Un coq au loin

Publié le 5 Mars 2017

Un coq au loin lance un cocorico sonore. Assis à l’ombre de saules têtards Louis l’imagine sans peine, fier et arrogant, parmi sa cour de poules affairées et gloussantes. Depuis quelques minutes il observe avec attention un héron cendré parfaitement immobile au centre du ruisseau. Mais d’autres cris fusent à proximité, un vol de canard annonce bruyamment son passage et l’échassier, dérangé dans son patient affût, s’envole à son tour.

 

Louis se remet en marche et retrouve d’instinct "son" trou à truites. Doucement il immerge son bras droit là où le courant est calme. Sera-t-elle au rendez-vous ? Bien sûr les années ont passé et la belle fario de sa jeunesse a fait place à sa descendance, mais sous ses doigts il ressent soudain le même frétillement que jadis et des picotements d’émotion le gagnent.

 

- Va, ma belle, je ne te veux aucun mal !

 

En passant de prairie en prairie, parsemées ci et là de minuscules mares garnies de nénuphars jaunes, Louis remonte le long du petit cours d’eau qui se rétrécit au fur et à mesure de sa progression. Il en atteint la source au moment où, du clocher du village situé à près de deux kilomètres en aval, tintent quatre coups de cloche portés par le vent léger.

 

Instant hors du temps ! Ici, rien n’a changé, d’entre quelques pierres protectrices, l’eau pure jaillit inlassablement baignant une touffe verte de cresson. En se penchant pour boire dans le creux de sa main, Louis découvre son reflet et lui sourit comme à un ami de longue date.

 

- Toi par contre, tu as pris quelques rides, mon pote ! Et où sont tes cheveux bouclés ?

 

Louis n’a rien d’un Narcisse, il sait que le temps ne se dompte pas… Pourtant c’est le temps de sa jeunesse qu’il est venu retrouver aujourd’hui, le temps fait d’espoir en la vie, le temps des promesses.

 

Au moment de cueillir une botte de cresson dont il se fera un potage à la saveur légèrement piquante il sait au plus profond de lui-même que sa décision est prise et qu’elle sera la bonne.

 

Louis ne cédera pas à l’appel des sirènes ! Son entreprise d’ébénisterie et de marqueterie il ne la vendra pas à une firme internationale au financement vague et nébuleux.

 

Louis restera fidèle à lui-même, un artisan dans l’âme !

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Pour Mil et une en juin 2016 - clic

Toile attribuée au peintre Le Caravage - clic - clic

Rédigé par Mony

Publié dans #Moments de vie

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aimela 10/03/2017 10:05

Il a bien raison Louis de garder sa petite entreprise. un texte qui est plus gai que le poème( beau au demeurant) lu par Serge Réggiani

MD 10/03/2017 07:40

Eh oui Louis ! Rien de tel qu'un retour aux sources pour prendre une bonne décision.
Jolie balade, Mony.

emma 05/03/2017 22:39

une ambiance bucolique superbement rendue