un peu de moi par ci par la

Publié le 24 Juillet 2014

Aujourd'hui, elle râle !

Non pas d'avoir un an de plus, non pas de compter autant de décennies.

Aujourd'hui, et depuis quatre jours déjà, elle est enchifrenée et cela commence à bien faire.

Et toc ! Elle a pu placer un beau mot pour cette vilaine chose qui l'ennuie.

Aujourd'hui, pas de grande fête, elle n'en est plus à ce stade.

Pas même un petit resto ? Un verre de rosé bien frais ?

Non, aujourd'hui, elle râle !

 

Quoi ? Plus de livres à lire ?

Elle a sorti la voiture et tant pis pour la couche d'ozone, elle a rejoint la bibliothèque.

Trois cents mètres à pied qu'est-ce ?

Un marathon dans le brouillard quand on est enchifrenée.

Non, les chiffres elle ne les apprécie pas particulièrement mais elle aime les mots.

 

Quoi ? Porte close ?

Décidément sa mémoire lui joue de vilains tours. Il y a quinze jours, elle s'est retrouvée dans la même situation à lire "En juillet, ouverture uniquement le samedi matin"

Et râle et râle !

Madame Bâ et Mali, ô Mali  ont repris le chemin de la maison. (voir liens sous l'image)

Quoi ? Du dos d'un livre Erik Orsenna semble lui faire un sourire ironique ?

La fièvre n'est pas loin.

 

Mali ? Niger ? Algérie ?

Une fois de plus le transport aérien a fait des victimes.

Elle se remémore le voyage en avion de Madame Bâ, Don Quichotte malienne...

Comme le langage écrit d'Erik Orsenna est riche et agréable....

Allons, elle lui sourit à son tour.

 

Elle râle, elle peste mais qu'est-ce qu'un rhume mâtiné d'une pointe d'angine et pimenté d'une toux à côté de tous les conflits et/ou catastrophes de notre monde ?

Deviendrait-elle plus sage ?

Elle se surprend à chantonner.

Ma sqwaw semble aller mieux, constate le Grand Sachem en fin psychologue.

Bon anniversaire !

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Madame Bâ - clic  -  Mali, ô Mali - clic

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Publié le 15 Juillet 2014

Aujourd'hui, le renard a glapi dans la prairie et elle s'est levée.

L'apercevra-t-elle cette nuit ?

Dans le ciel, les nuages épais ont enfin cédé la place à une Lune épanouie.

Tout est calme ! Maître Goupil reste discret.

Là-haut, une lumière clignote.

Cap Nord puis large virage à gauche à hauteur approximative du petit bois et le lourd transporteur s'infiltre dans le couloir d'approche de l'aérodrome de Bierset.

Si loin, si près...

Déjà, une autre lumière clignote.

 

Elle aime observer ce ballet incessant des avions.

Que transportent-ils ? Passagers ou fret ?

D'où viennent-ils ?

Luxembourg, Bâle, Marseille, Budapest ???

 

My house in Budapest - Ma maison à Budapest

My hidden treasure chest - Mon trésor caché

Golden grand piano - Piano à queue d'or

My beautiful Castillo - Ma belle Castillo

For you - Pour toi

You -Toi

I’d leave it all - Je laisserai tout  - George Ezra

 

Dans le noir, elle chantonne.

Un hérisson, museau au sol, traverse la terrasse puis, en furetant, longe la haie et disparaît dans un buisson.

For you

You

Près des arbres des chauves-souris s'activent, l'heure du repas est sacrée.

For you

You

 

Peuple de la nuit qui es-tu ?

De sa  mémoire resurgit la couverture de "Vol de nuit"

...Saint Exupéry - Le petit Prince...

Hommes et femmes, pilotes travaillant loin de la lumière naturelle, dormant le jour, êtes-vous au plus près de vos rêves d'enfants ?

 ...you,  you...

 

- As-tu vu le renard ? questionne Grand Sachem quand elle se recouche à ses côtés.

For You You

You

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Vol de nuit lu par Francis Huster - clic  -  Le petit Prince lu par Sagine - clic

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Publié le 10 Juillet 2014

Dans une ville où je passais,

Bien au Nord du mois de juillet

Sur un grand lac, un lac gelé,

Un homme en noir glissait glissait (Julien Clerc)

 

Juillet et là ! Si, si !

Avec ses soldes et leurs tentations...

Grand Sachem en sportif invétéré se dirige vers un magasin ad hoc tandis qu'elle furette dans les bibelots.

 

Il patinait, sur une jambe il patinait...

 

Elle vit aujourd'hui et pense à demain.

Au moment des frimas ces patineurs égaieront la table du salon...

Elle vit aujourd'hui et se remémore le temps d'hier.

Julien chantait, c'était en 1972

Aujourd'hui est pluvieux.

La télé déverse son lot de conflits, d'attentats, d'accidents...

Hier en pêle-mêle ne valait guère mieux - attentats aux J.O. - sècheresse au Sahel - guerre au Vietnam...

Hier était-il plus joyeux ?

 

Elle vit aujourd'hui.

Une pie piteuse s'ébroue.

Le ruisseau saturé déborde.

Les camps scouts sont évacués.

La gadoue, la gadoue... (Serge Gainsbourg)

 

Un rayon de soleil offre une promesse douce comme un baiser d'enfant.

Elle vit aujourd'hui et a le coeur revigoré.

Tout à l'heure une fillette  lui a dit : "Est-ce qu'elle n'est pas belle la vie, Madame ?"

 

" Oui, petite, la vie est belle !

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Publié le 9 Juillet 2014

Il pleut ! Il pleut Bergère et ron et ron…

Son fidèle compagnon est en révision pour la journée.

Pour distraire son esprit elle chantonne dans sa tête, c’est mieux que rien.

 

Se peut-il qu’il prenne tant de place dans sa vie ?

OUI ! OUI ! OUI !

Elle est en état de manque, je le confirme !

Sortir le dictionnaire, si lourd, si vieux, et terminer la grille de mots fléchés alors qu’en quelques clics elle aurait déjà trouvé la solution ?

Paresse et zut ! pour le fidèle complice d’antan !

 

Mum ! La pièce embaume la cire et le meuble brille de mille feux.

…enfin, c’est ce qu’elle imagine.

Allons à l’ouvrage ! N’a-t-elle pas promis de s’y mettre un jour de pluie ?

En juillet ? Et bien oui ! En juillet !

 

… et ron et ron, petit patapon !

Et enduit, et astique…

Un SMS ?

Vite, le découvrir - intervention terminée - R.A.S - vieux compagnon O.K.

 

Enfin !

