Le collectionneur

Publié le 27 Août 2012

 
Arsène est fiévreux. Ronchon et fiévreux. Ce maudit mal de gorge qu’il traîne depuis la veille le ramène à sa jeunesse et il n’aime pas se souvenir de sa jeunesse à la santé délicate Arsène. La varicelle puis la scarlatine qu’il avait contractées alors que sa sœur était épargnée… et les oreillons… après la puberté ! Quelle déveine !
 
Pourquoi les microbes s’acharnaient-ils toujours sur lui et épargnaient-ils sa sœur, pff ! cette cocotte ? Des années sans la voir, la soeurette... Depuis… depuis quand déjà ? Arsène ne le sait plus. C’est de sa faute aussi à Marie ! Quelle idée de se faire engrosser quatre fois de suite !
« Lapine ! » Verdict sans appel lancé à la face de la future mère entourée de ses trois marmots. C’était en…? Pff ! Quelle importance ! Plus vu sa sœur depuis lors.
 
Le lait est à bonne température. Arsène coupe le gaz et d’un geste tremblant verse le liquide chaud sur le miel, touille dans le bol et avale cette panacée trop sucrée à son goût. Grimaces. Soupirs. Rien à voir avec un ti punch avec du sucre de canne et du citron vert comme il a pu en siroter aux Antilles mais, pff ! sa réserve de rhum est épuisée. Pas prévu d’être cloué si piteusement à la maison, lui d’ordinaire si clairvoyant !
 
Pff ! En traînant la jambe gauche, il se dirige vers son bureau. Maudit mal de gorge ! Maudite jambe ! Maudit séjour en Afrique ! Ce soir Arsène broie du noir et seule sa collection de papillons peut le consoler de cet environnement hostile.
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Penché sur ses tiroirs il entre dans son monde en suivant toujours le même rituel : d’abord les espèces d’Europe avec en tête un sphinx des vignes, sa première capture.
 
Marie ressurgit dans son esprit. Il la revoit lors des vacances à Saint-Jean-de-Cuculle chez leurs grands-parents maternels, belle et si féminine coiffée d’un chapeau de paille. Il l’entend surtout le traiter de cruel d'avoir épinglé « cette petite bête qui ne demandait qu’à vivre » Pff ! Sensibilité de minette. Minette ? Assurément grand-mère à présent ! Pff ! Il passe ensuite en revue les insectes d’Amérique du sud puis ceux d’Afrique et des îles. Que de pays parcourus pour dénicher ses trésors.
 
Un brusque élancement dans sa jambe l’oblige à s’asseoir en gémissant. Tout cela à cause d’un gnou énervé de le sentir dans ses parages avec le filet à papillons. Une ruade et Arsène s’était écroulé la cuisse gauche déchirée. Pas de soins immédiats et pour cause il se trouvait à mille lieues de tout. Verdict : tendons irrémédiablement abîmés et l’âge n’arrange rien bien au contraire. Pff ! Pas de chance. Il est loin le joli jeune homme tant admiré des amies de Marie.
 
Arsène transpire, tousse et se met à pleurer. Etonné de ses larmes qui jaillissent à flots, il jette un regard dans le miroir et découvre un vieillard au masque de pierre. Seul ! Il est seul et cette solitude soudain lui pèse. Maudits oreillons départ de son malheur ! Sans eux il aurait pu lui aussi donner la vie.
 
Pff ! Un dernier coup d'oeil embué vers son vis à vis et sa décision est prise.
Arsène va contacter Marie et lui demander pardon de s’être conduit jadis comme un goujat et quelle que soit sa réponse, il se sentira enfin réconcilié avec lui-même.
 
 
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Rédigé par Mony

Publié dans #Solitude au bout du chemin

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Commenter cet article

chloé 08/09/2012 09:48


Petite histoire sucrée salée Mony accompagnée d'une jolie musique! Que de temps perdu à gémir et à s'assécher seul devant ses papillions mais vaut mieux tard que jamais! Il y a tellement de gens
qui passent à côté de l'essentiel. chloé

emma 29/08/2012 20:16


St Jean de Cuculle, oui, je connais, bel endroit - une dure histoire qui va bien finir, bien contée...

Nais' 28/08/2012 21:11


C'est une belle histoire, avec une chute douce-amère : d'un côté l'annonce qu'il ne pouvait pas avoir d'enfants et de l'autre sa décision de demander pardon à sa soeur ! Heureusement qu'il
choisit cette voie-là, après tout la famille c'est sacré !
(je m'étonne de ne pas avoir eu de mail pour me prévenir de ce nouvel article, mais peut-être que mon abonnement à ta newsletter n'a pas fonctionné ?)
Bises, bonne soirée :)
Nais'

Martine, la pèlerine 27/08/2012 22:04


bonjour Mony,


tu prends le temps de marcher avec moi sur le Chemin... alors malgré le temps qui file sans crier gare, je prends celui de faire un tour dans le monde d'Arsène... qui a pris la bonne décision !


Merci Mony de me suivre pas à pas... et merci d'aimer ce que tu lis de mon périple.


amitiés,


Martine

Lorraine 27/08/2012 14:57


Qhand l'égoïsme  rejette la faute sur les autres et refuse de se reconnaître,  que d'années perdues à accuser! Même les plus beaux papillons ne combleront jamais le vide créé par Arsène
lui-même. Une belle histoire lucide, Mony, fort bien racontée.

louv' 27/08/2012 12:21


Marie lui pardonnera. La tendresse ne meurt jamais.


Bonne journée Mony