un peu de moi par ci par la

Publié le 18 Octobre 2012

 
Ce jour-là, après avoir beaucoup marché, je parvins à une croisée des chemins et je profitai d’un coin agrémenté d’un banc pour m’octroyer une pause afin de soulager mes pieds endoloris. Assise à l’ombre d’un chêne, rassasiée de quelques fruits, j’observai les différentes routes qui se présentaient à moi. Celle de gauche me sembla la plus accueillante et bientôt je me remis en marche dans cette direction.
 
Cependant, après quelques lacets, je me retrouvai dans une contrée étrange où tout était voué à l’apparence. Les personnes que j’y rencontrai étaient superficielles et vaniteuses. Sans cesse, elles admiraient leur reflet dans des miroirs placés un peu partout sur les murs des maisons. Pour elles, seul comptait l’aspect extérieur et moi, vêtue à la diable, les cheveux ébouriffés par le vent, je fus observée avec mépris, nul ne répondit à mes tentatives de dialogue. A la sortie du village, un miroir géant barrait la route, empêchant tout passage. Je rebroussai alors chemin suivie par les regards hautains et dédaigneux de la population. C’est avec un réel soulagement que je quittai ce pays du paraître.
 
De retour au carrefour, j’optai pleine d’espoir pour un autre chemin. Après quelques centaines de mètres, deux gardes vêtus d’uniformes stricts me réclamèrent un droit de passage. Je m’exécutai de bonne grâce, curieuse de découvrir ce qui justifiait cette demande. Hélas, cette vallée avait pour tout but la rentabilité effrénée. Les gens se hâtaient en tous sens, il ne fallait pas perdre une minute de ce précieux temps qui valait de l’argent. Leurs yeux préoccupés me regardèrent sans me voir. Les enfants et les vieillards délaissés et parqués à l’écart comme du bétail avaient un regard si triste que je m’enfuis en courant.
 
Dès lors, il ne me restait plus que une route à découvrir mais elle m’emmena au pays de la jalousie, de l’envie malsaine, de la dénonciation calomnieuse. Les habitants se montrèrent méfiants, ils chuchotaient, toujours sur le qui-vive, et leurs visages portaient les marques de leurs peurs. Moi-même, je me sentis soupçonnée pour je ne sais quelle raison et, mal à l’aise, je fis demi-tour.
 
   Et maintenant Revenue m’asseoir sous le chêne, je fis le bilan de mes déboires quand mon regard fut attiré par l’amorce d’une minuscule sentier caché derrière une touffe de genêts. Une nouvelle fois, la curiosité guida mes pas. L’endroit était sauvage, la végétation faisait comme un écran de protection et pour avancer je dus écarter des branches basses, repousser des ronces ou contourner de grosses pierres. Vraiment, ce chemin se méritait.
 
Et puis vint la récompense, je pénétrai dans une clairière baignée de soleil. Au sol, un tapis de mousse semblait m’inviter au repos et l’air était rempli de chants d’oiseaux. De-ci, de-là, passèrent à ma portée des feuillets couverts de signes. J’en saisis un au passage et je découvris des mots doux comme une caresse, légers comme une plume. Ensemble, ils décrivaient l’amour de la vie.
 
Au bord d’un petit ruisseau à l’eau limpide, des artistes peignaient des tableaux animés ou donnaient vie à des matières les plus variées. Certains jouaient d’étranges instruments dont s’échappaient des mélodies sublimes. Tous me sourièrent, m’invitèrent à partager leur quiétude. Tout ici était harmonie et je compris instinctivement que mon voyage touchait à son terme. Par le plus grand des hasards j’avais enfin atteint mon jardin secret, celui qui depuis toujours était enfoui au plus profond de moi et un sentiment de paix infinie m’enveloppa.
 
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Publié le 13 Août 2012

 
    Dans l’armoire de la cuisine de mon enfance trônait majestueuse, alléchante, tentatrice et combien de fois maniée une jolie boîte métallique décorée de motifs colorés. Il me suffisait de soulever son couvercle pour humer la bonne odeur dégagée par son contenu. Cuberdons, gommes, souris, violettes, menthes, caramels et autres chiques* aux parfums mélangés me mettaient l’eau à la bouche. J’avais envie de les savourer, de m’en délecter tout en les laissant fondre lentement, l’une après l’autre, sur ma langue. Mais il n’était pas question de se servir sans l’autorisation de Maman et comme pour les fraises ou les carrés de chocolat, nous devions nous contenter de la part accordée à chacun. Cinq fraises, trois carrés de chocolat, deux chiques…
 
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    Bien sûr, la tentation était grande pour la petite gourmande que j’étais et il m’arrivait, alors que Maman était descendue à la cave ou montée à l’étage, de plonger rapidement la main dans ce trésor de sucreries. Vite, vite, tous ces délices fondaient dans ma bouche et au retour de ma mère j’affichais sur mon visage un air de parfaite innocence. Et pourtant, malgré mes efforts, le dialogue tant redouté était souvent au rendez-vous :
 
- Qui a été dans la boîte à chiques ?
- Pas moi !
- Est-ce bien vrai ? Laisse-moi sentir ton petit doigt.
 
