Papounet

Publié le 23 Février 2014

Plus de cent chaînes télé à disposition et un tas de possibilités !

Son petit-fils a bien tenté de lui expliquer le fonctionnement mais Papounet ne s’y retrouve pas dans les touches de sa nouvelle télécommande.

- Pause, si tu veux interrompre l’émission le temps de répondre au téléphone.

- Ce bouton pour enregistrer une émission en direct.

- Celui-ci, Programme, pour découvrir les émissions par chaînes et programmer un enregistrement.

- Ici, pour lire un enregistrement. Là, pour avancer, là pour revenir en arrière.

- Back, bouton rouge, bouton bleu, bouton vert, bouton jaune.

- Changement de chaînes, couper le son…

- Touches de 1 à 10…

C’est bien trop compliqué ! Papounet n'a pas envie de faire d'efforts ! 

Il se contente d’allumer la télé flambant neuve que ses petits-enfants lui ont offerte pour son nonante deuxième anniversaire et il regarde comme tous les soirs le journal télévisé qui sera suivi aujourd’hui par Thalassa.

Ah ! Thalassa, il apprécie cela Papounet, c’est sa petite revanche sur Germaine. Bien sûr, il la regrette sa Germaine mais de son vivant il devait se sacrifier. Madame avait toujours un autre programme qui l’intéressait et lui, pour la paix du ménage, se contentait d’un Thalassa le vendredi où elle allait passer la soirée chez son amie.

Germaine ! Qu’est-ce qu’elle était belle sa Germaine ! Et vaillante aussi, toujours les mains occupées. Même le soir, quand les enfants étaient couchés et qu’ils écoutaient ensemble une émission de radio, elle s’activait à repriser le linge ou à tricoter un chandail. Quand la télé avait fait son apparition, tout le monde en parlait et, petit à petit, elle s’était installée chez l’un ou l’autre voisin. Pas chez eux, ce luxe n’était pas compatible avec leur budget.

Et puis, les enfants avaient grandi… Ils allaient voir une émission chez un ami, un cousin… et Germaine et lui se sentaient dépossédés de leur famille. Germaine avait compté les sous de son bas de laine, lui avait presté quelques heures supplémentaires et au bout de quelques mois la télévision trônait comme une reine dans le salon. A ses pieds, sa cour s’asseyait sur des coussins à même le parquet. Jacques, le plus jeune était préposé aux boutons de changement de chaîne, de volume du son, de variation du contraste du noir et blanc. Malgré sa petite taille, ses ainés rouspétaient : ta tête, Jacquot ! On ne voit rien ! Et Germaine disait : on doit bien voir les revers du veston alors l’image est bonne ! Les jours de brouillard c’était brouillard sur l’écran aussi ; plus moyen de capter quoi que ce soit et l’antenne sur le toit semblait bien inutile.

Le bruit de la pub sort Papounet de sa rêverie, il n’a rien vu du journal télévisé. Rien manqué non plus, le monde tournera toujours à l’envers. Avec un soupir il abandonne ses fantômes, dépose la zapette et se lève de son fauteuil pour ce qu’il nomme "sa pause pipi pour être fin prêt"

Dans un moment, Georges Pernoud l’emmènera vers d’autres rêves…

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Rédigé par Mony

Publié dans #Solitude au bout du chemin, #Moments de vie

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aimela 23/02/2014 11:58

Tu sais donner à tes lecteurs toute la tendresse que chacun devrait posséder à travers ce très joli texte . Merci

Louv' 23/02/2014 09:32

Et toujours ces textes emplis de tendresse pour nos aînés...De la douceur dans ce monde de brutes.
A part cela, j'adore le nouveau look de ton blog ! Bon dimanche Mony.