ! Tu fais enfin une pause.

- Allons, ne fais pas ton coquet ! Viens que je te prenne en photo avec le fruit de mon labeur.

- Je ne t’ai pas entendue chanter en travaillant…

- Hé non, j’étais plongée dans mes pensées.

- Mais dis-moi, tu annonces dix-huit pots et je n’en compte que dix-sept. Aurais-tu succombé à la gourmandise ?

- Toi par contre, je t’ai entendu rire et fredonner.

- Ne détourne pas la conversation, il n’y a que dix-sept pots de gelée…

- Et gnnn, et gnnn ! Reste zen, Nain de Jardin, tu le chantais si bien tout à l’heure. Zen, soyons zen ! Toute la chanson de Zazie y est passée. clic

- C’était pour t’envoyer du sang-froid dans les veines.

- Du sang-froid ? Pour moi ?

- Tu me traites de coquet mais toi, tu es d’une mauvaise foi incroyable.

- Moi ?

- Oui, toi qui jurais si fort il y a moins d’un quart d’heure.

- Pfff ! Ne connais-tu pas ma maladresse légendaire liée aux gelées et autres confitures ? clic

- Je suis nouveau ici, moi, tu l’oublies.

- Dix-sept, dix-huit, peu importe je n’ai pas fait de casse c’est déjà cela.

Mais dis-moi, les nains de jardins n’ont-ils pas pour mission de donner un coup de main ?

- Au secours ! Remets-moi au plus vite à ma place de prédilection.

- Pff ! Tous pareils quand apparaissent raclette et serpillière…

Zut, que c’est collant cette gelée de groseille éparpillée partout ! Et dire que pour une fois, j’avais mis mes lunettes…

Dix-huit pots, point à la ligne ! Et tant pis si un est déjà vide.

 

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Publié le 29 Juin 2017

- Dis-moi, Papa, pourquoi il y a un écriteau interdisant de nager ? Il n’y a pas d’eau ici !

- Jadis, mon fils, vivait ici le chef de ce pays. C’était un géant au caractère acariâtre nommé Renard-Roux. Certains disent qu’il souffrait de déshydratation chronique… Il criait sans cesse "J’ai soif ! Apportez-moi une bassine d’eau"

- Une bassine, c’est grand ?

-Très grand, mon fils mais le Géant Renard-Roux la vidait en une gorgée et réclamait la suivante.

- Et alors ?

- Alors, il but toute l’eau d’un lac, puis d’un deuxième.

- Et alors ?

- Les serviteurs étaient épuisés par les exigences de ce chef. L’un d’entre eux, plus futé que les autres, créa de vastes rigoles et détourna l’eau d’une source  jaillissant au cœur de la montagne, tout là-bas dans nos contrées du nord.

- C’est quoi une rigole ?

- C’est un chemin légèrement pentu réservé à l’eau. Ainsi, au lieu de gonfler nos fleuves de sa puissance l’eau s’écoula paisiblement vers cette plaine où vivait le géant Renard-Roux.

- Oui, mais pourquoi ce panneau, Papa ?

- J’y viens mon fils ! Le géant dont la soif était désormais plus facilement et rapidement étanchée réclama un bassin puis plusieurs bassins pour prendre ses ablutions. Une fois de plus tout fut dans la démesure. Il fallut de plus en plus d’eau et toutes nos sources furent détournées au profit du géant. Nos rivières s’asséchèrent, nos fleuves ne rejoignirent plus la mer, tout devint aride.

- Et alors ?

- Alors, tandis que le géant Renard-Roux se prélassait avec sa cour, son peuple se révolta. Lui aussi voulait baigner dans ce qu’il pensait être le bonheur. Les gens prirent d’assaut les jardins et les bassins à l’eau limpide.

De rage, le géant fit dresser de hauts murs tout autour de sa propriété et apposer de grands panneaux comme celui-ci.

- Mais alors où a disparu l’eau ?

- La majorité du peuple, dégoûtée par la tournure des événements et l’égoïsme de son chef partit vivre dans nos contrées du nord et se ligua pour permettre aux sources de reprendre leur cours naturel. Notre région redevint verte et les fruits et légumes à nouveau réapparurent au marché.

- Et le géant ?

- Privé de cette grande quantité d’eau qu’il nous volait il dépérit, seul, de rage et de sécheresse. La sécheresse du cœur !

- Et ?

- Et voilà pourquoi, mon fils, je t’ai mené vers ce pays du géant Renard-Roux, pour que tu n’oublies jamais que sur cette terre rien ne nous appartient et que tout est à partager.

- Mmm, ce voyage me plaît beaucoup… merci Papa !

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Publié le 22 Juin 2017

Il a les notes, le rythme.

Elle possède les mots, la voix.

Se sont rencontrés un soir de juin

et depuis, ne se sont plus quittés.

 

°°°

 

Il souffle dans sa trompette, se dodeline,

ses joues se gonflent d’air, ses doigts s’agitent,

Elle inspire concentrée,

 expire en jouant de ses cordes vocales.

 

°°°

 

Les spectateurs les écoutent subjugués,

intrigués aussi.

Lui, géant à la peau d’ébène.

Elle, silhouette menue au teint de porcelaine.

 

°°°

 

Il en a connu et aimé des perles d’or,

des Vénus callipyges.

Pour d’autres son cœur a battu la chamade,

son corps de femme a résonné.

 

°°°

 

Ils se sont reconnus un soir de juin,

un soir comme celui-ci.

La musique les chavire, les unit.

toujours ils sont fidèles à son rendez-vous.

