Cousine Berthe

Publié le 15 Février 2014

Cousine Berthe

         Cousine Berthe c’était la peste de la famille. Elle était entrée dans notre vie alors que mon père, complètement désorienté par le décès de Maman, était la proie idéale pour cette sexagénaire en mal de compagnie. D’un cadre à suspendre à un achat trop lourd à transporter, d’une nouvelle recette à découvrir à un mal de reins qui la clouait au lit, elle trouvait à chaque fois le prétexte pour l’attirer chez elle.

" Louis ceci, Louis cela" et Louis et sa voiture reprenaient peu à peu goût à la vie. Tant et si bien que pour le voir, nous étions contraints de les recevoir tous les deux.

 "Tu comprends, elle est bien seule" se justifiait Papa. 

Pas méchante, non, juste un rien accaparante cousine Berthe était aussi amatrice de bons vins, du moins le déclarait-elle.

"Hélas avec les médicaments que je prends ce n’est plus pour moi. Toi aussi, Louis, tu dois te surveiller. Mais pour vous, les jeunes, j’ai apporté un trésor"

Et de déballer fièrement une bouteille de Beaujolais nouveau de 15 ans d’âge.

Sous son regard attendri mon compagnon fut contraint de déboucher la merveille et de remplir nos deux verres.

"A votre santé, cousine Berthe"

Pouah ! Du vinaigre ! Quel calvaire de rester stoïques et d’avaler cette mixture.

"Le vin plus il est vieux, meilleur il est" commenta cousine Berthe ravie.

Déjà mon estomac criait grâce ! 

"Occupe-les" murmura mon compagnon et tandis que j’attirais cousine Berthe et mon père au dehors sous le prétexte d’admirer les parterres fleuris, il s’est précipité à la cuisine, a vidé la bouteille de Beaujolais dans l’évier, l’a rincée et après y avoir précipitamment transvasé le contenu d’une de nos bouteilles il nous a rejoint soulagé.

"N’est-ce pas qu’il est délicieux ce Beaujolais nouveau, enfin nouveau, hi ! hi ! je me comprends" minaudait cousine Berthe.

Mon père, frustré, le verre d’eau à la main, nous enviait sans mot dire. C’est qu’il aurait apprécié lui aussi de se délecter du trésor de Berthe.

Depuis cet incident lointain, il ne se passe pas un automne sans que nous ne dégustions un vin primeur à la mémoire de cousine Berthe et de son vinaigre.

"Santé Berthe !" 

-----------------------------------

source image - clic

Rédigé par Mony

Publié dans #Un peu de moi par ci par là, #Moments de vie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Sagine 19/02/2014 10:16

il en faut pour tous les goûts ! je vais faire râler les amateurs mais on peut me faire goûter un millésime hors de pris et je ferai la même grimace que pour du vinaigre.
merci Mony pour cet instant souriant.

Lorraine 17/02/2014 09:42

Il est de ces personnes qui se doivent d'être au courant de tout...y compris du vin nouveau. Même si l'histoire est inventée, elle reflète une certaine réalité que l'on peut côtoyer tous les jours! Santé, Mony!

Lorraine

jelony 16/02/2014 13:05

Excellent réflexe ! Ainsi fait, cousine Berthe aura vécu le reste de ces jours convaincue vous avoir fait déguster un véritable nectar ! La chère cousine Berthe...

aimela 15/02/2014 21:08

Je ne connais pas grand chose aux vins ma

aimela 15/02/2014 21:11

Mon commentaire parti trop vite, je recommence . Je ne connais pas grand chose en vins mais je sais que le beaujolais se boit "jeune". Tu ne nous dis pas si cousine Berthe est devenue " ta " belle mère( rires)

emma 15/02/2014 18:02

cette cousine est donc devenue la belle mère de la narratrice ? il y a des gens comme ça qui savent s'imposer, pour le meilleur ou pour le pire...