Elle le cajole, le tapote et, heureuse, fredonne en écrivant une petite bafouille…

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source image

Il pleut, il pleut bergère (extrait de "Laure et Pétrarque") - Fabre d'Eglantine - clic

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Publié le 28 Mai 2014

          

             Le Roi Arthur est en partance, le Roi Arthur prend son essor. A bord de son navire il me convie et vers le pays inconnu d’outre mer il m’emmène. Du haut du pont, accoudé au bastingage, il défie sa cour se morfondant sur le port. Nul n’est avisé de la destination, nul ne connaît la durée de son voyage. Le Roi Arthur donne l’ordre d’appareiller et dans le ciel les mouettes rieuses le saluent de leurs cris joyeux "bon voyage Sire, bon voyage… bon voyage… bon voyage…"

A bord, le Roi Arthur se meut comme un vieux marin, à bord le Roi Arthur est  Capitaine. Il sifflote un air guilleret puis d’une voix tranchante lance ses directives : "que l’on nous apporte des rôts saignants et des fruits juteux, deux pintes de bière d’épinettes et que l’on nous laisse seuls"

Le repas est à présent terminé. Dans le château arrière tout est calme hormis le léger roulis et les bourrasques du vent du large si inhabituel pour nous. Il nous enivre comme le ferait un alcool fort, déjà nous perdons le contact avec le monde d’avant. Un marin au faciès crapuleux et torve entre dans la cabine ; sans un mot il dessert la table. Sur un geste de son souverain, il l’aide à se déchausser de ses lourdes bottes de cuir fauve puis va quérir dans une maie un plat de sucreries préparées tout spécialement par le confiseur du palais. Après l’avoir posé sur une table basse il me lance un sourire narquois et s’éclipse discrètement. A nouveau nous sommes seuls Arthur, mon oncle, et moi. 

Le Roi Arthur m’attire alors tendrement vers sa couche. Il n’y a aucune ambiguïté dans notre relation et tandis qu’il s’allonge, je m’installe sur un tabouret à ses côtés.

"Petite sers-toi" dit-il en désignant les friandises.

Ces mots à peine prononcés, il baille et s’endort d’un sommeil profond. Décontenancée par son comportement, je me laisse tenter par les sucreries mais sitôt la première bouchée avalée, je sombre à mon tour dans un état léthargique.

Tout semble bleu et étrange. En sourdine, j’entends une voix intérieure, obsédante à force de chuchoter "Sixièmement, sixièmement…

Sixièmement, Arthur est condamné à oublier la Reine Fine. S’il vient à désobéir à cette sentence, il sera procédé à son déboulonnage immédiat et il sombrera dans un sommeil irréversible. Quoi qu’il arrive, aucune mesure dérogatoire ne pourra être prise en sa faveur"

Le Roi Arthur dort et je m’enferre dans ma rêverie bleue.

Le Roi Arthur dort, je dois le réveiller, je dois le ramener vivant vers ses terres d’origines.

Le Roi Arthur dort et je bataille pour sa survie.

Je dois...

Je dois ! 

C’est à présent la voix de mon oncle qui prend possession de moi. 

"Petite ne t’entête pas, je veux rejoindre la Reine Fine par-delà les mers. Conduis-moi... conduis-moi..."

Le Roi Arthur est en compagnie d’une femme inconnue ; je les vois, ils sont lumineux et rayonnent de bonheur.

Qui est cette dame ? La Reine Fine ?

Tout se trouble, mes oreilles résonnent de sons les plus étranges.

"Madame, c’est l’heure des soins"

La voix de l’infirmière m’extrait de la torpeur dans laquelle je me suis engluée. Etendu inconscient sur le lit d'hôpital, oncle Arthur lutte pour le sixième jour consécutif.

Combien de temps va-t-il encore résister à l’appel de la Reine Fine ?

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Mon Roi Arthur a rejoint la Reine Fine un certain 28 mai...

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peinture - James Archer

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Publié le 8 Mai 2014

Elle rêve éléphant.

Elle rêve éléphant, ivoire

Y voir plus clair

Clair de Lune

Luna-park

Parks Rosa >>> révolte

Volte-face

Face à face

Facéties saugrenues

Nuées d’oiseaux

Eau dormante

Menthe à l'eau

Eau de source

Ourse, la grande

Andes >>> chaman

Manuelle

Elle ?

Elle rêve éléphant, ivoire !

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( Eléphantus mystérius Neunin )

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Publié le 15 Février 2014

Cousine Berthe

         Cousine Berthe c’était la peste de la famille. Elle était entrée dans notre vie alors que mon père, complètement désorienté par le décès de Maman, était la proie idéale pour cette sexagénaire en mal de compagnie. D’un cadre à suspendre à un achat trop lourd à transporter, d’une nouvelle recette à découvrir à un mal de reins qui la clouait au lit, elle trouvait à chaque fois le prétexte pour l’attirer chez elle.

" Louis ceci, Louis cela" et Louis et sa voiture reprenaient peu à peu goût à la vie. Tant et si bien que pour le voir, nous étions contraints de les recevoir tous les deux.

 "Tu comprends, elle est bien seule" se justifiait Papa. 

Pas méchante, non, juste un rien accaparante cousine Berthe était aussi amatrice de bons vins, du moins le déclarait-elle.

"Hélas avec les médicaments que je prends ce n’est plus pour moi. Toi aussi, Louis, tu dois te surveiller. Mais pour vous, les jeunes, j’ai apporté un trésor"

Et de déballer fièrement une bouteille de Beaujolais nouveau de 15 ans d’âge.

Sous son regard attendri mon compagnon fut contraint de déboucher la merveille et de remplir nos deux verres.

"A votre santé, cousine Berthe"

Pouah ! Du vinaigre ! Quel calvaire de rester stoïques et d’avaler cette mixture.

"Le vin plus il est vieux, meilleur il est" commenta cousine Berthe ravie.

Déjà mon estomac criait grâce ! 

"Occupe-les" murmura mon compagnon et tandis que j’attirais cousine Berthe et mon père au dehors sous le prétexte d’admirer les parterres fleuris, il s’est précipité à la cuisine, a vidé la bouteille de Beaujolais dans l’évier, l’a rincée et après y avoir précipitamment transvasé le contenu d’une de nos bouteilles il nous a rejoint soulagé.

"N’est-ce pas qu’il est délicieux ce Beaujolais nouveau, enfin nouveau, hi ! hi ! je me comprends" minaudait cousine Berthe.

Mon père, frustré, le verre d’eau à la main, nous enviait sans mot dire. C’est qu’il aurait apprécié lui aussi de se délecter du trésor de Berthe.

Depuis cet incident lointain, il ne se passe pas un automne sans que nous ne dégustions un vin primeur à la mémoire de cousine Berthe et de son vinaigre.

"Santé Berthe !" 

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Publié le 1 Janvier 2014

 - Bonne année - est le traditionnel souhait émis le premier jour de l'an.

Et pourtant une année est faite de petits riens, de grandes joies ou de peines sans nom.

Une année, c'est trois cent soixante cinq jours et trois cent soixante cinq nuits durant lesquels on aime, on lit, on écoute, on bavarde, on pleure, on rit, on dort, on tourne en rond, on attend, on découvre, on se retrouve, on espère ou désespère, on travaille ou paresse, on déteste ou on admire. 

