Un jeudi de septembre

Publié le 29 Novembre 2012

  art_83630.jpg

 

                              Je me rappelle fort bien comment j’ai cessé de peindre, ce fut de façon toute naturelle, sans effort, sans regret. Pour moi, l’ouvrage était terminé voilà tout. Et l’ouvrage, le bel ouvrage ça me connaît, jamais je n’ai rechigné à la tâche, jamais je n’ai bâclé le travail ou supporté la moindre imperfection.

Je me rappelle fort bien ! C’était un jeudi de septembre, le 24 pour être précis et aux infos on venait d’annoncer le vol d’un tableau de Magritte : L’Olympia ! La représentation d’une jeune femme blonde aussi jolie et naturelle qu’Hélène, ma compagne depuis dix ans.

 

Ah ! Hélène ! Le bon goût fait femme ! Perfectionniste elle aussi et tellement classe. C’est grâce à elle que d’une vieille ferme abandonnée a jailli une maison si bien agencée qu’elle a fait l’objet d’un reportage dans « Maisons Magazine »

La gloire pour Hélène ! La fierté pour moi.

Pourtant, sur une photo, notre chambre à coucher paraissait un brin terne et Hélène a suggéré d’en revoir l’agencement de fond en comble. Elle a pris des mesures, fait des plans et, passionnée, a couru de gauche à droite, passant d’un magasin de meubles à une boutique de décoration.

 

Quand tout fut choisi jusqu’aux moindres détails, je me mis à l’ouvrage. Vider et déménager les meubles, dépendre les tentures, protéger, décaper, reboucher, poncer, étendre une couche de primaire... Tout s’enchaînait avec bonheur et le soir, la chambre d’amis était pour nous un nid douillet, une douce escale amoureuse.

 

Pour les murs, Hélène avait opté pour un ton de bordeaux profond et chaud. Après en avoir peint deux couches, le résultat était très harmonieux mais ma Belle, soucieuse, le front plissé, se questionnait « du parme ne donnerait-il pas plus de vie, de gaieté ? » Un petit essai de cette nuance a conclu dans ce sens et, le rouleau à la main, j’ai à nouveau transformé le décor. Je me rappelle fort bien, ce ne fut pas facile d’obtenir ce parme tendre et lumineux sans que transparaisse la moindre trace de bordeaux. Trois week-ends se sont enchaînés et ce jeudi 24, premier jour de rtt de l’année, j’ai enfin pu nettoyer le rouleau et les pinceaux.

 

Je me rappelle fort bien de cet instant, c’est le moment précis où Hélène est sortie de la salle de bain, nue, désirable comme une déesse. Et sa voix, je m’en souviens fort bien, trop bien. Si douce quand elle a dit « tu sais, au fond, je préférais le bordeaux »

Alors, Monsieur le Procureur, ce fut de façon naturelle, sans effort, sans regret que j’ai serré son joli cou pour qu’enfin elle se taise.

 

Depuis lors, je n’apprécie plus Magritte ! 

 

------------------------------------------------

 

 

Rédigé par Mony

Publié dans #Vivre à deux ou....

Commenter cet article

Ratatouille0 08/12/2012 21:21


J'adore! Quelle chute, j'en veux encore!
Qu'en concluera Monsieur le Procureur?...


Bonne soirée!

Nais' 30/11/2012 23:42


Bonsoir Mony !
Eh bien, quel drôle de peintre ! J'ai adoré lire ce texte, adorablement cynique sur la fin... Je ne m'y attendais pas du tout, c'est très fort ^^
Bravo, c'est génialissime !
Bises, bonne soirée

Jeanne Fadosi 30/11/2012 19:46


excellent ... mais qui l'a bien cherché ? avait-il besoin de se plier à tous ces caprices ...


belle fin de semaine

louv' 29/11/2012 15:09


Qui l'eût cru ? Un couple si bien sous tous rapports...Dommage pour Hélène, mais enfin, elle l'a bien cherché ! Je plaide pour de grandes circonstances atténuantes :)

aimela 29/11/2012 13:03


j'aurais fait de même monsieur le procureur , je préfère le bordeau au parme trop terne  Je suis ravie de relire ce
petit texte