Alors, crânement, je lui présentais mon index tendu.
- Non, pas celui là, disait maman, le petit doigt !
 
Moins faraude, je m’exécutais, l’auriculaire tremblant légèrement.
- Mmm, décrétait Maman, il ne sent pas bon ! Je pense que tu mens.
Privée de friandises pour le restant de la journée, je triturais ce petit bout de moi pour me venger de son infamie, puis, je le portais à mes narines pour tenter de sentir cette fameuse mauvaise odeur que seule Maman percevait.
 
Aujourd’hui, alors que j’aime toujours autant les friandises, il m’arrive encore de repenser à ce petit doigt au délicieux parfum d’innocence et d’honnêteté.
 
 
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* chique : bonbon, sucrerie dans certaines régions de Belgique
 

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Publié le 10 Août 2012

Quand j’aurai rangé le grenier…
Quand j’aurai…
Quand…
 
  Quand j’aurai rangé le grenier, me serai dépouillée des souvenirs accumulés ; quand je connaîtrai tous les mots de chacune des langues de la Terre et qu’avec tous je pourrai communiquer ; quand mes souliers seront usés de tous les voyages effectués, de tous les sentiers foulés ; quand j’aurai lu tous les livres des bibliothèques, des plus poussiéreux aux pages écornées à ceux à l’encre encore fraîche ; quand de toutes les fleurs j’aurai fait des brassées de bouquets à suspendre aux portes des maisons ; quand les sons les plus assourdissants ne seront plus que douce mélodie ; quand, au hasard, les dés lancés auront montré toutes les facettes de ce monde ; quand tout cela et que ma soif sera intense, j’irai m’abreuver à la source de mon enfance puis je gravirai la colline où là, immobile, l’Oiseau sacré m’attendra. Sans un mot je le saluerai et blottie entre ses ailes je m’évaderai en abandonnant ici bas toutes mes peurs, toutes mes rancoeurs, tout le fiel de mon coeur.
 
La dernière phrase terminée, le dernier mot lu, le roman me laisse troublée, je n’arrive pas à me détacher de cette femme étrange. Elle semble avoir pris possession de ma pensée, s’être incrustée profondément dans mon âme. Elle est moi et je suis elle. Où est la frontière entre la réalité et l’imaginaire ? Comment l'auteur a t-il pu décrire à ce point ce que je ressens ?
 
Doucement je referme le livre et j’ai la curieuse sensation de m’emprisonner dans un labyrinthe de mots, dans un dédale de vocables qui tous m’appellent et chuchotent mon prénom. Je suis happée, aspirée par des tourbillons de vent, mes cheveux dénoués flottent sur mes épaules, mes paupières clignent sous l’effet de la brusque lumière apparaissant au loin et mystérieusement je me retrouve installée sur le dos doux et soyeux de l’Oiseau sacré.
 
En dessous de nous défilent toutes les contrées de la Terre, des lieux de joie ou de misère, des régions parcourues jadis en quête d’inaccessible et de renouveau, des endroits où j’espérais découvrir l’entente et la complicité et pourtant des dunes du Sahara ivres de soleil aux confins des steppes arides, de la forêt amazonienne à la végétation luxuriante aux sommets enneigés de l’Everest, du Nord au Sud, de l’Arctique à l’Antarctique, de la mer de Corail aux mers intérieures, partout, je n’avais trouvé que des peuplades fières et arrogantes.
 
Mais à présent je ressens toute leur richesse intérieure, toutes leurs valeurs. Je savoure leurs dialectes riches de mille subtilités, leurs coutumes qui remontent parfois à la création du monde et je comprends que la fierté et l'arrogance étaient en moi seule. Du sol, me parviennent des musiques métissées, des odeurs mélangées de cannelle et de vanille, de jasmin et de roses et toujours l’Oiseau sacré poursuit son vol vers la lumière. Il me conduit des jardins de Babylone au Mont des Oliviers, survole la bibliothèque d’Alexandrie et tous les récits anciens pénètrent en moi ; je deviens universelle.
 
Une voix de femme chante à mes oreilles, la lumière devient plus intense, je suis lumière, je connais enfin la plénitude. Je suis débarrassée à jamais de mes angoisses et de mes questionnements. La musique, la voix, l’oiseau, la lumière... le radio réveil...
 
… - Il est 6 heures 20’ et comme Patricia Kaas vient de le chanter, nous entrons dans la lumière d’une matinée que le service météo nous promet ensoleillée. Voici à présent des nouvelles des routes...
 
