Le premier - le dernier

Publié le 13 Décembre 2012

 

                     Le 13 décembre 2011, un tueur fou semait l'horreur sur la place Saint Lambert à Liège - Belgique. Le premier janvier suivant, j'ai composé ce petit texte-hommage, fiction bien dérisoire face à l'impensable et à la douleur des victimes et des familles.

Texte paru sur Miletune le 01/01/2012 (clic)

 

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Sa main chaude enserrée dans la sienne elle a chuchoté à l'oreille de son fils. Doux gazouillis d’amour, mélopée venue du plus profond de son être, pacte entre elle et lui, lui et elle.

Un dernier baiser, un dernier regard et la double-porte s’est refermée.

Elle dans le couloir, lui parti là-bas vers l’inconnu.

Un faible gémissement est sorti de sa gorge et son corps jusque là tendu s’est soudain affaissé sur lui-même. Un instant... un instant seulement.

Une voix en elle, impérative, l’appelait au dehors, loin de ce lieu où ils avaient survécu ces derniers jours.

 

Sa voiture garée sur le plateau, elle a enfilé la vieille parka et la paire de chaussures de marche qui veillaient toujours dans un coin du coffre. Un pas guidant l’autre, elle a marché le long des chemins de terre, traversant des landes et des bois encore roux de cet automne qui ne voulait pas céder sa place à l’hiver en ce premier jour de l’année.

 

Tour à tour, elle a poussé le landau dans lequel il était endormi, la poussette où il gigotait impatient puis le vélo où il était assis, joyeux, derrière elle. Elle l’a aidé à cueillir des myrtilles et des champignons.

- Écoute, le geai nous a repérés !

- Regarde, un écureuil !

Curieux de tout, souvent plongé dans ses livres, il lui a appris à son tour à distinguer les arbres et les traces du gibier, à observer le ciel.

- Le vent change ! Demain il va pleuvoir !

Déjà, il sortait avec ses copains, ses petites amies et elle marchait seule, sereine. En juin, si tout se déroulait bien, son fils obtiendrait son diplôme d’ingénieur agronome.

 

Arrivée au belvédère surplombant la vallée, elle s’est assise sur un banc. La ville en contrebas digérait les derniers évènements, bulles de champagne et cotillons pour les uns, mal de tête pour d’autres ou encore vide sidéral… vide… vide…

Ses pensées se sont envolées vers les équipes médicales et de secours toujours sur le pont malgré la période des fêtes puis, doucement, ont apprivoisé la réalité de ces êtres qui bientôt seraient soulagés grâce au don des organes de son fils et alors seulement les larmes ont perlé et se sont libérées.

 

Pourquoi ce tireur fou au marché de Noël ? Pourquoi au centre ville, pourquoi en pleine heure de midi ? Pourquoi ces armes de guerre, ces éclats de grenades ? Pourquoi autant de blessés, de morts ? Pourquoi son fils piégé dans ce traquenard insensé ? Pourquoi ?

Elle a regardé sa montre.

Il avait encore besoin d’elle… Il lui fallait être digne de son enfant désormais envolé vers l'au-delà…

 

Elle a changé de chaussures et, courageusement, a repris la route de l’hôpital.

 

 

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Silence... P1000008.JPG

 

 

Toi, mon ami de Liège de Damien Saez : http://www.youtube.com/watch?v=1zx2HRIHWQo 

 

 

Rédigé par Mony

Publié dans #Coups de blues