Une année ? Douze mois s'étirant au rythme des quatre saisons et nous laissant des images variées.

Pour vous, amis fidèles ou vous que le hasard a guidés ici, en voici un pêle-mêle sans prétention...

Je vous souhaite une bonne année !

Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...
Une année...

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Publié le 26 Décembre 2013

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Lorsque nous étions réunis à table et que la soupière fumait, maman disait parfois :

- Cessez un instant de boire et de parler.

Nous obéissions.

- Regardez-vous, disait-elle doucement.

Nous nous regardions sans comprendre, amusés.

- C'est pour vous faire penser au bonheur, ajoutait-elle.

Nous n'avions plus envie de rire.

- Une maison chaude, du pain sur la nappe et des coudes qui se touchent, voilà le bonheur, répétait-elle à table.

Puis, le repas reprenait tranquillement. Nous pensions au bonheur qui sortait des plats fumants, qui nous attendait dehors au soleil. Et nous étions heureux. Papa tournait la tête comme nous, pour voir le bonheur jusque dans le fond du corridor. En riant, parce qu'il se sentait visé, il demandait à ma mère :

- Pourquoi tu nous y fais penser, à ce bonheur ?

Elle répondait :

- Pour qu'il reste avec nous le plus longtemps possible.

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Publié le 18 Novembre 2013

Sables émouvants

 

Il ne payait pas de mine le baraquement en bois nouvellement construit sur un bout de la place communale mais c’était notre école maternelle. Fière de compter parmi les premiers privilégiés à en franchir la grande porte, j’ai immédiatement aimé ce lieu serein avec sa cour agrémentée pour tout jeu d’un simple et grand bac à sable. Les doigts recouverts de ces fins cristaux, nous y dégustions, affamés, nos tartines de dix heures. Ce fut pourtant l’endroit où je découvris le désamour. Jamais je n’épouserai "Charmant", c’était à mes yeux inconcevable d’aimer un garçon friand de miel. Fini le bel amour enfantin !

Après la période du bac à sable, alors que nous avions rejoint l’école primaire, vint un hiver si froid que la grippe nous consigna, l’un après l’autre, à la maison. Blottie au creux du lit avec en guise de bouillotte une bouteille de genièvre en grès contenant du sable et réchauffée dans le four de la cuisinière, j’écoutais Maman me raconter une histoire. Moments bénis de cajoleries et d’attentions. Dehors, la neige tombait sans un bruit ; bonheur !

En juillet, mois de mon anniversaire, Papa m’emmena à la mer en train. D’Ostende à Mariakerke la plage était longue et le sable tantôt mou, tantôt dur musclait mes petites jambes trottinant dans les pas d’un bon marcheur. Les coquillages et les couteaux, si jolis, m’offrirent de petites haltes bienvenues et le sac à dos se remplit de trésors. A notre retour, après plus de trois heures d'étuve dans un wagon, j’en déversai fièrement le contenu sur la table et un coin de dune envahit comme par miracle la cuisine.

Dix ans plus tard, en une année mouvementée pour la jeunesse, je campais avec d’autres jeunes villageois dans un vaste camping à Bray-dune, en France. Nous avions choisi un emplacement sauvage et isolé au creux de grandes dunes. Ce fut un été magique. Bien des interdits tombaient et Radio Caroline, radio libre à l’odeur soufrée, émettant des eaux internationales, comblait toutes nos attentes. Nous nous sentions libres et si quelques grains de sable venaient pimenter les repas pris dans la tente intendance, ils n’en avaient que plus de saveur. Plusieurs années de suite la formule fut renouvelée et de cette période des liens très forts perdurent entre nous.

"Charmant", devenu bel homme, prit cependant ombrage de me voir embarquer pour un pique-nique au Cap Gris Nez avec un parisien rencontré au dancing Le King. Qu'importe ! Me reviennent en mémoire des plages immenses au sable doux et chaud, un ciel moutonneux et de délicieuses crêpes...

Le Parisien ? J’en ai oublié jusqu’à son prénom.

Nouvel an glacial ! Couchée sur le divan, je grelotais, déchirée par une douleur insupportable au flanc droit.

Tchamarette1, gronda Papa, a-t-on idée de sortir aussi peu vêtue. C’est vraiment chercher la mort !

Avec mon gros pyjama en pilou, je ne payais pas de mine alors que la veille, en beauté dans une robe ajustée et agrémentée d’une large ceinture en satin ton sur ton, j’avais dansé à en avoir le tournis.

Douleurs, douleurs !

- Probablement un peu de sable au rein, fut le diagnostic du médecin consulté le deux janvier alors que la crise était passée.

La jeunesse heureusement est oublieuse et l’amour, fidèle au rendez-vous, s’est présenté en frappant à ma porte. Bien que la route fut verglacée et sablée de frais en ce mois de décembre, "Charmant" et moi avions tenu à parcourir à pied la distance séparant la Maison Communale de l’église, suivis par tous nos proches.

On cache n’importe quoi sous une robe pareille, ironisa une jeune fille dans l’assistance nous attendant sous le porche. Et pourtant, il n’y avait rien à dissimuler, seule la robe de mariée n’était pas dans la norme des bonnes gens. J’assumais mon choix, pas de dentelle, de blancheur immaculée, pas de traîne ou de gants blancs. Un tissu de lin écru, deux grands trapèzes cousus ensemble, des manches courtes, chauve-souris, formaient une tenue longue, ample et simple, sans aucune fioriture et tant pis pour les mal-pensants.

S’ensuivirent des années consacrées à bâtir notre nid. "Charmant" était polyvalent, tour à tour dessinateur, maçon, ardoisier, chauffagiste… Nous en avons manipulé des brouettes de sable, de briques, d’ardoises…

Puis, après notre aménagement, alors que je balayais la terrasse couverte d’un film de poussière transportée depuis le lointain Sahara par de vents de haute altitude, je sentis bouger en moi une nouvelle vie. Bientôt, nous fûmes trois !

Et la vie continua à égrener ses joies. Ses peines aussi, minuscules grains difficiles à moudre.

 

Que de chemin parcouru depuis le bac à sable de notre enfance… Soixante ans ont un jour sonné au compteur de ma vie, infimes et dérisoires particules dans l’immense espace-temps.

 

Et sans nostalgie, je me suis souvenue de mes sables émouvants.

 

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 1Tchamarette : Wallon, jeune fille coquette

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Publié le 10 Novembre 2013

Le champ des oiseaux

clic pour découvrir l'historique du lieu décrit dans ce texte

Le champ des oiseaux était calme en ce matin de septembre 1944. L’herbe encore grasse réjouissait les vaches qui broutaient, paisibles. Ces quelques hectares en légère déclivité, délimités par un petit bois de feuillus se parant doucement d’automne ne se doutaient pas de leur destin.