J’ouvre les yeux et j'aperçois la lampe de chevet allumée, les tentures agacées par une légère brise et sur le parquet le livre qui a glissé de mes mains lorsque je me suis endormie. Je tends le bras pour le ramasser et mes doigts effleurent une matière douce et soyeuse.
 
Cette nuit, l’Oiseau sacré a signé mon rêve de sa plume. 
 
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Publié le 23 Juillet 2012

Je m’en souviens de l’anniversaire de mes huit ans ! Et surtout de la veille au soir. C’était un banal crépuscule d’été avec les voisins installés sur le seuil des maisons pour discuter à la fraîche alors que nous, les enfants, jouions « aux raquettes » en attendant le passage du glacier.
 
- Moi, je prendrai une boule pistache et une au chocolat. Et toi ? 
 
Nous salivions de plaisir avant même d’entendre le chant joyeux de la corne dans laquelle Joseph Mizerrotti soufflait avec entrain pour signaler son passage.
De temps à autres, nous étions dérangés par le passage d’une voiture. Tip, tap ! Le volant de badminton s’échangeait alors en des passes moins longues sur l’accotement puis, le véhicule disparu derrière le tournant, nous reprenions place sur la route, fiers d’avoir pu maintenir nos échanges sans faiblir. 79, 80, 81… Il fallait tenter de battre notre record en duo mais sitôt la moindre maladresse nous cédions le tour à une autre équipe de joueurs.
 
Les hirondelles, insouciantes et volubiles, rivalisaient de vitesse et de grâce dans le ciel, nous promettant un lendemain tout aussi ensoleillé. Pourtant la température fraîchissait et je n’avais pas encore entendu Maman nous héler par dessus le mur du jardin d’un « venez enfiler vos gilets » ou d’un « il est l’heure les petits » adressé à mes deux plus jeunes frères.
 
Et puis, une voiture inconnue s’est arrêtée devant notre porte. Notre père est sorti de la maison une valise à la main et il l’a déposée dans le coffre. Maman est apparue à son tour et tous deux se sont installés à l’arrière du véhicule qui a démarré aussitôt.
Où allaient-il ? 
 
- Pourvu que tout aille bien ! a dit Madame Lilly, notre voisine.
Tout quoi ?
 
Toutaillebien, toutaillebien ! Tip, tap ! Toutaillebien, tip, tap, toutaillebien !
Demain, j’allais fêter mon huitième anniversaire et soudain je me sentais triste.
Toutaillebien !
Plus envie de jouer, plus faim de glace !
 
Les deux aînés, des jumeaux que moi seule distinguais l’un de l’autre, ont surgi sur leurs vélos.
- Il faut rentrer et aller se coucher. Demain, Bonne-Maman sera là !
Les petits n’ont pas posé de questions. Moi non plus !
 
Toilette sommaire, pyjamas passés en se chamaillant et déjà la nuit nous enveloppait de sa cape protectrice. Les yeux rivés sur le réveil aux aiguilles fluorescentes, j’attendais minuit dix, l’heure de ma naissance.  Mais mes yeux se sont fermés bien avant le changement de jour.
 

Au matin, Bonne-Maman nous a réveillés en criant dans la cage d’escalier :

- Qui veut du cacao ? Vous avez une petite sœur, elle est née hier soir !
Une petite sœur ? Pour mon cadeau d’anniversaire ? Alors, je ne serai plus la seule fille parmi les garçons ? Et comment est-elle née un jour avant moi alors qu’elle est plus jeune ? Les questions se
bousculaient dans ma tête de grande sœur.
 
- Vous pourrez aller la voir demain après-midi, maintenant Maman a besoin de repos, a simplement expliqué Bonne-Maman.
 
Et la journée de vacances s’est déroulée comme à l’accoutumée en jeux et courses dans les chemins creux. Le soir, l’absence de Maman m’a donné des bleus au cœur. Elle seule n’aurait pas oublié mon anniversaire, elle seule m’aurait offert trois boules de glace exceptionnellement garnie de chantilly.
 
J’avais huit ans et une petite soeur.
 
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Publié le 9 Mai 2012

            
Ce texte lu par Sagine est à écouter ici

C'était une fille intemporelle, légèrement décalée sinon pourquoi se serait-elle intéressée à lui, le marginal, le torturé ? Elle l’avait approché une nuit de pleine lune, une lune belle à réconcilier tout l’univers. Sans un mot, elle avait pris place à ses côtés sur le muret bordant le ruisseau. Tout comme lui, jambes pendues dans le vide et yeux dans les étoiles, elle avait suivi le lent parcours de la lune jusqu’au moment où l’astre perdit peu à peu de son éclat. Alors seulement il lui dit : "Je me prénomme Yann, puis-je vous appeler Moon ?"

