Zoé

Publié le 6 Avril 2013

Une secousse ? Non, juste un frémissement de vent pareil à un chuchotement qui frôle Zoé et la fait tressaillir en levant la tête, surprise. Le regard en éveil, la vieille dame se retourne vers Molly qui ne manifeste aucune inquiétude et poursuit sa sieste lovée au soleil. Zoé tressaille à nouveau, il lui semble percevoir une présence. Rien ne se manifeste cependant. Tout aux alentours est calme jusqu’aux cyprès au garde à vous dans les parterres.

- Mm, je lis trop de thrillers, s’avoue Zoé en refermant le livre qu’elle pose sur la table. Les enfants vont bientôt rentrer de promenade… et si je préparais l’apéro ?

Mais elle ne se décide pas à quitter son fauteuil.

Voir réunis ses enfants et leurs familles dans un gîte, peu importe où, est toujours pour elle promesse de bonheur et le vague à l’âme qui soudain l’assaille est tellement inhabituel que Zoé en a les larmes aux yeux.

- Secoue-toi ma chère ! Tu t’es réjouie de passer cette semaine en famille alors profite de tous ces bons moments offerts par la vie !

Elle croise les mains sur son ventre, tourne à nouveau la tête en direction de la chienne puis, rassurée, elle ferme les yeux. Ses pensées l’emmènent à pas feutrés vers le passé. Comme elle a aimé son métier de chef-costumière à l’Opéra. Créer des modèles originaux, coller au plus près aux désidératas des metteurs en scène, raviver une époque par des tissus ou des matières actuels, simplifier le superficiel pour ne garder que le suc d’une œuvre, travailler en symbiose avec son équipe et surtout avec Kat, sa jumelle… que de bonheur !

A l’évocation de Kate, Zoé frémit une nouvelle fois sans raison et un froid s’insinue en elle. Sa main droite, celle épargnée par l’arthrose, se pose sur le bord de son chapeau, en caresse tendrement le fin linon empesé. Kate a encore fait des merveilles, son tour de main est toujours sûr et son esprit créatif semble se régénérer à une source d’éternelle jouvence.

- Pour le Sud, il te faut une capeline qui te protège du soleil et te permette de lire où que tu sois.

Huit jours plus tard, la capeline était fin prête à être du voyage.

- Comme il est beau ton chapeau, Mamy ! s’était exclamée sa petite fille Chloé. Tu crois que Tati Kate en confectionnerait un pour moi aussi ?

 

- Maman ?.. Maman ?… Tu dors ?

Zoé se redresse, ouvre les yeux et découvre le regard désolé de son fils aîné.

- Je viens de recevoir un message… Tante Kate…

Inutile d’en dire plus, Zoé a compris l’identité de l’ange qui tout à l’heure l’a frôlée.

Alors, la secousse se fait séisme…

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D'après une peinture de Sixte (clic) proposée par Mil et une (clic)

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louv' 07/04/2013 11:32


Un frisson léger comme une plume d'ange m'a parcourue en te lisant. Belle atmosphère, Mony !

emma 06/04/2013 14:30


aux frontiieres du surnaturel, un récit intimiste comme tu sais si bien faire

quebre 06/04/2013 14:05


Je découvre avec grand plaisir ton site et je pense que je vais y revenir souvent. De très beaux textes, que j'ai pioché au hasard par ci par là. Celui-là, en tête d'affiche, est tout en pudeur,
avec un style sûr, et dis les choses tristes avec beaucoup de poésie. J'ai aimé !