Au loin, les premiers camions de l’armée US faisaient route, chargés de matériel ou de macchabées.  Il y avait urgence, urgence de donner une sépulture à ses boys tombés au combat, urgence sanitaire également. La tâche était gigantesque quasi inhumaine face aux corps à identifier, à répertorier, à traiter avec respect…

Le champ des oiseaux devint ainsi un champ de repos pour ceux qui avaient échappé aux affres du débarquement en Normandie mais avaient péri lors de l’avancée des troupes. L’hiver rigoureux qui suivit connut les combats sanglants de la bataille des Ardennes et la nécropole s’agrandit encore. Parmi les milliers de morts, trente-sept paires et un trio de frères reposaient désormais côte à côte.

 

Certains des combattants ne furent jamais identifiés ; d’autres, portés disparus. Nombre de dépouilles, réclamées par leur famille, reprirent le chemin vers leur terre d’origine.

Quinze longues années durant le lieu fut l’objet d’aménagement. Aujourd’hui des allées tirées au cordeau parsemées de stèles blanches en forme de croix ou d’étoile de David, des parterres fleuris, un mémorial sont toujours là pour nous rappeler les courtes vies  de ces hommes qui n'aspiraient qu'au simple bonheur.

Parfois, je m’arrête quelques instants dans ce lieu paisible afin d’honorer ces soldats et leurs familles et découvrir les nombreux messages inscrits chaque jour dans le livre d’or.

 

Combien de lieux semblables à travers la France, la Belgique, la Hollande, le Luxembourg ?

Combien de combattants poussés par leurs supérieurs sont-ils morts dans les deux camps à la suite de l’idéologie d’une poignée de fous ?

Combien de peur, de révolte, de larmes, d’appels, de "maman" lancés désespérément, de familles déchirées ?

Combien d’innocents dont on ne parle pas tués dans des bombardements, par asphyxie, partis en fumée ?

Combien d’horreur, combien de charniers encore à travers le monde ?

 

Espérance es-tu là ?

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D'après la photo de Daniel Blaise proposée par Mil et une - clic

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Publié le 29 Septembre 2013

Ce n’était pas encore l’effervescence des semaines précédant Noël. Pas de guirlandes dorées, pas de branches de sapin décorées et étincelant de mille feux et pourtant une publicité "Spécial jouets" attirait beaucoup d’acheteurs. Pas question pour eux de rater une telle aubaine !

Mais que représentait cette fébrilité pour cette jeune femme assise à même le pavé ? Les caddies vides l’évitaient, les pleins la frôlaient. Un bras pourtant s’est tendu vers son enfant.

-Tu veux la banane et le bout de pain ?

Regard surpris il a fait "non" de la tête. La banane et le pain ont réintégré le caddie et la petite main sale est restée en suspens sans qu’aucune pièce de monnaie ne s’y dépose.

Une cliente s’est plainte auprès d’une caissière :

- Comment votre gérant tolère-t-il ces mendiants devant la porte ? Mes enfants sont très choqués, ils étaient si joyeux tout à l’heure.

- C’est une réalité quotidienne, il ne faut pas se voiler la face, Madame. Que peut-on y faire ? a répondu la caissière.

La cliente, vexée, et sûre de la bonne foi qu’autorisait à ses yeux son compte en banque bien garni est repartie vers son monde aseptisé et clean.

La nuit est tombée brusquement. Encore une heure de travail et les néons s’éteindront jusqu’au lendemain.

Le froid a surpris le personnel à la sortie du magasin. L’hiver, bientôt sera là.

Une vieille Mercédès s’est arrêtée devant la femme toujours assise avec à présent son enfant endormi dans ses bras. Lentement, elle s’est levée et a rejoint le chauffeur visiblement mécontent de la maigre recette de la journée.

Le regard de la caissière a croisé celui, triste et résigné, de la femme.

"De quel droit la juger, cela aurait pu être moi" a simplement pensé la caissière.

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Pour Mil et une - clic

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Publié le 17 Juillet 2013

           

Ils étaient arrivés à un moment crucial de leur destin commun. Eux qui n’avaient eu que de très rares occasions de voir la mer s’envoleraient le lendemain vers un ailleurs bien au-delà de l’océan.

La décision de franchir le pas vers une autre vie n’avait pas été simple à prendre.

Elle, Guillemine, y était résolue depuis longtemps et jour après jour, par un lent travail de persuasion typiquement féminine, avait préparé le terrain dans l’esprit rétif de son mari.

Lui, Florent, la trouvait un brin folle, un tantinet hardie de vouloir bouleverser leur paisible train-train de retraités. Il tenait plus que tout à ses longues balades en compagnie du notaire du bourg qu’il secondait dans la gestion de son bois. Il n’était pas rare qu’ils y passent une semaine ensemble, logeant dans un cabanon branlant au cœur d’une clairière, se nourrissant des victuailles : lard, œufs, pain ou potage, préparées par Guillemine ou de champignons fraîchement cueillis qu’ils faisaient braiser ou réchauffer sur un vieux barbecue quasi rouillé. Cette vie de coureur des bois Florent n’était pas résolu à l’abandonner aussi il plaidait à son tour.

- Nous serons comme ces réfugiés désemparés qui, souviens-toi, ont parcouru nos routes naguère.

- Voyons, Florent, la guerre est bien loin maintenant. Après avoir pris un taxi, puis le métro ou le train, nous voyagerons installés confortablement dans un avion.

- Et que deviendrons nos meubles, ma mobylette, ta machine à coudre, ma collection de…

- Que sont tous ces objets en comparaison de nos enfants ? Il y a si longtemps qu’ils nous espèrent à leur côté…

L’argument faisait mouche. Florent se languissait de retrouver leur fille et son gendre exilés au Canada ainsi que leur fils qui les avaient rejoints depuis deux ans déjà avec sa famille. Quel âge avait à présent le petit Claudy ? Les lettres et les photos échangées ne faisaient que renforcer le sentiment d’éloignement.

Guillemine, toute à son projet, prenait quelques cours d’anglais auprès d’une voisine, tandis que Florent haussait les épaules quand elle récitait sa liste de vocabulaire. Love lui semblait le plus joli mot. Love, elle le berçait dans son cœur, coeur sur lequel elle pourrait bientôt étreindre à nouveau ses petits.

Quand les valises furent chargées dans le coffre du taxi, que le couple eut embrassé les voisins et même le notaire, Florent, d’un grand geste large, souleva son chapeau et salua une dernière fois sa belle campagne puis il cacha une larme furtive en s’engouffrant dans la voiture au côté de sa femme.

Guillemine et Florent vécurent de belles années au bord du lac Ontario. Florent retrouva là-bas de nouveaux grands espaces, si grands qu’il n’aurait pu l’imaginer et Guillemine, fière de sa progression rapide en anglais, nouait de nouvelles amitiés et régalait tout ce beau monde par ces talents de cuisinière.

Quelques fois, elle m’écrivit à moi, sa petite-nièce, et pour mon mariage, elle m’envoya une jolie nappe brodée. Sur les photos, leurs visages heureux faisaient plaisir à voir et j’y retrouvais l’œil pétillant de malice d’oncle Florent, celui qu’il avait quand il plongeait sa grande main calleuse dans la poche de son pantalon de velours pour m’offrir un caramel réservé à mon intention.

