Séduction létale

Publié le 19 Août 2012

 -cid_2CBF9B7573D042C5927A31D173269C85-AdminPC.jpg
 
La soirée est douce et la belle ville enfile lentement sa tenue de nuit. Mais pour moi, Seine, la vie est folle au point de ne plus discerner les méandres où se perdent mes jours et mes nuits. Aussi mon désarroi est-il grand quand je découvre un inconnu au creux de mon lit. Quand s’est-il immiscé au cœur de ma couche ? Ai-je à ce point manqué de vigilance pour perdre ainsi toute intimité? Ou alors ai-je harponné cet homme dans un excès de séduction dont je m’avoue capable ? Je n’en ai pas le moindre souvenir !
Bientôt, il dort à mes côtés, tranquille, et je ne sais rien de lui.
Hélas, cet amant de passage est bien trop sage face à mon tempérament fougueux. Bien trop sage ! Aussi je prends l’initiative et je l’entraîne dans mes délires espérant le libérer de ses entraves. Nos corps se mélangent, s’unissent. Nous valsons, nous tanguons, nous délirons. La nuit se transforme en une série de cascades de plaisir et il me suit obéissant, docile. Il m’a voulue et, généreuse, je lui offre le plus profond de moi-même, le plus secret.
 
Mais lui en retour pourquoi ne se livre-t-il pas ? Pourquoi reste-il cantonné dans son rôle de pantin ? Alors que je bouillonne encore d’ardeur il se fait lourd, de plus en plus lourd et ses traits altérés avouent une certaine fatigue de la vie. Il dort.
 
Il dort ! Et à mon tour, recrue de fatigue, je me lasse de tout tumulte.
Il flotte, inerte ; je m’assagis.
Après avoir dépassé doucement un ultime pont, je débarque mon éphémère soupirant dans la ruelle gauche de mon lit. Déjà l’aurore se profile à l’horizon et je perçois au loin l’appel de mon seul et véritable amour. A l’entendre, je reprends goût à la vie et ne suis plus qu’un cri : « Grand Large me voici ! »
 
 
-------------------------------------------
 
 
 
 
 
 

Rédigé par Mony

Publié dans #Vivre à deux ou....

Commenter cet article

chloé 08/09/2012 10:08


Les tumultes  de la seine et de ses affluents!Belle manière d'aborder ce thème et j'avais bien aimé! Avec en prime ici   la chanson de Georges Chelon c'est le top et on se laisse
volontiers emporter dans les ébats amoureux  de la Seine. Chloé

Miche 21/08/2012 04:51


Oui, le fleuve vivant en appelle au grand large... 

Lorraine 20/08/2012 17:31


Tu as très bien raconté la fusion de la Seine et de son inconnu...Il m'a fait froid dans le dos. Et puis, l'inconstante après l'avoir bercé, caressé, bourlingué, bousculé, épuisé s'est jetée dans
les bras de son amant, le Grand Large. Une belle imagination, Mony, et le sens de la personnification. Très beau travail!

Nais' 19/08/2012 22:24


Un beau suspens, une chute bien sympatique !

louv' 19/08/2012 21:30


Si elle pouvait, Seine aurait beaucoup à nous conter...


C'est magnifique, Mony !

aimela 19/08/2012 20:58


Tu auras un peu de pub cette semaine, je vais  remonter  à la première page de mon blog" le fils du vent " 

emma 19/08/2012 10:44


il faut lire avec grand attention pour comprendre qui est l'inconnu, parce qu'on n'attend pas cela... alors que cela est évident dans le texte, un bien beau texte tragique