Fières femmes

Publié le 2 Mai 2012

 
 
- Ne pleure pas, fils, elles reviendront !
Miloa prononce ces mots d’une voix enrouée. Le départ des femmes lui déchire le cœur et comme ses compagnons il reste figé d’angoisse. Une fois de plus, ils se sentent impuissants face aux exigences de Tora, le tyran, et humiliés de devoir leur survie au courage des femmes et des fillettes du clan.
 
Fières femmes ! Dignes représentantes des Vanik !
Laone, épouse de Miloa, tire la charrette et à grands pas donne la cadence à la marche ; Zyra, son étrange enfant collé à son flanc droit, la suit le regard vague ; à l’arrière Noû, la guérisseuse, et la jeune Bêine portant un chiot dans sa besace veillent sur la sécurité de la petite Riva juchée sur le contenu de la charrette ; pas une ne se retourne et bientôt elles disparaissent aux regards des hommes.
Noû, la guérisseuse, entame alors une énigmatique mélopée reprise en chœur par ses compagnes. A chaque lunaison, ce rituel se répète, Tora, le tyran exige de voir les femmes du clan des Vanik. Il les veut belles, gaies et chargées de vivres : miel, châtaignes, poulets ou poissons séchés, œufs, hydromel et même chanvre tissé viennent ainsi garnir son antre en échange d’un bout de terre concédé aux Vanik.
 
Plus les femmes avancent, plus elles prennent de l’assurance. Aujourd’hui, sera le grand jour. La petite Riva, innocente enfant, ne semble pas prendre conscience de l’enjeu dont elle est partie prenante mais ses mère, tantes et sœur sont résolues à ne pas l’offrir en pâture au monstre. Sitôt arrivées dans la cour de Tora, elles l’appellent à grands cris joyeux : « Tora, beau mâle, où te caches-tu ? Tora, beau mâle, nous voilà ! » Et Tora bombant le torse de fierté se présente alors à elles qui aussitôt l’assaillent de paroles douces et envoûtantes.
- Vois,Tora, ce que nous t’apportons ! Un magnifique chiot… du miel pour adoucir ta voix… de l’hydromel pour rendre ton esprit clair… du musc dans ce joli flacon… et dans ce sac du gingembre pour ta puissante virilité !
 
Tora flatté par tant d’enthousiasme caresse la croupe de l’une, vole un baiser à l’autre mais son regard ne quitte pas la petite Riva, celle qu’il a exigée en cadeau spécial pour la prochaine éclipse de lune. Déjà, ses bras puissants tentent de s’en emparer quand Laone, froidement, saisit à deux mains une lame dissimulée sous sa robe et lui enfonce avec force en plein cœur. Les yeux du tyran se révulsent d’incrédulité et en un instant la dame noire a terminé son œuvre.
 
Alors, Zyra, au regard vague, frissonne et serre tendrement son étrange enfant contre son flanc. Les hommes du clan sont ses vrais pères et celui-ci, qui gît à présent à leurs pieds, ne lui portera désormais plus aucun ombrage.
Quand le corps ensanglanté du tyran bascule de la charrette dans le profond précipice la chienne aboie dans le clan des Vanik. Elle le sent, son chiot n’est pas loin et les hommes, soulagés par ce signe, hurlent de joie.

 

Bientôt, leurs femmes, ces déesses, seront là !

 

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Pour Miletune d'après une oeuvre de Fanny Ferré 

Rédigé par Mony

Publié dans #Contes - Fables

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louv' 02/05/2012 19:07


Encore une preuve de la supériorité des femmes

aimela 02/05/2012 13:02


C'est connu, les femmes sont très courageuses, tu en donnes encore la preuve ici. Joli texte

Annick SB 02/05/2012 08:19


Déesses et vengeresses ... Il en faudrait plus des femmes comme celles là ...