L'ultime mission

Publié le 16 Mai 2013

EMAG OWT

YDEAR ?

OG !

Monray enfonce la touche de l’index droit et pour la deuxième fois il est translaté dans le même décor. Un premier et court essai l’avait mené jusqu’au pied du plus haut bâtiment, celui surmonté d’une étrange antenne dont Monray et son équipe n’ont pu encore déterminer l’utilité. Cette ultime mission consiste à atteindre au plus vite le sommet de la colline à gauche du paysage où un translateur OG EMOH le recueillera.

A grandes foulées, il rejoint la route à l’étrange revêtement orangé. Mais déjà l’angoisse réduit son pas et la sueur dégouline le long de son échine. Pourtant sa détermination l’aide à faire abstraction de son "moi" pour se concentrer à nouveau sur son objectif. Les capteurs dont il est muni enregistrent toutes les données de l’étrange environnement. Les champs aux courbes douces et aux épis immobiles, les zones éclairées par des rayons lumineux, alignées au côté de zones ombragées, la végétation tantôt en hauteur, tantôt plus compacte ainsi que les habitations parsemées ou regroupées sont analysées sous toutes leurs facettes, pas le moindre détail n’échappe à l’investigation.

L’angoisse reprend à nouveau le dessus dans l’esprit de Monray. Comment résister à la peur engendrée par cet univers ? Ici, pas un seul son n’est perceptible, pas un souffle de vent n’anime le végétal ; ni faune, ni humains ne sont visibles, pas le moindre filet d’eau ne s’écoule dans les creux de terrain… Tout est figé dans une sorte d’attente irréelle. Monray inspire puis expire lentement l’air fourni par la paroi de sa combinaison ultra légère. Sans elle, il ne survivrait pas plus de trois minutes. Les pionniers qui l’ont précédé peuvent témoigner de l’épreuve que furent les premiers contacts avec cette planète bleue.

«Détends-toi, Monray, observe à présent la butte qu’il te reste à gravir. Derrière elle doit se trouver ce que nous cherchons» La voix télépathée de Rougou, son mentor, résonne dans son cerveau et Monray reprend confiance en lui. Inspirer, expirer… La montée est rude sur ce terrain desséché par la chaleur accablante. Tous les dix mètres, Monray fait consciencieusement une courte pause pour reposer son coeur en souffrance puis courageusement il continue de grimper. Quand enfin il foule le sommet de la colline il sait intimement qu’il a enfin atteint le lieu si longuement recherché au cours des siècles, ce noyau central dont parlent tous les vieux écrits des Pairesmigrants.

Dans la vallée, la ville de Quenne, atomisée, s’offre à lui dans toute son horreur apocalyptique et irrésistiblement l’attire à elle comme un puissant aimant.

«Résiste, résiste ! insiste la voix de Rougou. Le translateur OG EMOH ! Appuie sur la touche ! Vite !»

Game over 

Monray est redevenu Julien et il quitte le cybercafé pour se retrouver parmi la foule dans les bruits et l’air vicié de l’avenue.

Tout là-haut, la flèche de la tour de la cathédrale semble le toiser avec ironie.

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Pour Mil et une (clic)   -  Peinture de Raymond Quenneville (clic)

 

Rédigé par Mony

Publié dans #Moments de vie

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emma 30/05/2013 13:28


pour certains il n'y a plus de frontiere entre réel et virtuel, ce monde est à la fois fascinant et inquiétant

louv' 17/05/2013 08:40


On peut se demander qui de Monray ou de Julien est le plus vivant....