Elle avait souri et d’une inclinaison de la tête avait acquiescé à sa demande puis d’une voix douce elle précisa : "Je viens d’emménager dans la petite maison au fond de la cour et mon prénom est Lola mais pour vous, je serai Moon"
 
Le soir, en rentrant de la ville, elle prit l’habitude d’aller saluer Yann et son oncle Pierre un ancien menuisier. Trois petits coups frappés à leur porte arrière donnant sur la cour et elle pénétrait dans l’antre des vieux garçons, traversait l’atelier et les rejoignait dans la petite cuisine sombre. Souvent, Yann était assis sur un long banc de bois, occupé à rouler de fines cigarettes et l’oncle Pierre, la pipe aux lèvres, la saluait d’un "Voici la Moon !" Alors, étirant son long corps maigre, il quittait le haut fauteuil installé à gauche de la cuisinière ronronnant ; c’était le moment pour lui de donner d’innombrables tours de clé ou de remonter les poids de ses horloges, coucous, pendules et carillons. Parfois Moon restait auprès de Yann à dialoguer sur de nombreux sujets, subjuguée par sa culture impressionnante et d’autres fois, elle accompagnait l’oncle Pierre dans la visite journalière à sa collection d’antiquités.  
                                                     
                                                     
En peu de temps, il lui fit découvrir toutes ses merveilles, lui expliqua leur provenance et leur histoire propre. Celle de la pendule de bronze, chuchotée à son oreille, l’émut aux larmes ; seule rescapée du bombardement allemand qui coûta la vie aux parents de son neveu, elle était à leurs yeux la plus précieuse de toutes.
Pour Moon, l’oncle Pierre sortit aussi de l’armoire de la "bonne chambre" sa merveilleuse collection de montres à gousset, ses innombrables pipes à têtes d’écume et même les napperons en dentelles de sa grand-mère. Un vendredi, il lui dit : "Dimanche, si le temps est beau, je te réserve une surprise" Sa curiosité piquée à vif, Moon attendit avec impatience d’être enfin dimanche. Pour une surprise, ce fut réussi.
 
Du grenier, ses amis avaient descendu dans la cour un étrange vélo qu’ils lui présentèrent sous le nom de grand-bi et Yann prit plaisir à la photographier juchée sur le vénérable ancêtre à l’énorme roue avant.   
Les mois avaient passé et petit à petit, grâce aux confidences de l’oncle Pierre, Moon cernait mieux le mal de vivre et la révolte qui habitaient Yann depuis le décès de ses parents, sa difficulté à réintégrer une vie sociale normale, à laisser libre cours à ses talents artistiques, à ses dons d’ébéniste. « Il vit avec moi depuis tout ce temps mais je me fais vieux et après ? » disait-il parfois à Moon. " Et toi, Moon, tu es bien jeune pour rester seule ? " 
"Oh ! Moi…" et elle souriait d’un regard voilé de tristesse sans se livrer d’avantage.
 
Les soirs d’été, ils s’installaient tous trois dans la cour et leur simple bonheur était d’observer le coucher du soleil au travers de verres teintés. Quand les nombreuses et diverses sonneries signalaient 22 heures 30, ils se séparaient et parfois l’ocarina de Yann déchirait le silence de la nuit, fendant le cœur de Moon de sa sonorité étrange.  Quand l’automne vint, un homme pénétra dans la cour et interpella l’oncle Pierre d’un « C’est ici que vit Lola ? Je suis son père ! » Lola ? La Moon ? « C’est là » répondit le vieil homme, « Mais elle ne rentrera pas avant ce soir » Sans un mot de remerciement, l’homme s’assit à même le seuil de la maison de sa fille et l’attendit.

 

Le lendemain matin, Lola inconsolable et affolée par ce qu’elle venait de découvrir, pleurait et pleurait encore face à la porte de l’atelier ouverte à tous vents. Son père, son propre père qu’elle venait à peine de retrouver après ses longs mois d’emprisonnement l’avait trahie. Pourquoi ? Pourquoi, à peine libéré, avait-il à nouveau commis un vol ? Pourquoi s’en prendre à ses amis, à ces deux hommes qu’elle aimait ? Comment dire à l’oncle Pierre ses remords de ne pas s’être confiée à lui en lui révélant la vie malhonnête que menait son père ? Pourra t-elle un jour retrouver l’estime de Yann et comment lui expliquer que sa chère pendule avait disparu à jamais ?
 
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Publié le 28 Avril 2012

 
          Ce jeudi là, c’était son anniversaire. Quel âge avait-elle ? En réalité, je ne le sais plus. Vieille assurément, c’est ainsi que je l’ai toujours perçue. Une grand-mère se doit d’être vieille, c’est dans la nature des choses et même à l’époque où elle dissimulait ses beaux cheveux blancs sous un horrible fixateur qui leur donnait une teinte mauve c’était une grand-mère comme les autres.
 
- Bon anniversaire Mémé. Tu vas bien ? 
 
