Le feu vert

Publié le 9 Mars 2014

                              

 "Aimer c'est regarder ensemble dans la même direction !"

C’était écrit en lettres dorée, Maëlle l’a lu l’autre jour, même que la carte de vœux était jolie avec sa petite dentelle blanche. Maëlle aime bien se glisser dans le fond du magasin pendant que Papa discute avec Nina la jolie libraire. Ce qu’elle adore par dessus tout, ce sont les cartes parfumées, la spécialité de la petite boutique. Elle les prend l’une après l’autre entre ses mains et les sniffe le nez collé au papier de cellophane. Muuum ! Que c’est bon !

- Maëlle, ne touche pas à tout ! gronde Papa mais c’est plus fort qu’elle, il faut qu’elle fouine dans les présentoirs ; d’ailleurs, quand elle sera grande et Nina très, très vieille, c’est elle qui vendra l’assortiment de jolies cartes et de journaux pleins d’encre odorante, de photos et de grands titres.

Regarder dans la même direction ? Oui, mais pourquoi c’est la fenêtre de sa chambre que fixe ce couple de mannequins installés, rigides, dans la vitrine d’en face ? Maëlle est troublée, il lui semble que ces mariés revêtus de leurs belles toilettes veulent lui faire passer un message. Maëlle les voit depuis que Papa et elle ont emménagé au premier étage d’un immeuble pas très joli. Avant, il y a bien un siècle, ils habitaient avec Maman à deux rues de là dans une maison. Mais, un beau matin ensoleillé, Maman est partie. Pfutt, envolée !

Elle n’est pas triste Maëlle, non pas triste, juste un brin intriguée. Ses parents ne devaient plus regarder dans la même direction et elle ne s’en est pas aperçue. Cela arrive aux Papas et aux Mamans de se séparer, elle le sait. A l’école, certains de ses copains et copines connaissent, eux aussi, des chamboulements dans leur quotidien. Faut s’y faire et puis elle a son petit Papa chéri tout à elle ! Chaque jour, il s’arrange pour venir la rechercher à l’école et la délester de son cartable bien trop lourd pour ses jeunes épaules.

- Allez, Maëlle, ne traîne pas, le feu va passer au vert, dit Papa.

Maëlle n’écoute pas. Absorbée, elle scrute l’étalage, le visage contre la vitre et les mains en appui sur le rebord en pierre. Quelque chose cloche, mais quoi ? Le grand chapeau posé au sol, bien trop grand au regard d’une enfant ? Les bras de la mariée dissimulés sous le voile ? Non, non ! Ses yeux vont du marié à la mariée, de la mariée au marié et l’étincelle jaillit. Maëlle sourit, elle a enfin compris le message et, en deux enjambées sautillantes, elle rejoint Papa et glisse sa main dans la sienne.

- Tu sais, Papa, c’est tout faux ce qui est écrit en doré sur la carte.

- Ah bon ! Quelle carte ? demande Papa.

- Celle que vend Nina, la libraire.

- Et que dit-elle cette carte ?

- Ben, que quand on s’aime, il faut regarder dans la même direction.

- Mum… Papa, prudent, ne commente pas.

- Moi, quand je serai grande et amoureuse, je me marierai, mais tu sais Papa, moi, mon amoureux, je le regarderai sans arrêt dans les yeux comme tu le fais avec Nina. Ainsi, on se verra et jamais on ne se quittera.

D’un hochement de tête, Papa opine et Maëlle, heureuse d’être comprise, serre fort, fort, la main de son Papa. Décidément, pense Papa, ma petite princesse m’épatera toujours, à huit ans, elle a tout saisi. Et, d’une pression de main complice, il se donne le feu vert pour l’avenir.

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Rédigé par Mony

Publié dans #Mes sucres d'orge, #Moments de vie

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Nais' 25/03/2014 11:28

Très joli... Décidément les enfants sont surprenants !

Bises Mony, j'espère que tu vas bien !

Louv' 11/03/2014 12:26

La petite Maelle est très convaincante. Pour un peu, j'en renierais St Ex...

Lorraine 10/03/2014 19:34

Une très jolie histoire, pleine d'intuition féminine déjà; la petite Maëlle voit clair sans le savoir!

Lorraine

aimela 10/03/2014 17:05

Des paroles très sages pour une petite fille :)