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Hier soir, une émission de télé présentait un reportage consacré à l’industrie textile jadis florissante dans notre région et qu’elle ne fut pas ma surprise de me sentir happée par un regard pétillant de malice. Du fond d’une archive sortie de je ne sais quelle boîte à trésor, Oncle Florent, disparu depuis des décennies, me faisait un dernier clin d’œil. Emotion !

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Pour Miletune - clic

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Publié le 5 Mai 2013

miletune

           Qu’elle était belle, tantine, avec son teint frais et sa longue chevelure ondulée qu’elle démêlait à grands coups de brosse devant le petit miroir suspendu près de la porte du jardin. Comment ne pas admirer cette tante - grande sœur - si pleine de vie ? Pour moi, élevée entre quatre garçons, elle représentait la jeunesse et la féminité et je l’aimais d’un amour inconditionnel. Passer quelques jours de vacances en sa compagnie chez ma grand-mère, veuve depuis peu, était un vrai plaisir.

Pluie ou soleil à la carte du ciel, tante Jenny m’emmenait partout avec elle mais ce que je préférais entre tout, c’était de partager son grand lit et de dévorer simultanément un paquet de pop-corn et des "Nous Deux", activités qu’aurait assurément désapprouvées ma douce maman…Toujours heureuse de manipuler un livre ou un magazine, ce dont nous ne manquions pas chez nos parents, je découvrais avec ravissement les romans-photos et leur monde merveilleux découpé en séquences. Les personnages, plus rigides que dans les BD, y prenaient la pose, figés jusqu’à la photo suivante.

Ici, j’observais une danseuse de french-cancan peu vêtue se métamorphoser en dame chapeautée et digne… Dans mon esprit les questions se bousculaient… Ainsi les gens pouvaient avoir plusieurs aspects ? Lequel était le vrai ? …

…Là, un bel espagnol me faisait pénétrer dans l’univers inconnu de la tauromachie si lointain des paisibles troupeaux de vaches qui paissaient dans nos prés. Olé ! olé ! criait en gras la foule déchaînée… Le toréro, fier et droit, maniait la cape agaçant l’énorme taureau.

La respiration en suspens, je découvrais dans les gradins son amoureuse inquiète et fébrile.

Le beau toréro esquivait les assauts, une fois, deux fois… l’orchestre faisait résonner des trompettes dans ma tête… un coup de corne et l’homme gisait ensanglanté…

J’en avais le cœur serré pour la jolie señorita. Comment pouvait-on apprécier un jeu aussi dangereux ? Allait-il se rétablir ? L’aimerait-elle encore ?

L’amour ! Voilà qui faisait accélérer mon cœur d’enfant… Les amoureux blottis dans les bras l’un de l’autre et le fameux baiser sur la bouche me projetaient vers un futur que j’entrevoyais fait de douces rencontres et de félicité. Peu importait l’histoire, la passion était toujours au rendez-vous et mon imaginaire palliait les lacunes dues à ma lecture encore hésitante. Parfois, je m’endormais le magazine à la main mais le plus souvent je me lovais tout contre Tantine qui continuait à lire, et avant de fermer les yeux j’admirais la photo de Kim Novak affichée au mur.

Pourtant, malgré la douceur et la beauté de l’actrice, je fis, une nuit, un rêve effrayant dans lequel je me voyais hurler sous un soleil fou puis tout se brouilla dans un amalgame de points colorés. Que j’étais angoissée ! La nausée me réveilla et d’un bond je m’enfuis soulager mon estomac dans l’évier.

Au petit déjeuner, le cœur encore au bord des lèvres, je dus subir les regards courroucés de ma grand-mère qui grommelait en wallon, cette belle langue d’oïl qui lui était familière, - magnî dèl pop-corn a r’lètchen deûts, è vola el a in visâdje come del croye ! (manger du pop-corn à s’en lécher les doigts, et voilà, elle a un visage comme de la craie)

 Tante Jenny me fit un clin d’œil tout en continuant à siffloter comme elle en avait l’habitude quand un rendez-vous avec son amoureux était au programme de la journée. Cette bonne humeur et cette insouciance me remirent vite sur pied. Il me fallait être en forme pour sortir, c’est qu’il me plaisait à moi aussi son galant, comme le dénommait Bonne-maman !

Tante Jenny avait, a toujours, quinze ans de plus que moi et elle est aussi chère à mon cœur qu’au premier jour…

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Pour Mil et une (clic) d'après Munch - Pollock - Rossetti - Manet - Toulouse Lautrec

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Publié le 25 Mars 2013

Photo.1 : Gare maritime d’Ostende. Moi, les yeux embrumés pour cause de réveil aux aurores tentant de suivre Thomas, bientôt trois ans, curieux et impatient de monter à bord du grand bateau. Si seulement ce boutchou cessait de slalomer entre les valises et les jambes des nombreux touristes et s’il avait la bonne idée d’accepter de s’asseoir un instant dans la poussette-canne !

Photo.2: Mon mari harnaché de son fidèle sac à dos brandit enfin les tickets P§O, sésame pour la traversée aller-retour de la Manche.

Photo.3 : Ce cliché prit par un ado sympa montre la souriante petite famille regroupée sur le pont du géant avec en toile de fond la ville d’Ostende et son quai des pêcheurs.

Photo.4 : Thomas dans les bras de son père observe le port dans les jumelles bien trop grandes pour lui. Autour d’eux, couchés sur les banquettes ou à même le sol, des jeunes anglais noctambules, à moitié ivres, s’endorment déjà enroulés dans des sacs de couchage. Au mur, un haut-parleur agressif vient d’annoncer le report de l’heure d’appareillage.

Photo.5 : Thomas et moi sommes attablés dans le self-service pour un deuxième petit déjeuner. Le train Cologne-Ostende a quarante-cinq minutes de retard. Nous devons attendre les passagers en transit vers l’Angleterre.

Photo.6 : Brouillard ! Il a profité de notre repas pour s’installer sournoisement ; le quai des pêcheurs est à peine visible. Les retardataires arrivent enfin.

Photo.7 : On croit y deviner l’estacade ou alors est-ce la mer ?

Photo.8 : Thomas bercé par le bourdonnement du moteur de la malle "Princesse Clémentine" s’est endormi dans un fauteuil du salon. Rien à voir au dehors! Nous naviguons dans un épais brouillard. L’appareil photo et les jumelles regagnent le sac à dos.

Photo.9 : Débarquement du père et du fils à Douvres. C’est à peine si je les situe dans le viseur de l’appareil photo. Rien vu de la manœuvre d’entrée dans le port. Rien vu des falaises blanches.

