Le petit chapardeur

Publié le 22 Décembre 2013

-  Holà ! Tout doux ! Les cordons de ma bourse tu ne délieras point, s’était exclamée Dame Arégonde en saisissant la main de l’enfant chapardeur.

Un moment leurs regards s’étaient croisés et celui de la femme s’était attardé sur la chevelure rousse et sale du gamin.

- Tu as faim ?

Le petit, la main toujours emprisonnée dans celle de la dame, opina de la tête.

- Tu es seul ?

L’enfant acquiesça à nouveau puis d’une voix peureuse précisa :

- la grande maladie a saisi toute ma famille.

Le marché, quasi-désert en cette heure de mâtine, était traversé par une bise glaciale et l’enfant tremblait de froid et d’effroi. Etait-ce la raison qui poussa Dame Arégonde à emmener l’enfant chez elle ? Ou alors était-ce une solidarité inconsciente envers ce rouquin, probable objet de moqueries comme elle en avait connu elle aussi…

- Ebroïn, voici Colin. Si tu es d’accord, ce petiot pourra t’aider dans ta tâche et me rendre de menus services.

Maître Ebroïn, le menuisier, délaissa son outil et évalua le gamin :

- tu n’es pas bien gras mais tes bras semblent solides. Sais-tu compter ?

- Oui et je suis débrouillard, se risqua Colin en évitant de regarder la dame qui sourit.

De ce jour, Colin oublia la rue et la faim. Les brouets de Dame Arégonde, le pain qu’elle faisait cuire chaque semaine dans le four banal lui rendirent des rondeurs de poupon. Levé tôt, il ravivait le feu dans l’âtre puis sortait au jardin puiser de l’eau avant de retrouver Maître Ebroïn dans la bonne odeur de l’atelier de menuiserie. Cet univers était neuf pour l’enfant mais tout l’y intéressait. Les outils, les différentes essences de bois, les plans dessinés avec soins et expliqués par Maître Ebroïn, le passionnaient. Quelques fois, ils se rendaient chez l’un ou l’autre client pour prendre des mesures ou livrer un ouvrage. Souvent, dans l’après-midi, Dame Arégonde les rejoignaient dans l’atelier, toujours en activant la quenouille. C’est qu’elle était douce la laine de ses quatre moutons et promesse de châles chauds et d’écharpes moelleuses. Avant la fin du jour, Colin était chargé de récolter les œufs dans le petit poulailler et de rentrer une réserve de bois à poser près de la cheminée. En soirée, les chants étaient au rendez-vous et tout en chantant l'enfant aidait Dame Arégonde à remplir de fins copeaux de bois des paillasses qu’elle avait confectionnées dans du drap et qu’elle revendait à qui venait frapper à sa porte. C’est sur une couche aussi douce que Colin s’endormait enfin dans un coin de l’atelier.

- Mon ami, dit un jour Dame Arégonde à son mari, j’ai souhaité que tu me confectionnes une maie plus grande mais ne vois rien venir. Toujours d’autres commandes ont la priorité… cependant… il serait temps… que tu prévoies un berceau à glisser dans la ruelle de notre lit.

Tout heureux Maître Ebroïn se mit aussitôt à l’ouvrage mais Colin faisait grise mine et les questions se bousculaient sous sa crinière rousse.

Dans quelques années mon maître aura de la relève, lui serai-je encore utile ? Devrais-je repartir seul sur les routes ?

- Voyons, Colin, dit Dame Arégonde, ne te fais pas de souci. N’es-tu point bien céans ?

Alors Colin, le petit chapardeur, eut une pensée pour ses parents disparus et, confiant, il sourit à la vie.

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Rédigé par Mony

Publié dans #Mes sucres d'orge, #Chemin d'amitié, #Moments de vie

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aimela 23/12/2013 18:16

Très joli texte sur un blog tout" neuf" c'est bien présenté et j'en aime les couleurs

emma 23/12/2013 09:26

un beau conte de Noel dans une ambiance d'antan - Joli ton nouveau design, avec OB il faut de la témérité, car le pire est toujours à craindre

Louv' 22/12/2013 20:39

Il est loin le temps où de braves gens pouvaient adopter un "petit chapardeur" sans famille. De nos jours, cette histoire ressemblerait à une séquestration :)
Mais tu nous fais voyager dans le temps. J'aime beaucoup.

Loïc Roussain 22/12/2013 16:39

Quelle jolie histoire ! On y verrait bien le début d'un film ...