Un royaume à la Magritte

Publié le 10 Août 2014

Un royaume à la MagritteUn royaume à la MagritteUn royaume à la Magritte

A la Meute, y a pas d' jambe de bois,

Y a des nouilles mais ça ne se voit pas

La meilleure façon d'marcher,

C’est bien sûr la nôtre,

C'est d' mettre un pied devant l'autre

Et d' recommencer !

Pourquoi a-t-il continuellement ce seul refrain en tête ?

Chambre 220, au fond du couloir, à gauche, c’est son royaume à lui Julien Leblanc. Un royaume à la Magritte. N’est-ce pas surréaliste cette télé dévidant sans cesse les archives d’Eurosport : F1, rugby, curling, cyclisme…, le tout entrecoupé de quelques directs ou d’immenses plages de pubs ? Et lui, Julien Leblanc, voguant d’un somme à une rêverie, Julien le grand sportif au régime alimentaire strict, condamné dorénavant à engloutir rapidement quelques bouchées de poulet mi-cuit ou de merlan noyé de graisse qu’une aide-soignante lui présente tout en déballant déjà la tranche de glace napolitaine aux couleurs douteuses, lui, Julien, n’est-il pas à lui seul un chef d’œuvre surréaliste en péril ?

A la Meute, y a pas d' jambe de bois,

Y a des nouilles mais ça ne se voit pas

Ce serait surprenant, voire hilarant de tout à coup entonner ce refrain si ce n’était aussi frustrant de ne plus pouvoir émettre un son. Comment dire à Madeleine qu’elle est toujours aussi belle et chère à son cœur ? Madeleine et son discret parfum d’ancolie qu’il hume de tout son être quand elle se penche sur lui pour redresser son long corps qui doucement s’affaisse.

« Il ne manquerait plus que tu tombes » est son leitmotiv, son obsession. Comment pourrait-il tomber plus bas que le bas-fond où il se trouve désormais ? Madeleine, son amour, ne l’a-t-elle pas encore compris ? Ne sont-ils pas comme ses amants (ph.1) aux visages voilés, séparés par un caprice de la vie ?

A la Meute, y a pas d' jambe de bois,

Y a des nouilles mais ça ne se voit pas

Magritte a-t-il été scout lui aussi ? Julien aime imaginer l’artiste enfant… Avait-il déjà en lui ce don de voir le monde au travers d’une autre lucarne ? Aimait-il davantage le bleu que le rouge, le jour que la nuit ? A-t-il passé une partie de ses étés dans un camp à la campagne, vécu de manière rudimentaire mais tellement captivante ?

A la Meute, y a pas d' jambe de bois,

Y a des nouilles mais ça ne se voit pas

Aujourd’hui, la meute est bien loin mais Julien y puise toujours une grande force d’âme et ce n’est pas un énième set de tennis se jouant sous ses yeux qui l’empêchera de rêver et de s’évader vers des cieux azur. Entre en scène (ph.2), Julien, deviens oiseau blanc et va rejoindre les grands vols de grues. Avec elles migre au pays des miracles (ph.3).

Chambre 220, au fond du couloir à gauche, Julien Leblanc pour un moment se sent bien.

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Rédigé par Mony

Publié dans #Vivre à deux ou...., #Solitude au bout du chemin

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aimela 14/08/2014 08:48

Comme je l'ai déjà dit sur miletune, un très beau texte et les toiles de Magritte le sert bien

Louv' 10/08/2014 20:06

Très bel écrit tout en finesse, et bien rythmé par le refrain. Bien sûr, le fond de l'histoire est un peu tristounet, mais tant que Julien peut s'évader vers l'azur du ciel....

Lorraine 10/08/2014 14:26

Un texte plein de sensibilité, chère Mony, où l'on ne sent à aucun moment l'introduction de mots imposés. Tout est moëlleux, la lecture suit son cours sans ressentir une seule contrainte. Et l'histoire triste scandée par le refrain de la Meute achève de donner sa mélancolie à une histoire qui pourrait être vraie.

Lorraine