Photo.10 : Thomas cherche son équilibre intrigué par le quai flottant sur lequel nous attendons l’overcraff pour rentrer à Ostende. En arrière plan ma mine défaite laisse entrevoir qu’en plus du brouillard il y a de l’orage dans l’air. Normal, je m’étais fait une joie de ces premiers pas en Angleterre et ils se sont arrêtés à côté d’un bus dans lequel s’engouffraient les passagers. Mon mari n’a pas voulu y monter prétextant qu’avec ce foutu temps nous n’allions pas nous repérer pour retrouver le port éloigné de la ville. "Tu parles anglais toi ?" Et bien non, peste, pas plus que lui je ne pratique la langue de ce fameux William S.

Photo.11 : Moi, le nez plongé dans mon porte-monnaie, j’essaye de ne pas paniquer de me savoir propulsée à grande vitesse sur une mer invisible. Et dire que le matin même je craignais d’avoir emporté trop peu de livres. Pas dépensé un penny !

Photo.12 : Le trio saisi par l’hôtesse de bord. Au centre, Thomas lui demande : "alors la mer et l’Angleterre c’est que du brouillard ?"

Photo.13 : Arrivée au port de l’overcraff. Ostende s’offre à la pellicule sous une percée du soleil. Les aventuriers n’en mènent pas large.

 

 

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Publié le 8 Mars 2013

La voix féminine tombe du haut-parleur, légère et prometteuse comme un voile de mariée.

Une voix de galerie commerciale un jour de grâce, un de ces jours où la publicité vante subtilement un parfum de luxe.

Au creux de son coeur Maïté ressent l’ambiance créée pour ces mots dont le sens n’atteint pas son cerveau. Seul leur côté vaporeux la plonge dans un état de transe. Assise dans ce no man’s land séparant la grande surface du restaurant self-service elle semble hagarde. Il faut qu’elle échappe à cette voix. Il le faut. Comme un automate elle se redresse et se dirige vers le comptoir. D'une main tremblante elle saisit un verre et se sert une bière, une de plus, et sort de sa poche un billet, chiffonné à son image.

Trouver une table dissimulée par une jardinière garnie de plantes vertes, s’affaler, fumer et boire ; fumer encore, les épaules voûtées, le regard flou. De semaine en semaine, le personnel l’observe et assiste impuissant à la déchéance de cette jeune femme silencieuse. A présent, ses cheveux ébouriffés sont gras, leur teinture décolorée laisse entrevoir trois centimètres d'une repousse douteuse, son teint est terne sous son maquillage délavé et son rimmel dilué. Ses mains jaunies par la nicotine et aux ongles noirs ressemblent à des serres d’oiseaux de proie. Contre quoi s’est-elle battue ? Qui l’a mise dans cet état ? Que veut-elle exprimer à s’exhiber ainsi en public ?

Un couple d’amoureux s’installe non loin d’elle et une fois encore elle s’échappe vers le comptoir.

Dans son sillage, une odeur rance, mélange de transpiration et de linge sale provoque la grimace des autres consommateurs.

- Comment acceptez-vous "cela " ? demande une dame d’un ton pincé... " si c’était ma fille… " Le gérant ne répond pas. A quoi bon entrer dans la polémique ? Refouler cette jeune femme serait la porte ouverte à tous les abus. Faudrait-il aussi refuser l’accès du lieu aux personnes âgées patientant pendant des heures, bien au chaud devant une tasse de café vide au lieu de se terrer dans un appartement chauffé avec parcimonie ? Ou déclarer les groupes d’adultes handicapés et leurs accompagnateurs de personnages indésirables parce que leur vue pourrait déranger les âmes sensibles ?

Maïté, indifférente à ce qui l’entoure cherche un autre endroit pour s’isoler. Son jeans est à présent couvert de taches de sang ; la vie en elle poursuit son cycle.

Ce détail n’échappe pas à Rosita la fille de salle. Fermement elle empoigne le bras de la jeune femme et l’emmène vers les toilettes tout en lui parlant à l’oreille. Plongée dans un état second Maïté ne lui oppose aucune résistance.

Le mariage préparé avec soin, les invitations adressées aux proches, parents ou amis, la jolie robe au voile vaporeux, le bonheur… le fiancé qui se désiste à la veille de la cérémonie, la douleur, la honte, le sentiment de rejet, tout, Maïté déballe tout, se vide la tête, le cœur, les tripes jusqu’à s’écrouler en sanglots libérateurs.

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Six mois se sont écoulés depuis ce jour, deux saisons durant lesquelles la jeune femme a connu plus de bas que de hauts mais doucement, sous le regard compréhensif du personnel du self-service elle a retrouvé confiance en elle et en son image. Un matin, une Maïté belle et élégante dépose un énorme bouquet de fleurs et un gros ballotin de pralines près de la caisse.

Sur un petit carton une écriture fine a simplement tracé le mot " Merci "

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source photo

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Publié le 2 Mars 2013

- N'approchez pas trop près de l’eau, l’Homme-Crochet pourrait vous happer et vous emmener au plus profond de l’étang !

Voix de Papa, voix de Maman…

Liberté de l’enfance, insouciance.

Jeux, désobéissance.

Comme elle est attirante et intrigante la grappe d’œufs de grenouilles.

Une épuisette bricolée à se partager, petits seaux disposés en rangée.

Bestioles happées, observées.

Métamorphose : une queue, deux pattes… quatre…

La queue a disparu !

Endormi l’Homme-Crochet en son royaume d’algues….

Ne pas oublier le bouquet de primevères ou de jonquilles pour Maman.

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Soirées d’été, ivresse de cris d’hirondelles.

- Coâ ! Coâ ! Rainette ou crapaud ?

Une vache meugle dans le pré, une autre fait écho de la colline.

Frissons, l’air est frais au bord de l’étang.

Plus loin, près de la source, Papa récolte du cresson.

Le soleil descend derrière les arbres.

Du fond du jardin Maman lance l’appel, il faut rentrer.

- Regarde la belle " plate "… Hé ! La mienne est plus grande !

Schiste coloré, trésor précieux, demain ricochera.

Cinq, six, sept rebonds… l’eau ridule, encore, encore…

Dérangé un pêcheur en herbe rouspète.

Gracieuse damoiselle Libellule joue à l’hélicoptère.

Midi, la soupe fraîche embaume la cuisine.

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Les feuilles tourbillonnent dans le vent d’automne.

L’onde se pare d’or et de rouille.

Après l’école, surprise !

Où sont les longs bras des saules ?

Disparus leurs reflets mouvants…

Des bûches sont chargées dans une remorque.

Un feu gourmand se nourrit des branchages et de brindilles.

Dans la cendre chaude quelques pommes de terre s’attendrissent.

- Vous en voulez les enfants ?

Odeur âcre de fumée, héron en déroute, poules d’eau affairées.

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Les troncs-moignons semblent tristes et frigorifiés.

A son rendez-vous saisonnier la belle blanche est ponctuelle.

Graminées fanées, roseaux ployés.

Plumes vertes ou bleues, les canards sont à la fête.

Le lierre en panier garnira les abords de la crèche.

Nuits de grands froids, le bois gémit sa douleur.

