Contrôle des billets

Publié le 5 Mai 2014

- Contrôle des billets ! Mademoiselle ?

Une angoisse monte en moi. Pas de panique, tendre le titre de transport, ne pas lever la tête, reprendre le document, remercier.

Encore une privilégiée qui voyage en première. Elle n’a même pas daigné me regarder. Jolie, classe, mais snob ! Pas assez bien pour elle le petit contrôleur !

Le paysage défile, ne pas l’observer, ne pas entrevoir mon reflet dans la vitre, lire ou faire semblant. Encore deux heures de trajet. Cela fait si longtemps que je n’ai plus voyagé en public. Pourvu que personne ne s’installe à mes côtés.

- La place est-elle libre ? Vous permettez ?

La voix est virile, racée, polie. Une paire de Paraboot, impeccable. Un bas de pantalon en cachemire. Mes yeux rasent le sol du wagon. Au secours ! Je ne puis plus respirer ! Une échappatoire : les toilettes ! Je saisis mon sac et me précipite, les bords du chapeau repliés laissant les livres sur la banquette. Tant pis ! Ouf ! Je suis enfin en sécurité. Il fait si chaud. Les manches de ma robe collent à la peau. Je préfère l’hiver, emmitouflée anonyme dans des épaisseurs de laine. Un rien plus sereine. Un rien ! On frappe à plusieurs reprises à la porte.

- Occupé ! est ma seule réponse.

Peu m’importe, ils n’ont qu’à se rendre dans un autre wagon. Je ne bouge plus d’ici coincée dans ce cocon minuscule. 16 heures ! Le train arrivera bientôt à destination. Ma chère Marie sera-t-elle sur le quai comme convenu ? Quelle va être sa réaction ? Elle ne m’a plus vue depuis… Et la mienne ? Comment rester naturelle ? Prudemment j’entrouvre la porte des toilettes. Personne ! Mon sac en bandoulière, mon chapeau en avant sur mon front, je sors et j’attends l’arrêt du convoi.

- Mademoiselle ! Tout va bien ?

Trop tard ! Le contrôleur se penche vers moi, je ne l’ai pas entendu arriver. Et nos regards s’accrochent furtivement. Furtivement mais irrémédiablement. La pitié je n’en ai rien à faire. Je me hais ! Je le hais !

Mais surtout, surtout, je hais Martial, sa jalousie et son jet d’acide !

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Edgard Hopper pour Mil et une

Rédigé par Mony

Publié dans #Solitude au bout du chemin, #Moments de vie

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aimela 06/05/2014 15:39

Difficile de se montrer lorsque l'on subit un choc tel un jet d'acide sur le visage. Quelle tristesse , j'espère que ce n'est qu'une fiction