Laquelle des deux ?

Publié le 24 Février 2013

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 David Alfredo Siqueiros - Défaillance 

Marre d’être si haut perchée. Envie de se déchausser, de sentir le contact du sol sous la plante de ses pieds nus.

Clac, clac, clac ! Ses hauts-talons martèlent énergiquement le couloir. Cadence infernale.

D’un simple geste dégrafer le soutien-gorge qui oppresse ses seins. Les laisser enfin s’épanouir en toute liberté.

Le décolleté attire les regards. Désir ou pointe de jalousie, c’est selon. Bander ses muscles, rentrer le ventre : impératif !

Enfiler à même sa peau nue un robe courte et ample faite de cotonnade légère. Pourquoi pas bleue comme ses yeux ?

 Le strict tailleur gris souris l’engonce, l’étouffe. La jupe étroite dicte sa loi, réduit l’amplitude de son pas.

Montre, bracelet, collier, boucles d’oreilles enfermés dans leurs écrins. Enfin allégée !

Déjà 10 heures ! Le bijou cliquette à chaque geste, le pendentif pèse à son cou. Lobes d’oreilles irrités !

Se coucher, s’étendre, s’étirer. Rouler sur elle même, se lover au creux d’un lit moelleux ou flotter au gré de vagues blondes. Perdre la notion du temps.

Nuit passée en partie dans son bureau. Révision des derniers dossiers. Dormi quelques heures. Trop courtes. Déjà, intempestive, la voix du réveil.

Seule ! Elle, et seulement elle, face à la majesté du ciel. Observer les nuages, sentir le vent dans sa chevelure. Se laisser englober par la nature, ne faire qu’une avec elle.

Les murs, gloutons, semblent se resserrer à tout jamais sur son être. Pas la moindre lueur naturelle. Des néons à perdre de vue.

 

Faiblesse, malaises. Son corps, ce pantin, est en révolte. Effondrement, refus formel. Stop, il n’en peut plus, il ne veut plus. Fuir pour survivre !

D’un geste décidé elle ouvre en grand la porte et pénètre dans la salle de réunion sans un regard pour ses subordonnés. Madame la Présidente, impériale, impartiale, inflexible, inhumaine, va mener le conseil d’administration de sa main de maître.

Maladies sous jacentes ? Divorce, séparation ? Ou remise à zéro et nouveau départ ?

Défaillance non tolérée. Vie gâchée.

 

Laquelle des deux entités qui sont en elle remportera la mise de ce jeu de dupes ?

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 Pour Miletune (clic) 

Rédigé par Mony

Publié dans #Moments de vie, #Coups de blues

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Annick SB 26/02/2013 21:23


Je lui souhaite de vivre entièrement en italiques ! 

Lorraine 25/02/2013 16:57


Une dualité qui existe certainement dans la vie des femmes stressées, étoufées sous les codes du pouvoir.J'aime beaucoup l'alternance des monologues; ils soulignent mieux encore ces détails
tellement justes qui pèsent, pèsent un peu plus chaque jour; ces détails féminins qui font le harnachement obligé de la femme souveraine au 42 ème étage de l'entreprise. Une interprétation de la
consigne particulièrement aigüe et, bien qu'inattendue, très forte.


 


Lorraine

louv' 24/02/2013 14:38


Tôt ou tard, la carapace finit par craquer. Certains en tirent bénéfice, d'autres sombrent totalement. Ce monde est impitoyable...

Aimela 24/02/2013 13:05


On vit dans un monde où la défaillance n'est pas tolérée et beaucoup de drâmes en découlent malheureusement

chloé 24/02/2013 11:16


Un beau thème Mony qui amène chacun de nous à se poser les vrais questions! Pas facile de cohabiter avec nos contradictions mais sommes cet amagalme de choses, tiraillée sans cesse  entre ce
que nous aimerions être ou faire et l'image que l'on veut donner! La réponse est peut être dans le compromis avec soi ! Passe une bonne journée.chloé

Nais' 24/02/2013 11:09


Bonjour Mony,
Deux personnalités pas si différentes que ca au fond, mais qui ont du mal à coexister... La personne entière semble beaucoup souffrir de cette situation. Je ne connais pas beaucoup de bourreaux
de travail, mais je sais à quel point ils se font du mal ! C'est si bien décrit là..
Bises, bon dimanche !

emma 24/02/2013 09:06


pile ou face, le jeu des apparences... c'est le sort de beaucoup, ne pas se laisser aller parfois aide à rester debout