 

°°°

 

Il a les notes, le rythme.

Elle possède les mots, la voix.

A l’unisson, sous un chapiteau, au fond d’une cour,

dans un bar, au bord d’un fleuve, les entendez-vous vibrer ?

 

°°°°°°

Pour Mil et une juin - clic

Image Steve McCurry - clic et clic

 

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Publié le 11 Juin 2017

Aujourd'hui matin, Grand Sachem et Sioux pédalent courageusement à travers monts et vallées.

Elle, elle se rend au jardin, l'appareil photo à la main.

Déjà, elle se sent fébrile...

 

C'est que même réglé sur la fonction automatique, ce petit engin l'angoisse un brin.

- Allons, lui souffle Nain de Jardin, regarde-moi, ma zénitude te fera du bien !

 

Nain de Jardin, c'est son nouveau compagnon. Il a pris ses aises sur la petite table de terrasse peu avant Pâques et depuis semble content de son sort.

 

Comme en réponse elle le saisit dans le viseur tandis que lui rigole de plus belle !

- Tu vois, ce n'est pas si difficile !

 

Et un clic par ici, et un clic par là...

Les primevères et les iris d'eau offrent leurs dernières couleurs ; le saule pleureur malmené par les gelées tardives tente lentement de se remplumer... 

Au bord de la petite mare des cierges jaunes se dressent fièrement. Ici, une lavande, là quelques géraniums et deux jeunes clématites qui, adossées au mur, ont remplacé le vieux rosier.

Toute la végétation a souffert de la sécheresse puis du vent fou et de quelques trombes d'eau ou de grêle. Lentement, elle se remet des épreuves subies.

 

Au potager, les courgettes stagnent, n'osant pas encore prendre leur bel essor tandis qu'au pied de la haie de mignonnes fraises sauvages sont fidèles au rendez-vous printanier.

Le lierre au vert tendre leur fait un écrin tout en douceur. Le houx de son côté prépare ses décorations hivernales.

 

Elle observe le ciel bleu parsemé de nuages blancs puis pénètre dans le grand parterre, véritable sous-bois, refuge d'une faune et d'une flore particulières. Un passage est bien marqué au bas de la clôture. Porte ouverte au lièvre et au renard qui souvent visitent les lieux ?

 

Mais voilà que, déjà, deux casques rouges pendent au fil à linge.

Les sportifs ont le ventre creux !

Un dernier clin d'oeil s'échange avec Nain de Jardin...

 

A la soupe la troupe ! 

Et tant pis si les photos ne sont pas très nettes...

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Publié le 5 Juin 2017

- Et pourquoi pas un karaoké ?

- Ouais, chouette idée !

 

Tous les potes se sont retrouvés le 25 à 21 heures chez Billie, rue d’Harscotte. Quand Léa est arrivée à son tour, les yeux bandés et guidée par Julie, tout ce petit monde a entonné "Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, Léa, joyeux anniversaire !"

Léa, ravie, a découvert le lieu dédié à la musique, au chant, à la convivialité.

 

Marine a scandé : Giova, une chanson ! Giova, une chanson ! Suivie aussitôt par les copains soulagés de n’être pas le premier cobaye à se présenter micro à la main sur la petite estrade.

Giovanni, très sérieux, a feuilleté le catalogue de karaoké et toujours aussi sérieux a entonné une chanson italienne à vous arracher les larmes des yeux. Applaudissements !

 

Marie encouragée par ce premier succès s’est risquée à une parodie-medley des succès de Chantal Goya. L’assemblée a embrayé au premier couplet et s’est retrouvée instantanément sur les bancs de l’école maternelle. Heureuse régression sans aucun complexe. Mission réussie.

 

Comédies musicales, hits oubliés, numéro un mondial, chansons cultes ou à la guimauve se sont succédés avec plus ou moins de bonheur entre papotages et tournées servies par Billie.

 

Léa ! Léa !

La reine de la fête a chuchoté un nom, un titre. Tous se sont tus, surpris par la voix puissante et juste de leur amie. En face d’eux, Adèle et son Someone Like You prenait possession de l’espace.

Léa, paupières closes, était toute à la musique.

 

Dès la dernière note, les bis ont retenti scandés par un tintamarre de chaussures cognant le plancher. Léa, un peu étonnée de son succès ne s’est pas fait prier et a repris la chanson.

 

Mais pourquoi avait-elle aperçu une lueur navrée dans le regard de son amie Julie, son éternelle complice et pourquoi certains affichaient-ils un sourire ironique ?

 

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Les réponses à ses questions ont surgi, inattendues, le lendemain de la fête.

Sur les réseaux sociaux circulait une vidéo intitulée "Comment saccager son idole en 4’44'' chrono" se moquant du déplorable accent anglais de Léa.

Qui l’avait postée ?

Léa, blessée, pensa à Brice son ancien amoureux évincé et rancunier…

 

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Malaise, regards fuyants, fausse compassion, rires s’éteignant dès qu’elle apparaissait... Léa fit rapidement le tour de ses vrais amis et toujours elle put compter sur leur soutien.

 

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Un an an s'est écoulé depuis cette soirée d’anniversaire. Léa resplendissante se saisit du micro et dans une interprétation parfaite donne une nouvelle vie à la chanson d’Adèle.

Piquée au vif dans son amour propre la jeune femme a suivi avec succès une formation accélérée en anglais et dans la foulée a décroché grâce à elle son premier boulot.

 

Quelques fois, les moqueries font des merveilles…

 

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