Quelle question stupide et comme ma voix sonnait faux ! Pourtant, Mémé imperturbable continuait ses activités.  
- Que fais-tu aujourd’hui ? 
Long silence. Puis brusquement la réponse franchit ses lèvres.   
- Je plie du linge.
Silence encore.   
- Il a bien séché avec tout ce vent.
 
Troublée, je jetai un regard vers la haute fenêtre. Oui, le vent était au rendez-vous qu’il avait fixé avec la neige et coquin, il l’emmenait dans des tourbillons fous. Les bras de Mémé semblaient eux aussi participer à cette sarabande. Ils se tendaient de gauche à droite, ses mains lissaient encore et encore et subitement, leur travail terminé, elles se figèrent sur la table.
 
- Les soldats allemands passent sur la grand-route. Ils fuient, je les ai vus toute la journée… Mon mari va rentrer, je dois préparer le souper.
- Que prépares-tu Mémé ? 
Une seconde elle hésita,  le front plissé, soupçonneuse.  
- Du matoufet, tu le vois bien. 
- J’aime bien ton matoufet, Mémé. Tu m’expliques comment tu le fais ? 
 
Pas de réponse. Sans cesser de l’observer, je jetai un coup d’œil rapide en direction de la commode. Dans un cadre doré mon grand-père, ce bel inconnu, gardait une pose altière depuis plus de trente ans.
 
- Tu coupes quoi Mémé ?
- Du lard… en petits morceaux.
- Tu le rôtis à la poêle à présent ?
Silence. Mémé s’activait.
 
- Faut des œufs et pas oublier la farine et le lait.
- Voilà, Mémé et j’ai même pensé au poivre et au sel.
 
Sur le bord d'un plat imaginaire ma grand-mère cassait déjà la coquille des œufs et les battait avec vigueur, ajoutait d’instinct la farine et le lait, le sel et le poivre, continuait à battre le mélange pour bien l’aérer et d’un geste sûr elle le versait sur les lardons croquants à souhait. Fascinée, je suivais tous ses gestes et la poêlée imaginaire de matoufet prit vie dans mon esprit et dans mes narines.
- Il est en retard. Je vais me reposer un moment en l’attendant.
Et Mémé, épuisée par tous ses efforts, s’assoupit dans son fauteuil me laissant seule face à la réalité. Seule et affamée.
 
     « Bon anniversaire Mémé »
 
Un petit baiser sur son front, une caresse sur sa main et je quittai la maison de retraite heureuse d’avoir pu pénétrer un court instant dans son univers si particulier.
 
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- Que mange-t-on ce soir, M’man ? 
- Du matoufet.
- Miam ! Super !
 
Merci, Mémé !
 
 
 
 
 

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Publié le 15 Avril 2012

Dans la classe tout était calme, Madame s’occupait des petites de première année et moi, la série de calculs terminée, j’attendais, rêveuse. Mes yeux allaient du tableau noir où je pouvais lire - vendredi, 4 octobre 1957 - au ciel bien visible au travers des hautes fenêtres.
 
La sonnerie ! Enfin la délivrance !
Dès que Madame nous en donna l’autorisation je m’empressai de saisir mon cartable et de dévaler la rue jusqu’à la maison où je retrouvai mes frères aînés, des jumeaux de 10 ans. Ils étaient en pleine effervescence, parlaient en même temps et essayaient de convaincre maman de les autoriser à se rendre sur le Thier*
- Tu te rends compte, M'an, le Spoutnik est tombé dans la cour de Joseph Gustin ! Nous devons absolument aller le voir, on ne peut pas rater ça. Les copains y sont déjà.
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 Le Spoutnik ! Le matin même, j’en avais entendu parler à la radio entre mon bol de chocolat chaud au bon lait frais et ma tartine de confiture, et puis aussi des Russes qui avaient envoyé dans le ciel cette chose au nom bizarre.

- Non, pas dans le ciel, a corrigé un de mes frères, dans l’espace.

- L’espace ? L’espace entre quoi ?
 Je me moquais un peu de lui. Faut toujours qu’ils jouent aux plus malins les garçons ! Bien sûr que je connaissais le sens du mot « espace » Je savais lire et les « Histoires de l’Oncle Paul » que je découvrais chaque semaine dans Spirou me passionnaient.  
Maman nous a regardés repartir avec un léger sourire au fond des yeux.
 
Devant la forge où s’activait le maréchal-ferrant, un groupe de personnes discutait d’un air joyeux. En nous apercevant l’une d’elle lança comme une évidence  :
- vous allez sur le Thier les enfants ?
-’sûr ! Et vous ? 
La réponse nous échappa tant nous étions pressés de découvrir le Spoutnik.
 
Sur le Thier, ce quartier derrière l’église, se trouvait la ferme de Joseph Gustin et de sa sœur Jeannette, couple de vieux célibataires comme il y en avait tant dans nos campagnes. Jeannette, à la croupe aussi impressionnante que celle du cheval de son frère, barrait l’entrée de la cour d’un air important et décidé. Pas question d’approcher l’engin ! Il fallait attendre le garde-champêtre appelé pour faire le constat de la situation.
 
