Marco - Lola

Publié le 9 Mai 2013

Déjà lundi matin ! Marco soupire intérieurement. Costume-cravate étriqué, sembler s’intéresser aux cours de la Bourse, donner le change à son collègue embarqué dans la même rame de métro, re-soupir discret. Marre de cette vie factice !

Dans une heure, il sera assis dans son bureau : recevoir les clients le sourire aux lèvres, les orienter au mieux dans leurs transactions financières, être le plus vorace parmi le ban de requins, triste perspective. Lui, le rêveur, l’artiste, se faire passer pour un économiste avisé, quel décalage avec sa réalité.

Il la sent à ses côtés, elle tarde à le quitter, s’impose à lui si intimement. Ils se frôlent, frémissent. Toi, moi !

La séparation se fait de plus en plus ardue au fil des semaines. Bientôt, il le pressent, il ne pourra plus se passer de ce tulle aéré, de ces épaules dénudées et offertes aux regards. Désormais sa vraie vie est là et il le sait. Encore trois stations et c’est la cohue dans les couloirs tristes. Grandes enjambées attaché-case à la main, air conquérant.  

Faux ! Faux ! Tout est faux !

Un seul regard dans le reflet d’une vitrine le confirme, elle est présente plus que jamais en lui. Le démaquillage, la douche, quelques heures de repos n’ont pas suffi à délimiter leur territoire respectif. Ignorer le regard qui se voile, tousser et d’une voix assurée répondre n’importe quoi au collègue, donner le change, encore, encore…

Il a mal à elle, mal à lui mais dans six mois, dans un an, leur fusion sera inéluctable. Finis les week-end bien trop courts durant lesquels il peut vivre en étant elle, les courtes soirées décalées du quotidien, Lola pourra enfin s'épanouir au grand jour.

 A cette pensée, Marco se détend et sourit enfin à cette femme qui depuis toujours l’accompagne et sommeille en lui.

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Rédigé par Mony

Publié dans #Vivre à deux ou...., #Solitude au bout du chemin

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Lorraine 11/05/2013 16:09


"Il a mal à "elle"!". Oui, tu résumes ce que doivent éprouver ces malheureux tiraillés entre ce qu'ils paraissent et...ce qu'ils sont intérieurement. Deux personnalités, une apparente, l'autre
interdite. A moins que...Nous ignorons le drame du choix ou du refus. Et les sarcasmes ou les abandons familiaux quand ils décident de devenir eux-mêmes...Très bien traité, chère Mony,


 


Lorraine

Aimela 09/05/2013 13:16


Un sujet difficile  qu'est la transexualité  mais tu t'es bien débrouillée  et en douceur . Un très bon texte