Bouches-cheminées, lèvres gercées ; une morve agaçante irrite les nez rougis.

Luges dans les coteaux, moufles, écharpes.

Au bas de la pente, l’étang gelé.

Tentant, si tentant de patiner…

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- N’approchez pas de l’eau, la glace est fragile et…

- L’Homme-Crochet… hi ! hi ! poursuit un chœur moqueur.

L’Homme-Crochet, amant de la dame à la faux, tous le savent à présent mais toujours au fond du cœur ils gardent ces moments précieux et quand le quotidien se fait pleurs ces tendres souvenirs les ramènent pour un moment, un moment seulement, en son pays, berceau béni de leur enfance.

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Pour Mil et une (clic)  Photo couleur du blog Pictozoom (clic) - Photos noir et blanc J-G.Ny

                                   

Medael-neige.jpg Pont-Medeal.jpg
 Reflets-ruisseau.jpg  Medeal-ruisseau.jpg

 

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Publié le 14 Décembre 2012

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Qu’elles parlent ou qu’elles chantent, les voix graves me font chavirer à chaque fois que je les entends. Voix de mâles, viriles, chaudes et sensuelles, elles me ramènent parfois à califourchon sur les genoux de mon père.
"Voilà Papa " annonçait Maman.
 A peine rentré de son travail, sans avoir le droit de souffler un instant, nous nous installions, lui et moi, dans le fauteuil de velours vert accolé à la grosse cuisinière et il chantait alors de vieilles chansons populaires transmises de génération en génération.
 
Malbrough s’en va en guerre, miroton, miroton, mirotaine,
Malbrough s’en va en guerre ne sait quand reviendra,
Ne sait quand reviendra
Ne sait quand reviendra
 
Sa belle voix m’emmenait dans le sillage de Malbrough. Comme par magie, je m’évadais de la cuisine, devenais la Dame qui à la tour monte si haut qu’elle peut monter et j’apercevais au loin mon page, mon beau page tout de noir habillé.
Quand Monsieur Malbrough était mort et enterré, je réclamais sans état d’âme une autre chanson et tant pis pour Malbrough, le page me semblait bien plus à mon goût.
Papa s’exécutait de bonne grâce en enchaînant  " Marie clap' sabots " en wallon.
 
Avé, Marie clap’ sabot
R’trossez ben vos’ cotte
Quand vos irez… houplala
 
Elle m’intriguait cette mystérieuse Marie clap' sabot, pourquoi devait-elle bien relever sa robe ? Et pour quoi faire ? Quand vos irez, houou ! Comme à chaque fois, je me laissais surprendre et je basculais en arrière dans un éclat de rire.
 
Maman allait et venait, dressait la table tout en surveillant la cuisson du repas ; mes frères occupés à réaliser un circuit automobile avec des cubes ne prêtaient pas attention à nous et j’avais la sensation d’avoir Papa pour moi seule. C’était un de ces moments privilégiés où je me sentais princesse parmi les miens, princesse bientôt secouée par le galop d’un cheval.
 
A cheval sur mon bidet
Quand il court,
Il fait des pets,
Prout, prout, prout Cadet
 
Papa écartait les jambes et soutenue par ses mains, je tombais confiante dans le vide.
Mais déjà le repas était servi et les bras passés autour du cou de mon père, l’oreille collée contre sa poitrine, je ressentais les vibrations de sa voix plus que je n’écoutais une dernière ritournelle
 
J’ai du bon tabac dans ma tabatière,
J’ai du bon tabac,
Tu n’en auras pas !
 
Depuis, bien des années se sont écoulées et pour mon bonheur une autre voix grave résonne à mes côtés.
   
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D'autres voix que j'aime...

 

 

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Publié le 25 Novembre 2012

        Il n'est pas facile de trouver la position idéale pour lire mais là, pour une rare fois, je suis installée comme une princesse. Pas de télé allumée, pas de relégation dans la cuisine où tant de fois ma chaise grinçante partage mes lectures, non, cette après-midi la maison est tout à moi et le divan garni de coussins moelleux est mon Eden, ma terre promise. Ce moment tant attendu je m’en délecte, le savoure comme un caramel mou qui lentement fond dans la bouche et fait saliver de bonheur.
 

Le livre est d’un petit format, agréable au creux des mains et sur sa couverture La Jeune fille Rebelle, telle Mona Lisa, me fixe de ses yeux énigmatiques. De Vinci ? Oui, c’est bien à lui que l’on doit ce portrait de Ginevra Benci. Déjà les phrases courtes et rythmées m’emmènent, à contrario de ce que suggérait le tableau d’époque Renaissance, vers le cœur du Moyen-âge. Blottie bien au chaud, je frissonne pourtant au centre d’un hiver en tous points semblable à ceux que nous vivons et je suis plongée en totale immersion dans une chambre où se démènent des servantes autour d’une femme en couches.                                                                                        Naissance, enfance, père dur, mère absente, batailles, leçons d’escrime, douleurs, joies ou pertes se succèdent et cette petite fille rebelle se fait attachante au fil des pages. Mes racines ne sont pas loin, les lieux évoqués me sont non pas familiers mais connus et les évocations historiques me ramènent à mon manuel scolaire tant de fois feuilleté avec ravissement. La bataille des éperons d’or, les guildes puissantes mais aussi le port de Bruges ou les épidémies de peste se mêlent à des croyances extravagantes, à des amours contrariés.

De temps à autres, je lève les yeux, regarde se chamailler les moineaux et les mésanges autour de la mangeoire installée sur la terrasse, observe une pie ou une merlette à l’affût d’une croûte de fromage, d’un bout de pomme. Puis à nouveau, d’un grand saut dans l’espace-temps, je m’en retourne à l’ère médiévale.
 
Mais déjà Marguerite de Flandre quitte le château de Male, déjà d’autres épreuves l’attendent et le livre se referme à regret laissant un état de manque bien présent m’envahir. Et tandis que l’obscurité s’installe peu à peu le goût du caramel fait place à une faim qui tiraille mes neurones.
Alors, étrangement, je me surprends à chantonner "Google, Google es-tu là ? Vas-tu m'en révéler davantage ? " 
Et l'ami fidèle poursuit la magie...
 
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- La jeune fille rebelle - de J.-Cl. Van Rijckeghem et Pat Van Beirs 

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Publié le 1 Novembre 2012

 

En ce jour de Toussaint, il n'est nul besoin impératif de se pencher sur une quelconque pierre pour retrouver les êtres qui ont parsemé notre vie. Souvenons-nous en au plus profond de nous et, pourquoi pas, écrivons...

 

Oma et opa

                                                                     Opa et Oma

 

(texte déjà publié en février 2012 )

J'ai douze ans et demi. J’ai douze ans et demi et j’ai peur, une peur viscérale qui me tord l’estomac et bloque ma respiration. J’ai mal aussi, d’une douleur si intense qu’elle m’empêche de pleurer. J’ai douze ans et demi et je viens de quitter définitivement l’enfance.