- Le garde-champêtre ET le KGB, a lancé un grand d’au moins quinze ans.
KGB, cagibi, prison, rideau de fer ? Je compris que l’heure était grave.
Le cou tendu, nous apercevions près du tas de fumier une sorte de tuyau pointu doté d’ailettes et d’un long fil.
- C’est le détonateur, c’est pour le décollage ! a encore affirmé le grand « je sais tout »
  
C’était donc cela le fameux Spoutnik dont on parlait à la radio, rien que cela ! Moi, j’avais imaginé voir une fusée grande, belle et colorée comme dans « Tintin sur la Lune » et non pas un bout de buse de poêle à moitié rouillé.  
Déçue, je fis demi-tour abandonnant mes frères à leurs copains et je croisai Joseph Gustin accompagné du garde-champêtre impressionnant sous son haut képi. Derrière eux suivaient Yvan et Richard, deux jeunes hommes venus, eux aussi, aux nouvelles. En les voyant je pensai : - pas la peine de vous déranger pour si peu ! Que les Russes ouvrent leur rideau et viennent reprendre leurs débris. Nous, on a Tintin et Milou !
 
Le lendemain matin, tout le village était au courant de l’événement et du bon tour joué aux fermiers par Yvan et Richard avec la complicité amusée du très sérieux garde-champêtre.
 
A plus de cinquante ans de distance, Yvan, devenu mon voisin, en rit encore de bon coeur.
 
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* Thier = butte ou rue en pente (ici le nom de tout un quartier et se dit au Thier ou sur le     Thier)  
   
           

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Publié le 6 Avril 2012

Pour Miletune                                                     
Photo Le temps d'Eric Bellin
Elle tricote le fil du temps
Un jour à l’endroit
Un jour à l’envers
Un autre en attente
Et glisse la maille
 
 Elle tricote le fil du temps
Croise diminue augmente
Jetés points mousse ou points
Escargot garnissent les rangs
Et ajoute la maille
 
 Elle tricote le fil du temps
Mais s’offre en dentelle
A dix heures à quatre
Ou à vingt c’est selon
De monter celui des mots
 
 Elle tricote le fil du temps
Savoure celui des vocables
Partages échanges
Un mot à l’endroit
Un mot à l’envers
Et passe passe le temps  
  fleurs 014  fleurs 014   
    
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Publié le 14 Mars 2012

 
Ferme la porte !!!!!!!!!!!
Excédée, elle l’est Mony de sans cesse répéter de fermer cette satanée porte seul rempart capable de la préserver un tant soit peu de ces fichus courants d’air qu’elle exècre. Pourquoi la famille circule-t-elle dans toute la maison en simple tee-shirt alors qu’elle, emmitouflée sous une couche de pulls, grelotte au moindre changement de température ?
 
Pourtant, elle l’aime sa tribu. Mais là, elle se sent, non pas déprimée, mais simplement lasse et, elle doit bien se l’avouer, un brin triste. L’arrivée de l’automne, un choix difficile pareil à un deuil du coeur ? Probablement…
 
Allons, Mony, secoue toi ma vieille ! Tu ne vas pas devenir acariâtre ! Et si tu leur faisais un gâteau ?
« Rien n'est plus beau que les mains d'une femme dans la farine »
Mony s’active, chantonne, se sent portée par les paroles de Nougaro bien que ce soit le chocolat qui prime parmi les ingrédients posés sur le plan de travail. Le délicieux « Côte d’Or » se ramollit lentement et son odeur attire un gourmand.
 
- Que mitonnes-tu qui fleure si bon ?
 
Les babines se retroussent, un petit morceau de chocolat qui a échappé au verdict de la balance de cuisine disparaît dans une bouche affichant un ravissant sourire face à un regard grondeur puis la porte de la cuisine est ouverte et refermée en douceur.
 
Hi, hi, Sioux 1 a enfin compris que la squaw a besoin de chaleur pour préparer le pemmican.
 
Beurre, farine, œufs, chocolat ;  battre, mélanger, enfourner ; minuterie. Ouf ! Mony s’installe à la table, chausse ses lunettes et saisit son livre "La dernière licorne » d’Eva Kavian" Un délice cette écriture ! La squaw ne voit pas le temps passer. C’est à peine si une seule fois elle détourne le regard pour examiner le gâteau qui enfle de bonheur sous la température élevée.
  Gâteau au chocolat 006
                                                                                           
La cuisine baigne dans la chaleur, Mony se sent bien mais au fil du temps elle étouffe. C’est le moment où Sioux 2, attiré lui aussi par les bons arômes, pénètre dans la pièce et comme Mony ne loupe jamais une contradiction, elle le supplie : « La porte ! Laisse-la entrouverte »
 
Foi de sioux, allez comprendre les femmes !
 
