M. comme...

Publié le 6 Août 2012

 

 

Huit jours… devenus huit mois à traîner mon spleen comme un boulet, à l’attendre lui, Simon, à espérer un message, à quémander un iota d’amour !

Marre ! Marre ! Marre !

Ce matin, c’est décidé, je me secoue le popotin. Un brouillard se lève en moi laissant apparaître une évidence : demain j’aurai trente ans, assez de temps perdu. Adieu la grisaille, les rancoeurs… Simon… Adieu vieux salaud, tu n’auras pas ma peau. Non, tu ne me détruiras plus à délivrer ton pseudo amour au compte-goutte. Cours, vole, papillonne, va de cœur en cœur, époumone-toi, vis ta vie, désormais ce n’est plus la mienne. Basta, du vent, de l’air, je te zappe de mon univers…

Mon univers… Le café chaud embaume le studio minuscule. J’en rempli une tasse, ajoute une lichette de lait et vais me poster à la fenêtre. La lumière, le soleil, me retrouver, voilà ce dont j’ai besoin.

Il y a huit mois j’avais des rêves. Pourquoi les avoir abandonnés ? Ils sont là, bien au chaud, un rien suffirait à les voir s’épanouir. Et ce rien désormais est en moi, je le sais, je le sens.

 

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Marine est attablée de l'autre côté de l'avenue à la terrasse du « Sultan » Je lui fais un grand signe de la main et elle y répond en agitant son foulard blanc. Ce signal de connivence nous lie depuis l’adolescence et provoque en moi un petit pincement doux comme une caresse. Hier, quand je l’ai appelée elle m’a dit son plaisir de m’entendre. Pourquoi l’ai-je délaissée durant tout ce temps ? Pour Simon ? Sera-t-elle toujours partante pour notre projet alors que je l’ai si lâchement abandonnée ? Une foule de questions se bouscule dans ma tête. Une grande partie de la nuit je l’ai passée à compulser mes croquis, à crayonner d’autres modèles, à imaginer des combinaisons de coloris, de tissus. Il y a huit mois, Marine et moi nous en étions au stade de trouver un nom pour notre future ligne de vêtements d’enfants. Me croira-t-elle quand je lui dirai l’avoir peut-être déniché ce matin en écoutant la radio ?

 

 Odeurs des myrtils

Dans les grands paniers

Que demeure-t-il

De nous au grenier

Odeur des myrtils

Dans les grands paniers

 

Cette ancienne chanson de Jean Ferrat a fait apparaître Mamie et toute mon enfance a ressurgi en une bouffée de joie. Combien de fois avons-nous fredonné ensemble ces paroles ? Et l’évidence m’est apparue comme un cadeau d’anniversaire. Comme j’ai hâte de le partager avec Marine. Pourquoi ne pas signer nos créations M. comme Myrtil…

 

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L’impact violent projette la jeune femme contre la bordure du trottoir tandis que la voiture folle s’encastre dans la vitrine de la boulangerie. Du sang frais perle des narines de Maude, ses jolis cheveux auburn se teintent de rouge et son regard déjà est absent. Autour d’elle, des croquis s’envolent au vent léger.

 

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      http://www.jukebo.fr/jean-ferrat/clip,odeur-des-myrtils,q5vqzf.html

 

Rédigé par Mony

Publié dans #Chemin d'amitié

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Martine Eglantine 10/08/2012 07:50


J'aime beaucoup ton écriture. J'ai lu avec plaisir cette nouvelle jusqu'à sa fin tragique surprenante. Merci beaucoup

chloé 08/08/2012 22:06


Coucou! L'heure de ma pause et de ma petite ballade nocturne sur le sentier de tes mots! Un texte qui me conforte dans l'idée qu'il faut vivre pleinement le moment présent car nul ne sait ce que
sera demain!


Trente ans! une porte  qui se ferme et  une autre qui s'ouvre ! Une renaissance, une vie plein de promesse et l'avenir devant soi, qui au coin d'une rue s'arrête tout d'un coup! C'est
terrible et tellement injuste! Chloé

Aimela 07/08/2012 10:45


Triste destin pour cette jeune femme , la vie est vraiment injuste 

louv' 06/08/2012 07:37


Très fort ton récit, Mony.


On a très envie qu'elle balaie d'un coup sa longue et vaine attente. On sent l'espoir en elle, une force retrouvée. Et puis la chute brutale...Un fait divers comme un autre.


Quelle ironie de la vie !