Le champ des oiseaux

Publié le 10 Novembre 2013

Le champ des oiseaux

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Le champ des oiseaux était calme en ce matin de septembre 1944. L’herbe encore grasse réjouissait les vaches qui broutaient, paisibles. Ces quelques hectares en légère déclivité, délimités par un petit bois de feuillus se parant doucement d’automne ne se doutaient pas de leur destin.

Au loin, les premiers camions de l’armée US faisaient route, chargés de matériel ou de macchabées.  Il y avait urgence, urgence de donner une sépulture à ses boys tombés au combat, urgence sanitaire également. La tâche était gigantesque quasi inhumaine face aux corps à identifier, à répertorier, à traiter avec respect…

Le champ des oiseaux devint ainsi un champ de repos pour ceux qui avaient échappé aux affres du débarquement en Normandie mais avaient péri lors de l’avancée des troupes. L’hiver rigoureux qui suivit connut les combats sanglants de la bataille des Ardennes et la nécropole s’agrandit encore. Parmi les milliers de morts, trente-sept paires et un trio de frères reposaient désormais côte à côte.

 

Certains des combattants ne furent jamais identifiés ; d’autres, portés disparus. Nombre de dépouilles, réclamées par leur famille, reprirent le chemin vers leur terre d’origine.

Quinze longues années durant le lieu fut l’objet d’aménagement. Aujourd’hui des allées tirées au cordeau parsemées de stèles blanches en forme de croix ou d’étoile de David, des parterres fleuris, un mémorial sont toujours là pour nous rappeler les courtes vies  de ces hommes qui n'aspiraient qu'au simple bonheur.

Parfois, je m’arrête quelques instants dans ce lieu paisible afin d’honorer ces soldats et leurs familles et découvrir les nombreux messages inscrits chaque jour dans le livre d’or.

 

Combien de lieux semblables à travers la France, la Belgique, la Hollande, le Luxembourg ?

Combien de combattants poussés par leurs supérieurs sont-ils morts dans les deux camps à la suite de l’idéologie d’une poignée de fous ?

Combien de peur, de révolte, de larmes, d’appels, de "maman" lancés désespérément, de familles déchirées ?

Combien d’innocents dont on ne parle pas tués dans des bombardements, par asphyxie, partis en fumée ?

Combien d’horreur, combien de charniers encore à travers le monde ?

 

Espérance es-tu là ?

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D'après la photo de Daniel Blaise proposée par Mil et une - clic

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Lorraine 21/11/2013 11:11

L'ange prêt à l'envol est celui de l'espérance, chère Mony. Même si chaque mot lu est cruel,même si chaque mot écrit est vrai, le juvénile espoir reste au coeur de chaque être de bonne volonté. Même ravagés de larmes nos coeurs espèrent l'embellie en ce monde obscur. Nous sommes submergés par les nouvelles quotidiennement désespérantes; mais quelque part, en nous, l'espérance se rebelle et veut vivre. Et vit. Sinon, que ferions-nous de nos pauvres vies menacées?...
Beau texte très profond. Merci, chère Mony,
Lorraine

Louv' 16/11/2013 20:36

Oui, et même du côté "ennemi", des gosses de vingt ans on aussi péri en appelant "maman". Il ne faut pas oublier. Hélas, les fanatiques qui gouvernent ont existé de tous temps et existeront toujours...

aimela 11/11/2013 09:42

On a beau dire" jamais ça" seulement cela continue encore et encore de partout dans le monde . L'Homme ne retiens jamais les leçons du passé

emma 10/11/2013 22:26

difficile de commenter pareil sujet, dire "plus jamais ça" est tellement dérisoire, bien sur que ça continuera, sous d'autres formes, tant que l'homme sera sur terre