 
         

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Publié le 23 Février 2012

Oma et opa

 

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  J'ai douze ans et demi. J’ai douze ans et demi et j’ai peur, une peur viscérale qui me tord l’estomac et bloque ma respiration. J’ai mal aussi, d’une douleur si intense qu’elle m’empêche de pleurer. J’ai douze ans et demi et je viens de quitter définitivement l’enfance.

  Je suis couchée dans le lit de mes parents, à la place de maman restée au hameau pour veiller mon grand-père. Mon père à mes côtés s’est endormi, ma main serrée dans la sienne, si puissante, si forte, chaude de vie. Comment peut-il dormir aussi sereinement après ce qui s’est passé ? Moi, j’en suis sûre, je ne dormirai plus de toute ma vie.  

     

La lampe de chevet est restée allumée à ma demande et jette des ombres fantomatiques sur les murs, mais peu m’importe, il ne faut surtout pas laisser entrer l’obscurité cette vile traîtresse. Pour ne pas penser, ne pas sombrer, j’observe la pièce sous cet angle inhabituel. La garde-robe avec son grand miroir central, le seul de la maison à refléter nos silhouettes de pied en cap, se dresse massive à ma droite. Et je me revois enfant, il y a si longtemps de cela, admirant mon déguisement de carnaval ou tourbillonnant dans une jolie robe neuve faite de volants légers gonflés par un jupon empesé.

  Mes yeux à présent suivent le tapis mural. J’en dénombre les fleurs, dix jusqu’à l’angle du mur puis huit et je rencontre l’armoire à pharmacie. Une puissante odeur, mélange subtil de camphre, d’éther et de fleurs de camomille, envahit aussitôt mes narines. Elle évoque tous les petits bobos, les nez qui coulent et les tasses de lait chaud aromatisé de miel. 

Comme en écho à mes pensées, un de mes frères se met à tousser dans la chambre voisine. Il se retourne dans son lit et le sommier gémit. Peut-être est-il éveillé lui aussi ?

     

Tic, tic, tic, mis à part le réveil qui égrène les secondes, tout redevient calme quand soudain mon coeur s’emballe. Mon regard vient de fixer le coffret de bois posé sur la tablette en marbre de la commode. C’est un petit coffret vernis tout simple, avec de jolies fleurs ciselées sur le couvercle. Maman y range quelques papiers, ses boucles d’oreilles et son collier de perles qu’elle ne porte qu’aux grandes occasions. Mon ventre se contracte tant cet objet me ramène à ce que je veux éloigner de moi, ignorer, renier. Ce coffret, c’est mon grand-père qui l’a réalisé dans son vieil atelier, là où nous jouions avec nos cousins et cousines, parmi les copeaux, dans la bonne odeur du bois frais.

  Il faut que mon coeur se calme. Je calque ma respiration sur celle de mon père, respirer, expirer, ne pas penser. Et si mon père lui aussi … ? Je l’observe un moment, j’aimerais tant qu’il me parle. Tout à l’heure, quand je me suis glissée à ses côtés, il n’a rien dit mais son regard bienveillant m’a fait comprendre que lui aussi a de la peine.

  Je dénombre à nouveau les fleurs, en diagonale, à la verticale, à l’horizontale. Je fais de savants calculs, autant de bleues, autant de roses, je m’emmêle et recommence. De la maison de notre vieux voisin collectionneur, me parviennent les sonneries des horloges, coucous et pendules, le tout ponctué par les deux coups de cloche qui s’envolent du clocher de l’église. Ces sons si coutumiers, cette nuit me déchirent. C’est le glas qui sans cesse résonne en moi.

  Mon père se réveille, il me regarde et chuchote « éteins, essaie de dormir », puis il serre ma main plus fort comme pour m’encourager, desserre son étreinte, se retourne et se rendort. Mais je n’écoute pas ses conseils et j’entrouvre doucement le tiroir de la table de nuit. J’en retire le petit flacon mauve de « Soir de Paris » dont je dévisse le capuchon et le parfum de violette fait apparaître le visage de maman. Un visage si triste, celui de tout à l’heure quand elle est venue à l’école. Il était onze heures et j’ai de suite su qu’il se passait quelque chose d’anormal. Et puis ces paroles inattendues, terrifiantes ont franchi ses lèvres : « Bon-papa est mort cette nuit, dans son sommeil …tu sais, il n’a pas souffert, il s’est simplement endormi…dimanche, il me disait encore se sentir comme un poisson dans l’eau »

  Je tremble, je frissonne mais mes yeux restent secs, tout entière je ne suis qu’un bloc de glace dur et froid. Non, je ne pleurerai pas, ce serait lui faire trop d’honneur à cette chose ignoble, la mort. Pour moi, en moi, Bon-papa est bien vivant et c’est le plus important. Je dépose le flacon sous la lampe que je frotte au passage. Peut-être un génie va-t-il apparaître et réaliser mon voeu, me rendre mon grand-père ? Hélas, on n’en est plus à l’heure des contes.