Je suis couchée dans le lit de mes parents, à la place de maman restée au hameau pour veiller mon grand-père. Mon père à mes côtés s’est endormi, ma main serrée dans la sienne, si puissante, si forte, chaude de vie. Comment peut-il dormir aussi sereinement après ce qui s’est passé ? Moi, j’en suis sûre, je ne dormirai plus de toute ma vie.

La lampe de chevet est restée allumée à ma demande et elle jette des ombres fantomatiques sur les murs. Mais peu m’importe, il ne faut surtout pas laisser entrer l’obscurité cette vile traîtresse. Pour ne pas penser, ne pas sombrer, j’observe la pièce sous cet angle inhabituel. La garde-robe avec son grand miroir central, le seul de la maison à refléter nos silhouettes de pied en cap, se dresse massive à ma droite. Et je me revois enfant, il y a si longtemps de cela, admirant mon déguisement de carnaval ou tourbillonnant dans une jolie robe neuve faite de volants légers gonflés par un jupon empesé.

Mes yeux à présent suivent le tapis mural. J’en dénombre les fleurs, dix jusqu’à l’angle du mur puis huit et je rencontre l’armoire à pharmacie. Une puissante odeur, mélange subtil de camphre, d’éther et de fleurs de camomille, envahit aussitôt mes narines. Elle évoque tous les petits bobos, les nez qui coulent et les tasses de lait chaud aromatisé de miel.

Comme en écho à mes pensées, un de mes frères se met à tousser dans la chambre voisine. Il se retourne dans son lit et le sommier gémit. Peut-être est-il éveillé lui aussi ?

Tic, tac, tic, tac ! Mis à part le réveil qui égrène les secondes, tout redevient calme quand soudain mon coeur s’emballe. Mon regard vient de happer le coffret de bois posé sur la tablette en marbre de la commode. C’est un petit coffret vernis, tout simple, avec de jolies fleurs ciselées sur le couvercle. Maman y range quelques papiers, ses boucles d’oreilles et son collier de perles qu’elle ne porte qu’aux grandes occasions. Mon ventre se contracte tant cet objet me ramène à ce que je veux éloigner de moi, ignorer, renier. Ce coffret, c’est mon grand-père qui l’a réalisé dans son vieil atelier, là où nous jouions avec nos cousins et cousines, parmi les copeaux et dans la bonne odeur du bois frais.

Il faut que mon coeur se calme. Je calque ma respiration sur celle de mon père, respirer, expirer, ne pas penser. Et si mon père lui aussi … ? Je l’observe un moment, j’aimerais tant qu’il me parle. Tout à l’heure, quand je me suis glissée à ses côtés, il n’a rien dit mais son regard bienveillant m’a fait comprendre que lui aussi a de la peine.

Je dénombre à nouveau les fleurs, en diagonale, à la verticale, à l’horizontale. Je fais de savants calculs, autant de bleues, autant de roses, je m’emmêle et recommence. De la maison de notre vieux voisin collectionneur, me parviennent les sonneries des horloges, coucous et pendules, le tout ponctué par les deux coups de cloche qui s’envolent du clocher de l’église. Ces sons si coutumiers, cette nuit me déchirent. C’est le glas qui sans cesse résonne en moi.

Mon père se réveille, il me regarde et chuchote « éteins, essaie de dormir », puis il serre ma main plus fort comme pour m’encourager, desserre son étreinte, se retourne et se rendort. Mais je n’écoute pas ses conseils et j’entrouvre doucement le tiroir de la table de nuit. J’en retire le petit flacon mauve de « Soir de Paris » dont je dévisse le capuchon et le parfum de violette fait apparaître le visage de maman. Un visage si triste, celui de tout à l’heure quand elle est venue à l’école. Il était onze heures et j’ai de suite su qu’il se passait quelque chose d’anormal. Et puis ces paroles inattendues, terrifiantes ont franchi ses lèvres : « Bon-papa est mort cette nuit, dans son sommeil …tu sais, il n’a pas souffert, il s’est simplement endormi…dimanche, il me disait encore se sentir comme un poisson dans l’eau »

Je tremble, je frissonne mais mes yeux restent secs, tout entière je ne suis qu’un bloc de glace dur et froid. Non, je ne pleurerai pas, ce serait lui faire trop d’honneur à cette chose ignoble, la mort. Pour moi, en moi, Bon-papa est bien vivant et c’est le plus important. Je dépose le flacon sous la lampe que je frotte au passage. Peut-être un génie va-t-il apparaître et réaliser mon voeu, me rendre mon grand-père ? Hélas, on n’en est plus à l’heure des contes.

… Aladin… le poisson rouge dans son bocal… Bon-papa, viens me montrer, je n’arrive pas à raboter ce bout de bois… ne touchez pas aux scies les enfants ! … savez-vous planter les choux, à la mode, à la mode… on peut avoir un peu de café pour la dînette ? Sourire complice et un peu de bière brune remplit la petite cafetière… Bon-papa, je trouve qu’il ressemble au monsieur à la pipe de la publicité émaillée du tabac Ajax, le plus jeune, c’est oncle Jean ! … j’aime mon cousin, mon cousin, ma cousine, j’aime mon cousin, mon cousin germain… la table des grands, celle des enfants, gâteau de Verviers, tarte au riz, cramique, café léger additionné de chicorée… Noël, la grande crèche digne d’une église… Bonne-maman, petite souris silencieuse au regard si doux… doux comme le coussin en satin rose du vieux sofa… quatre, cinq, six, sept, violettes, violettes…

J’ai du dormir un peu, rêver peut-être ? La chambre est maintenant éclairée par les premiers rayons du soleil qui traversent les fines tentures. J’éteins la lampe, me lève doucement et m’installe sur le large appui de fenêtre, ma cachette préférée quand je jouais à cache-cache. J’aperçois dans les grands prés en contre-bas le fermier qui, aidé par son chien Tobby, rassemble les vaches pour les mener à l’étable. C’est l’heure de la première traite. Ma respiration forme de la buée sur les carreaux, je la frotte avec la manche de mon pyjama, je veux voir le ciel, il est si beau ce matin. Les nuages sont teintés de rouge, ma couleur préférée, la couleur de la vie.

Je les observe mieux et m’aperçois que l’un d’eux a la forme d’un vieux monsieur moustachu avec une pipe à la bouche. Aussitôt toutes mes tensions disparaissent, l’étau qui me broyait se desserre, je peux respirer normalement. Bon-papa, de là-haut, me sourit de ses yeux pétillant de malice et je comprends que le ciel était au bout de sa nuit. Je forme un coeur dans la buée et d’un baiser léger, je lui envoie.

Je regagne alors ma chambre orangée envahie de 45 tours à la mode et de posters détachés dans « Salut les copains » et je me dis que décidément mon enfance est loin, si loin, blottie à jamais au fond de moi.

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  http://www.lirecreer.org/biblio/classiques/demain-des-l-aube/index.html

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