Ils se prénomment...

Publié le 20 Décembre 2014

     

Ils se prénomment Martine, Jean-Yves, Claire, Loïc, Thomas, Joëlle, Anaïs, Rachid, Michel, Rachel, Anh Tài, Cécilia, Tim, Bertrand…

Ils sont secrétaire, pharmacienne, électricien, styliste, anesthésiste, demandeur d’emploi, retraité, étudiant, fleuriste, assureur, conseillère financière, professeur…

Chaque semaine, ils se retrouvent dans une classe, une salle villageoise, un vieux garage, un entrepôt ; dans une annexe, une véranda, au fond d’une impasse… Six ici, quatre là-bas, dix ailleurs…

Pour eux, le plaisir est à chaque fois renouvelé de débattre parfois longuement quant au choix de telle ou telle œuvre à interpréter ou de découvrir la pièce proposée d’autorité pour le metteur en scène. Oubliés les soucis quotidiens, les rendements, les galères. Disparus les maux de tête, les muscles endoloris. Doucement, mot à mot, d’une gestuelle maladroite puis plus assurée, ils s’immiscent, dans la peau d’un personnage, se l’approprie, le font vivre ; au fil des mois, le timide s’affranchit, la délurée peut se faire grave.

Dramatiques, comédies, vaudevilles, tirades, monologues, pièces contemporaines ou classiques, chants ou mimes leur demandent une rigueur mêlée d’inventivité et inlassablement ils fourbissent les rôles. Une compagne crée les costumes, un mari se révèle excellent accessoiriste, une amie se propose comme souffleuse, les renforts ne manquent pas et quand vient le grand soir de la représentation de théâtre, ils se retrouvent soudés par le trac et le doute.

- Ne vais-je pas bafouiller, oublier mon texte ?

- Je suis enrhumée, ma voix ne portera pas !

- Ce répertoire est inattendu et un brin déconcertant. Et si le public ne répondait pas présent, n’était pas curieux de ce registre ?

- Le film proposé ce soir par La Deux va nous valoir une rude concurrence !

- La fermeture éclair de ma jupe est cassée… Help !

La maquilleuse sublime un visage, un fou rire nerveux fuse, une prière se lit sur des lèvres, les toilettes sont prises d’assaut. Quand enfin ils entrent en scène, simple estrade ou plateau glacial garni de tentures poussiéreuses, ils oublient toute incertitude, le combat a débuté.

- Dans la salle, un rire éclate, Tim a mis son chapeau à l’envers.

- Martine rattrape la répartie erronée de Loïc et remet le dialogue sur la bonne voie.

- Anh Tài s’acharne sur une poignée de porte récalcitrante. Fous rires. Un calme s’installe suivi d’applaudissements enthousiastes.

- Comment ? C’est déjà terminé ?

Heureux et soulagés, ils saluent longuement le public, remercient le metteur en scène et de retour dans les coulisses se congratulent en des embrassades tremblantes. La pièce, ils la rejoueront deux ou trois fois encore dans le village voisin ou à la demande d’une quelconque association puis après une pause ils reprendront le chemin des répétitions.

Devant toutes ces troupes de comédiens amateurs qui n’auront jamais l’honneur de recevoir en grande pompe une statuette à l’effigie de Molière, je m’incline et je leur dis simplement "merci d’exister et de me ravir"

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Pour Mil et une - clic  -  Remise des Molière - Denis Podalydès - photo AFP

Rédigé par Mony

Publié dans #Moments de vie, #Un peu de moi par ci par là

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flipperine 21/12/2014 23:51

intéressant de participer à une pièce de théâtre dans le Nord je faisais le rôle de souffleur

Louv' 20/12/2014 18:09

Ah oui, mille fois oui !!! Bravo à tous ces artistes de l'ombre qui nous font chaud au coeur.
J'en profite pour te souhaiter de bonnes fêtes, Mony.

emma 20/12/2014 17:41

superbe et vibrant hommage aux comédiens de l'ombre tout aussi passionnés que les stars. Salut à toi, Aimela qui en es, merci à tous ceux qui embellissent la vie

aimela 20/12/2014 16:22

Merci de leur rendre hommage car ils le méritent amplement . Passe de bonnes fêtes et bises