 

  … Aladin… le poisson rouge dans son bocal… Bon-papa, viens me montrer, je n’arrive pas à raboter ce bout de bois… ne touchez pas aux scies les enfants ! … savez-vous planter les choux, à la mode, à la mode… on peut avoir un peu de café pour la dînette ? Sourire complice et un peu de bière brune remplit la petite cafetière… Bon-papa, je trouve qu’il ressemble au monsieur à la pipe de la publicité émaillée du tabac Ajax, le plus jeune, c’est oncle Jean ! … j’aime mon cousin, mon cousin, ma cousine, j’aime mon cousin, mon cousin germain… la table des grands, celle des enfants, gâteau de Verviers, tarte au riz, cramique, café léger additionné de chicorée… Noël, la grande crèche digne d’une église… Bonne-maman, petite souris silencieuse au regard si doux… doux comme le coussin en satin rose du vieux sofa… quatre, cinq, six, sept, violettes, violettes…

 

  J’ai du dormir un peu, rêver peut-être ? La chambre est maintenant éclairée par les premiers rayons du soleil qui traversent les fines tentures. J’éteins la lampe, me lève doucement et m’installe sur le large appui de fenêtre, ma cachette préférée quand je jouais à cache-cache. J’aperçois dans les grands prés en contre-bas le fermier qui, aidé par son chien Tobby, rassemble les vaches pour les mener à l’étable. C’est l’heure de la première traite. Ma respiration forme de la buée sur les carreaux, je la frotte avec la manche de mon pyjama, je veux voir le ciel, il est si beau ce matin. Les nuages sont teintés de rouge, ma couleur préférée, la couleur de la vie.

  Je les observe mieux et m’aperçois que l’un d’eux a la forme d’un vieux monsieur moustachu avec une pipe à la bouche. Aussitôt toutes mes tensions disparaissent, l’étau qui me broyait se desserre, je peux respirer normalement. Bon-papa, de là-haut me sourit de ses yeux pétillant de malice et je comprends que le ciel était au bout de sa nuit. Je forme un coeur dans la buée et d’un baiser léger, je lui envoie.

 

  Je regagne alors ma chambre orangée envahie de 45 tours à la mode et de posters détachés dans « Salut les copains » et je me dis que décidément mon enfance est loin, si loin, blottie à jamais au fond de moi.

 

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Publié le 23 Février 2012

 

Pour me séduire, raconte-moi la nature

 Raconte-moi le vent qui souffle

  Raconte-moi les arbres où il s’essouffle

  Raconte-moi la rivière qui coule

  Raconte-moi les plaines où elle roucoule

  

 

Pour me séduire, raconte-moi ton enfance

 Raconte-moi tes découvertes

Raconte-moi toutes ces boîtes ouvertes

Raconte-moi tes jeux

Raconte-moi ce qui te rend heureux

 

 

Pour me séduire, raconte-moi ta vie 

 Raconte-moi tes menus plaisirs

Raconte-moi tes plus vifs désirs

Raconte-moi tes bonheurs

Raconte-moi le fond de ton cœur

 

 

Pour me séduire, raconte-moi une histoire

 Raconte-moi le loup et les sorcières

Raconte-moi, ne sois pas fier !

Raconte-moi, fais-moi rêver

Raconte-moi, laisse-toi aller

 

Pour me séduire, conte-toi  

Compte pour moi ! 

 

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Publié le 23 Février 2012

Ferdinand Hodler 

Ce texte lu par Sagine sur son site "De mes yeux à vos oreilles" est à écouter ici

 

La première est sage, posée, réfléchie, respectueuse des codes et des lois de la société. Elle analyse sainement les situations qui se présentent et prend les problèmes à bras le corps. En un mot, elle assume.

 

La deuxième est curieuse, désinvolte, joyeuse, intrépide et un brin inconsciente. Dépensière sans remords ni états d’âme, elle vit au jour le jour et croit en sa bonne étoile qui, elle en est persuadée, ne lui fera pas faux bond.

 

La troisième est inquiète, toujours en questionnement, souvent sur la défensive. Elle craint de se retrouver dans le besoin affectif ou matériel ce qui l’empêche de se détendre et de profiter des bons moments. Elle peut être acerbe et défaitiste.

 

Une quatrième est cachée et ne se livre pas. Trop secrète et mystérieuse, emplie de visions qu’elle ne peut partager, de pensées folles ou cruelles. Elle est froide, calculatrice et terriblement réaliste.

 

Toutes ces femmes s’entrecroisent, se déchirent, cohabitent tant bien que mal, l’une prenant parfois la suprématie sur les autres. Elles s’accordent, s’ignorent, s’aiment ou se haïssent mais toutes elles sont en moi me rendant à la fois femme unique et femme multiple.

 

Tout simplement femme.

 

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